Bonjour à tous !
Voilà la suite des aventures de Nerys & cie, en espérant que ça vous plaise ! Je trouve que ce chapitre-ci est plus "complet" que le précédent, mais j'attends vos avis ;)
Je vous remercie pour vos follows/favorites, et également pour vos reviews :)
Swan j'avoue que je m'amuse beaucoup avec Briséis, parce que je sais depuis le début quel est son plan d'avenir, mais je ne voulais pas vous le révéler trop tôt :) La révélation devrait arriver sous peu ! Je te remercie pour les compliments sur Nerys : honnêtement, j'avais peur que son hésitation rende la lecture redondante MAIS je trouve ça plus réaliste que le faire craquer en 2 semaines... Donc si en plus ça la rend plus attachante, c'est top ! Merci beaucoup pour ton avis :D
audelie on est effectivement sur un chapitre pas joyeux, pauvre Nerys ! Pour sa défense (et ses choix foireux) c'est qu'elle a toujours pensé que ce serait sa vie... Difficile d'oublier 17 ans d'éducation et de bourrage de crâne ^^ Il y a plus de Fred dans ce chapitre-ci, j'espère que ça te fera plaisir ;) Merci pour ton mot et de prendre le temps de commenter chaque chapitre, ça me motive à fond :)
Charnar merci ta review :) Tu n'auras pas eu à patienter trop longtemps pour le chapitre suivant ahah ! Je ne pense pas être aussi rapide pour le prochain mais je fais de mon mieux ^^
clochette69 je te remercie d'avoir laissé un commentaire :) L'évolution des personnages me tient très à coeur donc je suis ravie qu'elle se ressente à la lecture ! J'espère que la suite te plaira :)
Merci encore d'avoir pris le temps de me laisser un petit mot ! Ca m'encourage et me motive grandement dans l'écriture :)
J'ai posté plusieurs - courts - chapitres sur Quidditch's Lovers si ça vous intéresse. C'est une romance entre Olivier Dubois et la petite soeur de Marcus Flint ;) Le ton est très différent de cette histoire : c'est plus léger, moins drama, moins "complet" mais ça me permet d'écrire même quand je suis d'humeur très légère. Je vous invite à aller jeter un coup d'oeil :)
Je vous dit à bientôt pour le prochain chapitre (pas de date à vous donner, je n'ai encore rien écrit ahah).
Bonne lecture ! :)
CHAPITRE 20 : JANVIER (4)
Nerys se sentait un peu ridicule à attendre debout dans le couloir que quelque chose se passe. Elle se sentait comme quelqu'un en faute, quelqu'un qui ne devrait pas se trouver là. Le sentiment ne venait pas de nul part : Nerys savait que la curiosité était un bien vilain défaut, et pourtant elle y cédait totalement à cet instant.
Elle n'avait pas eu l'intention d'espionner Fred ou de découvrir sur quoi reposaient les soupçons d'Ombrage, mais l'occasion s'était présentée à elle sur un plateau d'argent, et la curiosité avait été plus forte que la retenue. Elle avait prévu d'aller à la bibliothèque rejoindre Olivia, mais en chemin elle avait croisé un groupe bien étrange d'individus : Katie Bell, Cho Chang et les jumelles Patil. Ces quatre là n'étaient pas amies, elles n'étaient même pas copines de loin. Katie Bell et Cho Chang étaient même rivales sur le terrain de Quidditch et la rumeur prétendait que la rivalité s'étendait jusque dans la vie de tous les jours à Poudlard.
La composition de ce groupe étonna Nerys, mais elle n'aurait rien fait de plus si elle n'avait pas entendu un certain nom dans leur conversation : "les Weasley et Potter y sont déjà..." Cela avait suffit à attiser sa curiosité. Elle ne l'avait pas cherché mais elle venait sans doute de mettre le doigt dessus : le fameux groupe secret d'élèves que Ombrage soupçonnait.
Suivre les gens n'était pas sa spécialité mais les filles semblaient trop pressées pour remarquer sa présence à quelques pas derrière. Elle les suivit jusqu'au cinquième étage, mais perdit leur trace au milieu d'un grand couloir sans porte. Les filles n'avaient pas pu disparaître, et malgré ses recherches, Nerys ne les trouva nul part. Elle en vint à a conclusion qu'il devait exister un passage secret dans le couloir dont elle n'avait pas connaissance : personne ne pouvait connaître tous les mystères de Poudlard !
Un instant elle hésita entre rester, ou rejoindre la bibliothèque pour travailler. La raison lui soufflait qu'il était ridicule de se trouver là, mais son coeur se ravissait de la possibilité de croiser Fred. Nerys n'était pas du genre à céder à ses émotions facilement mais elle décida qu'un peu de curiosité de la tuerait pas ! Elle attendrait.
Le temps passa.
Au bout de ce qui sembla être une éternité (et qui avait bien failli avoir raison de son obstination), Nerys entendit du bruit dans le couloir.
Elle se pencha un peu à l'angle du couloir - l'endroit idéal pour observer sans être vu - et découvrit une file d'élèves qui sortait d'une salle... Comment avait-elle pu rater cette porte ?!
Les premières personnes à sortir était Cho Chang et d'autres Serdaigles (Nerys ne les connaissait pas tous). Venaient ensuite les jumelles Patil accompagnées de Finnigan et Thomas, puis le petit Neville Londubat en pleine conversation avec Loufoca Lovegood, et enfin les jumeaux Weasley avec leur jeune frère et la petite Brown. D'autres personnes les suivaient, c'était un véritable groupe qui sortait de la salle (les soupçons d'Ombrage étaient fondés !) mais Nerys n'avait d'yeux que pour Fred. Elle n'avait aucune idée de ce que les élèves pouvaient bien faire là-dedans. Ils étaient d'année et de maison différentes (bien qu'aucun Serpentard n'avait été invité à la fête) et il était difficile d'imaginer ce qui pouvait regrouper des gens si différents.
Quand le groupe approcha du bout du couloir, Nerys se recula pour tenter de sa masquer sa présence derrière l'une des statues.
C'était presque réussi.
- Hé ! Qu'est-ce que tu fais là ?
L'une des élèves avait remarqué sa présence. Lavande Brown s'avança du petit groupe, le visage chiffonné. C'était une petite peste mais elle ne manquait pas de courage. Son intervention fit tourner tous les visages vers Nerys, qui se sentit aussitôt mal à l'aise.
Elle était prise au piège.
Son attitude montrait clairement qu'elle n'était pas juste en train de se balader. Elle avait agi trop vite sous le coup de la panique : plutôt de tenter de masquer sa présence, elle aurait dû avancer dans le couloir comme quelqu'un n'ayant rien à se reprocher. Les élèves l'aurait sans doute dévisagée, mais sans être sûrs qu'elle les espionnait. Là, elle ne pouvait pas nier. Son cerveau était en ébullition pour tenter de trouver une excuse acceptable (ou bien quelque chose qui leur clouerait le bec) mais rien ne lui vint. Nerys Avery était une fille bien élevée, mais on ne lui avait jamais appris à réagir sous le coup de la panique.
- Nerys ?
La voix de Fred brisa le silence gênant.
Il s'avança vers elle, laissant les autres élèves se grouper derrière lui. Ils l'observaient tous d'un air suspect, certains avaient même un regard agressif. Nerys les regarda un à un, essayant de mettre un nom sur chacun de ces visages. Elle nota que Potter-le-survivant et la petite Granger étaient absents, alors que les deux plus jeunes Weasley étaient là.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda Fred.
Nerys était gênée de la présence des autres élèves autour d'eux, mais visiblement aucun d'eux n'avait envie de leur laisser un peu d'intimité. Il faudrait faire avec.
- Ombrage m'a demandé de te surveiller, elle sait qu'il y a des activités suspectes.
Ce n'était pas exactement la raison de sa présence ici - du moins, ça n'expliquait pas tout - mais se réfugier derrière Ombrage était un bon argument pour se défendre. Fred savait que ce n'était pas la première fois qu'Ombrage tentait de manipuler Nerys pour la dresser contre lui. Il devait donc savoir qu'elle ne dirait rien...
- C'est juste des amis, on discutait.
Le ton de Fred était froid et sec. Il était sur la défensive et le mensonge était évident. Il aurait pourtant dû savoir qu'il n'avait aucune raison de se méfier d'elle. La Serpentard pouvait comprendre les regards noirs des autres élèves, méfiants à son égard, mais Fred ? Elle avait déjà menti à Ombrage pour lui.
Nerys fut vexée de sa réponse. Bien sûr, c'était elle qui avait mis de la distance entre Fred et elle, mais ça ne voulait pas dire qu'il devait lui parler comme si elle était une inconnue. Au delà du mensonge - qu'elle pouvait cautionner car il n'avait aucune raison de lui révéler tous ses vilains petits secrets - c'était son attitude qui lui brisait le coeur. Fred Weasley lui montrait clairement qu'il avait tiré un trait sur elle, et qu'elle devenait une Serpentard aussi méprisable que les autres. Nerys n'aurait pas pu se sentir plus idiote qu'en cet instant : pourquoi donnait-elle tant d'importance à quelqu'un qui lui en donnait si peu ?
Alors elle décida de se draper dans le peu de dignité qui lui restait.
- C'est noté, fit-elle d'un ton impérieux.
Et avec l'air le plus fier qu'elle pouvait avoir, elle lui tourna le dos et s'éloigna.
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Lorsqu'elle arriva dans le couloir menant à la salle commune, elle aperçut une silhouette immobile près de l'antre des Vipères. La lumière était faible mais elle connaissait trop bien Gale pour ne pas le reconnaître du premier coup d'oeil. Elle n'avait aucune envie de se lancer dans une discussion avec lui : elle était encore bien trop agacée de son entrevue avec Fred à l'instant et des questions qui tourbillonnaient dans sa tête au sujet du groupe suspect. Malheureusement, il n'y avait aucun moyen de s'éclipser discrètement.
Plus forcée que ravie, Nerys s'approcha de lui et lui fit un léger sourire. Mais Gale releva les yeux vers elle avec une expression qui n'avait rien de neutre ou d'agréable : il était en colère. Ses yeux étaient noirs de rage, et sa bouche pincée. Aïe !
Elle espérait secrètement que la colère de Gale n'était pas dirigée contre elle - elle n'avait rien fait de mal. Peut-être que c'était Briséis qui en avait rajouté une couche, ou quelqu'un d'autre qui avait eu un comportement déplacé ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir.
- Est-ce que tout va bien ? Fit-elle de sa voix la plus douce.
La question était rhétorique; elle voulait plutôt que Gale lui explique la raison de sa colère.
- Je ne veux plus jamais que tu parles ou que tu regardes un Weasley.
Gale semblait se contenir de toutes ses forces en parlant, comme si il tentait de maintenir la colère qui lui donnait envie de hurler. Nerys l'avait rarement vu comme ça. Gale maîtrisait trop bien ses émotions pour les dévoiler, et seule une colère noire et terrible pouvait percer sa carapace.
La sentence de Gale était sans appel, mais Nerys ne comprenait pas son jugement. Elle avait abandonné Fred, que pouvait-elle faire de plus ? Personne d'autre ne savait ce qui s'était passé, et personne d'autre n'aurait à le savoir. La décision lui avait brisé le coeur mais elle l'avait fait malgré tout. Après une seconde de malaise et de désespoir, elle se reprit en main, agacée de cette remarque qu'elle estimait injuste.
- De quoi tu parles ? Demanda t-elle un peu sèchement.
Elle se sentait déjà triste et malheureuse par rapport à cette histoire, elle n'avait pas besoin que Gale y rajoute des attaques injustifiées. Fred et elle ne se parlaient plus depuis des jours et elle arrivait plutôt bien à se maîtriser pour ne pas sans cesse le regarder. Elle avait fait des efforts !
Mais elle avait oublié qu'à Poudlard, les murs avaient des yeux et des oreilles.
- Je t'ai vu lui parler dans le couloir. Tout le monde vous a vu ! La manière dont tu le regardes est dégoûtante. Dois-je te rappeler que les Weasley sont des traîtres ? Ils sont pauvres, mal éduqués, et se reproduisent plus vite que des gens de leur espèce ne devraient pour le bien de l'humanité.
Gale déversait toute sa haine et toute sa rage pour la concentrer sur Weasley. Sa remarque ne laissait pas de place au doute : Nerys réalisa qu'il l'avait vu quelques instants plus tôt, alors qu'elle espionnait le groupe secret. Elle aurait dû s'en douter... Ombrage avait dû se faire plusieurs alliés parmi les Vipères et avait demandé à tous ses petits oiseaux de se renseigner. Nerys avait été idiote de ne pas prendre ça en compte, et naïve de croire que jamais Gale ne tomberait dans les filets de la femme en rose. Elle avait oublié que Gale avait de l'ambition et prenait toujours garde à tisser de bonnes relations : Ombrage était détestable mais elle était une femme de pouvoir.
- Ne parle pas de lui comme ça, siffla t-elle.
C'était une réaction ridicule mais elle n'avait pas envie d'entendre ces choses-là à propos de Fred. Elle savait qu'elle aurait dû penser comme Gale, et elle l'avait fait à une époque, mais c'était bien loin derrière elle maintenant. Les Weasley avaient de nombreux défauts, mais qui étaient-ils pour juger ? Nerys aurait pu faire une liste encore plus longue des défauts de leur monde. Au moins Fred ne faisait pas semblant, il était gentil, il était naturel, il n'attendait rien d'elle. En cet instant, peu importait l'indifférence du rouquin : l'affection que Nerys lui portait la poussait à la loyauté.
- Tu fais n'importe quoi Nerys, n'importe quoi ! Je ne devrais même plus te parler ni te regarder, tu devrais être inexistante !
Gale sifflait plus qu'il ne parlait et Nerys sentait à quel point il brûlait d'envie de lui cracher ces mots à la figure.
La menace de Gale la glaça. Jamais il n'avait évoqué avec autant de clarté à quel point elle avait fauté. Elle ne savait pas très bien ce que Gale pensait de tout ça (était-ce une simple béguin, ou soupçonnait-il qu'il y avait eu plus ?) mais le plus minime de ses soupçons était déjà de trop et suffisait à faire de Nerys l'exclue de leur monde. Si Gale parlait, elle était perdue : elle deviendrait la risée de toute sa maison, aucun de ses amis ne lui parlerait, Amadeus la délaisserait, et même son père lui tournerait le dos. Elle savait tout ça parce qu'elle connaissait les règles par coeur; et c'était à cause de ces mêmes règles qu'elle avait fait des choix compliqués. Elle avait perdu Fred pour rester digne de son monde; et voilà que Gale voulait retourner son monde contre elle.
- Fais-le alors, fais de moi la pestiférée.
Elle bluffait; elle espérait que Gale n'allait pas gâcher sa vie entière. Que lui resterait-il ? Elle n'osait même pas y penser.
- Et pourquoi pas ? Ce n'est pas que des histoires d'ados ! Quand on va sortir du château et qu'il faudra choisir un camp, que feras-tu ? Moi je le sais, et je serai l'ennemi de Saint-Potter. Et toi, tu seras mon ennemie ?
Les propos de Gale choquèrent assez Nerys pour la faire chanceler; elle s'appuya contre le mur pour ne pas se laisser étourdir par la vérité.
Elle prit conscience qu'il n'était plus question d'un béguin interdit, d'une amourette avec Fred Weasley. Les propos de Gale allaient bien au-delà de cette histoire. Elle en savait trop pour ne pas comprendre ce qui se cachait derrière ces propos : Gale venait de lui avouer qu'il comptait rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres. Elle s'en doutait mais qu'il lui balance aussi clairement lui faisait autant mal qu'une gifle.
- Tu me fais la morale alors que... Ce sont des meurtriers Gale, tu ne peux pas sérieusement songer à les rejoindre !
Elle contenait tant bien que mal l'angoisse et la tristesse qui commençaient à prendre possession de son coeur et de tout son être. Elle n'avait pas envie de penser à ça, elle n'avait pas envie de penser à la menace qui pesait au-dehors de Poudlard, elle n'avait pas envie de penser à ce qu'elle devrait faire dans quelques mois. Elle était angoissée par toute cette idée, si bien qu'elle l'avait complètement refoulée. Les propos de Gale firent renaître sa panique : son souffla se coupa et sa vue se brouilla.
- Tu ne comprends pas Nerys...
Son ton désabusé, celui d'un homme qui croit que les femmes ne peuvent pas comprendre toutes les choses du monde, balaya la panique de Nerys pour céder la place à la colère.
- Oh, mais je comprends très bien ! Tu te fais enrôler dans ces choses-là ! Ce n'est pas toi ! Tu ne vas pas tuer des innocents pour... pour quoi au juste ?
Gale et elle n'étaient qu'à quelques centimètres de distance, habités par la même rage et la même colère. A cet instant précis, Nerys le détestait et la lueur dans les yeux de Gale lui indiquait que le sentiment était réciproque. Son émotion était si forte qu'elle aurait pu la rendre violente : elle rêvait de le gifler pour le ramener à la réalité.
- J'ai un idéal Nerys, un idéal que tu as aussi. On veut un monde exclusivement sorcier. Les moldus n'ont pas leur place chez nous. Et parfois, défendre ses idéaux signifie déclarer la guerre... Les morts et le reste, ce ne sont que des dommage collatéraux.
Le ton de Gale était moins agressif, mais la gorge de Nerys se serra.
Parler de la mort de sorciers innocents comme d'une simple conséquence regrettable... Réalisait-il seulement ce qu'il disait ? Comment Gale, l'être humain qu'elle aimait le plus au monde (après son père), pouvait imaginer tuer quelqu'un de sang-froid ? D'un coup elle avait l'impression de ne plus du tout le connaître. Elle ne savait plus qui elle était depuis un certain temps, mais elle ne savait plus qui il était non plus. Tout changeait, tout était bouleversé, et elle n'aimait pas ces changements.
Et puis il lança cette phrase, si innocente, si typique des Serpentards, si fidèle à leur ambition; une phrase que Nerys elle-même sentait au fond de son être :
- Tu sais ce qu'on dit : la fin justifie les moyens.
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Nerys resta à la bibliothèque bien après le départ d'Olivia. La petite Poufsouffle était partie dîner, mais la Serpentard avait prétendu avoir trop mangé à midi pour éviter de devoir aller se joindre aux autres. Elle évitait tout le monde depuis deux jours, et cela incluait également les repas. Rater les cours n'était pas une option, alors elle s'y rendait, mais elle gardait les yeux fixés au sol et refusait d'échanger le moindre mot avec quiconque.
Pour le dire plus clairement, Nerys se sentait clairement au fond du trou.
Depuis des mois elle tentait de maintenir sa vie telle qu'elle existait et telle qu'elle l'aimait. Elle avait naïvement pensé que les choses pourraient rester ainsi jusqu'à la sortie de Poudlard, mais tout semblait déjà se disloquer. L'histoire avec Fred Weasley l'avait rendue triste - lui avait même brisé le coeur si elle osait être honnête - mais elle savait qu'elle aurait réussi à gérer les choses si ses amis avaient été présents pour elle. Mais elle réalisait maintenant qu'ils prenaient tous des chemins différents, et que l'éloignement était inévitable, Poudlard ou pas. Le mutisme de Briséis l'avait agacé; les révélations de Gale l'avaient complètement terrassée.
Elle ne se sentait pas capable de faire semblant devant son meilleur ami, parce qu'une partie d'elle était désormais totalement dégoûtée par lui. Dans une autre vie, le rêve de Nerys aurait été de devenir Médicomage; elle donnait trop d'importance à la vie pour cautionner la guerre. Alors elle l'évitait, et Gale le lui rendait bien : lui-même devait être dégoûté par le comportement qu'elle avait eu envers Fred Weasley. Nerys savait maintenant qu'il soupçonnait assez la vérité pour ne plus vouloir la regarder en face. Elle était juste étonnée qu'il ait gardé ses soupçons pour lui, plutôt que de les diffuser et de faire d'elle la pestiférée d'un monde qui ne pardonnait pas.
Malheureusement, aussi agréable qu'était la bibliothèque, elle ne pouvait pas être un refuge pour toujours : la bibliothécaire la chassa quelques instants avant l'heure du couvre-feu. Nerys fut surprise de constater que la bibliothèque était vide en dehors de sa présence et de celle du petit Neville Londubat. Elle n'avait jamais remarqué à quel point le petit Gryffondor pouvait avoir l'air solitaire; mais c'était une solitude imposée et pas souhaitée. Elle aurait sans doute eu pitié pour lui si elle n'avait pas été aussi concentrée sur ses propres problèmes.
L'heure du couvre-feu approchait et Nerys savait qu'elle devait se dépêcher de rejoindre sa salle commune pour ne pas enfreindre le règlement, mais elle n'était pas d'humeur. Elle se sentait vide, épuisée, au bout du rouleau (et ça n'avait rien à voir avec le travail qu'elle venait d'effectuer à la bibliothèque).
Alors, à mesure que ses pas la rapprochait de l'endroit qu'elle redoutait, les larmes se mirent à rouler sur ses joues sans qu'elle fasse le moindre effort pour les contenir. Elle n'avait ni l'envie, ni la force.
- Avery !
La voix qui résonna dans le couloir n'aurait pas pu être plus annonciatrice de malheur.
Nerys n'avait aucune envie d'affronter cette personne (ni qui que ce soit d'autre d'ailleurs) alors elle continua son chemin en espérant pouvoir s'échapper.
Mais la personne la rattrapa et se mit en travers de son chemin : Elena Watson, avec toute sa suffisance et sa satisfaction de la prendre - presque - en faute se tenait devant elle. La Préfète-en-chef avait eu une journée chargée mais l'occasion était trop belle de s'en prendre à son ennemie jurée. Nerys Avery commettait peu de faux pas : il fallait sauter sur l'occasion. Quel plaisir que ça aurait été pour elle que d'enlever des points à Serpentard à cause de la préfète !
En temps normal, Nerys n'aurait pas dit non à une petite pique verbale avec Watson, quitte à échanger quelques sorts au besoin, mais ce soir-là, elle ne s'en sentait tout simplement pas la force. Elle n'arrivait même pas à regarder le visage de la Poufsouffle : elle regardait bêtement ses pieds, en espérant que l'autre s'éloignerait sans remarquer ses larmes.
- Promenade après le couvre-feu... Presque ! Je doute que tu arrives à ton dortoir à temps.
Watson ricana, fière de son mauvais coup. Nerys savait qu'elle ne cherchait qu'à la retarder pour la mettre en faute, et qu'elle aurait dû déguerpir sans demander son reste mais encore une fois : elle n'avait pas la force.
Son cerveau fonctionnait encore, mais c'était comme si l'apparition de Watson avait mis son corps sur pause.
Ou presque.
Pour toute réponse à la provocation de la Prefète-en-chef, Nerys fondit en larmes.
Ce n'était pas quelques larmes solitaires et un nez froissé comme juste avant; c'étaient des sanglots douloureux et bruyants comme ceux d'un enfant. Nerys se cacha le visage dans les mains, les mouillant entièrement de ses larmes, et elle sentait ses épaules s'agiter, et sa respiration se faire de plus en plus difficile. C'était comme si l'air refusait de rencontrer dans son corps, si douloureux de chagrin.
- Euh... Est-ce que quelqu'un t'as fait du mal ? Demanda la préfète-en-chef après quelques secondes d'étonnement.
Nerys et elle se détestaient depuis des années et elle souhaitait respectivement le malheur de l'autre; du moins en théorie... La Poufsouffle pouvait être peste et arrogante, mais elle n'avait pas le coeur assez fermé pour être insensible aux malheurs d'autrui. Les larmes de Nerys la déstabilisait totalement et elle n'avait aucune envie de se servir de son chagrin pour la détruire davantage : c'était peut-être ça la bonté si légendaire des Poufsouffles.
- Tu veux aller à l'infirmerie ? Insista Watson devant son manque de réponse.
Nerys semblait être incapable de s'arrêter de pleurer. Les larmes coulaient à un flot presque irréel.
Alors il se passa une chose invraisemblable : avec une maladresse que des mots n'auraient pas suffit à décrire, Elena Watson se rapprocha de Nerys Avery pour lui tapoter l'épaule, et finit par carrément glisser son bras autour de ses épaules agitées de chagrin. Le geste laissait peu de place à l'interprétation : elle tentait de la consoler.
Sa tentative eut le mérite de ramener Nerys à la réalité. Les minutes passèrent, et son chagrin sembla se calmer. Ses épaules retrouvèrent leur calme habituel, sa respiration redevint normale, et même les larmes cessèrent de couler.
- Merci, murmura Nerys dès qu'elle en fut capable.
Être consolée par sa pire ennemie avait quelque chose d'aussi invraisemblable qu'embarrassant. Nerys serait probablement morte de honte en réalisant ce qui venait de se passer si Watson n'avait pas eu un air aussi gêné que le sien sur le visage. De tout le château, c'était probablement la pire personne sur qui elle pouvait tomber. Elle se demandait même si elle n'aurait pas préféré que Watson l'insulte et la rabaisse plus bas que terre pour accentuer son malheur.
Enfin, au moins la gêne avait eu le mérite de faire disparaître ses larmes et, pour l'instant, ses problèmes principaux.
Elle avait été habituée à bien des choses, à bien des façons de toujours conserver sa dignité ou la rattraper si elle se retrouvait dans une situation délicate. Mais son cerveau semblait être au ralenti et rien ne lui venait à l'esprit. Nerys resta donc à fixer la Poufsouffle un peu bêtement, ne sachant pas quoi dire de plus.
- Hum... Que ça ne soit pas une excuse pour ne pas faire ta ronde de préfète demain, lança Watson d'un ton qui se voulait autoritaire.
Elle reprit son expression de petite peste, mais Nerys n'était pas dupe : Watson faisait semblant. En temps normal elle aurait été agacée par le ton autoritaire de la préfète-en-chef, mais à cet instant, elle lui était surtout reconnaissante de remettre un peu de normalité dans leur relation (qui était plus axée sur l'agacement et la provocation).
- Euh, non.
Malgré ses efforts, Nerys n'était pas encore en état de réagir correctement.
Watson sembla juger que la situation allait mieux, ou qu'en tout cas l'occasion était idéale pour s'enfuir, puisqu'elle haussa les épaules et repartit de là où elle était arrivée, oubliant même de réprimander Nerys pour balade après le couvre-feu.
Nerys resta un moment seule dans le couloir, perdue dans ses réflexions.
Cela faisait des jours qu'elle cherchait une réponse à une question essentielle : qui était-elle ?
Elle ne savait pas encore. Ce qu'elle savait, en revanche, c'était qu'elle n'était plus la même. La Nerys qui existait en septembre dernier n'aurait jamais accepté la Nerys actuelle. Elle avait changé car il s'était passé tant de choses... Et même si cette pensée était loin d'être une réponse complète, elle se sentit assez soulagée ce soir-là pour trouver le sommeil. Le chemin était encore long, mais au moins elle comprenait mieux où il avait commencé.
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"Rdv dans le hall avant le dîner, à 19h" : l'écriture élégante et claire du petit mot (non signé) était forcément celle d'Adrian. Son mot était énigmatique et la curiosité de Nerys était un peu piquée. Elle redoutait néanmoins que ce tête-à-tête ne soit à propos de Gale et Briséis. La piquante brune refusait toujours de parler avec qui que ce soit qui soit issu de la maison Serpentard ou de leur cercle de connaissances, et Nerys avait évité Gale quasiment toute la semaine (et Adrian aussi, par ricochet). Et Gale l'avait évité aussi d'ailleurs. Elle était blessée mais trop fière et trop perdue pour revenir vers lui. Elle craignait que Adrian ne cherche à calmer toutes ces tensions, mais elle l'aimait assez pour faire l'effort d'aller lui parler.
Ses doutes se confirmèrent lorsqu'elle arriva dans le hall.
Il était complètement vide à part trois silhouettes dans un coin, qui semblaient peu ravies d'être ensemble vu la distance qui les séparait. Nerys reconnu sans mal Briséis, Gale et Adrian. Elle aurait aimé fuir, mais Adrian avait remarqué sa présence, et elle décida de s'avancer.
Les voir ne la ravissait pas vraiment : elle avait de la rancoeur contre eux. Elle leur en voulait de l'abandonner au moment le plus crucial de sa vie, alors qu'elle-même venait de faire le choix de les placer avant tout. Si elle avait repoussé Fred, ce n'était certainement pas pour vivre dans un grand manoir avec Amadeus ! C'était avant tout pour conserver ces amitiés qui comptaient tant pour elle. En retour, Briséis l'ignorait et Gale la méprisait. Elle commençait même à se demander si il n'avait pas fait le mauvais choix dans sa vie.
- Qu'est-ce qu'on fait là Adrian ? Demanda Briséis, incapable d'être patiente une fois dans sa vie.
Son regard était dynamique mais elle ne semblait pas en colère; c'était déjà ça.
- Hum, bonjour, dit Nerys de sa voix souple et polie.
C'était plus fort qu'elle : elle était trop habituée à se montrer bien élevée avec eux.
Elle évita le regard de Gale, croisa celui de Briséis, et s'attarda finalement sur Adrian.
- J'en ai marre de vos disputes, expliqua le Serdaigle sans plus de cérémonie. Vous refusez de vous adressez la parole pour des raisons stupides. Les amis ne font pas ça, les amis se parlent et se pardonnent.
Un silence suivit son explication.
- Je ne suis pas censé tout cautionner, maugréa Gale.
Il avait le visage fermé comme à son habitude, et cela agaça Nerys. Comme à son habitude, Gale Selwyn pensait tout savoir et faire mieux que les autres. Pourquoi ne se remettait-il jamais en cause ? Pourquoi pensait-il que c'était toujours aux autres de faire mieux ?
- Et nous, on devrait tout accepter ? Tu crois que tu es le chef ?
C'était la première fois de sa vie que Nerys osait faire un reproche aussi direct à Gale. Le respect, l'amitié et l'admiration qu'elle lui portait suffisaient en général à retenir une parole de travers. Mais elle en avait marre d'être bien élevée, et si Gale ne pouvait pas le supporter, elle pouvait vivre sans lui : ces derniers jours le lui avaient prouvé.
- Je n'essaie pas de faire le chef, j'essaie de prendre soin de vous.
Un ricanement échappa à Nerys. Aussi fort qu'elle l'aimait, elle avait toujours été très lucide sur le rôle que Gale occupait dans leur groupe d'amis (et plus généralement auprès de tous leurs camarades) : il se prenait pour le berger qui veillait sur ses douces brebis. Qu'il dise ne pas faire le chef était gonflé, tant il essayait de s'approprier ce rôle ! Et d'ailleurs, Nerys et les autres avaient accepté qu'il porte ce chapeau toutes ces années, mais maintenant, elle en avait assez.
- Tu ne prends pas soin de nous, tu veux nous manipuler et nous contrôler. Tu crois qu'on est tes poupées !
La voix de Nerys était froide et sèche. C'était la deuxième fois en moins d'une semaine que Gale et elle étaient si froids et si plein de reproches l'un envers l'autre. Cette constatation aurait pu lui briser le coeur, mais il était déjà brisé.
Adrian et Briséis étaient devenus les spectateurs silencieux d'une scène qui ne s'était jamais jouée. La Serpentard à la langue pendue ne semblait rien trouver à dire, et le Serdaigle si sage ne savait plus comment démêler la situation.
- Vous pensez que je veux vous contrôler, mais je veux juste que vous soyez heureuses. Vous n'êtes pas ma famille, vous êtes bien plus que ça. Penser au futur, au fait qu'on ne pourra pas être amis comme maintenant, ça me...
Le ciel avait dû s'écrouler sur Poudlard ce soir-là : Gale Selwyn se mit à pleurer.
Ce n'était pas qu'une unique larme héroïque, c'étaient les larmes enfantines et sans retenue d'un adolescent qui voit sa vie d'homme approcher à grands pas. La carapace de Gale Selwyn venait enfin de se fissurer et révélait un être autant en proie aux doutes qu'eux tous. Gale n'était pas parfait; il essayait juste de l'être.
Il n'en fallait pas davantage pour effacer le ressentiment du coeur de Nerys : la tristesse de Gale ressemblait si fort à la sienne qu'elle y était forcément sensible. Gale n'était pas parfait, mais elle l'aimait ainsi, et il était idiot de vouloir le contrôler. Il ferait ses choix et ses erreurs, comme elle l'avait fait.
Nerys avança d'un pas vers Gale, mais Briséis fut plus rapide.
Ses mains se glissèrent avec douceur dans le dos de Gale et elle l'attira à lui pour qu'il laisse éclater son chagrin dans ses bras.
Nerys observa la scène avec les yeux humides. Aucun tableau n'aurait pu être plus émouvant que celui qu'elle avait sous les yeux.
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- Sois maudit Lee Jordan, grogna Nerys en donnant un coup de cuter dans la plante de son camarade.
Sa rose dansante se ratatina un peu sur elle-même, continuant son ballet avec des mouvements tristes et faibles.
Nerys Avery venait de saboter une plante innocente. Elle se sentit aussitôt mal envers cette pauvre rose qui n'avait rien demandé, mais était bien satisfaite de voir que Lee ne risquait pas de réussir son devoir (faire exécuter une danse aussi jolie que possible à la rose). Elle n'était pas spécialement de mauvaise humeur ce jour-là (bien trop contente de s'être réconciliée avec ses amis), mais les blagues et les remarques incessantes de Lee avaient fini par l'agacer (comme toujours) et elle avait perdu son calme légendaire. Ce n'était qu'une question de temps de toutes façons.
- MISS AVERY ! Que faites-vous ?
La voix du professeur Chourave se fit plus aigu que jamais dans sa vie, et Nerys se raidit aussitôt. Un instant elle s'imagina que le professeur allait lui arracher la tête pour ce qu'elle venait de faire.
En réalité, Chourave se précipita vers la pauvre rose, essayant d'examiner l'ampleur des dégâts. De sa baguette et grâce à une légendaire main verte, Chourave sembla apaiser un peu la pauvre plante, qui réussit de nouveau à se tenir droite, sans toutefois retrouver sa grâce d'avant-coup.
La plante était sauvée, maintenant la sanction allait tomber :
- Bien, Miss Avery, puisque vous tentez de saboter votre camarade, je vous invite à échanger de place avec lui pour vous occuper de votre plante maltraitée.
Nerys en aurait presque soupiré de soulagement. Sa tête était toujours sur ses épaules et elle n'avait même pas écopé d'une retenue ! Avoir une mauvaise note en botanique n'était pas une punition : c'était automatique pour elle.
Lee Jordan se leva donc de son tabouret avec un air ravi - il sautait sur l'occasion dès qu'il avait le moyen de l'agacer - et elle dû l'imiter pour prendre sa place.
A l'instant où elle prit place sur le tabouret de Lee, la première chose qui l'assaillit fut l'odeur de Fred installé à sa droite. Il dégageait un parfum particulier : son odeur naturelle. Presque malgré elle, elle ferma les yeux le temps d'une seconde pour profiter de ce parfum si réconfortant. Elle ne pouvait pas ignorer les frissons qui parcouraient son corps, ni son coeur qui se contractait douloureusement dans sa poitrine, mais elle avait accepté l'idée qu'elle avait des sentiments pour lui. En fait, elle en était même venue à la conclusion qu'à ses yeux Fred Weasley n'avait jamais été qu'un "divertissement" : ce n'était pas son genre que d'envisager les hommes uniquement comme des objets de désir. Fred Weasley lui plaisait depuis longtemps; bien avant qu'elle le réalise. Cette idée lui faisait mal au coeur - encore plus lorsqu'elle songeait que Fred ne semblait ni désolé ni agacé de cette distance entre eux : il était indifférent. La pensée lui aurait presque donné envie de pleurer.
Mais elle se reprit en mains.
Elle tenta de se concentrer sur sa rose pour s'aérer l'esprit et ne pas se laisser contaminer par des pensées toxiques. Son humeur était meilleure maintenant que les choses étaient réglées avec Briséis et avec Gale. Leur amitié avait été perturbée mais Nerys avait espoir que tout revienne à la normale prochainement.
Malheureusement, toute la concentration du monde ne suffisait pas à rattraper sa maladresse en botanique : alors qu'elle tentait de couper l'une des feuilles de la rose (une astuce pour qu'elle puisse danser à son aise), la rose bifurqua sur elle-même et Nerys faillit la trancher toute entière.
Elle soupira.
- Tu veux de l'aide ?
A sa droite, Fred semblait n'avoir rien manqué de sa maladresse. Avant qu'elle ait eu le temps de réagir, il glissa légèrement vers elle (elle aurait remarqué le moindre centimètre de moins entre eux) et avança ses mains vers sa plante comme pour l'aider.
Dans la manœuvre, ses mains glissèrent près de celle de Nerys. Ce simple contact l'électrifia et la fit se raidir. Ce n'était rien de plus qu'un frôlement comme une brise du vent, mais elle lui laissa une sensation indescriptible dans la peau. En fait, cela lui donnait même envie de pleurer. Elle avait envie de pleurer car Fred lui manquait, car elle avait envie d'être avec lui, et qu'elle ne pouvait. Et Fred ne trouvait rien de mieux à faire que de le narguer - à moins qu'il était tellement indifférent qu'il ne réalisait pas ce qu'il faisait ?
Cette pensée suffit à faire sortir Nerys de sa léthargie :
- Certainement pas, Weasley.
Elle retira sa main si brusquement qu'elle manqua presque de tomber de son tabouret.
Son ton était sec mais elle n'avait pourtant aucune volonté de se montrer désagréable. Le seul reproche qu'elle pouvait faire à Fred Weasley, c'était son indifférence. Alors qu'elle avait le coeur presque déchiré d'être proche de lui sans pouvoir le toucher, il semblait très à l'aise dans cette situation. Elle lui en voulait un peu pour ça; pour cette facilité à tirer un trait sur elle et leur - presque - histoire alors qu'elle n'y arrivait pas. Sans doute qu'il s'était moins intéressé à elle que l'inverse. Qu'avait-elle pour plaire à Fred ? Rien : elle était trop bien éduquée, trop sage, trop malléable.
Cette rancoeur ne justifiait pas son comportement, elle le savait. Fred resta silencieux tout le reste du cours, refusant de lui adresser le moindre regard et elle lui était presque reconnaissante d'afficher de nouveau cette indifférence qu'elle pensait être dans son coeur.
Quand le cours de botanique se termina, Nerys regretta un peu son geste. Elle se demanda même si elle ne devrait pas s'excuser durant le cours de Soins en guise de bonne foi.
Elle n'eut pas besoin de s'inquiéter davantage : les jumeaux Weasley ne se donnèrent pas la peine de se présenter en cours de Soins.
