Bonjour à tous,
Je publie ce chapitre afin de vous dire que je n'ai pas abandonné cette histoire. Je l'écris toujours régulièrement et elle est plus longue que ce chapitre. J'attendais d'avoir terminé pour la poster. Ma fanfiction originale se terminait à la fin de cet "arc" après la nuit qu'ils passent ensemble et j'ai continué car vos commentaires m'ont poussé à avoir envie de continuer cette histoire et que le Snarry est une source inépuisable d'inspiration... il y avait juste tellement de scènes que je voulais écrire, de situations à développer... et j'ai trouvé ce moyen pour le faire !
Cependant, je ne vais pas vous cacher que ma vie est très dure et ma situation actuelle particulièrement instable, je n'ai pas de boulot, pas d'aides ni en belgique ni en france et vis entre les deux pays... je n'ai pas vraiment de chez moi, de sécurité nulle part, d'argent, et les seules choses de stable que je peux appeler "maison" sont mon compagnon Adrien, qui est belge, et mon petit chat Raziel. Le quotidien est donc très lourd à porter et je vous avoue n'avoir pas forcément le coeur ni l'énergie d'écrire. Mais le Snarry est ma constance, c'est un univers qui ne se détache pas de moi avec la distance, vous voyez, même si je ne regarde pas/ne lis pas etc... et je peux vous promettre que je terminerais cette fanfiction. J'en suis actuellement au livre 5, qui va marquer un tournant dans leur relation. Cette "deuxième" fanfiction comportera donc une relation entre mineur/majeur, vous vous en doutez.
Sur ce, bonne lecture !
Harry revint le lendemain matin comme si de rien ne s'était passé. Il était silencieux, renfermé sur lui-même et insensible à ses attaques, aussi Snape cessa-t-il de s'occuper tout bonnement de lui. Cependant, de loin, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger en regardant le gamin échouer lamentablement à la préparation de sa potion. Qu'est-ce qui avait pu pousser Potter à agir de la sorte ? Il avait paniqué parce qu'il était enfermé. Snape n'était pas suffisamment stupide pour ne pas prêter attention à ce détail. S'il avait entendu une voix, pensait-il, ça devait être cet abominable fantôme que Dumbledore autorisait toujours à hanter les murs de Poudlard. Rien de plus. Ca rajouté à la peur d'être enfermé... Une partie de lui voulait s'en moquer, vraiment. L'autre partie ne pouvait s'empêcher de vouloir gratter sous la surface. Ce n'était rien de significatif, juste une étincelle qui s'était réveillé au fond de lui, à peine, encore à moitié en dormance. Juste assez pour éveiller son intérêt.
Pendant les mois qui suivirent, il continua à observer, de loin. Harry fut accusé dès le premier meurtre, et en premier, Snape fut particulièrement en colère. Encore une fois, Potter s'était débrouillé pour se foutre là où il ne fallait pas, devenant le centre de l'attention - comme ça devait être convenable. Aussi le défendit-il, non pas pour le défendre en soi, mais pour le casser dans sa campagne ayant pour seul but d'être le centre de l'attention. Cependant, les soupçons à son égard s'épaissirent, et lorsqu'il se révéla être un fourchelang devant un grand nombre d'élèves, Snape sentit quelque chose comme de la frayeur et de la fascination mêlées l'envahir. Il y avait quelque chose en lui à cet instant qui ressemblait au seigneur des ténèbres, et cette chose lui fit peur, bien plus que James ne lui avait jamais fait peur. Et il ne savait pas vraiment si l'enfant l'effrayait, ou si quelque chose en lui voulait le respecter pour ça.
Ce ne fut que lorsque que Ginny Weasley fut enlevée que quelque chose en Severus s'électrifia. Il sortit du bureau de Dumbledore, furieux, en claquant la porte derrière lui. Le vieux fou savait que le gosse ferait quelque chose. C'était Harry, après tout, c'était... Potter, Potter. Et le vieux fou s'obstinait à lui répéter que tout allait bien mais tout n'allait pas bien, il le savait ! Il pénétra à grand fracas dans la tour de Gryffondor, et chercha Harry sans se préoccuper des insultes qui fusaient des tableaux et du boucan des élèves terrifiés.
- Où est Potter ?! Hurla-t-il dans un mouvement de cape furibond pour faire face aux élèves pétrifiés.
Il jura doucement et s'éclipsa de la tour pour descendre jusqu'aux cachots, renversa le contenu de son bureau et se laissa tomber sur la chaise, la tête entre les mains.
"Votre intelligence se porte à merveille, Snape, rassurez-vous, vous êtes toujours aussi intelligent ! Devant un chaudron, en tout cas !"
Il fallait qu'il réfléchisse, il fallait qu'il réfléchisse. Potter devait savoir où était la chambre des secrets, il n'y avait pas d'autres alternatives. Comment ce fait-il que personne dans ce foutu château ne réagisse ?!
"Les points ? C'est tout ce que vous retenez, là-dedans ? Les points ?! C'est... c'est tout ce qui vous intéresse ? Me renvoyer ?! Vous me haïssez tant que ça putain ?"
Ce n'était pas une manipulation, ça ne l'avait jamais été. Il avait vraiment blessé le gamin en émettant le souhait qu'il soit renvoyé. Bon sang, il avait vraiment réussi à blesser Potter, assez pour le gamin descende aux cachots en plein milieu de la nuit pour... lui demander pourquoi ? Il en aurait éclaté de rire si a situation n'était pas aussi grave.
Il rouvrit les yeux d'un seul coup. Potter était un fourcheland.
" - C'était quoi ?
- De quoi parlez-vous ?
- La voix.
- Potter, je ne comprends absolument pas.
- La voix ! vous l'avez forcément entendu, elle disait..."
Potter avait bien entendu une voix. Une voix qu'il ne pouvait pas entendre puisqu'il n'était pas un fourchelang. Et le monstre de Serpentard n'était en fait rien d'autre qu'un serpent, un... basilic ! Bon sang, c'était ça. Et Potter était parti sauver la gamine tout seul. Contre un basilic. Seul contre un basilic. Snape tournait en rond dans son bureau, l'esprit tournant à toute allure. Il avait été idiot, tellement idiot de ne pas prêter attention plus avant à ce détail. Il aurait dû savoir que l'entêté Gryffondor n'aurait jamais, au grand jamais, perdu son calme de la sorte si ce n'était pas quelque chose de vraiment important. Mais la peur première qui l'avait assailli quand il avait entendu son cri était retombée d'un seul coup en le découvrant parfaitement intacte, remplacée par du dégoût et de l'agacement condescendant vis à vis du gosse. Et maintenant, Potter se retrouvait seul dans la chambre des secrets.
La chambre des secrets, la chambre des... et si... ?
Il s'immobilisa, la main crispée sur sa baguette, fourmillant presque dans l'impatience des sorts qui fusaient dans sa tête, prêt à jaillir à tout instant pour protéger l'insupportable gosse d'une mort imminente. Il quitta la pièce à tout allure et perdant son calme, se mit à courir dans les escaliers. Arrivé dans les toilettes des filles du deuxième étage, il ne put que constater, essoufflé, la véracité de sa théorie. Une seconde plus tard, il plongeait dans le noir.
Il trouva le jeune Weasley recroquevillé sur lui-même, se balançant d'avant en arrière en guettant autour de lui d'un air apeuré, aux côtés de Gilderoy Lockart inconscient. Stupid child. Il était allé demander l'aide de Lockart, Lockart. Au lieu de la sienne.
- Weasley !
Il s'était exclamé fort et le garçon eut si peur que Severus crut qu'il allait perdre connaissance.
- Weasley, où est Potter ? Le pressa-t-il en examinant Lockart afin de vérifier s'il était toujours vivant.
- Euh, il est... professeur... euh...
- Weasley !
Il n'avait pas le temps pour les états d'âme du jeune Weasley. Il le secoua par les épaules.
- Ca s'est écroulé, Lockart nous a attaqué, Harry est parti chercher Ginny, le monstre c'est...
- Un basilic, acheva Snape en levant sa baguette vers les roches écroulées. Reculez-vous, Weasley.
Le jeune homme obéit instantanément, se réfugiant derrière le bouclier magique de Snape. L'instant d'après, les pierres s'écroulaient avec fracas et l'homme s'élançait par l'ouverture. Il ne pouvait pas vraiment en vouloir à Harry d'avoir été chercher Lockart, et pas lui. Après tout, il ne lui avait jamais donné l'occasion de lui faire confiance et n'avait pas brillé par sa compréhension des choses en début d'année. Bon sang, mais pourquoi Potter, Potter non d'un chien, le fils de cette enfoiré de James, serait-il affecté par le fait qu'il le haïsse ou non ?
Avec tous les événements qui survinrent à la fin de l'année, Harry ne pensa pas une seconde à remercier Snape. En soi, l'homme n'avait pas fait pas grand chose : Il avait quand même dû tuer lui-même à la fois le basilic et Jédusor et, si ce n'est Fumseck, était passé très près de la mort. Il n'était arrivé qu'à la toute fin et l'avait cependant aidé à remonter, avait soigné ses blessures avec les moyens du bord et froidement sermonné, insultant, ce qui n'était pas nouveau, son intelligence. "pourquoi être allé consulter Lockart, Potter ?! Lockart, enfin ! Espère d'imbécile ! Vous auriez dû consulter en premier lieu votre directeur de maison, vous auriez dû venir me consulter, stupide gosse ! ". Oublié, les "professeurs" et "monsieur". Snape était dans une colère froide qu'Harry ne comprit pas vraiment ni ne chercha, après ce qu'il venait de traverser, à comprendre, ni à lui faire remarquer que s'il devait consulter son directeur de maison, c'était Mcgonagall qu'il devait aller voir, et non pas lui. Mais enfin bon. Il le laissa l'entraîner et ne se posa même pas la question de savoir pourquoi il insistait pour l'emmener à Madame Pomfresh. Snape le laissa là pour aller voir le directeur et le pria de les rejoindre dès qu'il aurait été proprement ausculté.
En vérité, Snape était arrivé à temps pour voir Harry détruire le journal. Il était arrivé à temps pour voir devant lui, presque comme en chair et en os, une version plus jeune du seigneur des ténèbres. Il était arrivé à temps pour voir Harry dire à Ginny de remonter, comme si sa propre mort n'était qu'une partie sans importance. Il était arrivé à temps pour voir Harry accepter courageusement et stupidement la mort pour finir seul ici.
Lorsqu'Harry était monté dans le bureau de Dumbledore comme Snape le lui avait demandé et comme il l'aurait fait, de toute façon, Snape descendait les escaliers. Harry voulut dire quelque chose, mais l'homme ne lui adressa pas un seul mot, pas un seul regard. Il avait l'air aussi froid qu'auparavant et Harry crut avoir fait quelque chose de mal, sans se demander ce qui avait pu se passer avec Dumbledore. Il monta les escaliers, laissant Snape poursuivre son chemin et se demandant pourquoi l'homme était venu le sauver. Il devait agir sur les ordres de Dumbledore, rien de plus, se dit-il. Ce fut Ron, dans le train, qui lui dit à quel point Snape avait l'air paniqué et Harry avait eut les plus grandes peines du monde à le croire. Snape, inquiet pour lui ? Ca ressemblait à une vaste blague.
Cependant, l'été éloigna vite toute sorte de pensées à propos de Snape. S'il pensait que ça ne pouvait pas être pire au 7, Privet Drive, Harry se trompait : l'expectative de voir arriver la tante marge rendait tout vraiment, vraiment pire. Les Dursley avaient cette manie d'inconstance dans le rapport qu'ils entretenaient avec lui : Ils hésitaient en permanence entre l'ignorer totalement et le laisser "faire semblant de ne pas exister" dans sa chambre ( toujours mieux que le placard, mais enfin bon ) ou l'utiliser comme un elfe de maison, ce qui était souvent sa seule chance d'ailleurs de sortir de cette foutue chambre. Aussi dû-t-il aider la tante Pétunia à récurer toute la maison, après quoi elle l'assigna à son habituelle tâche de l'été, à savoir le désherbage de jardin. Harry supportait mal la chaleur écrasante en cette saison, et faisait toujours l'erreur de se déshabiller, s'arrosant en cachette à l'eau fraiche du jardin, lorsque la tante Pétunia détournait les yeux et que Dudley, se lassant de se dandiner autour de lui en ricanant, s'éloignait pour aller jouer ailleurs, à l'eau fraîche du robinet du jardin. Jamais Pétunia n'avait prit la peine de lui mettre de la crème solaire, et Harry n'avait jamais vraiment demandé, ne connaissant que trop bien la réponse. Ce n'est qu'en fin de journée, comme à chaque fois, en s'écrasant dans sa chambre après un repas misérable qui ne suffit pas à combler sa faim et à atténuer son épuisement, qu'il réalisa que sa peau blafarde avait pris une teinte rouge vif des coups de soleil. La douleur l'empêcha de dormir pendant quelques heures, avant que la fatigue n'ait raison de lui et il sombra en ayant l'impression de tomber dans les pommes.
Les jours suivant, cependant, furent d'une horreur sans pareille. Sans compter ses courbatures et la brûlure des coups de soleil qui, Harry le savait bien, ne s'atténueraient pas avant au moins une semaine, l'arrivée de la tante Marge rendit les choses plus insupportables qu'elles ne l'avaient jamais été.
Il n'y a pas vraiment se mots, pour décrire ce que l'on ressent quand on est à ce point seul au monde. Quant on insulte ce en quoi on croit le plus, la seule chose qui nous fait tenir debout. Harry craqua, bien entendu. Il préférait mourir, il préférait se confronter en chair et en os à Voldemort sur le champ que de rester une seconde de plus ici, silencieux et dénué d'intentions propres, esclaves, à débarrasser la table, à obéir au doigts et à l'œil au moindre ordre, sans jamais rien avoir en retour, ou seulement les miettes de leur repas. Et cela ne serait qu'à peine insupportable, s'il n'avait pas à entendre toutes ces insultes lancées contre ses parents. Ces insultes qu'il avait cru, un jour, avant Poudlard, et qui l'avaient souvent secrètement poussé à les haïr d'avoir été si inconscients, de l'avoir abandonné à cette vie misérable parmi ces gens qui, non contents de le haïr, faisaient de sa vie un enfer quotidien.
Pourquoi pensa-t-il à Snape en franchissant cette porte ? Pourquoi, soudain, se mit-il à haïr l'homme tout autant qu'il haïssait les Dursley et cette abominable bonne femme ? S'il l'avait vu, à l'instant. Que penserait-il d'Harry Potter, la nouvelle célébrité de Poudlard ? En traînant furieusement sa valise trop lourde derrière lui dans les allées sombres de Little Winging, des sanglots violents le secouant de la tête au pied, Harry repensa à Ron et à ce qu'il avait dit. Je comprends pas plus que toi, Harry : Snape était mort d'inquiétude. Je l'ai jamais vu dans un tel état, je te jure. Peut-être que le bâtard graisseux jouait la comédie, en attendant ça avait l'air sacrément vrai. Je te dis ce que j'ai vu, vieux, c'est tout.
Harry hurla soudain, lançant furieusement sa valise qui échoua sur le trottoir. Il jura et se pencha pour la rattraper, mais la poignée de fer du portant lui resta dans la main. Il l'avait cassé. Il poussa un autre juron furieux en donnant un coup de pied contre la valise qui se contenta de subir silencieusement son affront sans même lui faire l'honneur de lui rendre son coup, ce qui l'aurait au moins un peu calmé, et il se sentit encore plus seul. Misérablement seul. Essoufflé, une magie incontrôlée courant douloureusement le long de ses membres, prête à exploser, il hurla encore, attirant l'attention de quelques maisons moldues dont les lumières s'allumèrent soudain. Quelques rideaux furent tirés et une fenêtre s'ouvrit même sur un vieux bonhomme qui lui cria de se taire, ou il appelait la police. La police. Ce fut cela qui rappela à Harry la gravité de sa situation. Il venait de faire de la magie à l'extérieur de Poudlard en présence de moldus et serait de toute évidence renvoyé. Une froideur glaciale se répandit dans ses membres, changeant la nature de la magie furieuse qui fulminait sur lui à fleur de peau comme un animal prêt à mordre. La panique le saisit, se mélangeant à la rage, pour donner quelque chose proche de la folie. Il n'appartenait plus à personne, désormais. Plus aux Dursley, plus à Poudlard. Il était seul. Totalement seul. Ce fut à cet instant qu'il distingua, ou sentit plus qu'il ne vit vraiment, pour être exact, un regard sur lui. Il tourna vivement la tête vers l'amas de buissons sombres, de l'autre côté de la rue, où l'on croyait deviner, à la lueur faible du réverbère, un éclat de deux yeux posés sur lui. Il n'eut pas le temps de réagit qu'un klaxon, qui n'avait rien de moldu, brisa le silence nocturne de la rue et envahit par la terreur, Harry recula sur le trottoir, la respiration trop forte. Laissant là sa valise cassée, ses souvenirs et tout ce qu'il possédait, il fit volte-face pour s'enfuir aussi vite qu'il le put, s'enfonçant dans les ombres multiples de la nuit épargnées par les réverbères. Vous vouliez vraiment me sauver, Snape ? pensa-t-il plus férocement que jamais. Prouvez-le.
Prouvez-le. Prouvez-le.
La voix résonna dans le sommeil de Severus Snape, juste assez pour le réveiller un peu. Une voix qui perça à travers le filet épais et sombre de ses rêves, prouvez-le. Une voix qui lui disait vaguement quelque chose... quelque chose qui l'agaçait. Sarcastique et hautaine. Est-ce que ce ne serait pas sa propre voix, qu'il était en train de décrire ? Il se réveilla alors tout à fait, ouvrant les yeux en grand dans l'obscurité de sa chambre. Non, ce n'était pas sa voix. C'était celle de Potter.
Vous vouliez vraiment me sauver, Snape ? Prouvez-le.
Il rabattit les couvertures, pris d'un certain malaise. En dehors de Poudlard, Snape habitait dans une petite maison qui ressemblait d'avantage à un vieil appartement Londonien, dans un quartier moldu relativement pauvre. Il se leva, saisissant déjà sa baguette et marcha dans le noir jusqu'à la cuisine, où il lança un lumos. Dans la maison silencieuse et vide, froide, on entendait seulement le souffle un peu lourd de sa respiration. Contrairement à son habitude, il n'agit pas immédiatement. Une magie particulière flottait tout autour de lui, pareille à un reste de picotements sur la peau, comme si quelque chose l'avait frôlé pendant son sommeil et qu'il en restait les traces. Une sensation particulière, à vrai dire. Beaucoup de sorciers ne prenaient pas, ou plus, la peine de s'interroger sur certaines choses essentielles. Beaucoup d'entre eux avaient grandi dans l'évidence de certains faits et, du coup, avaient tendance à oublier leur importance, comme l'odeur d'une âme. Pas vraiment une odeur, en fait, plutôt comme une sensation, un goût, quelque chose de ce type. Une faculté que les sorciers partageaient avec les animaux, celle de sentir l'âme, la magie émaner de quelque chose. Les sorciers, aujourd'hui, se vantaient bien trop de leur supériorité en la matière, oubliant que l'âme de quelque chose n'était que de la magie à l'état brute, la magie la plus puissante qui soit et que, de ce fait, tout être vivant, de l'être humain jusqu'à l'arbre en passant par l'animal, vibrait de magie. Pourtant, tous les sorciers n'avaient pas, ou plus cette faculté bien qu'aux yeux de Severus cela devrait être une évidence. En tant qu'Occlumens, cette faculté lui était aussi naturelle que respirer, et en tant que sang mêlé ayant grandi dans une famille moldu, ça le fascinait bien plus que certains sorciers nés de sang pur. Les moldus aussi pouvaient émaner ce genre de choses et, au fond de lui, Severus pouvait dire que l'essence profonde de leurs âmes étaient les mêmes que les leurs : seulement, il y avait comme un mur, une protection autour de l'esprit des Moldus, comme une fleur non éclose, comme s'ils n'habitaient que dans une partie limitée de leurs cerveaux, bloquant plus des trois quarts de leurs capacités réelles. Cela, peu de sorciers seraient prêt à l'avouer, mais ça n'en restait pas moins une vérité.
Il était là, planté dans sa cuisine dans l'obscurité, quand un bruit soudain et sec le fit sursauter. Dumbledore, qui venait de transplaner. Évidemment.
- Grands Dieux, Severus ! Vous m'avez fait une de ces peurs !
Le maître des potions poussa un grognement en fusillant le vieil homme des yeux.
- Je suppose que, étant donné qu'il est de notoriété publique que je sois un vampire qui reste éveillé toute la nuit devant d'obscurs chaudrons, je m'attendais tout à fait à recevoir de la visite à une heure pareille et vous ne m'avez, de votre côté, absolument pas surpris.
Dumbledore étouffa un rire.
- Et pourrais-je savoir la raison pour laquelle vous restez planté là, alors ?
- La même chose que vous, j'imagine. Vous avez dû l'entendre aussi.
Il y eu un bref silence.
- L'entendre... ? Est-ce que vous parlez... d'Harry ?
Il était évident, à la tête de Dumbledore, que ce n'était pas du tout ce qu'il avait eu en tête en arrivant ici. Mais, maintenant, il le regardait très fixement, les yeux grands ouverts d'intérêt, et Snape se maudit pour avoir dit ça. De toutes les qualités de Dumbledore, sa curiosité soudaine et souvent étonnamment perspicace pour des des choses qui ne le concernaient absolument pas était celle qui l'énervait le plus - même si en l'occurrence, il devait bien avouer que celle-ci le concernait un peu. Cependant il ne répondit pas et se détourna pour échapper au regard, retournant dans sa chambre sans fermer la porte pour s'habiller plus correctement.
- Alors, Albus, que se passe-t-il ?
Si les joutes verbales avec Dumbledore, il devait bien l'avouer, bien qu'énervantes, n'étaient jamais ennuyantes, il y avait un problème, et il voulait savoir lequel.
- Il y a eu un problème avec Harry, Mrs Figgs m'a tenue au courant aussitôt. Je n'ai pas toutes les informations, mais il semblerait qu'il ait gonflé sa tante avant de s'enfuir. Il y a de cela quelques instants à peine.
Âpreté comme il faut, Severus revint vers le vieil homme.
- Mrs Figgs ? Qui est-ce ?
Dumbledore agita la main en l'air comme pour chasser un insecte.
- Une voisine cracmol, Severus, aucune importance.
- Aucune importance ? Répéta le maître des potions d'une voix blanche. Vous placez la sécurité d'Harry entre les mains d'une cracmol ?
Albus le dévisagea avec une lueur dans les yeux tout à fait agaçante.
- Il me semble avoir placé la sécurité d'Harry, comme vous dites, entre des mains bien plus compétentes.
Il y eu entre eux comme une joute silencieuse et à sens unique, d'ailleurs, car le vieil homme ne dégageait que la plus tranquille confiance, qu'il brisa assez vite d'ailleurs.
- Ceci dit, reprit-il d'un ton qui ne lui était pas coutumier, spécialement lorsqu'il s'agissait d'Harry, je ne viens pas pour cela. Je vais m'occuper de calmer le ministère, pendant que vous vous rendez sur les lieux au plus vite afin de vous occuper de cette chère tante Marge avant que les autorités ne soient sur place si ce n'est déjà fait, voyez-vous. Je voudrais régler cela dans la plus totale discrétion.
Severus se sentit devenir aussi livide qu'un fer chauffé à blanc bouillant intérieurement d'une rage à peine contenue.
- Dans la... discrétion ? Et Potter dans tout ça ? Où est-il ?
Dumbledore esquissa le plus tranquille sourire.
- Quelque part entre Little Whinging et Londres, j'imagine. Le magicobus se chargera du reste - c'est sans doute déjà fait.
- Sans doute déjà fait ?!
Il allait exploser. Il se pinça l'arrête du nez.
- Potter a fugué, c'est bien cela ? Oui, ne répondez pas, c'est une question rhétorique. Il a gonflé sa tante en magie incontrôlée, il est dans la nature à l'heure qu'il est, en proie à Sirius Black sans parler de tous les sbires de Voldemort et vous voulez que j'aille chez ses foutus moldus régler cette affaire dans la discrétion ?! Oh, non, j'avais oublié, vous supposez qu'il est dans le magicobus ?
Dumbledore le fixait toujours.
- C'est cela, Severus, voilà un magnifique résumé de la situation. Cela est réglé, alors ? Si vous m'excusez je dois...
- Ce n'est pas réglé du tout ! Vous le laissez pourrir chez ces moldus immondes et vous occupez seulement de ce qui vous intéresse ! Ce qui, visiblement, consiste à couvrir vos arrières ! Vous pouvez tout me demander, Albus, mais pas ça. Quelqu'un doit aller chercher Potter et si personne n'estime important de le faire, croyez-moi bien que je n'attendrais pas votre permission !
Sur ce, dans un furieux mouvement de cape, il transplana, envoyant un courant d'air plein de poussière à la tête de Dumbledore qui toussa légèrement, agitant une main devant son visage.
- Pas de permission, effectivement, vous attendez juste qu'on vous donne l'ordre contraire ! S'exclama Dumbledore en se déplaçant jusqu'à la fenêtre comme s'il pouvait le voir s'envoler à travers le ciel. Ah, Severus…
Il resta pensif quelques instants, bien qu'un éclat de joie lointaine dansât dans ses yeux.
- Puissiez-vous faire mieux, cette fois. Même si ce n'est que dans vos têtes...
Et il disparut.
Severus apparut dans la rue de Privet Drive, à l'écart de toute agitation, dans l'ombre. Il entendait des cris venir du 4, Pétunia pleurer à chaudes larmes en rassurant son fils et son pourceaux de mari hurler sur deux aurores à peine arrivés sur les lieux. Severus poussa un soupir de dégoût et s'en détourna, s'évanouissant dans l'ombre pour suivre l'émanation magique qui flottait dans l'air. C'était fort, tellement fort d'ailleurs et tellement plein de rage que Severus eut du mal à suivre la trace. C'est comme si ça partait dans tous les sens. Comme si ça avait explosé. Si Black trouvait Potter avant lui, s'il le tuait comme il avait tué Peter Pettigrew, il ne pourrait jamais...
il ne pourrait jamais s'en remettre. Voilà deux fois, en quelques mois, qu'il courrait après le fils de Lily et en deux fois, il avait échoué à agir au bon moment. Au moment crucial où Potter avait eu besoin de lui. C'était ces moldus, ces immondes moldus... ses pensées furent interrompues lorsqu'il aperçu la valise de Potter, échouée sur le trottoir au pied d'un réverbère, cassée et abandonnée là. Il la fixa un instant avant de donner un coup de baguette, et elle disparue. Envahi par la rage et la magie de Potter, il ferma les yeux. C'était si palpable, comme un livre ouvert.
"Lorsqu'il y a quelque chose de pourri à l'intérieur, personne ne peut rien faire"...
"Quant à l'autre, là il a l'air d'un petit avorton méchant. Ca arrive avec les chiens, parfois"... noyer... "tout faible, complètement dégénéré"...
"Ta soeur avait une tare, ce sont des choses qui arrivent dans les meilleures familles. Ensuite elle s'est acoquinée avec un bon à rien et on a le résultat devant nous, voilà."
"Un paresseux, un bon à rien, un fainéant."
"Tu es fier de tes parents, n'est-ce pas ? J'imagine qu'ils étaient ivres quand ils se sont tués en voiture, n'est-ce pas ? "
"Ils sont morts dans un accident de la route, espèce de sale petit menteur, c'est pour ça que tu es devenu un fardeau pour une famille honnête et travailleuse ! Mais tu n'es qu'un petit insolent ingrat !"
Il était étrange, vraiment étrange, d'entendre une telle haine vis à vis de Potter qui ne soit pas la sienne. Tant d'injustices qui ne soient pas de son fait. C'était flou, très flou, difficile de capter clairement la scène en elle-même. Il pouvait ressentir la fureur de Potter comme si c'était la sienne et, d'ailleurs, il était fort probable que la sienne l'alimente également. Des rages différentes, très difficiles à démêler les unes des autres.
Rage contre cette immonde bonne femme qui avait osé insulter Lily, sa Lily, son trésor.
Rage contre tant d'injustices, qui semblaient, à cet instant précis, lui être destinées, tant il l'avait vécu.
Rage contre ces mots qui auraient pu être les siens.
Rage contre ces moldus dont la haine contre Potter égalait la sienne.
Rage contre lui-même, de se découvrir si laid.
Rage... car un autre que lui avait blessé Potter de cette façon-là.
Rage... car c'était sans doute ce que Potter voyait en lui, chaque fois qu'il l'insultait.
Rage... de ressentir une telle haine, et un tel plaisir à la fois, de voir quelqu'un rabaisser Potter avec autant d'acharnement.
Était-ce vraiment ce qu'il voulait ? Le mettre plus bas que terre ?
Il voulait les tuer, il voulait les détruire, leur faire mal, là tout de suite.
Il fit volte-face, le feu et le sang dansant dans ses yeux.
Il voulait les tuer pour avoir osé insulter Lily, pour l'avoir fait devant les yeux d'Harry. Il voulait les voir souffrir et le supplier de lui accorder son pardon pour chasser de sa tête le dégoût immonde qu'il ressentait à se découvrir si comparables à eux. Il voulait qu'ils payent, qu'ils payent pour tout ce que...
- Severus !
Il n'avait pas vu le vieil homme arriver, peut-être avait-il transplané. Ou peut-être que c'était simplement Dumbledore, et qu'il n'aurait jamais la réponse. Il y avait un éclat sévère et urgent dans ses yeux qui lui ressemblait bien plus que son expression de tout à l'heure alors qu'il saisissait ses poignets, l'obligeant à baisser sa baguette. Il le cherchait du regard.
- Severus reprenez-vous ! Chuchota-t-il avec empressement et un énervement non coutumier. Attaquer des moldus ? Devant les aurores du ministère ?!
Severus ne le regardait pas, il ne regardait qu'eux, eux qu'il avait envie de...
- Je vais les tuer Albus, je vais...
Dumbledore enfonça férocement ses ongles dans la peau de ses avants bras, le forçant à le regarder dans la surprise. Et c'est ce que fit Severus. Difficile de résister à l'emprise de Dumbledore.
- Et quoi, Severus ? Vous retrouver à Askaban ? Ah, je suis certain que cela sera très utile à Harry !
Sa voix était particulièrement sévère et Severus pouvait presque sentir à travers ses mots la froideur glaciale des cachots d'Askaban, le souffle morbide des Détraqueurs... Il retira ses mains prestement et recula, un air effrayé dans le regard. Voldemort faisait des choses terrifiantes, monstrueuses. Mais Dumbledore pouvait rentrer dans votre esprit et vous faire ressentir ce qu'il voulait sans avoir même besoin d'occlumentie et Severus, un instant, se dit qu'il était bien plus puissant qu'eux tous.
- Allez-y, Severus, retrouvez-le ! Vous avez suffisamment perdu de temps comme ça !
Severus recula, puis fit volte-face une seconde fois pour s'enfuir loin de la lueur des réverbères. Une pluie fine commençait à tomber, qui se transforma en véritable averse. Il lança un sort silencieux pour se protéger.
Harry, où es tu ?
Il pouvait le suivre et ressentir à chaque pas tous les sentiments qui l'avaient traversés. Haine, colère, blessure profonde, peur, fuite, fuite, fuite... appartient à personne... besoin de fuir... tout laisser derrière... derrière... derrière...
Il arrêta soudainement sa course. La trace magique s'amenuisait et, bientôt, elle disparue. Il était près d'une route, à l'écart de toute agglomération et de toute source de lumière. Il regarda inutilement autour de lui, bien qu'on devina les formes du paysage, plus proches et lointaines, et lança un faible lumos qu'il préféra éteindre aussitôt. Il n'avait pas peur de l'obscurité, mais allumer la lumière signifiait marquer sa présence. Il avança prudemment, son regard perçant scrutant les arbres avec attention. Il ne lui fallu que faire quelques pas supplémentaires pour le voir. Immobile dans l'obscurité, assis par terre, la tête enfouie entre ses bras, croisés sur ses jambes repliées, son sweat beaucoup trop grand sur lui claquant régulièrement contre lui au rythme du vent sans qu'il semble vraiment s'en soucier. De toute façon, il est vrai qu'il était déjà trempé.
- Potter !
Le soulagement, la surprise, la colère, l'inquiétude. Tout ça mêlé en un seul mot qui franchit ses lèvres dans un mélange étrange de violence et de douceur. Harry sursauta, visiblement si lointain qu'il ne l'avait pas vu venir, ce qui énerva Severus. Si c'était Black qui l'avait trouvé avant lui, Potter n'aurait même pas eu le temps de réagir.
- Professeur Snape ?
C'était la première fois que Potter, de lui-même, l'appelait ainsi sans qu'il n'ait besoin de le reprendre. Il avait dit ces mots avec un calme et une lenteur olympienne quoi que teintés d'une surprise légère et manifeste. Severus, immobile, serrant ses mains autour de sa baguette, pris une grande inspiration avant de s'approcher à grandes enjambées terrifiantes. Harry se releva aussitôt, prêt à fuir.
- Qu'est-ce que vous... ?
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Severus le gifla d'un élan furieux. Dans l'obscurité de la nuit, sur l'asphalte cogné sans relâche par la pluie, on entendit seulement un "clac" féroce dont le son mit quelques instants à s'évanouir. Potter accueilla le coup avec une élégance millimétrée, et ne poussa pas une seule protestation. Au calme étrange avec lequel il se redressa, Severus s'en voulut instantanément. Mais la colère, soudain, était trop forte. Il ne lui hurla pas dessus, il ne lui demanda pas ce qu'il faisait là, ne lui dit rien non plus par rapport aux Dursley ni à ce qu'il avait vu. Il se contenta de reprendre sa voix froide et insensible de chauve souris des cachots.
- Une chance de vous avoir trouvé, Potter, glissa-t-il sournoisement, quoi que je mettrais ça également sur le signe de votre incompétence. Même votre fugue, vous n'êtes même pas capable de la réussir.
Harry ne dit rien. Il se contentait de fixer un point invisible entre lui et la route derrière lui, le visage plus fermé et neutre qu'une porte de prison. Severus se passa nerveusement la langue sur les lèvres.
- Vous n'êtes pas blessé ?
Harry fit non d'un signe de tête. Severus poussa un soupir silencieux.
- Bien, alors, prenez mon bras.
Harry obéit sans plus d'énergie que ça, et Severus devina qu'il n'avait pas le choix. De toute façon, il est clair qu'il ne l'avait pas. Quel autre choix avait-il que de lui obéir ? Il leva sa baguette et lui saisit le bras de lui même comme il ne le faisait pas, ce qui déclencha sa seule première vraie réaction jusqu'à présent : le garçon sursauta, se dégageant instantanément. Severus le scruta intensément, et Harry baissa les yeux.
- Pardon.
Severus reprit son bras.
- Nous allons transplaner. Vous n'avez pas l'âge mais nous n'avons pas le choix, vous survivrez. Accrochez-vous.
Il était idiot de lui dire de s'accrocher, quand il était évident qu'il n'avait aucune intention de lui offrir plus que son poignet en soutient. Il transplana, pour atterrir non loin de Poudlard. Seul le directeur pouvait transplaner directement dans l'enceinte, privilège dont Severus ne jouissait pas. Il eut juste le temps d'atterrir pour sentir plus qu'il ne vit, dans l'obscurité, le poids de Potter s'écrouler à côté de lui, et un son caractéristique de vomissement s'ensuivit.
- Potter ?
Il lança un lumos qui les baigna tous deux instantanément et posa un genoux à terre aux côté du gamin, à quatre pattes dans l'herbe, en train de rendre tout ce qu'il avait sur l'estomac. Ce qui ne semblait pas beaucoup.
- Potter, ça va ?
Harry se redressa en s'essuyant la bouche et le transperça du regard pour la première fois de la soirée.
- A merveille, lança-t-il sarcastiquement.
A la lumière, il pouvait nettement distinguer sa frêle silhouette, plus maigre que sa minceur habituelle, les cernes noires sous ses yeux, son teint livide. Trempé de la tête aux pieds, il grelottait nerveusement. Aucune chaleur ne semblait plus se dégager de Potter, même pas celle de la fièvre. Un pli soucieux se forma sur le front de Severus. Il aurait dû ne pas le croire sur parole, et vérifier avant.
- Je vous emmène à l'infirmerie.
Potter se redressa, incertain sur ses jambes.
- Ca va, je vais bien.
Ils marchèrent un moment dans le silence jusqu'à ce qu'Harry trébuche encore et Severus poussa un claquement de langue agacé en le rattrapant fermement par le bras.
- Potter, non d'un chien !
- Je vais bien, je vais bien, ça va !
Il se dégagea de son emprise un peu trop vite à son goût et Severus leva plus haut sa baguette illuminée.
- Est-ce qu'il vous ont frappé ?
La question avait franchi ses lèvres avant qu'il ne puisse la retenir, ce qui sembla être un saut d'eau froide pour Harry qui le fixa d'un air terrifié. Ils avaient cessé de marcher et se dévisageaient à la lueur d'un lumos, immobiles dans la nuit.
- Non, bien sur que non, ils ne font pas ça.
- Ils ne font pas ça, répéta froidement Severus en le détaillant de la tête aux pieds.
Harry ne répondit pas tout de suite, l'observant intensément malgré son épuisement évident.
- Professeur, pourquoi ça vous intéresse ?
Snape, qui observait attentivement le sweat de Potter comme s'il pouvait voir à travers, le fusilla instantanément de son regard le plus noir.
- Parce que je suis votre professeur et que vous êtes mon élève, Potter.
Harry esquissa un petit sourire parfaitement insupportable.
- Ah ? Première nouvelle ! Je ne savais pas que j'étais votre élève, Snape.
Snape crut qu'il allait le frapper, vraiment. Mais ses yeux n'avaient rien de sympathiques à l'instant et Harry, si jamais il s'en souciait, comprit le message. Du moins l'espérait-il jusqu'à ce qu'il reprenne la parole.
- Non pas que ça me dérange de devenir votre punching-ball scolaire. J'ai plutôt de l'expérience en la matière.
Severus le saisit brutalement par les épaules, pressant et le secouant dans un seul coup bref.
- Taisez-vous !
- Aie ! Réagit immédiatement Potter dans une grimage de douleur soudaine, lâchez-moi !
Severus se retira brutalement. Ils se fusillèrent du regard.
- Ils ne font pas ça, hein ?! Lança-t-il d'un ton moqueur, et qu'est-ce qu'ils ne font pas d'autres exactement, Potter ?!
Harry recula, le fusillant de son regard le plus noir. Il grommela quelque chose que Severus ne comprit pas.
- Quoi ?
Harry soupira et s'en détourna pour reprendre la marche.
- Potter, répétez immédiatement ce que vous venez de dire, l'interrompit Snape, ou je...
- Ou quoi ? S'énerva Harry en lui faisant face. Vous allez me donner des retenues, me faire renvoyer, m'enfermer dans la réserve en punition ?!
Severus, impénétrable, plongea dans le regard vert bouillonnant de colère. Il y eut un silence.
- C'est ça qu'ils faisaient, n'est-ce pas ? Vous enfermer. Si j'en crois votre scène de l'an dernier dans la réserve, puisque vous en parlez, il s'agissait d'un...
Harry secoua furieusement la tête, comme s'il ne voulait pas en entendre plus.
- Comme si c'était un scoop ! Ca a bien dû vous amuser, n'est-ce pas ? Harry Potter, le placard sous l'escalier, numéro 4, Privet Drive ! Comme vous avez dû rire en voyant ça, c'est sûrement vous qui avez convaincu Dumbledore d'écrire ça, ou alors était-ce convenu entre vous deux de me faire cette petite blague ?!
Pour la première fois depuis le début de leur conversation, un air de stupéfaction déstabilisa le masque imperturbable de Snape.
- Harry Potter, le placard sous l'escalier, de quoi... ?
Il cessa lui-même de parler, plissant les yeux.
- C'est ce qu'il avait écrit sur la lettre que vous avez reçue, compléta-t-il de lui-même.
On ne pouvait dire contre qui il était en colère à cet instant-là, ça aurait très bien pu être dirigé contre lui et Harry, qui semblait avoir oublié un instant à qui il faisait face, se rétracta de nouveau.
- Professeur, est-ce qu'on peut juste continuer à marcher ?
Mais Snape ne bougeait pas, le regard perdu ailleurs et son immobilité avait quelque chose d'effrayant. Harry eut envie de le secouer.
- Professeur ?!
Snape le regarda nouveau, et Harry s'empêcha de sursauter.
- Vous avez fait de la magie ce soir, Potter.
Ce n'était certainement pas ce à quoi Harry s'attendait.
- Quoi ? La tante Marge ? C'est tout ce que vous avez à... ?!
- Je me fiche éperdument de votre stupide tante, Potter ! Je parle de l'autre magie. Celle que vous avez pratiqué juste après vous être enfui. Vous m'avez appelé. Pourquoi ?
Harry plongea malgré lui dans les yeux abyssale de Snape. Parce que je voulais savoir si vous viendriez, répondit une petite voix dans sa tête.
- Je... je ne sais pas de quoi vous parlez.
Ce qui n'était, en soi, pas entièrement faux, puisqu'il ne l'avait pas fait consciemment. Snape ricana.
- Vous m'avez déjà donné la réponse, de toute façon. Pour votre information, je n'ai rien à vous prouver du tout. La prochaine fois, demandez-moi simplement mon aide.
- Comme si vous en aviez quelque chose à foutre !
- Langage, Potter ! Et comme je vous l'ai dit, je n'ai rien à vous prouver.
Sur ce, il continua son chemin, et Harry le suivit en silence. C'est devant son air renfrogné qu'il comprit qu'il avait échoué. Il serra les dents, soupira.
- Potter, je n'étais pas en colère contre vous. J'étais en colère contre Dumbledore.
Il n'ajouta rien de plus, ni ne précisa sa pensée, mais Harry avait compris. Il parlait du moment où il l'avait croisé dans les couloirs, après la chambre des secrets.
- Et je suis venu ce soir, comme je serais venu si vous m'aviez simplement dit que vous aviez besoin de mon aide.
Merlin soit loué, Harry ne se souviendrait jamais de comment il était finalement parvenu à dépasser les portes de l'infirmerie. Il se rappellera seulement s'être soudain écroulé de fatigue sur le chemin, mais oublierait, ou presque, les bras de Snape qui le rattrapèrent et le soulevèrent avec une facilité humiliante alors qu'il sombrait dans l'inconscience, le visage abandonné contre la poitrine du maître des potions. Il oublierait les mots que celui-ci avaient prononcés pour tenter de le garder éveillé, tout comme il oublierait le sort lancé qui sécherait ses vêtements et l'engloberait instantanément de chaleur. Il oublierait la délicatesse avec laquelle le détestable Severus Snape l'avait allongé sur un lit avant que Madame Pomfresh, en chemise de nuit, ne sorte de ses appartements en râlant à tout va avant de se rendre compte de ce qui se passait. Il oublierait que c'est le maître des potions qui l'avait déshabillé à la recherche d'une quelconque trace de coup et que c'est lui, malgré les protestations grandissantes de l'infirmière de Poudlard, qui était allé cherché une potion jusqu'à sa réserve personnelle pour l'administrer lui-même sur le dos d'Harry, ses bras, ses épaules et toute zone montrant des brûlures de coups de soleil particulièrement virulentes. Il oublierait qu'il avait minutieusement surveillé chaque geste de Madame Pomfresh, allant même jusqu'à lui conseiller fermement de lui faire boire une potion de renforcement musculaire et corporelle qui lui ferait regagner un peu de forces et, il l'espérait, de chair. Il oublierait que, bien après que l'infirmière soit retournée se coucher, il était resté là, à le surveiller, un air étrange et impénétrable sur le visage.
Il n'oublierait jamais, en revanche, et sans vraiment savoir d'où cette certitude lui venait, à quel point l'ignoble chauve souris des cachots était chaude, ni cette odeur étrange et bien particulière qu'il émanait.
Le ciel s'éclaircissait lorsque Dumbledore toqua à la porte de Severus qui lui dit d'entrer d'une voix forte. Occupé devant son chaudron, il n'accorda aucune importance au vieil homme qui s'avançait doucement jusqu'à son établi, bras croisés.
- A cette heure-ci, Severus ? Ne devriez-vous pas vous reposer ?
- De toute évidence, cet impératif n'a pas l'air de vous déranger non plus.
Le directeur soupira d'un air las et s'assit sur un banc occupé d'ordinaire par les élèves. Il y eut un silence presque paisible.
- Qu'êtes vous occupé à faire ?
- Une potion. Pour Potter, ajouta Severus après une hésitation.
- Hum hum.
Albus l'étudiait derrière ses lunettes en demi lune, tout à fait éveillé malgré sa fatigue évidente.
- Dure nuit, hum ? Lança Severus.
Le directeur hocha simplement la tête.
- En effet. Tout est rentré dans l'ordre, ils ont ramené Mrs Marge dans son état normal et aucun d'entre eux ne conservera de souvenir de ce qu'il s'est passé. Le ministère a finalement décidé de ne pas poursuivre Harry.
Severus ne répondit rien, concentré sur sa tâche. Il ne lui avait pas accordé un seul regard.
- C'est gentil de votre part, Severus, remarqua anodinement Dumbledore, de faire une potion pour...
- Le placard sous l'escalier ? Le coupa abruptement Severus, sans perturber ses mouvements une seconde. Harry Potter, le placard sous l'escalier, Albus ?!
Dumbledore le dévisagea un instant, l'air passablement satisfait.
- Ah. Je savais bien que quelque chose vous tracassait. Dites-moi.
Pour la première fois, Severus leva les yeux, les manches retroussées, les cheveux en bataille et le regard furibond.
- Dites-moi ? Vous vous moquez de moi ? Vous saviez, vous saviez depuis le début et...
- Et je ne vous l'ai pas dit, compléta Dumbledore d'un ton neutre en le fixant par dessus ses lunettes. Vous y seriez-vous intéressé, Severus ?
- Bien sûr que oui, bien... !
Il ne termina pas et s'assit lourdement sur un banc comme un enfant puni.
- Là n'est pas la question. Vous m'avez caché la vérité.
- J'ai omis certains détails, il est vrai... laissez moi finir, Severus... j'ai omis certains détails, disais-je, mais vous saviez le plus important. Vous ne vous y êtes pas attardé. Vous ne vouliez rien savoir sur Potter. J'ai respecté votre souhait et votre désintérêt. Dans votre intérêt maintenant, je ne pense pas qu'il est bon pour vous de me tenir pour responsable de ces faits - je veux bien jouer le mauvais rôle lorsque les circonstances l'exigent, mais vous cacher derrière un coupable serait nier votre propre responsabilité en la matière et ne vous aiderait pas à mûrir comme il le faudrait.
- Mûrir ? J'ai passé l'âge de...
Un regard de Dumbledore le fit taire. Il avait la trentaine, il est vrai, mais jamais il n'avait véritablement mûrit. Il retourna à sa potion qu'il se mit à remuer doucement.
- Potter a grandi dans un placard, et vous les avez laissé faire, ces moldus, vous... Vous m'aviez promis. Vous m'aviez promis de le garder sain et sauf...
- Et il l'est. Il l'a été. Sauf de Voldemort et de ses sbires, Severus.
Il y eut un autre silence.
- Qu'auriez-vous préféré ? Le garder avec vous ?
Severus ouvrit la bouche pour répliquer, mais n'en fit rien. Un instant, l'image de lui-même, un enfant turbulent aux yeux verts dans les bras s'imposa à lui. Il cligna des yeux. Ca sonnait faux, ce n'était pas vraiment lui, c'était un autre homme, plus vieux, plus capable, un homme... mûr. Qu'il n'était pas.
- Non, répondit-il simplement, abruptement. Vous savez très bien que Lucius... et Draco... Un ancien mangemort, élever l'ennemi juré de Lord Voldemort ?! Autant mettre une cible sur son dos et le mien immédiatement.
- Exactement, approuva Albus en hochant la tête. Bien, si vous n'avez rien à ajouter, je crois que je vais aller me reposer...
Severus hocha la tête, ajoutant quelques herbes qu'il parsema dans la potion aux couleurs laiteuses.
- N'oubliez pas d'en faire de même, ajouta Dumbledore en passant le seuil de la porte.
Mais Severus n'en ferait rien.
Merci d'avoir lu ^_^
