Yo les gens !
Comme toujours, j'ai pris une grosse pause avant de revenir à ce recueil, et j'y reviens à l'occasion d'une Nuit du FoF sur le thème Hameçon. On dirait pas comme ça, mais c'est ce qui m'a donné l'idée.
Merci à TwoSiblWriting, Hitsumi-chan et Faye98 pour vos commentaires ! Ils me font ultra-plaisir et j'espère que cette vignette vous plaira aussi.
Bonne lecture !
5 sens : l'odorat, 5
Ça sent le sapin
Izuku aurait voulu naître en hiver. C'est la saison qu'il préfère. Petit, ça lui donnait une excuse pour se rapprocher de Kacchan, parce qu'il avait froid. Et puis en hiver, il y a Noël. Et la Saint-Valentin. Maintenant c'est l'été et il fait trop chaud.
Les rues sentent la sueur des passants. C'est écœurant. Izuku peut le sentir par-dessus la fumée de la cigarette. Il n'a pas vu le temps avancer si vite. Il en a oublié son anniversaire. Et maintenant c'est trop tard. Il voulait le passer avec Kacchan. Mais il a oublié.
Il pourrait se dire tant pis. Mais il ne veut pas. Il ne peut pas. Il veut un cadeau. Il veut Kacchan. Il soupire et marche jusqu'à un distributeur pour y voler une canette de café glacé. Il la décapsule et en prend une longue gorgée. Il essuie la sueur de son front, regarde autour de lui. Personne ne le remarque, même s'il fume au beau milieu de la rue. On lui a dit pourtant, que maintenant son visage était connu et qu'il allait falloir qu'il fasse un peu attention. Mais personne ne le remarque jamais. Comme s'il était invisible.
A son passage, certains froncent le nez, comme s'ils voulaient lui faire remarquer qu'il n'est pas dans une zone fumeur, mais personne ne dit rien. On ne le regarde pas. On le sent. C'est tout.
Alors Izuku va chez Kacchan, et il fume dans la cuisine en attendant que l'autre rentrer, et quand Kacchan rentre, Izuku est parti. Il a laissé, sur le plan de travail, un hameçon en fer et l'odeur de ses cigarettes.
Kacchan prend l'objet, Izuku le voit à travers la fenêtre, et fait claquer sa langue contre son palais.
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Deku n'avait rien d'autre à faire, il faut croire, que de laisser ça là. Katsuki fait tourner l'hameçon dans ses mains, respire un grand coup. Deku ne doit pas être parti depuis longtemps, si son odeur est encore aussi présente, aussi chaude.
Katsuki suit l'odeur, suit la piste, et il n'est pas surpris quand il voit que ça l'amène dans une zone industrielle déserte, quand il arrive aux alentours d'une usine désaffectée. Ça sent le sapin, sans mauvais jeu de mots. Il y a une odeur de sapin, d'épines, une odeur chaude de feu de bois et avec l'été qui assomme la ville, c'est épuisant, rien que ça. Les épines de pin, et la cigarette, et le café.
C'est un lourd parfum qui entoure l'usine, mais Katsuki trouve déjà que ça sent quelque chose comme chez lui, même si ça ne sent jamais comme ça chez lui, ni en été ni en hiver. Il entre, et quand il arrive à l'étage, il voit des décorations, partout, des sapins, du gui, du houx. Tout est vert, et aussi rouge, comme eux deux. Deku lui sourit.
« Alors tu as mordu à l'hameçon ?
— Ça marche pas si je sais que c'est un hameçon, abruti. »
Deku penche la tête sur le côté, l'air franchement surpris. On ne croirait pas qu'il a vingt-cinq ans. Il y a quelque chose en lui qui est resté bloqué à l'époque de sa disparition, une adolescence pas finie.
« Ah, vraiment ? Bon. »
Il y a un temps. Katsuki joue avec l'hameçon dans sa poche. Au bout d'un long moment, Deku soupire, sourire aux lèvres :
« Joyeux Noël, Kacchan. »
Et Katsuki ne comprend vraiment pas. Est-ce que Deku délire à ce point ? Est-ce qu'il a perdu ce qui aurait pu lui rester de raison ? L'odeur de sapin couvre tout. Il fait chaud comme dans un four. Katsuki transpire.
« C'est pas Noël.
— Joyeux anniversaire, alors.
— C'est pas mon anniversaire non plus. A quoi tu joues ? »
Deku cligne lentement des yeux, puis il regarde Katsuki. Il soupire par le nez, comme s'il faisait face à un enfant qui ne veut pas comprendre.
« Mais non, enfin. Joyeux anniversaire à moi.
— C'est pas ton anniversaire non plus.
— C'est mon anniversaire de mort. Et un peu de renaissance, aussi ? Alors c'est comme Noël. Noël, c'est quand Jésus est né, pas vrai ? »
Katsuki ne comprend pas. Ça lui donne la rage, de ne pas comprendre. Il a envie de foutre le feu à cet endroit, de montrer à Deku combien c'est chaud, combien c'est pas l'hiver, combien il délire.
« Tu te compares à Jésus, maintenant ? »
Deku sourit, sautille. Il allume une cigarette, file vers un des sapins et fourre le nez dans ses épines.
« Ça dépend. Tu seras mon Judas, Kacchan ? Tu m'embrasseras sur la bouche devant tout le monde pour leur dire de me tuer ? Mais je ressusciterai encore, et ce sera Pâques. C'est Pâques, non ? Ah, non, c'est la fin de la traversée du désert, ça … Zut … C'est quelle fête, la résurrection ?
— Je sais pas, Deku. Tu délires. Je vais pas te trahir. »
Deku se tourne d'un coup vers lui. Il le fixe droit, sans vaciller.
« Vraiment ? »
Katsuki frissonne. Deku s'approche et il se retient de fermer les yeux. Quand l'autre se laisse tomber dans ses bras, l'odeur de cigarette l'asphyxie. On dirait que Deku s'est roulé dans un cendrier.
« Tu me tueras pas encore ? Tu me promets ? »
Encore. Encore. Il l'a déjà tué. Il en a fait ce qu'il est. Katsuki le sait. Alors il le serre dans ses bras, enfouit son visage dans son cou. Par-dessous la cigarette, Deku sent le parfum de Katsuki, le sel et la bougie.
« Joyeux Noël. »
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Voilà ? Juste un petit truc un peu choupi où Izuku est pété et où Katsuki se sent coupable. Que du fluff, ha.
Des bisous, à très vite !
