Charlie était dévasté : Appolon était passé à côté de lui, l'ignorant ou ne le voyant pas, quittant son bureau sans prendre la peine de la refermer.
Appolon Picott n'avait pas de temps à perdre. Il devait dire à Dumbledore que ce nom Lord Voldemort inscrit sur les murs de victimes moldus semblait avoir été rattaché à une très ancienne magie. Ce nom soufflé dans quelques bars de la capitale, dans des maisons-closes douteuses et des tavernes minables des campagnes. Dire le nom de Lord Voldemort attirait l'œil de Sauron dans sa direction. Appolon Picot avait pensé pouvoir remonté la piste et c'était heurté à un problème de taille : une manticore dont la dangerosité avait fait valoir Appolon un échec des plus regrettable et conduisant n°1 et n°2 à rire d'avoir tenté d'argument avec la créature à l'esprit brillant mais aimant la chair humaine.
Être dévoré n'était pas au gout d'Appolon qui avait perdu la trace de la créature entre les vestiges des murs et des tours de l'immense décrépit d'Arthur.
De retour à Hogward pour récupérer des instructions, laissant le soin à Marlène et Dorcas d'essayer de remonter la trace de la créature. Appolon ne pouvant s'absenter trop longtemps, devant également se rendre à Londres auprès de Greengrass. C'est là, après avoir reçu les moqueries de n°1 et n°2 de sa mésaventure qu'il avait entendu chuchoter que Tom Jedusor avait profité d'un entretien avec Albus pour se promener à l'intérieur de l'école. Appolon avait immédiatement contacté Minerva qui lui avait confirmé avoir surpris l'homme en vive conversation avec Sirius Black et Severus Snape dans une salle de classe.
Jedusor venait-il corrompre les esprits fragiles à l'intérieur de Poudlard ? Dumbledore était aveuglé par son attachement envers Tom Jedusor comme il l'avait été envers Grindelwald, voilà ce que pensait Appolon. Jedusor ne valait guère mieux que Voldemort. Certes, il usait des mots plutôt que d'armes mais le venins diffusés arrivaient au même résultat de haine.
Dumbledore était en train d'effrayer Appolon Picott. Il semblait vouloir prouver que Tom Jedusor était le meurtrier de la famille de son père et il lui laissait l'opportunité de venir s'expliquer ici. Appolon Picott savait parfaitement un détail dangereux chez Dumbledore : il pense qu'on peut toujours changer. Ou le croyait-il jusqu'en 1945.
Picott ne voulait pas reconnaître qu'un autre élément le perturbait : Argus Rusard avait laissé l'homme se promener dans le couloir. Tom Jedusor n'aurait pas pu se promener dans les couloirs sans attiser sa curiosité. Le concierge refusait de reconnaître que Rusard n'avait rien fait pour le faire partir.
Appolon préférait s'acharner mentalement sur son mentor. Dumbledore ne pourrait pas mener la guerre dehors, l'enquête sur Voldemort et parvenir à faire repentir son élève préféré tout en protégeant ceux d'ici. Il ne pouvait pas sauver tout le monde.
Charles ne savait pas les problématiques qui étaient celles d'Appolon Picott ni les enquêtes accablant tous les membres de l'ordre. Il savait juste qu'il l'avait vu partir sans le voir. C'était exactement ce que lui reprochait Appolon depuis leur rencontre : d'avoir qu'une obsession l'empêchant d'observer plus largement ce qui pouvait se passer. Evidemment qu'il l'avait vu, même si Appolon n'était pas un bon observateur ni un bon détective manquant quelques peu de connaissances dans certains éléments des nobles anglais. Il était une tête brûlée et si n°1 et n°2 ne veillaient pas sur lui, il aurait sans doute déjà été consumé.
Picott se comportait souvent de manière immature et ses attitudes péremptoires et protectrices envers Charles Weasley attiraient des rires des membres de l'ordre. Il voulait lui donner une leçon en le laissant dans son bureau : que le gamin s'amuse avec la serpentard au lieu de le suivre dès qu'il le voyait !
Si Charlie avait suivi Appolon, Arthur avait suivi Charlie.
Arthur avait hésité à le faire, il l'avait pourtant fait. Tous les étudiants avaient regardé le concierge quand il était arrivé. Normal ! Nombreux étaient ceux se méfiants de Picott. Nombreux étaient ceux à qui il avait manqué. Ce qui était surprenant, c'est que Charlie avait lâché Patty immédiatement après le départ d'Appolon et qu'il l'avait suivi tout se tenant à une distance raisonnable. Ce qui était étonnant, c'était de le voir adossé à la porte du concierge à attendre que l'autre concierge parte. Ou de le voir aussi tremblant passer la porte laissée ouverte. Ce qui était surprenant c'était de voir Appolon Picott sortir, s'arrêter à deux pas de la porte, tourner un instant le regard dans une hésitation visible changeant la couleur de ses iris et disparaître ensuite dans le couloir. Faudrait-voir à pas faire passer des ânes pour des licornes à Arthur !
Arthur avait attendu que son frère sorte à son tour du bureau à la porte laissée ouverte. Seulement, Charlie était resté immobile dans la pièce. Arthur pouvait voir sa chevelure jaune baissée. Au bout de quelques secondes, Arthur était finalement rentré. Il ferma doucement la porte en bois.
« Vous n'avez rien à faire là ! » s'écria une belle femme brune dans un tableau posé sur un coffre. Elle posa ses mains sur ses hanches avant de dire à Arthur.
─ Il est fragile votre ami, vous devriez vérifier s'il n'a pas bu une potion émotive d'un mauvais stade lunaire.
─ Ca ira madame Starkey, assura Arthur.
Sa main glissa dans la chevelure jaune de son petit frère, l'attirant contre son torse, sentant les larmes couler. Les larmes devinrent de gros sanglots.
─ Charles … … bougre de troll …., soupira Arthur.
Il l'avait pensé mort. Charlie s'était dit que si Appolon ne revenait pas avant l'été, alors il ne le reverrait jamais. Qu'il serait mort et qu'ils n'auraient jamais été que deux passages fantomatiques. Il voulait avoir le droit de vieillir pour avoir le droit de l'aimer. Il voulait que le concierge le regarde une seconde seulement. C'était long d'attendre d'être adulte. Long de répondre aux critères d'Appolon Picott qui avait toujours une nouvelle condition. Il aurait sans doute été moins cruel de lui dire non. Sans doute l'homme l'avait fait et que Charles ne savait pas l'entendre.
─ … Charlie …, souffla Arthur.
Ne l'avait-il pas toujours su ? Son précieux petit frère n'aimait pas uniquement les filles qu'il s'escrimait à conquérir depuis sa fugue. Arthur avait toujours su que le choix de la maison de poufsouffle devait être sa demande, que la maison n'était qu'un prétexte de ce dernier pour repousser sa famille de sang-pur et cacher sa plus grande différence encore. Tout de même, un adulte qui aurait pu être leur père. Charles n'avait aucune chance. Appolon Picott ne semblait pas le voir et l'homme ne devait pas avoir de sexualité : c'était un concierge.
Charles avait toujours été ainsi. Trop sensible et à s'attacher à n'importe quoi. Quand il avait fugué, Arthur et sa famille en avaient été dévasté et ils en étaient tous très malheureux. Le confié à la sécurité d'Albus Dumbledore face au refus de Charles de rentrer chez eux était une brûlure permanente dans le cœur de leurs parents. Chaque année, début septembre, ils l'attendaient avec Arthur à la gare. Chaque année Charles rentrait directement dans la cabine et discutait joyeusement avec Arthur rejetant toutefois toute conversation sur leur petit frère et leur famille.
─ … ne dis rien, souffla Charlie.
─ Tu n'as pas à avoir honte.
Arthur se mordit la langue. Même s'il ne devait pas en avoir honte, il ne devait pas en parler. Si quelqu'un l'apprenait, Charles n'aurait pas d'avenir. L'homosexualité n'était pas bien-vu sauf dans les capitales un peu excentriques comme aux États-Unis qui allaient jusqu'à accepter un moldu en tant que créateur d'école et encore. Personne ne l'était dans le monde magique ! Personne ! Et les quelques couples qui décidaient de l'être étaient facilement rejetés. La sorcière sourire en avait un jour fait les frais. Elle avait fini par se suicider avec sa compagne. Jamais il ne pourrait rejeter son frère. Jamais il ne laisserait Charles disparaître dans le feu.
─ … t'as des sales goûts, c'est son côté brûlant qui t'attire ?
─ Arthur !
Arthur rougit brutalement comprenant l'allusion sexuelle qu'il ne voulait pas sous-entendre. Charles aussi rouge que lui redressa la tête et renifla, les yeux encore rouges mais de nouveau d'attaque. Il se frotta les yeux.
─ Tu veux qu'on parle de tes gouts, Molly ?
─ Tu veux que j'invite le concierge au bal pour me venger de ton coup-bas ?
─ … il acceptera pas … l'aime que moi …
─ Effectivement.
Redressant un sourcil étonné, Appolon Picott qui avait fait demi-tour pour récupérer des cigarettes, une très mauvaise habitude dont il n'arrivait pas à se passer, fut étonné de trouver les frères Weasley en train de s'enlacer dans son bureau.
Ce qui l'étonna encore plus, c'étaient les larmes de Charles. Pleurer pour si peu. Puis, cette putain d'allusion à lui-même. Par Merlin, ses enfants allaient le rendre fou ! Et le mauvais timing de sa réponse, grognant en voyant les yeux de Charles s'éclairait.
─ Effectivement à l'invitation, Monsieur Weasley n°2
─ Ne niez pas votre aveu, renifla le garçon
─ Continuez, j'ai des idées de sanctions vous concernant.
─ Il reste deux jours avant notre départ, tempéra Arthur,
─ Je peux encore vous priver de bal si l'envie m'en prenait .Votre duel pour Molly Prewett en serait alors avorté.
─ J'ai eu mes examens, répliqua Charlie
─ … Monsieur ? questionna Arthur en voyant Appolon se tendre.
La porte avait claqué, refermé. Décidemment cette porte n'avait pas mérité d'être autant tyrannisé aujourd'hui. La main d'Appolon se posa dans les cheveux jaunes de Charles et glissa sur sa joue sur les yeux horrifiés d'Arthur qui se demandait s'il devait porter plainte auprès de Dumbledore.
Son petit frère était mineur. Loin de se douter des pensées du frère de Charles, Appolon qui n'avait aucune intention sexuelle ou séductrice, embrassa le front du garçon.
─ Je vous ai apporté votre cadeau.
─ … vraiment ?
─ Ne vous avais-je pas promis de vous récompenser si vous restiez et obteniez vos ASPIC ?
─ Je pensais à un autre genre de récompense, à dire vrai, dit Charles en se grattant la tête.
─ Du genre ?
─ Du genre, vous, moi, un lit et mon piercing à la langue sur …
─ Charlie, leva les yeux au ciel Arthur.
─ Navré de vous décevoir dans ce cas. Le seul lit où vous viendrez me rendre visite, sera mon lit de mort.
─ Ne dites pas ça !
Appolon rit, tiquant toutefois en même temps qu'Arthur sur cette histoire de piercing. Il passa entre les mains de Charlie un bracelet contenant un fin médaillon en forme de flamme.
─ … monsieur, dit Arthur menaçant, c'est mon petit frère et c'est un enfant.
─ Quel genre de pensée me prêtez-vous, monsieur Weasley n°1 ?
─ Pourriez-vous éviter de nous appeler n°1 et n°2, questionna Charlie, furieux après son frère qui gâchait cet instant. Nous ne sommes pas eux !
Appolon tapota sur le bracelet. Ce dernier ne contenait rien. Attrapant le poignet de Charles, le concierge le fit changer de position. En l'orientant vers un point donné, une maison apparue.
─ C'est une boussole, pour toujours retrouver votre chemin jusqu'à votre terrier.
Arthur s'approcha et sourit de soulagement. La maison à l'intérieur du bracelet était celle de ses parents : le terrier avec son aspect délabré et rassurant se trouvait là, brillant sous la beauté du doux printemps.
─ Pourriez-vous maintenant quitter mon bureau.
─ Ne deviez pas vous rendre chez Albus Dumbledore en urgence ? questionna Charles sachant parfaitement qu'Appolon voulait fumer en cachette. Ce dernier le foudroya du regard.
Quand Arthur et Charles quittèrent le bureau du concierge, ils ne remarquèrent pas Bellatrix Black et Lucius Malfoy qui observaient dans leurs directions. Les frères se pressèrent d'aller rejoindre Daisy Hookum, Molly Prewett et Tilden Toots qui distribuaient des badges : Sorcières et fières !
Lucius tourna son regard vers Severus Snape, à ses côtés.
─ Les Weasley sont de la racaille, ils doivent postuler en tant que concierges.
─ Mon père le dit toujours, confirma le jeune Avery
─ Ils sont plutôt mignons dans leurs genres, dit Narcissa installée à côté.
Lucius la foudroya du regard. Elle décocha un grand sourire à ce dernier avant de rejoindre calmement d'autres filles serpentards. Quoique Bellatrix et Andromeda lui cachaient, chacune de leurs cotés, elle allait finir par le découvrir.
Par Merlin, songea Lucius, si on lui avait dit un jour qu'il regretterait la sage et timide Narcissa. Cette année l'avait changé en monstre !
