Chapitre 26
Quand nous nous postons face à la classe de Potions à la fin de notre petit-déjeuner, Lucretia est toujours en train de paniquer. Enfin, à sa façon. Le rendez-vous avec ses parents la stresse tellement que tous les élèves de Poudlard qu'elle a croisé en ont fait les frais. D'ailleurs, c'était marrant de voir tous ces troisièmes années de Poufsouffle partir en courant juste parce qu'elle leur avait jeté un regard noir - et que sa baguette avait craché des étincelles vertes très menaçantes. En même temps, quelle idée ils avaient eu de s'extasier sur la sortie à Pré-au-Lard de samedi en sa présence ?
Cela fait à peine quelques secondes que nous sommes arrivées lorsque Adrians ouvre la porte de sa salle de classe. Il jette un coup d'œil sur ses élèves puis, avisant mon amie avec sa baguette toujours à la main, lui demande :
- Miss Nott, rangez-moi cette baguette, je vous prie. Inutile de vous rappeler que vous n'en aurez pas besoin pendant mon cours.
Lucretia obtempère sans un mot puis entre en cours, Shelly et moi sur ses talons. Je m'apprête à prendre ma place habituelle lorsque Adrians tapote le tableau noir avec sa craie pour attirer notre attention.
- Au vu des résultats plus que suspects de certains ces dernières semaines, vous me ferez le plaisir de vous installer selon le plan affiché sur le tableau.
Je jette un coup d'œil audit tableau sous les protestations molles de mes camarades de classe. Je remarque immédiatement que notre trio a été éclaté, éparpillé aux quatre coins de la salle. Pourtant, nous ne sommes pas du genre à tricher.
J'envoie un regard assassin au professeur Adrians, sans doute un peu comme tous les autres, puis prends la direction de ma nouvelle place. Je suis installée en milieu de classe à côté d'un Gryffondor du nom de Liam Aubrey avec qui j'ai dû échanger en tout et pour tout cinq mots en plus de cinq ans. Ca promet.
- Salut, fait mon nouveau voisin.
Au moins, il est poli. C'est déjà ça. Donc, je lui réponds :
- Salut.
Sans un mot de plus, je pose mon sac sur la table, en sors le matériel dont je vais avoir besoin pendant les deux prochaines heures puis m'installe sur la chaise.
- Pas cool de sa part, hein ? Poursuit-il. A ton avis, on le doit à qui ? Qui a été assez bête pour tricher pendant le cours d'Adrians ?
Je me tourne vers le jeune homme, intriguée. Plutôt grand, les cheveux châtains et les yeux noisettes, il est du genre mignon mais banal. Normal qu'il ne soit pas resté gravé dans ma tête. Sans compter que c'est un Gryffondor, et que je n'ai jamais pris la peine de tenter de me lier à cette espèce. Quand on a onze ans et qu'on croise la route de James Potter, ça vous vaccine.
- Il n'y a que des Poufsouffle ou des Gryffondor pour être aussi cons. Les Serdaigle sont assez bosseurs pour ne pas s'abaisser à de telles extrémités et aucun Serpentard ne se serait fait prendre.
- Vexant mais véridique, répond-t-il avec un petit sourire avant de se taire puisque Adrians commence son cours.
Je passe l'heure suivante à prendre des notes, avant que le professeur nous donne l'ordre de commencer la potion. Nous partageons équitablement le travail avec Aubrey. Heureusement, parce que je me voyais mal faire tout le boulot à sa place jusqu'à la fin de l'année. De toute façon, je lui aurais fait comprendre ma façon de penser avant ça.
- Vous pouvez arrêter là, fait Adrians quelques minutes avant la sonnerie de la fin du cours. Pour la semaine prochaine, je veux que vous me fassiez trente centimètres de parchemin sur les propriétés de l'armoise dans les élixirs éternels. Même si je sais qu'on se reverra avant cela, je vous conseille de vous y mettre tout de suite.
La sonnerie retentit à la fin de ses mots. Je m'empresse de rassembler mes affaires, histoire de retrouver mes amies au plus vite et d'avoir le temps de courir jusqu'à mon cours de Botanique qui se déroule dans la serre la plus éloignée du parc.
- Ca te dit qu'on potasse le devoir de Potions ensemble ? me demande soudain Aubrey alors que je glisse mon sac sur mon épaule. On irait sans doute plus vite à deux.
Je marque un temps d'arrêt, surprise. Qu'est-ce qu'il lui prend tout à coup au Gryffondor ? Pourquoi il veut qu'on fasse ça ensemble ? Je le regarde d'un peu plus près. Il me sourit avec amabilité et concentre toute son attention sur moi. Il ne semble pas me proposer ce travail en duo par simple politesse. Et puis, comme Lucretia et Shelly ne sont pas les meilleures personnes qui soient quand il s'agit de travail personnel, je ferais sans doute mieux d'accepter.
- Pourquoi pas, dis-je alors que nous prenons le chemin de la sortie. Mais pas mercredi, j'ai entraînement de Quidditch.
- Oui, je sais. Je comptais te proposer demain, après les cours. Nous pouvons nous retrouver à la bibliothèque, qu'est-ce que tu en dis ?
Nous quittons les cachots et passons dans le hall. D'un simple coup d'œil, je constate que Shelly et Lucretia nous suivent. Je m'étonne de les voir rester à l'écart.
- Je n'ai rien contre. Mais il faudra que je te confirme. Je suis en retenue toute la semaine mais je ne sais pas encore à quelle heure.
- Vraiment ? Pourquoi ?
- Il semblerait que nous n'ayons pas le droit de mettre les pieds aux cuisines.
Nous sortons dans le parc. Une brise très fraîche nous accueille. Je ressers l'écharpe autour de mon visage et glisse les mains dans les poches de ma cape. Aubrey toujours à mon côté, je remonte la piste déneigée qui mène au cours de Botanique. Nous croisons les septièmes années qui en sortent. Je repère très vite la touffe rousse de James qui discute avec une Serdaigle.
Mon cœur s'emballe légèrement. J'espère vraiment que Dominique a tort. Je ne sais pas comment je réagirais si James avait un geste ou une parole déplacé, d'autant que Lucretia me suit de près. A ma gauche, j'entends Aubrey qui me pose une question mais je ne l'écoute pas. Je préfère suivre le conseil de Dominique et de regarder James d'un nouvel œil. Je détaille son uniforme enfilé à la va vite et la silhouette qu'il dissimule mais rien de nouveau de ce côté là : je sais pertinemment que James est bien bâti. Plus que ça même. Grâce au Quidditch, on est obligé de se garder en forme et il me semble que le Gryffondor va même plus loin que ça.
Je fixe ensuite mon regard sur son visage. Il et toujours en grande discussion avec une fille de Serdaigle. Elle doit dire un truc drôle puisque, d'un coup, il éclate de rire. Il passe une main dans ses cheveux ébouriffés puis son regard glisse sur moi.
- Hey, tu m'écoutes ?
Je me tourne vers Aubrey, qui me donne une excellente raison de me détourner de James sans que ça ne semble suspect. Pour attirer mon attention, le jeune homme a même posé sa main sur mon bras.
- Désolée, j'étais plongé dans mes pensées. Tu disais ?
Le Gryffondor affiche un sourire un peu moins assuré que précédemment. Je l'ai sans doute vexé en l'ignorant.
- Je te demandais si tu comptais aller à Pré-au-Lard samedi.
- Ah ? Oui, mais pas le matin, donc on peut aussi travailler le devoir de Potion à ce moment-là si il s'avère que je n'ai pas mes soirées.
Aubrey affiche un visage surpris mais se reprend bien vite.
- Euh, si tu veux, mais ce n'est pas . . .
Je l'interromps alors que je pense soudain à quelques chose en croisant l'aîné des Potter, qui semble vouloir m'ignorer.
- James ?
L'interpellé sursaute et se tourne vers moi. A son regard, je comprends qu'il ne s'attendait pas à ce que je m'adresse à lui.
- On a un devoir à faire sur les propriétés de l'armoise à rendre pour la semaine prochaine. Tu n'aurais pas une autre de tes fiches de révision à ce sujet par hasard ?
Il ne répond pas tout de suite. Il regarde d'abord son camarade de maison qui m'accompagne, fronce un peu des sourcils en le détaillant. Je ne me rends compte qu'à ce moment-là que Aubrey a toujours sa main sur mon bras. Je m'en dégage. Le regard de James revient sur moi.
- Sans doute, si. Tu la veux ?
- Si ça te dérange pas. Aubrey et moi, on compte travailler dessus demain soir.
- OK. Je vais voir si je peux te trouver ça. Je te tiens au courant.
Je le remercie d'un sourire et repars vers les serres, non sans avoir aperçu le regard assassin que James lance à Aubrey avant de reprendre sa route. Je me félicite ensuite intérieurement d'avoir réussi à adresser la parole au Gryffondor sans que ce qu'il s'est passé samedi me revienne en tête. J'espère que ça va continuer comme ça.
0OoO0
A la fin du cours de Métamorphose, Lucretia et moi descendons déposer nos affaires de cours dans notre dortoir, avant de remonter s'installer à la table des Serpentard pour être les premières à dîner. Adrians étant passé pendant le déjeuner m'apporter un courrier signé de la directrice, je sais à présent que je suis en retenue tous les soirs de la semaine de dix-neuf à vingt-et-une heures. J'ai rendez vous dans le bureau de Scrooge pour savoir quelle basse besogne je vais devoir accomplir pendant les cinq prochaines soirées.
Dans la Grande Salle, je jette un œil sur la table des rouge et or, tout en prévenant mon amie :
- Vas-y déjà, faut que j'aille parler à Aubrey. Je te retrouve après.
- Aubrey ? s'étonne-t-elle. Qu'est-ce que tu lui veux ?
- On devait bosser le devoir de Potions demain soir, mais ça tombe à l'eau à cause de ma retenue. Faut que j'aille le prévenir, dis-je en repérant finalement le Gryffondor en bout de table.
- Pose lui un lapin.
C'est une option. Mais j'ai été élevé un peu mieux que ça quand même. Sans parler du fait que je n'ai pas envie de me mettre à dos celui qui va passer le reste de l'année à préparer des potions dangereuses en ma présence. Je tiens à mon intégrité physique.
- Pas cette fois-ci. Je te rappelle que les explosions - intentionnelles ou pas d'ailleurs - sont monnaies courantes en cours de Potions.
Lucretia roule des yeux, signifiant par là qu'elle n'est pas d'accord avec mon raisonnement, mais s'éloigne quand même seule en direction de notre table. J'en profite pour traverser la Grande Salle dans sa longueur jusqu'à Aubrey, attablée avec ses amis. Il me tourne le dos, mais son pote qui lui fait face le préviens de mon arrivée. Aubrey se lève alors très vite de sa table pour m'accueillir. Avant qu'il n'est pu placé un mot, je lui annonce :
- On ne pourra se retrouver à la bibliothèque que samedi matin, je suis en retenue demain soir. Ca te va toujours ?
Aubrey sourcille puis balbutie son accord. Il semble assez gêné, ce qui m'interpelle, puisqu'il avait plutôt l'air tout à fait à l'aise en ma présence le matin même. Je me demande ce qu'il s'est passé entre temps pour le mettre dans cet état de nervosité.
- Cool. Rendez-vous à neuf heures ?
Les yeux du Gryffondor s'égare un peu plus loin sur sa table avant de me répondre rapidement par l'affirmative. Son comportement est vraiment de plus en plus bizarre, aussi, je décide de ne pas m'attarder plus que besoin et me détourne sans un mot de plus.
Je prends la direction de ma table mais je n'ai le temps de ne faire que quelques pas avant d'être stoppé par une poigne forte qui m'attrape par le bras. Je me retourne pour tomber nez à nez avec James. Mon cœur accélère légèrement. Ca commence franchement à devenir une sale manie.
- McGonagall t'a donné ta retenue ? me demande-t-il aussitôt.
Je tente de garder un visage serein en lui répondant :
- Oui, je commence ce soir, j'ai rendez-vous à dix-neuf heures avec Scrooge. Pourquoi ?
Un sourire immense barre son visage et ses yeux s'illuminent. Cache ta joie, surtout !
- Moi aussi ! Je me doutais bien qu'elle avait dû nous coller ensemble. On se rejoint devant les portes de la Grande Salle à moins cinq pour y aller ensemble ?
Je m'interroge rapidement sur le bien fondé d'accéder à sa demande, surtout en sachant l'état de nerf dans lequel se trouve Lucretia depuis la lettre de ses parents. J'ai un peu peur de prendre dans la tronche toute sa colère si je colle James d'un peu trop près. Mais, en même temps, comment faire ce qui a été convenu avec Dominique sans ça ? D'autant plus que rien ne garantie que nous fassions vraiment notre retenue ensemble, contrairement à ce qu'il croit.
- Je n'ai rien contre, finis-je alors par accepter. A tout à l'heure.
Je reprends ma route après qu'il m'ait fait un signe de tête en guise d'accord, puis rejoins Lucretia qui s'est installé près de Shelly.
Elle-même assise en face de Michael Flint.
Je ralentis un peu l'allure. Loin de moi l'envie de voir Barry Wilkes se joindre à notre improbable quatuor. D'ailleurs, pourquoi mes amies me font-elles ce coup-là ?
- Brown ! m'interpelle Flint en m'apercevant à quelques pas d'eux. C'est bon, tu peux venir, Barry est en colle jusqu'à vingt heures.
Un peu hésitante, je me glisse près de Shelly. Je garde mon regard braqué sur notre camarade de sexe masculin en me demandant dans quelle dimension je suis tombée. Il ne devrait pas plutôt nous en vouloir après ce qu'on a fait à son pote ?
- Des pommes de terre ? me propose Shelly de sa voix douce.
J'accepte sans vraiment faire attention à ce que je fais, mon attention toute entière tournée vers Flint et l'assiette de boulettes de bœuf qu'il est en train d'engloutir. Je lui demande alors :
- Tu sors avec Shelly ?
Surpris, il manque de s'étouffer avec sa portion. Sans lui laisser le loisir de répondre, je poursuis :
- Je vois que cette raison qui expliquerait que tu acceptes notre compagnie aussi facilement, après mes dernières semaines de bagarres avec Wilkes.
- Je sors bien avec Michael, répond alors mon amie avec son flegme habituel, me présentant un plat de saucisses juteuses. Tu en veux ?
Ou comment passer du coq à l'âne, spécialité de Shelly Dunstan.
Je pince des lèvres en détaillant l'intéressée qui me sert, sans même connaître ma réponse à sa question. Elle agrémente d'ailleurs le tout de jus de viande bien grasse. J'espère que ma retenue ne me demandera pas de trop gros efforts physiques, autrement, je vais galérer.
Je pourrais prendre très mal de la part de ma camarade qu'elle sorte avec le meilleur pote de celui qui a fait de ma vie un enfer ces derniers temps, sans compter le fait qu'il a aussi essayé d'attenter à ma vie. Mais je sais que Shelly est d'une pureté sans commune mesure, donc je suis certaine qu'elle ne sortirait pas avec Flint si elle doutait de lui. Mais si je découvre tout de même que c'est une manœuvre qu'il a magouillé avec Wilkes pour m'en faire baver . . .
Attrapant ma fourchette, je leurs dis alors :
- Félicitations à vous deux, dans ce cas-là.
J'attaque ensuite mon assiette, non sans remarquer le soulagement qui se dessine sur le visage de Michael Flint. Je dois vraiment être flippante pour qu'il réagisse comme ça. Et encore, il n'a pas tout vu. Je ne me suis pas encore occupé du cas de Wilkes, seule Lucretia eu ce plaisir jusqu'à présent. Je me demande bien ce que James et moi allons bien pouvoir trouver à Pré-au-Lard pour lui pourrir la vie.
