Bonjour à tous !

Je suis super contente de vous retrouver pour ce chapitre :) J'ai été plus lente à poster que je l'aurais souhaité (vu que le contexte permet d'avancer pas mal niveau écriture..) mais je préfère prendre mon temps pour ne pas bâcler ! J'espère que la version finale vous plaira, il y a enfin des choses qui se dévoilent :)

Un grand MERCI à toutes les personnes qui prennent de leur temps pour me laisser un review : j'apprécie et ça me fait très plaisir. C'est vraiment mon moteur pour l'écriture :)

Swan effectivement il y a plein de choses qui se dévoilent enfin :) Watson n'est pas une méchante fille et je trouvais ça marrant que ce soit elle - de tout le château - qui console Nerys. Ca aurait été trop cliché que ce soit Fred ahah ! Pour Gale, ta remarque me fait très plaisir car j'avais peur que la scène où il craque soit "de trop". Mais je n'ai pas résisté à l'envie de le développer un peu plus car je pense qu'il a trop le rôle du "méchant" de l'histoire ! Pour Fred, je n'explicite jamais son point de vue mais il a tout de même tenté une approche en cours de botanique ! Il a pas une place facile (je rappelle que Nerys a déjà un copain à ses yeux ahaha). Merci pour ta review en tout cas, ça me fait toujours plaisir d'avoir un petit mot et encore plus quand c'est aussi détaillé :)

audelie c'est tout à fait ça pour Nerys, elle a besoin de craquer pour aller mieux on va dire ! :) Pour Fred et Nerys, je te laisse découvrir ça dans ce chapitre ^^ Gale n'a effectivement pas une bonne image des Weasley : ce n'est même pas sa propre opinion, c'est juste des idées pré-implantées dans sa tête ^^ Mais bon, pour sa défense, j'imagine que quand tes parents te répètent les mêmes choses toute ta vie, c'est dur de s'en défaire ! Pour moi, Gale est un peu comme Drago : ce n'est pas un vrai méchant, c'est juste qu'il n'a pas encore construit sa "propre réflexion". Merci pour ton mot en tout cas, ça me motive énormément d'avoir des avis :)

Flopette et bien pour Briséis, tu vas bientôt savoir tout ça ! Effectivement, les choses sont tendues entre Fred et Nerys, mais c'est Nerys qui l'a voulu aussi ! Comment peut-on rejeter Fred Weasley franchement ? Elle a de ces idées 0:) J'espère que cette suite te plaira tout autant, je te remercie de m'avoir laissé une review :)

Ellima black ahah malheureusement Nerys n'est pas encore prête à changer d'avis. Elle est déprimée, mais ça ne suffit pas ! J'espère que ce chapitre te plaira, et merci beaucoup d'avoir laissé un mot sur mon histoire :)

Lilemesis je te remercie d'avoir laissé une review, c'est super important quand on écrit car ça motive (tu le sais sûrement, tout le monde le dit, mais je le redis :p). Merci aussi pour les compliments; j'essaie en effet de développer tous les personnages, mêmes les secondaires, et personne n'a QUE des défauts ! Gale ne peut pas être juste un petit con fixé dans ses idéaux, il est plus que ça (et c'est pour ça que Nerys l'aime autant). Briséis est aussi ma chouchoute (parce qu'elle se pose moins de questions que Nerys quand même) et on en apprend plus sur elle dans ce chapitre :) J'espère que cette suite te plaira tout autant !

Je vous souhaite à tous une bonne lecture, à bientôt ! :)

En aperçu du prochain chapitre - mais pas de spoil : la 2ème semaine de février va inclure la Saint-Valentin (Harry et Cho ont leur 1er rencard à Pré-au-Lard) alors à votre avis, que va t-il se passer pour Nerys ? :D


CHAPITRE 21 : FEVRIER (1)


La plume de Briséis s'agitait sur son devoir d'étude des runes, mais c'était bien la seule à être aussi concentrée. Adrian semblait vaguement feuilleter son manuel de sortilèges, alors que Gale mettait tout en oeuvre pour distraire Nerys. Il avait commencé par des mots fléchés sorciers, puis des énigmes animées, et ne cessait maintenant de gribouiller des dessins sur le parchemin sur lequel elle rédigeait. Elle aurait pu s'agacer de ce comportement enfantin, mais elle en était trop flattée. Gale était rarement si léger et si distrayant et elle savait que ce changement n'était dû qu'à leur récente réconciliation. Elle-même était soulagée que les choses se passent mieux entre eux. Parfois, quand elle le regardait, elle repensait à ce qu'il lui avait dit au sujet des Mangemorts et cette pensée la terrifiait. Mais elle la reléguait dans un coin de son esprit : comme Adrian l'avait dit, les amis devaient s'écouter et s'entraider. Gale n'avait fait aucun choix définitif et Nerys comptait bien le garder éloigné de cette voie obscure. Ils n'avaient pas reparlés des sujets qui les avaient fâchées (c'était encore trop tôt) et cette trêve état si apaisante qu'aucun ne semblait décidé à la rompre.

- J'aimerais vous parler de quelque chose, dit soudain Adrian en refermant son livre.

Nerys réalisa que son air distrait n'était pas dû à la lecture : en réalité, Adrian était soucieux. Ils avaient été tous si focalisés sur leurs problèmes et leur récente réconciliation que personne n'avait songé à demander à Adrian comment il allait. Le Serdaigle était toujours à l'écoute et attentif au moindre problème (il savait même les sentir avant tout le monde) mais la réciproque était peu vrai. Nerys se sentit rougir face à ce constat, mais ce n'était pas le moment de penser au fait qu'elle avait été une mauvaise amie.

- J'ai reçu une lettre ce week-end, de mes parents.

Adrian baissa un peu le ton, même si c'était inutile. Ils passaient l'après-midi dans la Grande Salle à travailler ensemble comme ils en avaient si souvent eu l'habitude. Peu d'élèves étaient présents, dont aucun à la table des Serpentards qu'ils occupaient. La prudence excessive du Serdaigle cachait sans doute une confidence secrète.

- L'information n'a rien d'officielle, donc il faut garder ça pour vous...

Ils échangèrent tous un regard. Tous les quatre étaient très doués pour garder un secret mais il était extrêmement rare qu'ils partagent le même. En réalité, il n'y avait que Adrian qui soit susceptible de leur faire confiance à ce point à tous les trois.

- Mes parents sont en discussion avec une famille française, les Boreau. Ils ont une fille de vingt ans, qui est cracmolle.

Gale grimaça à cette information, mais Nerys connaissait assez les familles françaises pour savoir à quel point l'arrangement était positif pour les Kurdow.

- Elle s'appelle Elisabeth. Si tout va bien, nous nous marierons en automne prochain, et j'irai vivre en France.

L'information laissa un blanc dans la conversation. Gale semblait à la fois mécontent et déçu, alors que Briséis tentait de masquer sa tristesse. Nerys, elle, essaya de se réjouir pour son ami. Elle savait que Adrian n'avait pas une famille à la réputation aussi reluisante que les leurs. Il faisait parti de leur monde mais les Kurdow étaient sans cesse rappelés à leur statut de sorciers inférieurs : malgré tous leurs efforts, ils ne pouvaient pas être considérés comme purs. L'impureté d'une personne avait tâché leur arbre généalogique à jamais. Ils n'en n'avaient jamais parlé clairement mais Nerys savait que trouver une épouse convenable à Adrian était l'objectif prioritaire de cette famille : il était fils unique pour hériter de toute la richesse (le pouvoir étant étroitement lié à l'argent) et il lui fallait une fille de bonne famille pour s'élever. Quand ils avaient commencé à être amis, Nerys s'était même méfiée de lui, convaincue qu'il essaierait de la séduire - elle ou Briséis - pour faire une bonne union. Ses doutes étaient infondés : Adrian n'était pas un manipulateur mais les parents Kurdow avaient toujours travaillé dans l'ombre.

- Tu es sûr de toi ? Une cracmolle c'est presque pire qu'une sang-mêlée... Tenta Gale d'un ton prudent.

Souvent il ne mâchait pas ses mots mais il était toujours plus doux avec Adrian. Leur amitié avait été bâtie sur le respect et la confiance et aucun des deux garçons ne souhaitait froisser l'autre. Nerys n'était pas jalouse de cette différence de traitement : Gale les aimait tous les deux, juste différemment.

- Oui mais c'est les Boreau, intervient Nerys en insistant sur le nom.

Briséis et Gale lui jetèrent un regard interrogateur. Les britanniques avaient cette faculté à se concentrer sur leur petit monde sans forcément se soucier de ce qui se passait ailleurs. Même Gale, pourtant si friand de politique sorcière, ne semblait pas faire le rapprochement. Nerys roula des yeux.

- C'est une famille française de sang-pur et noble. Elisabeth doit être la fille de Catherine Boreau, c'est ça ? (Adrian acquiesça). C'est l'épouse de Jean Boreau-Ravis. Il a pris le nom de son épouse parce que c'est la famille la plus connue et la plus respectée de France.

Gale afficha l'expression de quelqu'un ayant un élan de lucidité : il comprenait mieux pourquoi le nom lui était si familier sans pouvoir le resituer. Jean Boreau-Ravis était le premier ministre de France et la personne la plus proche de la famille royale. La rumeur prétendait que Jean Boreau-Ravis souhaitait marier l'une de ses filles au Dauphin de France pour enfin faire partie de la famille la plus importante du pays. Visiblement, l'heureuse élue ne serait pas Elisabeth.

- C'est super ! S'exclama t-il enfin.

Le fait que Elisabeth Boreau soit une cracmolle était d'un coup complètement oublié. C'était bien sûr une tare énorme pour la famille, mais une tare qui était trop grosse pour être dissimulée. Nerys ne connaissait pas bien l'histoire de cette famille mais elle était convaincue que personne en France ne souhaitait épouser une cracmolle, d'aussi belle ascendance soit-elle. Mais les Kurdow, toujours prêts à prendre des risques (souvent gagnants), avaient flairé le bon filon : si Elisabeth s'entendait bien avec sa famille, l'héritier qu'elle et Adrian mettrait au monde donnerait un grand prestige au Kurdow. Ils avaient trouvé le moyen de rejoindre une grande famille de sang-pur, et également d'anoblir leur lignée ! C'était un joli coup.

- Tu iras en France combien de temps ? Demanda Nerys.

Car, au fond, c'était la seule question qui lui importait.

- Je ne sais pas, ce n'est qu'un projet. Mes parents doivent trouver un accord avec les Boreau. Je compte sur votre discrétion.

Evidemment, dans leur monde, les choses ne devenaient officielles qu'une fois que les fiançailles étaient réellement publiques. Mais si Adrian prenait la peine d'évoquer le projet, cela signifiait qu'il était bien avancé et qu'il y avait une quasi-certitude pour qu'il aboutisse.

Les trois amis partagèrent leur enthousiasme avec Adrian, qui sembla ravi des égards qui lui furent faits. Il semblait déjà prendre goût au ravissement que provoquait cette nouvelle. Nerys était sincèrement heureuse pour lui. Bien qu'il ne l'avait jamais dit clairement, elle était convaincue que Adrian rêvait d'une union très profitable pour sa famille : il l'avait trouvé. Les Kurdow n'auraient jamais pu faire un mariage aussi arrangeant au Royaume-Uni. En revanche, l'idée que Adrian doive les quitter pour aller en France la rendait triste : maintenir des relations avec lui et Gale serait déjà assez difficile en évoluant dans le même cercle, alors qu'il s'envole pour un autre pays rendait les choses presque impossibles. Elle le fixa donc d'un air triste, comme si elle tentait de photographier son visage dans son esprit pour toujours.

- Tu parles français ? Demanda Briséis intriguée.

Adrian fit un signe négatif de la tête, alors que la brune afficha un air malicieux.

- Alors répète après moi : je vous trouve très belle, articula Briséis dans un français correct.

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Olivia et Finn l'avaient interceptée à la sortie du cours de sortilèges pour qu'ils aillent se promener. Olivia avait également proposé à Briséis de se joindre à eux, mais l'héritière Fawley avait semblé empressée de rejoindre la bibliothèque et lui avait à peine répondu. Les trois compères se dirigèrent donc vers le parc. Nerys avait bien croisé le regard désapprobateur de Gale en partant mais elle avait préféré ne pas s'en soucier. Elle savait que son amitié avec la Poufsouffle et le Serdaigle pourrait donner lieu à certaines moqueries, mais elle savait aussi où était la limite : être amie avec eux ne serait pas un prétexte suffisant pour être déshonorée. Il n'y avait donc aucune raison de se priver !

- Je crois que Briséis-la-gentille a disparu maintenant que vous êtes réconciliées, ricana Olivia.

Ca n'avait duré que quelques temps, mais durant le froid glacial entre Briséis et tous ses amis, elle s'était un peu rapprochée d'Olivia. Peut-être pas jusqu'à ce qu'elles se considèrent comme de grandes amies, mais suffisamment pour que son comportement changeant vexe la Poufsouffle. Olivia avait l'impression d'être rejetée de nouveau, et Nerys se sentit déçue pour elle. Le comportement de Briséis était vraiment imprévisible, et c'était sûrement là son pire défaut.

- Euh en fait, je crois que c'est moi qu'elle évite.

Finn, qui n'était pourtant pas timide et ne semblait jamais mal à l'aise, était rouge comme une tomate. Il se passa une main gênée sur la nuque, et s'arrêta finalement au milieu du chemin. Le soleil avait attiré d'autres élèves dans le parc, qui furent obligés de les contourner pour ne pas les percuter, et Nerys en entendit certains maugréer.

- J'ai peut-être dit quelque chose qui l'a mise mal à l'aise.

L'explication de Finn fit sourire Nerys. Elle connaissait assez Briséis Fawley pour savoir qu'elle ne pouvait être mise en difficulté par un autre être humain. Briséis échouait pour certains devoirs, certaines matières, pour garder son calme ou pour se comporter convenablement. En revanche, elle ne baissait jamais les yeux devant quelqu'un d'autre et préférait manger tout le monde que se laisser impressionner. C'était sa force de caractère; et souvent Nerys se disait que si le Choixpeau avait mis tant de temps à la répartir, c'était parce qu'il avait dû hésiter avec Gryffondor. Briséis était bien des choses, mais elle n'était sûrement pas du genre à éviter quelqu'un parce qu'elle était gênée !

- Je vois pas comment tu aurais pu, rétorqua Nerys sûre d'elle.

Si cela avait été physiquement possible, Finn aurait sans doute rougi davantage. A la place il afficha un air gêné, comme si il tentait de dédramatiser la situation alors qu'en fait, elle le vexait.

- J'ai soufflé l'idée qu'on pourrait aller à Pré-Au-Lard ensemble pour la Saint-Valentin, tous les deux.

Il y eut un grand silence, et puis finalement Olivia éclata de rire. L'amitié qu'elle portait à Finn depuis des années lui permettait de se moquer de lui même dans les moments les moins appropriés. C'était aussi ça la beauté de l'amitié. Et cela permettait de prendre du recul sur certaines situations.

Nerys resta figée, incapable de savoir quoi dire. Ce genre de situations ne lui était jamais arrivée. Ses amis et elle ne risquaient pas de parler d'une situation comme celle-là. Dans son monde, être éconduit n'arrivait jamais : les choses étaient fixées par les familles, et arrivaient ensuite. Et ce qui se passait officieusement était le travail d'un lent et secret rapprochement : aucun risque de se prendre un vent au dernier moment. Elle comprenait mieux la gêne de Briséis : la proposition de Finn avait dû lui sembler aussi improbable que si Dumbledore l'avait demandé en mariage.

Mais, finalement, Finn se mit à rire avec Olivia et Nerys les rejoignit de bon coeur.

- Je sais pas ce qui m'a pris, expliqua Finn après une bonne rigolade.

Olivia retrouva son sérieux.

- Oh moi je sais, mais t'es dingue d'avoir cru qu'elle dirait oui. C'est la fille la moins abordable du monde. Tu avais plus de chance d'obtenir un rencard avec moi.

Finn attrapa Olivia par les épaules et lui ébouriffa les cheveux d'un geste affectueux. Nerys les observa d'un air ravi : leur amitié lui rappelait celle qu'elle avait avec Gale, sauf que la leur était plus légère et moins vouée à l'échec.

- Briséis ne peut pas avoir de rencard, même si elle le voulait. Il ne faut pas le prendre personnellement, dit Nerys d'un ton réconfortant.

Finn et Olivia affichèrent un air d'incompréhension et Nerys réalisa qu'ils ne connaissaient pas toutes les règles qui régissaient son monde. Ils avaient compris que le monde des sang-pur était à part et avait des règles complexes mais ils étaient loin d'en connaître les ficelles. Nerys tenta donc de résumer la situation : Briséis ne pouvait pas avoir de rencard car le seul homme qu'elle pourrait publiquement fréquenter serait son époux. Si elle osait flirter avec quelqu'un d'autre en public, elle serait salie et amoindrirait ses chances d'un beau mariage. Il était donc normal qu'elle rejette Finn. Et si elle avait semblé si gênée et n'avait pu marmonner qu'un "non", c'était parce que elle n'avait jamais été confrontée à cette situation et ne s'attendait sûrement pas à l'être. Non seulement Briséis appartenait à un monde à part, mais en plus elle prenait soin de ne pas tisser des liens avec d'autres personnes.

Finn et Olivia écoutèrent attentivement ses explications, même si elle tenta de les résumer au maximum pour ne pas les assommer. Difficile de rendre simple une éducation de plusieurs années...

Ils avaient recommencé à avancer et s'arrêtèrent dans l'herbe près du lac. L'endroit était venteux mais le soleil qui se reflétait sur l'eau était très agréable.

Quand Nerys termina ses explications, Finn se contenta de répondre :

- Ah, je comprends mieux. Ca explique le comportement de Briséis, et le tien.

La Serpentard se tourna vers lui, d'un air mi-surpris mi-vexé.

- Comment ça, mon comportement ? Demanda t-elle.

Au fond d'elle, Nerys savait où il voulait en venir.

- Weasley te plait, mais tu ne fais rien. Du gâchis si tu veux mon avis.

Il lui fit un clin d'oeil et ferma les yeux, les mains posées derrière la tête. Olivia semblait ne pas écouter leur échange, allongée dans l'herbe avec une expression de détente intense. Nerys se contenta donc de les imiter, sans prendre la peine de contredire Finn. Ca aurait été mentir, et mentir à ses amis n'apportait rien de bon.

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"Mes sentiments pour toi grandissent de jour en jour et j'attends avec impatience le jour où nous pourrons les révéler au monde entier..."

Nerys replia la lettre sans prendre la peine de la terminer. La constatation était amère : la longue lettre de déclaration d'amour d'Amadeus la laissait complètement de marbre. A une époque, elle en aurait été ravie. L'amour que Amadeus lui portait la flattait. Maintenant qu'elle avait connu le goût du véritable désir et la souffrance d'une distance imposée, elle comprenait mieux ce qu'elle avait ressenti un jour pour l'héritier Fawley : elle était heureuse de plaire et heureuse d'inspirer ce genre de sentiments à quelqu'un. Elle était assez raisonnable pour savoir que Amadeus était un bon parti, et assez naïve pour croire que l'intérêt qu'il lui portait était désintéressé. Elle avait aimé plaire, elle avait aimé vivre une romande d'adolescents. Mais en réalité, elle n'avait jamais été amoureuse de lui, contrairement à ce qu'elle s'était imaginé. Si Amadeus avait réellement compté pour elle, son comportement des derniers mois aurait été complètement différent. Quand elle pensait à l'Amour, elle pensait à Fred, et pas à Amadeus. Mais se dire amoureuse de Fred Weasley était exagéré : elle avait simplement des sentiments pour lui, qui s'éteindraient avec le temps. C'était en tout cas ce qu'elle préférait penser.

- C'est une lettre d'Amadeus ? Demanda Briséis en pliant son linge.

Elle devait déjà connaître la réponse : Nerys avait reçu la lettre le midi-même de la patte de la chouette familiale des Fawley, mais avait attendu la fin des cours et l'intimité du dortoir pour l'ouvrir. Elle n'était pas impatiente; elle craignait trop de lire dans une de ses lettres "nous sommes officiellement fiancés" ou pire : qu'il lui annonce la date du mariage. Retarder la lecture de la lettre ne retarderait pas le moment du mariage, mais elle essayait de profiter de ses dernières instants de liberté tant qu'elle le pouvait. A l'instant où elle deviendrait la fiancée officielle d'Amadeus Fawley, son destin serait scellé.

- Oui.

Briséis ne dit rien de plus. Nerys ne savait pas très bien ce qu'elle pensait de cette union entre elle et son grand-frère : elle aurait pensé que Briséis serait ravie, puisque cela signifierait qu'elles pourraient évoluer dans le même cercle, mais trop de fois Briséis lui avait laissé entendre qu'elle ne validait pas cette union. Il lui vint à l'esprit que, peut-être, son amie y était indifférente parce qu'elle ne verrait jamais vraiment cette union.

- Briséis, qu'est-ce que tu vas faire ? Après Poudlard.

La question était indiscrète et interdite. Jusqu'à présent, Nerys n'avait jamais osé la poser aussi clairement. Elle pensait que Briséis lui mentirait dans tous les cas pour garder son honneur intact. La vérité était un poison trop puissant pour la réputation. Mais maintenant que certains secrets avaient été révélés, il semblait ridicule de rester dans ces non-dits. Nerys avait compris que son amie ne comptait pas tout à fait suivre la trajectoire familiale. Elle ne savait juste pas à quel point Briséis comptait s'écarter du chemin : était-ce refuser un mariage pour rester vieille fille ? Ou bien tenter de dominer son mari ? Sa question n'était pas inspirée uniquement par la curiosité : Nerys se souciait véritablement de savoir ce que deviendrait Briséis. Adrian leur avait déjà annoncé qu'il irait en France - très probablement - deux jours plus tôt et Nerys voulait savoir qui pourrait rester dans sa vie. Gale serait toujours là, mais plutôt comme une ombre et pas un personnage principal du tableau. Et Briséis ? Elle fondait beaucoup d'espoirs en elle, pour rester son alliée et son amie quand tout aurait changé.

Briséis sembla hésiter. Tout révéler pouvait compromettre son plan, mais elle sembla finalement juger que Nerys était digne de confiance.

- Mr Pratt, le professeur d'étude des runes, est aussi chercheur en Egypte sur un grand site. Il m'a offert un poste d'assistante pour commencer une formation en tant que chercheuse. J'ai dit oui.

D'un coup, tout prenait son sens. Nerys comprenait mieux toutes ces heures que Briséis passait à travailler sur ses runes : une passion qui allait bien au-delà d'un simple intérêt pour un cours; elle préparait son avenir professionnel ! Des félicitations auraient dû être de rigueur : rares étaient les élèves obtenant une promesse d'embauche ou d'apprentissage si tôt. Sauf que Nerys ne pouvait pas féliciter Briséis : Briséis fautait. Elle était une femme et à ce titre, elle était supposée se marier et fonder une famille et, surtout, ne pas avoir une activité professionnelle. Ce que Briséis ne disait pas mais qui était évident, c'était qu'elle allait quitter leur monde. Elle deviendrait une rejetée, une honte pour la famille Fawley et inexistante aux yeux de tout ceux qui resteraient dignes.

- Tu ne dois le dire à personne. J'aimerais finir ma scolarité sans difficulté. Je préfère partir sans rien dire, ce sera plus facile pour tout le monde.

Elles échangèrent un regard. Ce que Briséis n'ajoutait pas, c'est que les choses seraient plus faciles car elle n'aurait pas à vivre le rejet de plein fouet. Ce ne serait pas les autres qui la mettrait de côté, c'est elle qui partirait. Nerys comprenait pourquoi elle faisait ça, pourquoi elle voulait finir Poudlard entourée de ses amis : elle voulait profiter d'eux autant que possible, profiter du meilleur de sa vie tant que c'était encore faisable. Elle ferait ses adieux quand elle n'aurait plus le choix.

La gorge de Nerys se serra. C'était son rôle d'amie - du moins, d'après l'éducation qu'elle avait reçu - d'expliquer à Briséis combien elle avait tort et combien cette voie était dangereuse mais elle connaissait trop bien Briséis pour formuler la moindre remarque. Si la fille Fawley avait décidé quelque chose, elle s'y tiendrait. Les dés étaient déjà jetés; il fallait l'accepter.

- Et toi ?

La question laissa Nerys sans voix. Et elle, qu'allait-elle faire ? Elle avait déjà fait son choix. Elle avait rejeté Fred pour rester sur le droit chemin et conserver sa vie telle qu'elle existait. Nerys se destinait à devenir une femme au foyer et une maîtresse de maison. Elle ne pouvait pas dire que cet avenir la réjouissait mais elle s'y était préparée du mieux qu'elle pouvait. Elle n'avait ni le courage ni la ténacité de Briséis.

- Je vais me marier avec Amadeus.

Nerys n'en fut pas sûre, mais elle pensait avoir entendu Briséis murmurer "bon courage".

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Briséis et Gale n'avaient toujours pas terminé leurs desserts et Nerys se lassa de les attendre. Ils étaient lancés dans un débat sur l'interdiction de l'utilisation des tapis-volants et ce genre de conversation (carrément barbante pour Nerys) pouvait les passionner pendant des heures. Elle décida donc de suivre les cousins Rowle qui rentraient à la salle commune. Le changement d'humeur d'Evey était très agréable : elle se montrait légèrement plus bavarde qu'elle ne l'avait été dans toute sa vie et Nerys se surprenait à apprécier de plus en plus sa présence. Quelque chose semblait avoir changé chez elle : peut-être avait-elle finalement fait la paix avec son avenir. Nerys aurait aimé lui demander son secret : penser à son propre destin la terrifiait et la révulsait.

- Fais attention où tu vas, vermine.

Dylan venait de couper le passage à la petite Weasley. La bonne éducation et le bon sens impliquaient qu'il laisse la place à la petite rousse, seule et marchant bien plus vite qu'eux pour sortir de la Grande Salle, mais Dylan Rowle ne ratait jamais une occasion de faire le prince. Nerys observa son air supérieur : il était si convaincu d'être meilleur que les autres par sa simple ascendance qu'il ne pouvait pas se retenir de le montrer.

Son regard glissa à la petite Weasley. Elle avait les mêmes cheveux roux que toute sa famille, le visage constellé de tâches de rousseur mais son expression était terrifiante. Ginny Weasley était sauvage et volcanique : sans doute le résultat d'années passées à s'affirmer auprès de frères tous plus âgés. Pendant longtemps Nerys l'avait considérée comme une mal-élevée; l'affection qu'elle portait à Fred la forçait à reconsidérer les choses. Le petite Ginny avait sans doute des défauts mais au moins elle n'avait pas peur de prendre position et de sa battre pour ce qu'elle voulait. Une qualité qui faisait bien défaut à Nerys...

- Vermine mais pas stupide. L'inverse de toi, non ? Lança la petite Weasley en sortant de la Grande Salle, juste après eux.

Visiblement elle ne voulait laisser passer aucun affront. Elle avait sans doute raison - commencer à accepter c'était courber l'échine. Nerys l'avait si souvent fait qu'elle ne savait même plus comment faire l'inverse.

La remarque de la petite Weasley laissa Dylan sans voix une seconde : il n'avait pas compris. Mais après avoir fait le raisonnement dans sa tête et comprit où elle voulait en venir, il se tourna vers elle avec une expression franchement mauvaise.

- Tu es une Weasley, évite de faire la maligne car tu n'es rien. Tu es pire que rien.

Nerys était extrêmement mal à l'aise. Ce n'était pas la première fois qu'elle se trouvait dans une situation de ce genre (entre ses amis provocateurs et d'autres élèves qui n'avaient rien demandé) mais c'était la première fois où elle se sentait si mal à l'aise. Le fait que la cible soit une Weasley rendait les choses différentes à ses yeux. Enfin, au moins ce n'était pas Fred...

- Dylan ne sois pas grossier, lança Nerys en essayant de calmer le jeu.

Faire appel à son éducation et sa politesse était tout ce qu'elle pouvait faire sans se trahir. Evey tenta de lui venir en aide en posant une main sur l'épaule de Dylan, mais son cousin l'éloigna d'un geste sec. Visiblement la petite Weasley l'avait énervé.

- Comment va ton père ? Demanda t-il d'un ton glacial.

L'ambiance changea aussitôt : les provocations d'adolescents s'étaient transformés en menaces mortelles. Nerys ne pouvait pas tout comprendre : il lui manquait une partie de l'équation. Au regard de Dylan et à l'expression de la petite Weasley, elle en conclut que le père Weasley avait dû être mêlé aux Mangemorts - en tout cas, il avait été pris pour cible par eux. Elle ne savait pas pourquoi : peut-être simplement parce qu'il était un Weasley ? Ces gens-là ne s'embarrassaient sans doute pas de réels motifs.

- Notre père va très bien, mais je t'assure qu'on s'occupera personnellement des coupables. Tu as quelque chose à confesser ? Lança une voix forte derrière Ginny.

Les jumeaux Weasley venaient d'apparaître derrière leur petite soeur. Ce devait être l'instinct fraternel de savoir quand la petite Ginny pourrait avoir besoin de renfort (elle ne semblait pas être du genre à avoir besoin d'aide de manière générale).

George parlait, les yeux teintés de haine. Il croisa le regard de Nerys qui se sentit rougir. Elle ne savait pas trop ce que George pensait d'elle maintenant mais elle savait qu'il ne l'avait jamais beaucoup apprécié : les choses s'étaient-elles empirées depuis qu'elle s'était éloignée de Fred, ou était-il soulagé ? Elle n'aurait sans doute jamais la réponse. La haine de George était principalement dirigée sur Dylan Rowle mais elle sentait que Evey et elle étaient des dommages associés. Elles étaient les amies de Dylan, des personnes qui cautionnaient son comportement même lorsqu'il dépassait les limites et se montrait grossier et insultant. Ce n'était pas la première fois qu'elles étaient les spectatrices silencieuses d'une scène : même si elles étaient trop bien élevées pour être provocantes et insultantes, leur silence était coupable.

Le regard de Nerys croisa finalement celui de Fred et son coeur rata un battement : dans les yeux de Fred, il n'y avait que de l'agacement et de la froideur. Elle baissa les yeux au sol, incapable de cacher sa déception.

- Non,mais je pense que les coupables seront ravis de s'occuper de vous.

Dylan semblait satisfait de sa dernière réplique : il tourna les talons pour rejoindre dans son antre. Evey et Nerys les suivirent, alors que les Weasley restaient silencieux - assez intelligents pour ne pas ajouter d'huile sur le feu. Nerys évita soigneusement de croiser leurs regards en partant.

Ils restèrent silencieux tout le chemin jusqu'à la salle commune et Nerys était perdue dans ses pensées.

Elle avait été aveugle trop longtemps et ne pouvait plus ignorer l'évidence : il fallait qu'elle additionne le tout. Si les Mangemorts s'étaient réveillés et comptaient se battre, il était évident que des sorciers comptaient les combattre. D'un coup, tout devenait plus clair pour Nerys : les Weasley supportaient Harry Potter depuis des années et étaient les premiers à le croire. Il n'était donc pas idiot de penser que Arthur Weasley tentait de déjouer les plans des Mangemorts, ou même de Lord Voldemort en personne ! Elle frissonna à cette pensée : si elle pensait que certains de ses amis pourraient rejoindre les rangs des Mangemorts, elle n'avait jamais imaginé que les Weasley (et surtout Fred) pourraient les combattre. Lui vint cette terrible pensée : et si Gale et Fred étaient amenés à se battre l'un contre l'autre sur un champ de bataille ? La pensée était terrifiante.

Elle la refoula, espérant que ce scénario ne deviendrait jamais réel.

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Avoir un cours de botanique plus calme qu'à l'accoutumée n'était pas pour déplaire à Nerys. Le professeur Chourave les avait fait travailler dans une serre différente par groupe de deux, et Nerys avait réussi à faire équipe avec Finn : loin des moqueries incessantes de Lee Jordan, elle s'était plutôt bien amusée et et le devoir avait été plutôt réussi. Elle se sentait d'humeur beaucoup plus légère que d'habitude en descendant le parc en direction du cours de Soins.

Calloway et Callaghan la rattrapèrent sur le chemin et lui demandèrent comment elle allait. Ils échangèrent quelques banalités et Nerys réalisa que c'était leur façon de l'intégrer. C'était peut-être l'effet de son amitié avec Olivia, ou alors un enchaînement d'événements ces derniers mois, mais en tout cas les choses avaient bien changé. Ca n'était pas pour déplaire à Nerys : elle n'avait jamais été intégrée nul part en dehors du cercle qu'elle côtoyait depuis toujours. Le cours de Soins n'était qu'un groupe de cours très banal et sans grand intérêt pour une personne normale, mais pour la Serpentard cela représentait une vraie bouffée d'oxygène, bien différente de son quotidien.

Olivia et les jumeaux Weasley arrivèrent juste après eux : Olivia riait à l'une des blagues de Fred. Nerys sentit son estomac se tordre de jalousie (elle aurait aimé pouvoir se montrer si proche et si détendue en sa présence) alors elle reporta son attention sur Hagrid pour ne pas se trahir.

Le garde-chasse de l'école avait une corde pleine de fourrure sur l'épaule : Nerys réalisa au bout d'un moment qu'il s'agissait de rats pendus à une ficelle. Elle grimaça. Les animaux morts n'étaient vraiment pas sa tasse de thé.

- Bonjour à tous ! Aujourd'hui nous allons étudier les renard'or. Qui peut me dire à quoi ressemblent ces créatures ?

Calloway se lança dans des explications sans même attendre que le professeur lui donne la parole. Les renard'or étaient des créatures semblables à des renards, sauf que leur pelage était de couleur dorée (d'où leur nom) et qu'ils avaient des sens ultra-développés. Ils étaient donc extrêmement difficiles à observer et à attraper car il entendait et voyait le danger arriver de très loin.

- Tout à fait, c'est bien ça ! Le Ministère a sauvé des renard'or d'un trafic l'année dernière et m'a confié les spécimens pour les ré-introduire dans la forêt. Certains d'entre eux se sont reproduits et, comme ils ont été habitués à l'homme, ils sont moins sauvage. Nous allons les observer. Je vais vous demander de prendre des notes puisque vous réaliserez un devoir sur ce sujet pour la semaine prochaine.

L'information donnée par Hagrid agita Calloway.

- Mais, monsieur, et le devoir avec les ratons dévoreurs ?

Nerys réalisa qu'ils n'avaient toujours pas vu le moindre raton dévoreur pour leur devoir de groupes, annoncé pourtant depuis presque un mois. Hagrid n'en n'avait pas reparlé et personne n'avait relancé le sujet. Nerys réalisa qu'elle avait même complètement oublié cette affaire ! Sans doute que travailler avec Olivia l'enchantait un peu moins qu'un devoir de groupe avec Fred...

- Hum et bien, répondit Hagrid gêné, on ne fera pas ce devoir. Vous savez les ratons dévoreurs peuvent être un peu dangereux pour des élèves...

Il arrêta son explication ici. Nerys se fit la réflexion que ce n'était sûrement pas Rubeus Hagrid qui considérait ces créatures dangereuses. Dans ses mots, elle flairait la patte de Dolorès Ombrage. Enfin, elle n'allait pas s'en plaindre ! Le devoir avec la Demiguise avait demandé beaucoup d'efforts et elle n'avait pas vraiment envie de retenter l'expérience.

Le sujet étant bouclé, il leur fit signe de le suivre.

- Attention, ne vous égarez pas, nous allons avancer un peu plus loin que d'habitude dans la forêt.

Un peu bêtement - mais elle n'avait jamais été très courageuse - Nerys appréhendait de pénétrer plus loin dans la forêt. Il était très rare que les élèves s'y aventurent pour un cours et Nerys n'aurait jamais eu la folie d'aller la arpenter par elle-même. Elle avait entendu trop d'histoires terrifiantes à propos de cette forêt et des créatures qui y vivaient. Elle se positionna juste derrière Calloway, et Olivia la suivait de très près. Les jumeaux étaient en fin de cortège et Nerys se demanda si ils n'allaient pas faire exprès de se perdre pour rater le cours.

Au bout d'une dizaine de minutes de marche dans la forêt (les arbres se faisaient plus denses et le chemin était de moins en moins net) Hagrid leur fit signe de s'arrêter et d'être silencieux. Il leur désigna un petit chemin qui partait sur la gauche.

- C'est une petite clairière, ils vivent au milieu. Vous pouvez prendre un poste d'observation par là. Je vais aller les nourrir - ils sont habitués à moi. Ne vous éloignez pas de la clairière, sous aucun prétexte ! On se retrouve ici dans une demi-heure.

Et il s'éloigna, les laissant livrés à eux-même. Certes, ils avaient tous (ou presque) dix-sept ans et étaient considérés comme majeurs dans le monde sorcier, mais Hagrid était bien le seul professeur à leur faire assez confiance pour les laisser en totale autonomie. Nerys ne savait pas si c'était de l'inconscience ou de la maturité. Les autres se posèrent moins de questions qu'elle et commencèrent à avancer sur le petit chemin que leur avait désigné Hagrid.

Nerys jeta un coup d'oeil dans la clairière en avançant : de toutes petits renardeaux au pelage d'or jouaient entre eux. La vision lui arracha un sourire. C'était extrêmement cliché, mais il y avait peu de choses sur terre plus mignonnes que de jeunes animaux.

- Ca va Nerys ? Demanda Olivia en s'approchant d'elle.

Nerys s'était arrêtée au milieu du chemin alors que Calloway et Callaghan étaient partis chercher un poste d'observation plus loin. Les jumeaux étaient juste derrière la petite Poufsouffle. Nerys croisa le regard de Fred et se sentit rougir. Elle était loin d'être indifférente et maudissait cette faiblesse.

- Oui, ça va, répondit-elle plus sèchement qu'elle l'aurait voulu.

Elle était frustrée par la situation mais Olivia n'avait rien fait de mal et c'était injuste de se défouler sur elle.

Un peu dépitée, elle recommença à avancer sur le chemin pour trouver un endroit où se positionner. Elle s'attendait à ce que Olivia se joigne à elle pour marcher, mais ce fut finalement Fred qui la rattrapa pour se mettre à sa droite.

- Oui Nerys, comment vas-tu ?

C'était la première fois depuis une éternité (aux yeux de Nerys) qu'il lui adressait la parole et elle sentit son coeur se serrer d'émotion, mais elle n'avait aucune envie de lui montrer ou de laisser ses sentiments la contrôler. Malgré sa voix douce, elle avait l'impression que Fred se moquait d'elle et ça ne lui plaisait pas du tout. Son air éternellement désinvolte commençait à l'agacer. Elle ne s'attendait pas à ce que Fred Weasley lui témoigne de la tristesse mais elle aurait aimé qu'il ait assez de tact pour ne pas lui jeter son indifférence au visage de cette façon.

- Très bien et toi ? Je t'ai jamais vu plus heureux dans ta vie, dit-elle d'un ton sec.

Elle ne voyait pas de raison de faire un effort de politesse si lui n'en faisait pas. Et la tristesse et la frustration emplissaient trop son coeur pour qu'elle puisse tout à fait les contrôler : Nerys parlait comme une femme avec le coeur brisé.

Fred ne sembla pas comprendre où elle voulait en venir - à moins qu'il ne jouait à l'idiot désinvolte encore une fois.

- En effet, chaque jour est meilleur que le précédent.

Son sourire respirait la joie et le bonheur, ce qui acheva de faire perdre patience à Nerys.

- Crétin, grommela t-elle.

La politesse était le dernier de ses soucis. Fred Weasley n'avait sans doute pas mérité l'insulte - qu'avait-il fait à part respecter sa décision et le vivre bien mieux qu'elle ? - mais il était hors de question pour Nerys de se raisonner. Son choix n'était pas facile ni assuré : elle avait mal au coeur d'une façon unique. Ce n'était pas la première fois qu'elle se sentait mal à cause de l'absence de quelqu'un - la tristesse d'une mère jamais connue mais toujours pleurée ne l'avait jamais quittée - mais cet éloignement basé sur la raison était douloureux d'une façon qu'elle ne connaissait pas. Nerys n'était pas une émotive et c'était sa raison qui guidait ses décisions; mais parfois l'émotion la gagnait et réussissait à s'imposer.

- Plait-il ?

Il jouait à l'idiot du village et l'indifférent qui ne connait rien de l'histoire. C'était à se demander si ils avaient vécu la même chose.

- Tu as très bien entendu.

Il sembla s'agacer un peu.

- Inutile d'être grossière Avery.

Le ton de Fred était d'un coup plus froid. Cette constatation agaçait autant Nerys qu'elle la satisfaisait. N'importe quelle émotion venant de Fred était préférable à cette indifférence et cette insouciance qu'il affichait. Elle aimait bien cet état d'esprit chez lui, qu'il se montre si détendu; mais qu'il soit ainsi même lorsqu'il s'agissait d'elle lui blessait le coeur. Elle avait mis du temps à accepter l'idée que Fred n'était pas qu'un simple béguin d'adolescente lié à un désir physique; elle avait réellement des sentiments pour lui. Se rendre compte que ses sentiments n'étaient pas réciproques était douloureux.

Sa raison lui soufflait que c'était mieux ainsi, qu'il était moins douloureux de s'éloigner de quelqu'un sans-sentiment, mais elle était incapable d'écouter sa raison et d'imaginer une douleur moins poignante.

- C'est Avery maintenant ?

Il sembla réfléchir, et s'arrêta. Nerys l'imita, constatant que George et Olivia étaient restés plus loin.

- C'est pas ce que tu voulais ?

Enfin !, il faisait référence à leur passé commun, enfin il semblait se rappeler qu'ils n'étaient pas deux inconnus.

- J'ai jamais dit ça, répondit-elle.

Elle avait affirmé à Fred que rien n'était possible entre eux et sous-entendu qu'il était préférable de s'éloigner. En revanche, elle n'avait jamais souhaité qu'il se montre si distant avec elle. Elle savait que son comportement n'avait pas de sens et que son discours était complètement contradictoire mais elle-même était un peu perdue.

- Ca me fait de la peine, et toi tu fanfaronnes.

Ce n'était pas facile à avouer pour Nerys. Elle avait passé trop de temps à cacher et à refouler sa tristesse. L'admettre à voix haute rendait la chose plus réelle et plus poignante. Heureusement, l'agacement qu'elle ressentait contre-balançait sa peine et évitait qu'elle ne se mette à pleurer.

- Oh parce que tu crois que t'es la seule à avoir de la peine ?

Elle le fixa, sans le croire.

- Ca l'air tellement dur. Heureusement que j'ai pas gâché ma vie entière pour un abruti comme toi.

Elle était sincère : elle n'avait jamais été aussi sûre de sa décision qu'à cet instant précis. Fred Weasley était un abruti sans coeur et elle aurait été folle de se trahir pour quelqu'un comme lui. Il ne la méritait pas, et elle se flatta d'être assez raisonnable pour ne pas avoir trop fauté.

Fred fit un geste de la main, agacé.

- C'est quoi que tu veux entendre ? Que je m'en fiche ? Si tu veux.

Ses paroles étaient si légères, si indifférentes, qu'elles atteignirent Nerys en plein coeur. Elle était blessée, et l'émotion la gagna pour prendre possession de son corps. Son sang était bouillant dans ses veines et ses poings se serrèrent naturellement sous le coup de l'émotion. Ses yeux semblèrent s'humidifier mais elle ne savait pas si c'était à cause de la tristesse ou de la rage. Elle le détestait et elle aurait aimé lui arracher les yeux de la tête.

- Maudit Weasley, pas étonnant que vous soyez la risée du monde magique.

Elle savait le sujet sensible : c'était sa ridicule tentative de vengeance. Elle voulait que Fred souffre autant qu'elle. Elle voulait qu'il ressente la tristesse, la rage et la frustration.

Fred sembla surpris par son attaque mais ne comptait pas se laisser faire.

- Et toi Avery ? Ca te plait d'être une petite garce coincée ? Dit-il en élevant la voix.

Il la fixait avec un regard aussi noir que le sien. Lui aussi connaissait son point sensible et s'en servait. Nerys détestait être traitée de coincée car elle avait trop conscience qu'elle devait l'être aux yeux du monde entier. Quelque part, c'était aussi la façon dont elle se percevait. Elle s'était un peu perdue dans sa volonté d'être toujours parfaite et de toujours se conformer à sa bonne éducation. Ce n'était pas la première fois que Fred se servait de ce mot pour la décrire et elle détestait ça !

Nerys et Fred étaient trop concentrés l'un sur l'autre pour se rendre compte que leurs voix portaient, que tous leurs camarades pouvaient les entendre, et que même les renards d'or commençaient à prendre peur face à ces voix chargées de rage.

- Je te déteste, siffla Nerys.

Elle avait presque envie de le gifler, ou de fuir, ou de fondre en larmes - elle ne savait pas trop. Mais ses yeux étaient accrochés à ceux de Fred et elle était incapable de bouger tant qu'il n'avait pas prononcé la sentence.

Enfin, Fred, avec un visage froid et dur, lui répondit :

- Je te déteste encore plus.

Ce n'était ni digne, ni courageux, mais incapable d'affronter des sentiments trop forts, Nerys préféra prendre la fuite, rebroussant chemin à travers la forêt.