Entre Père et Fils
« C'est toujours comme ça entre vous trois ? » demanda soudain Tobias, amusé, en venant s'asseoir avec une tasse de café.
Severus jeta un regard noir à son géniteur.
« Cela ne te regarde absolument pas, » siffla-t-il.
« Techniquement non, » répondit calmement Harry en portant vaguement son regard sur le Moldu. « Jusqu'à il y a quelques semaines, c'était ces deux Serpentards contre moi. Et vous ... avec votre fils ? »
« Que Severus me déteste, oui, » fit Tobias en haussant des épaules. « Cela dit, je l'ai cherché. Mais bon. Je ne vais chercher l'amour de mon fils alors qu'il est l'engeance du ... »
« Dis encore une seule fois que je suis la progéniture du diable et je te jure que je vais te faire passer l'envie de parler tout court ! » menaça Severus Snape avec sa baguette tournée vers son père. « Je suis juste un sorcier ! Pas un démon ! »
Harry se figea et observa le père et le fils tour à tour avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.
« C'est à cause de lui qui vous avez décidé de devenir Mangemort ? »
« Je ne vous permets pas, Potter ! »
« Et moi j'attends une réponse. Est-ce à cause de cet homme que vous avez décidé de vous tourner vers le mal ? »
« Vous ne pourriez pas comprendre, vous et votre vie tellement ... »
« Sev, je te le déconseille, » intervint Drago.
« ... parfaite ! »
Le Gryffondor lança un sortilège à l'homme qui le para aisément d'un bouclier sans baguette. Ce que Severus ne s'attendait pas, par contre, c'était de voir le jeune homme se jeter sur lui pour le frapper à coups de poing.
« HARRY ! ARRETE ! » s'exclama Drago en essayant de l'attraper.
Il se fit repousser. Tobias soupira et attrapa le plus jeune par la ceinture pour l'écarter de son fils. Il le sentit se débattre mais après toutes ces années à travailler en usine, il avait encore une partie de sa force. Il le maintient immobile contre lui. Il vit son fils se lever, le regard noir et le nez en sang.
« Je te l'interdis, Severus ! » intervint Drago en s'interposant, baguette tendue vers son parrain. « Tu l'as cherché. La vie d'Harry est loin d'être parfaite ! Je la comparerais plutôt à celle d'un elfe ! Et encore, pire que celle d'un elfe ! Alors maintenant tes réflexions douteuses et sans fondements sur Harry, tu te les gardes ou c'est moi qui t'envoie valser ! »
Le Moldu observa la scène qui se jouait devant lui alors qu'il sentait toujours le jeune homme trembler de colère entre ses bras.
« Qu'est-ce que tu as vécu, Gamin ? » demanda-t-il calmement.
« L'esclavage, » siffla Harry. « Par ma propre famille. Avec les coups et les brimades qui vont avec. Ma vie a été tout sauf parfaite ! Mais parler avec un connard comme Snape est impossible puisque Monsieur a toujours raison et Harry foutu Potter a toujours tort et cherche toujours les ennuis ! »
« Vous cherchez toujours les ennuis Potter, » rétorqua durement le Maître des Potions en pointant sa baguette sur son nez pour le réparer.
Il grogna sous la douleur alors qu'un petit craquement sec se faisait entendre.
« Eh bien, je vous en prie, allez affronter votre Maître à ma place ! Allez affronter un dragon ! Allez affronter un cerbère, un loup-garou, une armée de détraqueurs et un basilic pendant que vous y êtes ! Croyez-moi, je n'ai jamais voulu affronter de telles créatures, ou me retrouver dans ce foutu tournoi, ou même affronter cet enfoiré ! J'ai jamais demandé à ce que mes parents se fassent tuer ou de vivre comme un moins que rien, caché dans le placard sous l'escalier par sa pathétique famille parce qu'elle avait peur de lui et de sa magie ! Je n'ai jamais demandé à recevoir des coups parce que j'avais brûlé accidentellement une tranche de jambon ou parce que je faisais un accident magique ! »
Il se dégagea de la poigne du Moldu et fusilla son ancien professeur du regard.
« Pour tout vous dire, je me demande s'il n'aurait pas été mieux que je meurs cette nuit-là à Godric's Hollow ! Tous vos problèmes auraient été réglés ! » termina-t-il en criant avant de partir en trombe du salon.
La porte d'entrée claqua. Drago soupira lourdement avant de ranger sa baguette.
« J'espère pour toi Sev qu'il ne va pas faire une bêtise comme se rendre directement auprès du Seigneur des Ténèbres, » dit-il froidement avant de partir à la suite du Gryffondor.
Tobias vit son fils pâlir. Déjà qu'il n'avait pas beaucoup de couleurs sur son visage cireux, là il était blanc comme un linge. Et il y avait aussi une douloureuse lueur dans son regard.
« Qu'as-tu fait à ce garçon, Severus ? » Il récolta un regard noir, assassin. « Ne me regarde pas comme ça, je reste ton père. Ce garçon est venu pour chercher de l'aide auprès d'un sorcier et il préfère encore être seul plutôt qu'en ta compagnie. Pourquoi ? Je me souviens encore que ta mère disait que tu étais quelqu'un de puissant et que tu deviendrais un grand homme. Que t'est-il arrivé ? »
« Deux choses, » siffla le Maître des Potions en retour. « La mort de Maman et celle de Lily. »
« Qu'as-tu fait à ce garçon, Severus ? » répéta le Moldu, plus calmement.
« En quoi cela t'intéresse ? Tu détestes les sorciers ! Tu détestes la magie ! Tu nous as toujours détestés et tu nous as frappés plus que jamais ! »
« J'étais ivre à chaque fois. Et je frappais tout le monde, même des personnes normales. Ce n'était pas tourné vers toi. J'ai fait un an de prison et une autre en cure de désintox pour justement régler ce problème. Cela m'aura pris du temps mais ... C'est vrai que je déteste la magie mais je ne peux rien y faire à part la supporter. Et malgré elle, j'aimais vraiment ta mère. Maintenant, réponds-moi honnêtement. Que lui as-tu fait ? Une telle haine ne naît pas comme ça. »
« Et toi, qu'est-ce que tu as, Tobias ? A un moment, tu me traites d'être le fils du démon, l'instant suivant tu me poses des questions comme si tu t'en souciais ! »
« Parce que même si tu as cette satanée magie en toi, tu restes mon fils. C'est mon devoir de me soucier de toi. »
« Ne te fous pas de ma gueule ! » hurla Severus. « Je me souviens parfaitement de ce que tu nous as fait endurer ! On était des monstres à tes yeux ! »
« J'étais alcoolique ! L'alcool me rend violent, Severus. J'ai arrêté de boire il y près de douze ans ! J'ai changé ! »
« Ca me fait une belle jambe ! Tu resteras toujours le même enfoiré pour moi ! »
Tobias soupira et s'appuya contre le mur du salon en observant vaguement les dégâts occasionnés par la bagarre.
« Oui, je sais. Mais ce garçon... »
« C'est ma faute si sa mère est morte ! Voilà tu as ta réponse ! J'espère que tu es content maintenant ! »
« Qu'as-tu fait, Severus ? » répéta une fois encore Tobias sans le moindre reproche dans la voix. « Cela ne peut pas se résumer à cela. »
« Cela ne te regarde pas ! » rétorqua le Serpentard avant d'être interrompu par son père.
« Il tremblait de rage, Severus ! Je n'ai jamais rien senti de tel ! Comment un enfant peut-il éprouver autant de rage ? »
« Ce n'est plus un gosse et nous sommes en guerre. C'est aussi simple que ça. »
« Es-tu en danger ? »
Severus eut un petit rire nerveux alors qu'il remettait le tabouret en état d'un informulé pour s'y asseoir. Le Moldu en fit autant dans son canapé.
« Qu'importe que je sois en danger. Cela va faire vingt ans que je subis le poids de mes erreurs. Je ne veux ni ta colère, ni ta pitié ni ton aide ! »
« Et le fils de Lily Evans ? »
« Je t'interdis de t'approcher de lui ! » fit Severus, soudain dangereux.
« C'est lui qui est venu, pas moi. J'ignorais jusqu'à son existence il y a moins d'une heure. » Tobias but une gorgée de son café qui par miracle n'avait pas été renversé dans la bagarre. « Vas-tu l'aider ? »
« Je n'ai pas le choix. J'ai promis de le protéger. Et il est un véritable aimant à problèmes. C'est exténuant de le garder en vie sans cesse. Le Seigneur des Ténèbres veut le tuer depuis des années. »
« Ce n'est qu'un adolescent ... »
« Et il a tenté de le tuer, il n'avait qu'un an, Tobias. » Le Moldu écarquilla les yeux, choqué. « Et maintenant, c'est à lui de se battre contre ce taré parce qu'il serait le seul à pouvoir le vaincre. »
« Severus ! Ce n'est qu'un ado ! Tu n'es pas sérieux ?! »
« Je suis très sérieux. Dumbledore le croyait aussi. Il pensait même que Potter doit jusqu'à mourir pour nous ! »
Le regard brun du Moldu se durcit.
« Tu n'as quand même pas l'intention de le laisser mourir sans réagir, dis-moi ? »
« Mais je ne sais pas quoi faire pour le sauver cette fois ! » contra Severus. « Je connais peut-être pas mal de choses en magie noire. » Tobias se tendit. « Mais je n'en sais pas autant que je le voudrais malheureusement. Je ne souhaite que sauver cet insupportable Gryffondor mais je ne sais pas comment le sauver de la magie du Lord. Il lui a fait quelque chose et je ne sais pas comment le lui retirer sans avoir à le tuer. »
« Le sait-il ? »
« Dumbledore a dit qu'il ne devrait le savoir qu'au dernier moment. Je ... J'ai été révolté quand il me l'a révélé. Depuis j'essaie de trouver une solution mais mes recherches sont restées jusqu'ici infructueuses. Je ne fais pas rien comme tu le dis, je ne trouve juste pas solution ! »
Tobias n'avait jamais vu son fils ainsi ou alors il ne s'en souvenait pas parce qu'il devait être ivre mort. Il ferma les yeux en soupirant.
« Ecoute, je ne peux pas réparer ce que je vous ai fait à toi et à ta mère. J'étais un connard et je le resterais probablement à tes yeux. Je le mérite sans doute. Mais, même si votre ... magie ne me plait pas, je sais aussi que tu n'es pas un mauvais garçon. »
« Tu ne sais rien de moi ! »
« Ce que je viens d'entendre me suffit, Severus. Tu veux sauver ce garçon. Même si tu ne l'aimes pas, tu veux le sauver. Fais juste ce que tu peux. Persévère. Ta mère pensait que tu étais excellent, l'un des meilleurs. Je ne peux pas juger, je ne connais rien à ton monde mais si elle le disait, je pense que c'est vrai. Et il y a autre chose dont je suis sûr, c'est que tu as hérité de mon coté borné. Tu n'abandonneras pas. »
« Jamais, » répondit le Maître des Potions, le visage impassible et le regard déterminé.
« Allez, file, » fit Tobias avec l'ombre d'un sourire. « Il y a deux jeunes sorciers que tu dois rattraper avant qu'il ne leur arrive quelque chose. »
Severus se leva et observa son géniteur un instant.
« J'arrive pas à croire que je vais le dire mais ... merci, » dit-il simplement.
« File, Severus, » répliqua simplement son père en écartant ses remerciements d'un geste de la main.
Le Serpentard quitta rapidement la maison de son enfance.
