Il était 7 h du matin, la maison Taylor était encore endormie. On tambourina à la porte d'entrée. John sursauta dans le lit, complétement désorienté. Il ne savait pas si le bruit était réel ou non. Un deuxième coup retenti, puis des cris « Police de Houston, nous venons chercher Éric Taylor ! »
John descendit au rez-de-chaussée, ouvrit la porte, et se retrouva, nez à nez avec deux policiers, le shérif de Houston, ainsi que deux corps de l'armée américaine. Ils portent tous les deux des gallons d'officiers de l'armée de terre.
Officier : officier Mulet, instructeur en chef du camp de San-Antonio. Je viens chercher Monsieur Éric Taylor. Je vous remercierai de coopérer avec nous, sinon je me verrai dans l'obligation d'utiliser ce mandat de perquisition pour aller le chercher moi-même.
John agacé : vous avez vu l'heure qu'il est ?
L'officier fit signe aux deux policiers de le suivre à l'étage.
John : qu'est-ce que vous faites ? Vous n'avez pas le droit !
Shérif : John, techniquement ses messieurs ont tous les droits. Alors, n'aggrave pas la situation veux-tu ?
John : oh toi, ferme là ! Ton fils n'est pas blanc dans cette histoire. Ça t'arrange bien que c'est mon fils qui a été condamné.
Shérif : dès la fin du trimestre, j'envoie mon fils en pensionnat privé, en Europe. Je voulais que tu le saches, que je ne reste pas insensible à la situation.
John : et alors ? La punition est quand même inégale.
Shérif : je dois préserver son avenir.
John moqueur : oui bien sûr.
Des hurlements venaient des escaliers. Mary Taylor essayait de barrer la route aux hommes emmenant son fils, menotté, vêtu seulement d'un jogging et d'un t-shirt.
Éric calme : maman, laisse tomber s'il te plaît !
Mary : non ! Il y a des lois dans ce pays ! C'est tout simplement inhumain comme traitement !
Officier Mulet : je ne fais qu'appliquer la procédure habituelle pour des cas comme votre fils.
Mary supplia son mari d'intervenir.
John : laissez-le au moins s'habiller. Il fait à peine 5°c ce matin.
Officier Mulet : pour qu'il en profite pour fuguer. Hors de question. D'ailleurs, nous avons déjà perdu assez de temps comme ça. Votre fils sera transféré jusqu'au camp de San-Antonio dans la journée. Une visite vous saura autoriser dans trois mois. Bonne journée Monsieur et Madame Taylor.
John et Mary, regardèrent, impuissant, leur fils se faire emmener, en direction de la fourgonnette blindée, garer dans la rue. La scène avait attiré tous les curieux du quartier. Tami était sortie sur son perron et appela Éric. Ce dernier se retourna et lui sourit timidement, avant de disparaître dans l'arrière de la fourgonnette.
Éric ressentait une peur immense au plus profond de lui-même. Il était encore sous le choc par son arrestation. Il avait revécu son arrestation à la supérette. Plaquer au sol comme un mal propre et menotté comme un criminel. Mais, le plus humiliant, c'était quand le policier fouilla ses affaires personnelles, plus précisément son linge de corps, afin de préparer son paquetage pour les mois à venir. Sa mère avait débarqué, hystérique, dans la chambre. C'était bizarre de sa part. Après la scène de l'autre soir, il pensait réellement qu'elle serait contente de le voir sortir de sa vie. N'empêche qu'il eût eu honte de sa réaction disproportionnée. Son père était resté calme, du moins en apparence. Et Tami ? Pourquoi elle a dû sortir juste au moment le plus gênant de toute sa vie ? Son regard larmoyant lui fendait le cœur. À travers ce petit sourire, il lui disait simplement que tout ira bien.
La fourgonnette se mit en mouvement, l'éloignant ainsi de toutes les personnes chère à son cœur, pour la moitié de l'année à venir. Maintenant, il était de nouveau seul, face au nouveau grand défis de sa vie.
Le long trajet jusqu'à San-Antonio était ponctué par quelques arrêts pour prendre des jeunes délinquants, comme lui. Maintenant, ils étaient quatre à l'arrière de la fourgonnette. Éric observait ses nouveaux compagnons de galère. Un jeune homme de couleur noir le regarda aussi.
Garçon, sur un ton agressif : eh, t'as un problème le débardeur ?
Éric : mon prénom, c'est Éric, pas « le débardeur ». Ok ?
Garçon : tu ferais mieux de changer de ton avec moi. Tu crois que tu vaux mieux que moi ? Petit blanc.
Éric agacé : putain, c'est quoi ton problème ?
Garçon : je n'avais aucun problème, jusqu'au moment où tu me regardes avec ton air supérieur.
Éric : eh ben, au moins, on sait tous pourquoi tu es là. Vachement susceptible le mec !
Le jeune garçon se leva en direction d'Éric, prêt à chercher la bagarre. Il perdit l'équilibre lorsque le chauffeur stoppa net, la fourgonnette. L'officier Mulet descendit du véhicule, ouvrir la porte de derrière et ordonna à Éric, ainsi qu'au jeune garçon, qui s'appelait Josh, de descendre.
Officier Mulet : eh ! Les deux fortes têtes ! J'ai une bonne nouvelle pour vous. Il reste encore 15 kilomètres avant le camp. Vous les ferrez à pied. Allez en piste ! Derrière moi et que je n'entends rien à part votre respiration. C'est clair ?
L'instructeur en chef s'empressa de menotter, ensemble, nos deux garçons et partit, en donnant le rythme de marche. Après trois petits kilomètres, seulement, Éric commença à rencontrer des difficultés. Son compagnon s'agaça.
Josh : putain, vous les blancs, vous n'êtes vraiment pas endurant !
Éric essoufflé : ferme la putain !
Josh : je te jure que tu vas avancer. Je ne dors pas ici, OK ?
Éric essaya, tant bien que mal, à avancer, mais le souffle ne suivait plus. Il s'écroula, entrainant Josh dans sa chute. Éric était en grand panique, incapable de reprendre son souffle. Josh, changea d'attitude envers son compagnon, en grande détresse. Il l'allongea sur le sol et dégagea ces voies respiratoires en lui surélevant la tête.
Josh cria à leur instructeur de s'arrêter.
L'officier Mulet : que ce passe-t-il monsieur Taylor ?
Josh : il fait une crise d'asthme monsieur.
Éric essoufflé : ça va…mieux. Je ne marche pas… souvent aussi….vite….monsieur.
Officier Mulet : eh bien, il va falloir vous remuer monsieur Taylor. Je vous donne 5 minutes et nous repartons.
Éric : oui monsieur.
Josh attendit que l'instructeur s'éloignât d'eux : tu ne devrais pas mentir sur ta santé. Tu sais que tu peux mourir d'une crise d'asthme comme celle-là.
Éric : ce n'était pas une crise d'asthme. J'ai eu une pneumonie assez grave, il y a quatre mois. Ce sont sans doute des séquelles. Mon médecin m'avait prévu des conséquences à long terme.
Josh : tu aurais dû lui dire.
Éric : écoute, tu fermes ta gueule sur ce que je viens de te dire. C'est clair ?
Josh : ma petite sœur est morte d'une crise d'asthme. J'étais responsable d'elle suite au décès de nos parents. J'ai pris la responsabilité de fuir notre famille d'accueil. Si on était resté là-bas, elle serait toujours en vie. Alors, ne compte pas sur moi pour commettre la même erreur.
Éric : putain, tu t'es pris pour mon ange gardien ou quoi ? Je ne t'ai rien demandé alors lâche moi, tu veux !
Josh : on est menotté l'un à l'autre au cas où tu l'aurais oublié.
Éric : ouah, monsieur a de l'humour. Première nouvelle.
Josh : c'est bon, je m'excuse pour tout à l'heure. Je t'ai mal jugé. Tu viens de la rue comme moi. On devrait se serrer les coudes, entre frères de galère. Tu ne le crois pas ?
Éric choqué : je n'ai jamais dit que je venais de la rue.
Josh : oui, mais il y a des signes qui ne trompe pas. Comme ton tatouage minuscule dans le creux de ta main gauche par exemple qui dit, je cite : « La rue, Mon oxygène ». Si tu as aussi honte, pourquoi l'avoir marqué sur ta peau ?
Éric : je n'ai aucune honte avec ça. C'est juste que je ne veux pas que mon entourage le voie. Personne ne l'a vu jusqu'à présent. C'est mon secret que j'avais besoin de marquer pour ne jamais oublier cette sensation de liberté.
Josh : ça fait longtemps que tu as ce tatouage ?
Éric : deux mois environ. Je l'ai fait au moment où j'ai pris conscience que je devais me reprendre en main pour la sécurité de mon entourage proche de mon cœur. Ce tatouage me sert à me souvenir de mes moments passés dans la rue, sans y être obligé d'y retourner. Je sais, c'est tordu, mais c'était vraiment important pour moi. Je l'effacerai le jour où je n'aurai plus besoin de cette bouffée d'oxygène dans ma vie. Quand j'aurai vraiment trouvé ma place ailleurs que dans la rue.
Josh : je comprends toute à fait ta démarche. J'ai toujours avec moi, le pendentif de ma petite sœur. J'ai toujours l'impression qu'elle est ici, avec moi. Je ne veux pas qu'elle soit déçue de son grand frère. Voilà pourquoi je suis ici.
Les deux garçons se regardèrent, émus. Un lien solide venait de se créer entre eux. Ils reprirent tous la marche, non sans mal pour Éric, mais Josh était là pour le soulager et l'aider à avancer.
Dès leur arriver au camp de San-Antonio, l'officier Mulet convoqua tous les nouveaux pensionnaires. Ils se mirent, tous au garde-à-vous devant lui, sauf Éric et Josh. L'officier les voulait à côté de lui. L'instructeur en chef voulait leur faire comprendre qu'ici, c'était lui le chef, et qu'il ne toléra aucun faux pas de ses nouveaux pensionnaires.
Officier Mulet : vous devez tous comprendre, qu'ici, vous n'êtes rien messieurs, juste des sous-merde que la société nous envoie pour vous casser et vous reconstruire pour être de parfait bon citoyen américain. Ici, vous fermez vos gueules et vous obéissez sans réfléchir ! Si je vous dis de vous jeter par-dessus une falaise, vous le faites ! C'est compris ?
Les pensionnaires : oui monsieur
Officier Mulet : le moindre écart de comportement, vous subirez le sort de vos deux compagnons, ici devant vous. L'isoloir pour une durée que moi seul déciderai. Ça sera selon mon humeur du jour. Je vous garantis que vous n'aurez plus envie de faire le malin après cette enrichissante expérience. (il s'adressa maintenant à Éric et Josh). Messieurs, je vous emmène donc, vers votre dortoir privatif. Les autres, je vous laisse en compagnie de mon adjoint.
Leur instructeur en chef entraîna ses deux punis, à travers un dédale de couloirs sombre et sale. L'instructeur s'arrêta devant une grille assez lourde, l'ouvrit et poussa Éric et Josh dans l'étroit couloir en face d'eux. L'officier Mulet ouvrit une porte blindée, et ordonna à Josh d'y rentrer. Éric sera enfermé trois cellules plus loin.
Officier Mulet : vous trouverez par terre de quoi boire et manger, mais un conseil, rationnez-vous. Bon séjour messieurs.
Éric se retrouva dans une cellule de 2 m², baignée d'une lumière artificielle, très forte. Son lit, s'était juste une paillasse, usé et crasseuse. Au sol était poser 2 l d'eau et du pain rassis avec deux fruits plus que mûre. Au fond de la pièce, un simple seau avec un lavabo. Les murs étaient blancs ce qui reflétai la lumière extra-forte. C'était insupportable.
Il entendait son nom être appelé, mais de façon très lointaine. Les cellules étaient insonorisées au maximum pour que le détenu soit vraiment seul. Éric mit un coup de pied dans la porte blindée, en espérant que Josh comprenne qu'il allait bien. Josh y répondit puis, le silence s'installa.
Éric se laissa glisser le long du mur de sa cellule. Un mal de tête, provoqué par cette lumière, le terrassa. Il commença à transpirer sous l'uniforme militaire qu'on leur avait imposé en arrivant. Il avait soif, mais ne sachant pas combien de temps, il sera enfermé ici, il devait faire très attention à se rationner. Cette pourriture d'instructeur était bien capable de les laisser là pendant plusieurs jours. Sa motivation était très claire, leur casser le moral, les détruire de l'intérieur, mais il n'y arrivera pas. Éric avait un objectif et rien ne pouvait l'en n'éloigner. Il devait tenir pour Tami, pour Chucky, pour son père et maintenant pour Josh. C'était à cause de lui qu'il était là, dans l'isoloir, mais Josh l'avait soutenu au moment où il en n'avait le plus grand besoin. Son histoire l'avait touché aussi et qu'il vienne également de la rue, comme lui, ça rapproche beaucoup. Éric n'était plus vraiment inquiet, concernant ses capacités physiques, car Josh connaissait son secret et il l'aidera à se surpasser. En tous cas, il était hors de question pour lui de montrer ses faiblesses et d'abandonner. Un Taylor n'abandonne jamais !
