PROMPT : Décharge
1992
La haine de Severus Rogue envers James Potter était attisée par la présence de son fils si semblable physiquement, et par les paroles d'Albus. Ce dernier ne cessait de porter aux nues le gamin, lui disant à quel point il était exceptionnel et destiné à de grandes choses. Il lui disait de lui laisser le bénéfices du doute, qu'il ressemblait à James mais qu'il était un bon garçon.
Dès la première fois où le vieux sorcier avait tenu ces paroles, Severus s'était crispé, et il avait décidé de détester l'enfant quoi qu'il arrive. Il le protégerait pour respecter la parole donnée à Lily, mais rien ne l'obligeait à l'apprécier.
Lorsque le fils Potter avait été réparti à Gryffondor, il s'était tendu d'autant plus, persuadé qu'il était devant le clone de son fichu père. Le maudit gamin avait passé sa première année à se mêler de ce qui ne le regardait pas, se retrouvant face à Voldemort et se mettant volontairement en danger, ignorant les conseils et les ordres. Ignorant le règlement.
Il ne s'attendait à rien de nouveau pour la seconde année du gamin : un survivant insupportablement naïf avec ses grands yeux verts, prêt à se jeter au devant du danger pour se mettre en avant - tout comme son père. Un gamin probablement avide d'attention et de gloire, digne héritier des Maraudeurs. Un gamin ignare incapable de comprendre la subtilité des potions, un gamin préférant s'amuser sur son balai plutôt que de travailler.
Lorsque les élèves commencèrent à être pétrifiés, il nota la lueur dans le regard de Potter. Ce petit idiot n'allait pas pouvoir s'empêcher de mettre son nez partout, s'attirant un peu plus de gloire comme s'il s'en gorgeait. Il ignora la petite voix qui lui disait qu'il était injuste : peu importait que le jeune homme ne soit pas tel qu'il le pensait. Lui le voyait ainsi, et ça lui suffisait.
Lors du premier cours de duel cependant, tout changea.
Avec une joie mauvaise, il mit Potter face à son filleul Drago. Ce dernier connaissait suffisamment de sorts enseignés par son père pour mettre en difficultés le Sauveur chéri du monde sorcier. Que les deux garçons soient plus ou moins amis ne changeait rien : Drago était suffisamment orgueilleux pour vouloir gagner à tout prix.
Lorsqu'il matérialisa des serpents d'un sort judicieux, toute la salle se figea dès que Harry commença à siffler.
Des frissons parcoururent le dos de Severus alors qu'il regardait le gamin communiquer avec le serpent. Cette scène lui rappelait des souvenirs. Il n'avait rencontré qu'une seule autre personne ayant cette capacité.
Voldemort avait la même capacité, et face à Harry, il avait l'impression de voir son maître dans toute sa splendeur. Perplexe, il décida de faire un effort. Il allait oublier James Potter pour connaître un peu mieux Harry Potter. Le gamin était une énigme et s'il voulait en savoir plus sur lui, il devrait s'en rapprocher et le découvrir sans préjugés.
Au cours de potions suivant, Severus décida d'agir sans attendre : un élève de plus avait été pétrifié, et un fichu Poufsouffle stupide jurait que Potter était le responsable puisqu'il était Fourchelang. Le gosse se trouvait donc mis à l'écart, isolé de tous hormis de ses deux âmes damnés, l'insupportable Weasley et la Miss-je-sais-tout Granger.
Il observa le gamin faire signe à ses amis de le laisser, et il le détailla attentivement alors qu'il s'approchait timidement. Il était bien trop maigre et il avait une hésitation dans ses mouvements qui n'allaient pas avec ce qu'il pensait de lui. Jamais James Potter n'avait été aussi... timide ? Renfermé ?
Ne sachant pas comment aborder le garçon, il se montra aussi brutal qu'à son habitude.
- Je connaissais votre mère.
La réaction de Harry fut... intéressante. Il se tendit et écarquilla les yeux, stupéfait. Puis, il se pencha vers son professeur, plus attentif qu'il ne l'avait jamais été. Les yeux verts fixés sur lui déstabilisèrent Severus, et il lui parla longuement, après lui avoir demandé de garder le silence.
A la suite de ce premier contact, Harry venait souvent frapper à la porte du professeur de potions, seul. Alors qu'il parlait de Lily, Severus commençait à réviser son opinion sur le jeune homme, découvrant un garçon attachant et il maudissait Albus de l'avoir induit en erreur en lui rappelant sans cesse le souvenir tant haï de James.
Il découvrit qu'il avait la confiance de Harry lorsque ce dernier se confia sur la chambre des secrets, et le serpent qu'il entendait dans les murs. Ce constat lui réchauffa le cœur, et il conseilla au jeune homme d'être prudent et de réfléchir un peu avant de se lancer. Loin de vexer le Gryffondor, la petite pique amena un sourire sur ses lèvres et Harry gloussa avant de promettre qu'il serait prudent.
Pour Harry, Severus devenait peu à peu une figure paternelle, le référent qu'il avait cherché toute sa vie… L'homme le voyait tel qu'il était et ne le traitait pas comme le Sauveur comme les autres. C'était tout ce qu'il avait espéré.
Lorsque Hermione Granger fut retrouvée pétrifiée, Harry vint directement voir Severus, perturbé. Il lui avoua qu'il avait fouiné un peu, et résuma tout ce qu'il avait trouvé. L'ouverture de la Chambre des secrets, Hagrid expulsé de l'école, les araignées. Le Basilic, l'élève tuée. Mimi Geignarde. Et enfin, la disparition de Ginny Weasley.
Severus l'accompagna, inquiet. Et ils arrivèrent en même temps que Weasley et Lockard. Severus bloqua le sort d'amnésie lancé par son collègue indélicat et stupide avant de le lui renvoyer à pleine puissance pendant que Harry ouvrait l'accès à la chambre des secrets. Il envoya Ron chercher Dumbledore et pressa Harry d'avancer plus vite, alors qu'ils progressaient dans un couloir qui ressemblait à une véritable décharge à cause des gravats et des petits os de rongeurs qui l'encombraient.
Harry se dressa face au Basilic sans la moindre peur. Severus découvrit le "fantôme" de Voldemort jeune et se rendit compte qu'il lui était douloureusement familier. Impuissant, il vit qu'il ne pouvait rien, mis à part protéger la jeune fille inconsciente au sol et prier pour que Harry puisse se défaire d'un serpent géant au regard mortel. Face à lui, l'écho de Voldemort le tenait en respect et Severus ne pouvait que l'empêcher de s'en prendre à Harry.
Heureusement, l'arrivée inopinée de Fumseck changea la donne et une fois le regard pétrifiant de l'animal mythique neutralisé, Harry réussit à l'abattre bien qu'il fut blessé.
Severus se jeta sur lui, inquiet, et l'observa détruire un mystérieux carnet de cuir. Le jeune Voldemort disparut, aspiré par l'objet. Alors qu'il pensait que Harry allait mourir dans ses bras, Fumseck s'approcha et laissa glisser quelques larmes dans la morsure du serpent. Soulagé, Severus plongea son regard dans les yeux verts et soupira, donnant cinquante points pour Gryffondor pour la toute première fois de sa carrière. En aidant le jeune homme à se relever, Severus ne put s'empêcher de le serrer contre lui avec un léger sourire affectueux. Le sourire qu'il avait toujours réservé à Lily.
