Chapitre 21
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Les professeurs étaient dans l'ensemble satisfait des comportements de Floireans et de Loïc. Les récréations étaient à nouveau calmes et agréables. Floireans avait ouvert son cœur et jouait maintenant sans problème avec ses camarades. Voilà deux ans depuis la grosse dispute entre les deux enfants. La directrice avait même remercié personnellement le docteur Fontaine pour son exceptionnel travail. Il avait suivi les enfants pendant le reste de l'année scolaire et les vacances d'été. À la rentrée en CE1, les deux enfants étaient enfin calmes. Toute animosité semblait avoir été évaporé avec les chaleurs de l'été.
Tout n'était qu'apparence.
Les adultes pensent trop souvent à tort que les enfants sont simples d'esprits et stupides. Ce qui revenait au même pour la plupart. Mais les enfants en sont loin. Sinon comment est-ce qu'ils pourraient imaginer tous ces jeux incompréhensibles une fois devenus adultes ? Beaucoup de grandes personnes perdent leur âme d'enfant et par conséquent leur compréhension pour les âges les plus tendre. Heureusement beaucoup d'adultes comprenaient encore les enfants mais ce n'était pas le cas à l'école élémentaire d'Elsamaa.
À cause du laxisme qu'y a eut autour de Floireans et Loïc à six ans, les enfants sont devenus plus malicieux et plus intenables. Ils n'avaient pas accepté Floireans. Loin de là. Mené par le chef Loïc, ils s'employaient à lui faire vivre un enfer au nez et à la barbe des grandes personnes. Ce que les surveillants prenaient pour un simple cache-cache était une chasse aux sorcières. Ce qu'ils prenaient pour un simple jeu du chat était un appel au lynchage.
Floireans se laissa faire dans l'enceinte de l'école. La raison principale était pour que ses persécuteurs ne s'en prennent pas à Fiona qui était impuissante face à cette haine. L'autre raison était que ses parents n'avaient pas besoin que leur fille folle leur apporte encore plus d'ennuie.
Dès la sortie des écoles, Floireans, qui avait été autorisée à rentrer à nouveau toute seule le soir, n'en menait pas large. C'était une véritable guerre. Dès qu'ils avaient franchi le portail et qu'ils étaient hors de vue de l'école, Floireans et Loïc se bagarraient. Cependant les deux étant intelligents faisaient en sorte qu'en rentrant à la maison, il n'y ait aucun trace suspecte de leur bagarre. Assez vite les rumeurs de leur guerre quotidienne venait aux oreilles des élèves et ils se réunissaient pour assister à l'échange musclé entre les deux ennemis.
Les instituteurs étaient aveugles tout comme les parents. Ce qui n'était pas le cas du docteur Fontaine. Bien qu'il avait arrêté les consultations avec Loïc, il voyait toujours Floireans sans que les autres à part sa famille ne soit au courant. Floireans était largement surveillée. Grâce au docteur Fontaine et aux médicaments, Floireans avait cessé de se mutiler mais n'était pas pour autant guérie. Un autre problème avait fait surface. Une phobie sociale. À cause du harcèlement et de l'attroupement sans oublier ce qu'elle a subie bien qu'elle n'en gardait aucun souvenir, Floireans avait eut une violente crise d'asthme un après-midi alors qu'elle devait réciter la Cigale et la Fourmi.
Parmi les parents d'élèves, alors qu'ils vénéraient pratiquement le professeur d'université Saunier et la conteuse hors-paire Sonia, ainsi que leur fille surdouée, ils changèrent peu à peu d'opinion. Ils étaient toujours en admiration devant le couple Saunier, mais regardaient l'enfant comme si elle était une bête sauvage venue d'ailleurs.
-Comment une fille peut-elle être aussi différente que ses parents ?
-L'intelligence ne fait pas tout.
-Comme quoi même les meilleurs parents au monde ne peuvent rien contre un enfant à problème.
-Mais est-ce qu'on est vraiment sûr qu'elle est leur fille ?
-Même si elle ressemble beaucoup à Judwal, elle n'a rien de sa mère.
-Elle ressemble certes à son père, mais seulement physiquement.
-C'est peut être juste un membre du côté Saunier qu'ils ont recueillit.
-Alors ce ne serait pas vraiment leur fille ?
-D'après le vieux Paul, elle n'était pas voulue.
-Voilà ce qui arrive quand un enfant non désiré vient au monde. Un délinquant.
-En plus la famille Guillaume se méfie d'elle.
-Mettre à dos l'une des familles les plus puissantes de la planète... Est-elle vraiment aussi intelligente que le laisse penser tout le monde ?
-Depuis qu'elle est amie avec la fille Guillaume, elle fait les quatre cent coups.
-L'autre jour, elles ont détruit le poulailler de Jean-Louis ! Je les ai surprises couvertes de plumes. Qui sait ce qu'elles auraient fait si je ne les avais pas arrêter.
-Cette fille aurait dû rester en pension !
-En pension ? La prison serait plus adaptée pour une sauvage comme elle.
Voilà ce qui se disait à la sortie des classes. Floireans entendait tout. Elle gardait cependant la tête baissée et se dépêchait de disparaître de leur vue sentant son cœur se serrer et sa respiration accélérer. Puis elle se faisait happer par Loïc et son gang avec qui elle se battait. Ses bagarres étaient comme un échappatoire, une façon de se défouler de tout le ressentiment qu'elle gardait en elle.
Puis une fois la bagarre terminée avec l'arrivée de la tante de Loïc, Floireans courrait jusque chez elle pour s'enfermer dans sa chambre et s'isoler. Tout objet coupant lui avait été confisqué à part sa petite paire de ciseaux pour l'école et elle s'en servait pour fabriquer des vêtements. Pas pour elle. Mais pour Siwgr. Elle restait des heures coudre, tricoter, broder, ajuster, confectionner en entendant les enfants jouer dehors. Puis elle entendait sa mère rentrer. Une fois qu'elle était rentrée, la sonnette retentissait toute la soirée. Des voisins, des amis, des passants venaient lui demander des conseils sur tel ou tel problème. Ensuite venait le coup de téléphone de son père depuis Oxford pour s'assurer que Floireans ne s'était pas ouvert les veines ,agrémenté d'insultes et de disputes entre les deux parents. Vint ensuite le repas. Le repas... le rituel permettant de « purifier » l'âme de Floireans et de lutter contre la noirceur du cœur.
Tel était le quotidien de Floireans depuis deux ans maintenant.
Floireans parvenait à maintenir en vivant ainsi, un certain équilibre psychique. Cet équilibre fut néanmoins très vite brisé par le retour d'un fantôme du passé.
L'année de CE2 était largement entamée. La fin d'année était encore loin mais s'approchait. L'hiver laissait peu à peu place au printemps en ce mois de mars. Floireans, huit ans, était arrivée, la tête baissée dans la cours. Fiona l'avait appelée au loin pour qu'elle la rejoigne. Elle devait absolument lui montrer les dernières cartes Pokémon qu'elle avait eut le week-end dernier. Des enfants déjà là jouaient au ballon non loin. Soudain le ballon atterrit droit à la tête de Floireans qui avait une casquette Barbie enfoncé sur la tête. Le choc fut violent à l'arrière de la tête. Floireans réagit à peine. Après tout ce n'était pas la première fois.
-Tout va bien, jeune fille ? Se précipita un enseignant.
Floireans toujours la tête baissée acquiesça silencieusement.
-Oh mon dieu Flo ! Tout va bien ? S'exclama Fiona en courant droit vers elle.
Puis Fiona prit Floireans par le bras et les éloigna dans leur coin habituel de la cour, juste à côté de l'ancien puits condamné.
L'enseignant quant à lui resta figé sur place. Fiona Guillaume. Elle avait beaucoup grandi. Ses cheveux avaient des mèches bleus, roses, oranges et vertes. Elle arborait un look très coloré. Mais ce qui avait le plus stupéfait l'enseignant était cette gamine qui s'était pris le ballon. Elle aussi avait beaucoup grandis. Ses cheveux avait poussés. Son corps s'était affinée et élancée. Sa peau était cependant toujours aussi pâle. Floireans Saunier. Elle était toujours là.
Aussitôt cet ancien sentiment comprimé depuis plus de deux ans refit surface au plus profond du cœur de Lohan Lebesque. Sa victime était toujours là et lui était de retour.
-Et Floireans ! Hurla quelqu'un.
La jeune fille, malgré elle, tourna la tête et Lohan Lebesque revit enfin ses yeux verts profonds. Floireans chercha du regard qui l'avait appelée et son regard glissa sur Lohan Lebesque comme si elle ne l'avait pas vu ni reconnu. Puis son regard sans expression tomba sur le jeune Loïc qui arriva tranquillement entouré de sa bande de potes.
Instinctivement, Lohan Lebesque serra les poings. Alors voilà. Cette sale allumeuse ne l'avait pas reconnue et en plus était devenue amie amie avec ce fauteur de trouble de Loïc Le Luyer. Lohan Lebesque avait prit de manière opportun son congé paternité pour s'occuper de son fils. Il avait pris exprès la fuite après la fugue de Floireans hors de la salle de classe. Il avait prit les affaires de la gamine et les avaient disposés le long de la route puis était parti espérant la police suffisamment stupide. Et il n'avait aps été déçu. Elle avait conclu que Floireans avait été attaqué par un détraqué étranger du village sans s'apercevoir que l'enfant n'avait pas ses baskets mais ses chaussons. Lohan Lebesque pensait que Floireans allait le dénoncer et la police allait l'arrêter. Il était donc monté sur Paris avec sa femme et son fils chez des amis.
Lohan Lebesque avait attendu dans l'angoisse le moment où la police déboulerait chez lui pour l'embarquer. Cette peur grandissante avait calmé ses ardeurs. Sa femme ne comprenait pas pourquoi il était si agitait même si elle se doutait que ses performances assez violente le soir, n'y étaient pas étrangères.
Puis plus tard, on l'avait contacté pour prendre des nouvelles de sa famille, et ce fut à ce moment là qu'il avait appris que Floireans avait eut une violente fièvre lui faisant perdre ses souvenirs du soir de son agression. Mais elle se portait mieux même si elle avait été envoyé en pension pour corriger son caractère. Alors qu'il s'apprêtait à revenir, le médecin fut formel. Son fils de quelques mois, souffrait d'une maladie grave et rare et avait besoin de soins particuliers. Dégoûté de devaoir s'occuper d'un bébé fragil et de ne pas pouvoir revoir l'objet de ses désirs, Lohan Lebesque fut obliger de demander plus de temps à l'école pour pouvoir s'occuper de son enfant.
Deux ans. C'était ce qui avait fallut, pour que son maudit fils soit suffisamment fort pour pouvoir retourner à Elsamaa. Pendant ses deux ans, Lohan Lebesque avec un ami de confiance, il suivit un traitement afin de dissoudre cette addiction à la fillette.
Finalement tous ces efforts avaient été réduit au néant en recroisant le regard de Floireans. Alors que Lohan Lebesque reprenait la direction des CP et de l'atelier de dessin, son envie de posséder ette enfant le démangeait dès qu'il la voyait dans la cour. Il essayait discrètement de se mettre toujours proche de Floireans, mais elle était totalement froide et indifférente.
Une colère sans nom grandissait en lui. Elle avait définitivement effacé tout souvenir de lui. Elle ne le craignait plus. C'était comme s'ils n'avaient jamais rien vécu ensemble.
Très vite Lohan Lebesque se rendit compte que Floireans ne s'était pas faite une ribambelle d'amis comme le lui avait dit avec enthousiasme le corps enseignant. Mais qu'elle était la cible de brimades. Au lieu de la protéger, il vit là l'occasion unique de se venger. Elle n'avait pas peur de lui ? Bien on verra après si elle parviendra à garder cette expression d'indifférence.
Pour le moment seul les CE2 et les classes plus grandes, harcelaient Floireans. Lohan Lebesque se souvint quand c'était toute l'école qui la maltraitait. Ainsi l'air de rien il fit un cours sur les démons, sorcières et créatures maléfiques aux petits CP. Assez vite ils mirent l'image de la petite Saunier sur ses créatures démoniaques et s'en prirent à Floireans. Il lui jetèrent du sel, de la paille, de la terre, des œufs. Tout était bon pour la purifier. Les CE1 furent assez vite mis au parfum grâce au petit frère de l'un des élèves de cette classe. Et comme prévu, toute l'école la haïssait à nouveau.
Cependant les petits étant moins discret que les plus grands, ils étaient tous régulièrement mis en retenue collective et Floireans était souvent envoyé aux toilettes avec deux de ses camarades, pour l'aider à se nettoyer. Mais le cauchemar continuait dans les WC.
Un jour, plusieurs semaines après le retour de Lohan Lebesque, Floireans entra dans la cour et vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Il n'y avait pas de Fiona pour l'accueillir en lui présentant sa dernière trouvaille. Elle fit le tour du bâtiment principale en direction du vieux puits. Aussitôt Loïc et sa bande l'encercle.
-Tu cherches Fiona, le cadavre ? Demanda Loïc avec son air suffisant.
-Où est-elle, le toisa Floireans.
Mais très vite sa confiance fut mis à rude épreuve quand d'autres élèves arrivèrent pour l'encercler.
-Laissez-moi passé ! Leur dit-elle en essayant de se frayer un chemin.
-Reste tranquille trente secondes, dit Anthony, le meilleur ami de Loïc.
Il la jeta. Le dos de Floireans heurta le puits de pierre lui coupant la respiration. Son dos lui piquait et elle sentit un liquide couler. Floireans tomba sur les fesses et tenta de respirer normalement. Ses yeux lui brûlaient en essayant de retenir ses larmes.
-Laissez-moi, gémit-elle.
-regarde-toi, dit Loïc. Tu faisais la fière il n'y a même pas deux minutes. Tu fais vraiment pitié. Tu connais la légende du puits non ?
Évidemment qu'elle la connaissait. C'était même l'une des premières qu'elle avait entendu à son entrée en CP. Il y a cinquante ans, le puits était encore ouvert. Seulement un élève imprudent est tombé dedans et est mort. Son cadavre reposerait encore à l'intérieur et hanterait les lieux à la nuit tombée. (NDA : c'était vraiment la légende qu'on me racontait quand j'étais à l'école primaire. C'était tellement glauque que personne ne montait dessus pour jouer. En vrai ça ne risquait absolument rien. Maintenant en y repensant c'était plus une ancienne fontaine qu'un puits...)
-On a trouvé comment l'ouvrir, expliqua Loïc toujours avec son affreux demi-sourire sur les lèvre. Soit tu descends et tu nous ramènes la preuve qu'il y a un cadavre dedans, soit ta grande amie se fera écraser par la cheminée.
Floireans ouvrit des grands yeux terrifiés. Elle savait maintenant où était Fiona. Le bâtiment abritant les petites classes et la salle des instituteurs n'étaient pas complètement contre la muraille qui entourait l'école. Un étroit passage reliait le côté de la cour avec l'entrée de l'école et le côté du puits. Tout comme pour le puits, une légende disait que quiconque prenait ce passage, verra la cheminée tomber et l'écraser comme une crêpe (NDA : ça aussi c'était une rumeur qui courrait dans mon école.)
Fiona craignait tout ce qui pouvait lui tomber dessus. Loïc et son groupe avait dû traîner Fiona dans le passage et bloquait les deux entrées. Fiona devait être en train de vivre la pire expérience de sa jeune vie.
La loyauté qu'éprouvait Fiona prit la place de la raison. En entendant que sa meilleure amie était en danger Floireans ne réfléchis pas plus et se jeta sur Loïc. L'attaque fut si fulgurante que tous les élèves restèrent plantés en voyant la bagarre impitoyable, Anthony se réveilla de sa torpeur et couru appeler un prof. Ils durent si mettre à trois pour les séparer.
Les deux enfants étaient en sang. Loïc avait perdu une dent et s'était cassée la bras. Floireans avait la jambe cassée, une fracture au crâne. Loïc s'était prit un coup de pieds dans les parties sensibles. Floireans s'était faites mordre jusqu'au sang l'oreille. Les deux avaient énormément mal aux ventres. Les maux étaient si violents qu'ils se mirent à cracher du sang. Puis Floireans s'évanouit à cause de sa fracture, alors que Loïc tomba semi inconscient.
Ainsi se termina la dernière bagarre entre Floireans Saunier et Loïc Le Luyer.
Suite à ça, les deux enfants furent hospitalisés et les parents une fois de plus convoqué chez la directrice. Judwal ne put répondre présent vu qu'il était en pleine cession de cours. Cette fois la directrice ne laissa pas le loisir d'écouter les blabla habituels de la tante de Loïc et les phrases sans queue ni tête de Sonia. Elle annonça que les deux enfants seraient exclus une semaine.
Seulement ni l'un ni l'autre n'accomplis cette punition. Les parents de Loïc ayant marre du comportement violent dont faisait preuve leur fils, ils l'inscrivirent dans une école privée, prestigieuses et renommée dans la capitale. Foireans, sous l'accord des parents et du docteur Fontaine, renvoyèrent la fillette à l'hôpital psychiatrique à Rennes estimant qu'elle était trop dangereuse pour elle-même et qu'elle avait grandement besoin de contrôler ses émotions. Le docteur Fontaine essaya de comprendre ce qui avait provoquer ce soudain excès de violence. Après tout ce n'était pas la première fois que les élèves de sa classe s'en prenait à Fiona juste pour la provoquer. Quelque chose avait changé.
Ce qu'il ignorait était qu'au moment où Floireans avait levé les yeux suite à la déclaration de Loïc, elle avait vu cet instituteur des CP. Et elle n'avait pas réussit à ce contrôler.
Suite à cet épisode fulgurant, Floireans redevint douce comme un agneau. À la différence près était qu'elle s'employait corps et âme à ignorer l'univers tout entier se concentrant uniquement sur ce qu'elle aimait le plus au monde, le dessin et la confection de costume pour Siwgr.
Et voilà qui marque la réapparition de l'instit. J'aime pas ce personnage mais vraiment pas. Des fois je me fais peur à écrire sur de tels personnages. Bref, j'espère que ce chapitre vous aura plu. Je suis sûre que dans vos écoles, vous avez aussi connu des légendes bizarres. N'hésitez pas à les partager en commentaire (*chuchote* vous pouvez en profiter pour laisser votre avis, mais chut.)
Allez à la prochaine !
