An 295, 2 mars – Principauté d'Artaï, Duché Kazan
.
Natsuki avait planché des semaines durant sur les dossiers de Schwartz. Avec ces documents, elle avait facilement localisé une partie des clones. Elle avait aussitôt engagé des gens compétents pour les faire suivre discrètement, pour étudier leurs familles et les liens possibles que ces dernières pouvaient entretenir avec Schwartz. Ça lui avait coûté une belle somme de mener en profondeur ces investigations mais elle avait rapidement pu en conclure qu'il n'y avait aucun risque pour les clones. Les parents étaient inconscients que les enfants mis au monde ou qu'ils attendaient avec impatience n'était pas les leurs. Natsuki s'était demandé s'il le comprendrait un jour. Malgré toute la connaissance et technologie que ces clonages représentaient, la possibilité de comparer l'ADN avait été perdue. Ironique. Peut être se poserait-il la question une fois les enfants plus âgés, quand leur caractéristiques physiques seraient bien différentes des leurs.
Natsuki avait donc relâché la surveillance sur ces familles. Les enfants ne craignaient rien des parents. Elle avait tout juste laissé un homme continuer de farfouiller voir s'il parviendrait à trouver un lien avec Schwartz, une manière de remonter à eux. Mais pour ce que Natsuki en savait, Schwartz n'allait plus se préoccuper des clones jusqu'au carnaval.
L'organisation les avaient placé de part le monde dans des familles importantes des 12 Royaumes. Plus tard, quand les clones des HiME s'affronteraient, des problèmes diplomatiques insolubles allaient apparaître. De l'huile à ajouter sur le bûcher que serait la Guerre Mondiale ou pire l'étincelle même qui allait la déclencher. Mais c'était une projection pour une quinzaine d'années dans le futur, actuellement Schwartz se faisait peut-être encore payer des sommes astronomiques pour cette aide à la procréation. Natsuki doutait de pouvoir les arrêter à ce niveau de leur projet.
Ce futur ne sera pas le notre, s'était répété Natsuki. Shizuru, Miyu, elle-même œuvraient chacune de leurs côtés pour que les choses se passent différemment. Le battement d'ailes d'un papillon et toutes ses conneries indiquaient que les choses seraient différentes de ce premier futur vue par Shizuru. Il pourrait bien sûr être pire, mais elle espérait sincèrement que tous leurs efforts et peines seraient récompensés pour offrir au monde et à elles-mêmes un meilleur avenir.
Non définitivement, Natsuki ne voyait pas les familles des clones comme le soucis, ils avaient trop ardemment désiré un enfant pour risquer leur vie bêtement. Ils étaient en sécurité pour les prochaines années.
Mais pas tous.
Parmi les clones, il y avait le champion de Schwartz. Le clone qu'ils gardaient pour gagner leur Carnaval, leur pantin qui devait mettre la main sur l'harmonium et l'utiliser pour détruire ce qui resterait du monde : le clone de Shizuru.
A sa plus grande frustration, elle n'avait pas réussi à la localiser. Les dossiers du bunker de Schwartz indiquaient seulement les familles potentielles qui accueilleraient les clones. Localiser ceux qui en avait déjà était facile à partir de là, d'autant que Schwartz insistait pour qu'ils portent les prénoms ou les noms de leurs originaux. Il ne pouvait imaginer que cela leur fasse courir un risque. Après 3 siècles, personne n'aurait du comprendre qui ces noms vétustes se rapportaient –si ce n'est pour Fumi qui avait atteint la célébrité ou Shizuru dont le nom était devenu célèbre dans le conte fondateur d'un royaume. Cela devait même les amuser d'être aussi honnête sur les individus qu'ils clonaient. Ou peut-être faisait-il preuve d'orgueil : une manière comme une autre de montrer que leur organisation avait le pouvoir de contraindre n'importe qui: les petits gens comme les rois. Après tous les souverains de Zipang avait appelé leur fille Mai selon la volonté de Schwartz.
Ou Natsuki avait songé après coup qu'il était peut être tout simplement plus facile pour eux de savoir qui était qui si les clones conservaient les prénoms des originaux. Des fois, certaines décisions pouvaient être plus simples qu'on ne le pensait.
Dans tous les cas, le clone de Shizuru était destiné à l'organisation. Elle était hors de portée pour le moment. Peut être même n'existait-elle pas encore, ce qui était toujours une éventualité. Mais combien de temps allait-il lui falloir pour la trouver ? Plus elle tarderait, plus Schwartz allait en faire un monstre. Mais malgré le temps passé à cette recherche, aucun indice concret n'était encore apparue.
En plus de celui de Shizuru, Natsuki était aussi inquiète pour son propre clone. Autant dire qu'une fois qu'elle avait pensé trouver sa piste, Natsuki avait préféré vérifier par elle-même que le clone était bien le sien. Ce qui l'avait mis sur la piste ? ça n'avait même pas été les dossiers de Schwartz qui n'indiquait hélas qu'une partie des clones mais le journal national d'Artaï. Elle se le faisait livrer à grand frais comme tous les grands journaux de chaque autre Royaume.
Un petit encart y indiquait que le Duc d'Artai annonçait la naissance de son héritière –Natsuki d'Artaï. Le journal datait alors de 4 mois. Natsuki l'avait feuilleté sans faire attention à la date et était tombé sur son nom. Un nom désuet. Le nom « Natsuki » était vieux et plus d'usage depuis longtemps, comme la plupart des noms des HiME. C'était un prénom d'autant plus remarquable qu'il était donné pour une enfant d'une famille importante. Le Duc était en seconde ligne pour diriger le Royaume d'Artaï, c'était donc une famille imminente, riche et qui –après recherche- avait eu d'énorme difficulté à concevoir. Le fait que la duchesse y soit parvenu à 45 ans était donc des plus étranges.
Le soucis était que le duc et la duchesse d'Artaï étaient des monstres à leur manière, comme Natsuki avait pu le découvrir. Ils n'étaient pas le genre de personnes qui auraient dû avoir des enfants. Il y avait après tout des raisons pour lesquelles le Royaume d'Artai s'entendait aussi mal avec ses voisins voir ses propres compatriotes. Assassinat, corruption et vente d'être humain étaient monnaie courante et on leur supposait des liens important avec Schwartz.
Au vu de leur relation supposée avec l'organisation, Natsuki s'était même attendu à découvrir le nom de Shizuru plutôt que le sien. Avant de retourner avec imprudence vers le royaume d'Artaï, elle s'était efforcée de réunir quelques informations rapidement. Elle avait ainsi mis la main sur une photo du bambin : des cheveux d'une teinte sombre et des yeux d'un vert similaire à ce qu'elle voyait chaque jour dans le miroir. Sans plus le moindre de doute sur leur affiliation, Natsuki avait utilisé son réseau pour prendre contact avec un passeur du nom de Pietro et mettre la main sur des cartes de la région. Mais malgré tous ses efforts, elle avait cependant été incapable d'avoir une carte du palais du Duc. Elle avait toutefois pris la décision de récupérer son clone et de l'arracher à cette vie sans plus attendre.
Deux jours plus tard, elle était donc sur un vol pour Zipang. Elle escomptait de nouveau repasser par la frontière commune entre Zipang et Artaï mais à un autre endroit, plus au sud, ce qui impliquerait moins de neige. Un véritable soulagement, son voyage du mois précédent était, littéralement, encore bien trop frais à son gout.
Elle espérait qu'entrer dans la ville de Kazan où résidait le Duc se ferait facilement, bien que ce soit la deuxième plus grande ville d'Artaï et qu'elle soit sous loi martiale.
Pietro était là pour lui faciliter les choses. Si l'homme avait été surpris d'emmener plutôt que de sortir quelqu'un d'Artaï, il s'était abstenu de tout commentaire. A sa demande et sous forte rétribution, il avait prévu des armes pour Natsuki ainsi que de faux papiers. Si physiquement, elle pouvait encore passer inaperçu dans une aussi grande ville, c'était son comportement et son accent qui pourrait lui faire défaut. Elle devait s'efforcer en toutes circonstances de baisser la tête et d'éviter de parler une fois en ville.
Le temps d'y arriver, elle avait du obéir à son guide, quitte à sauter dans un trou si cela était nécessaire pour échapper à une patrouille.
Le trajet s'était fait d'un bon pas. Pietro lui avait apporté des vêtements typique d'un citoyen de Kazan et seulement une arme de poing qui avait connu des jours meilleurs. C'était en dernier recours, avait-il précisé. Si elle en était à l'utiliser, il lui avait conseillé de garder une balle pour elle. Ce serait toujours mieux qu'être prisonnier de ce Royaume.
Son guide avait peu parlé, mais il lui avait expliqué qu'Artaï -méfiante et isolationniste- contrôlait son royaume d'une main de fer. L'armée était une présence constante. Si le pays était connu pour sa corruption c'était dans des sphères plus hautes et plus politiques. L'armée et les peines encourues pour désobéissance tenait les soldats en ligne vis à vis des nobles. Mais pour les citoyens lambda, tout le monde fermait les yeux sur les débordements des soldats. Comme Pietro lui avait indiqué, ses faux papiers passeraient en cas de contrôles, mais si le soldat était pointilleux ou s'il n'avait rien à fiche de son statut de citoyen, il pourrait facilement s'en prendre à elle. Les agressions sexuelles étaient anodins. S'il comprenait que ces papiers étaient faux... Pietro n'avait pas développé laissant à Natsuki tout l'amplitude de remplir les blancs de toutes les sévices auxquels elle pouvait penser.
Ils allaient tenter d'éviter les contrôles, avait-il dit. C'était évident mais si cela arrivait, il ne pouvait rien lui promettre. Personne -pas même lui- ne l'aiderait si les choses s'envenimaient. Le peuple, après tout, vivait dans la peur constante sous l'oppression de l'armée: il était leur première victime.
Le passeur lui avait fait emprunter de petits routes abandonnés pour rallier l'imposante ville. Ils y avaient mis deux jours entre marche et court -mais utile- trajet en traîneau. S'il y avait encore de la neige, il faisait bien moins froid qu'un mois plus tôt. Natsuki n'avait jamais été aussi soulagée que la ville du Duc se trouve dans le sud du Royaume. Le temps était toutefois encore assez froid pour justifier écharpe et bonnet, et même si Natsuki ne risquait pas d'être découverte du fait de son ethnicité, elle préféra se dissimuler au mieux. Elle préférait éviter que sa tête soit mis à prix.
Quand elle était arrivé aux abords de la ville, Pietro était parvenue à éviter les patrouilles. Il versait de l'argent à quelques citoyens vivant dans les bâtiments en bordure de la cité. Ces derniers espionnaient les rondes des soldats et revendaient les informations aux passeurs. Y entrer s'était avéré ridiculement facile. La ville sombre, froide et triste était toute de pierres grises. Les gens qui y déambulaient avançaient à pas rapide, sans parler et en gardant leur visage tourner vers le sol comme s'ils s'efforçaient de ne croiser le regard de personne.
Natsuki avait tenté de se rappeler la carte de la ville qu'elle avait parcouru de longues heures avant d'arriver, essayant de se localiser au mieux alors que Pietro l'avaient mené jusqu'au murs du palais du Duc. Elle était fatiguée, les jambes courbaturées mais elle était armée et prête à enlever un bambin des bras du Duc.
Pietro -Kami-sama bénisse son existence- était aussi payé pour la sortir. Il n'escomptait pas rester longtemps. S'il pouvait connaitre tous les passages et les rondes des soldats, il était aussi une figure bien connu et recherché de l'armée.
Si en journée les choses pouvaient se dérouler au mieux même avec un contrôle de papiers, le soir tombé le couvre feu était de rigueur. Des patrouilles passaient régulièrement. A la nuit tombé et sans toit, Natsuki et lui ne pourraient se cacher bien longtemps dans la ville, ils seraient aussitôt remarqué. Personne d'ailleurs n'accueillerait Pietro ou elle-même, les risques étaient trop importants. Ils ne devaient donc pas à Kazan plus de quelques heures. Elle n'avait donc pas vraiment le temps de se reposer. Quant à prendre un moment à l'extérieur ou à l'intérieur de la ville avant l'enlèvement, cela représentait toujours de trop grands risques. Sa mission à Kazan était un sprint, l'immobilité était trop risqué.
Il avait donc été convenu que Pietro rapprochait Natsuki du palais. Elle y récupérerait un colis -elle s'était refusée de lui dire ce qu'elle venait réellement récupérer chez le Duc- et revenait à lui aussitôt pour fuir Kazan. A la moindre possibilité d'être attrapée, Natsuki était consciente que Pietro l'abandonnerait.
Il lui avait simplement indiqué où il l'attendrait et jusqu'à quand et Natsuki avait été laissé seule.
Elle avait escaladé l'immense mur de pierre en évitant l'attention des gardes et avait traversé les jardins sans soucis. Le Duc se sentait en sécurité. A n'en pas douté, une otome devait se tenir à proximité pour parer toute tentative d'assassinat et le confortait dans l'idée qu'il ne risquait rien. Rien que ça devait justement dissuader la plupart des agresseurs ou voleurs. En conclusion, la sécurité dans l'enceinte du palais s'était relâchée. Les soldats eux même étaient probablement trop confiant dans leur immunité. Un avantage certain pour Natsuki.
Elle était encore à réfléchir à comment s'introduire dans le bâtiment en lui même et comment y trouver son clone -le palais paraissait immense- quand la réponse lui fut apportée.
Les pleurs tonitruant d'un enfant s'étaient fait entendre jusqu'au jardin. Une fenêtre simple vitrage qui ne pouvait retenir les cris du bambin était éclairée. Une zone sans surveillance.
Il semblait que les gardes n'en pouvaient plus de l'entendre et modifiaient légèrement leur ronde pour éviter de passer trop près. Ca avait été parfait. Natsuki avait observé le mur de pierre abîmé par le temps, avait ôté ses gants et s'était mise à grimper.
Elle se retrouvait donc là, les doigts transis de froids, le souffle court et le dos collant de sueur. En appuie sur une corniche, les jambes tremblantes dans une position guère naturelle. Natsuki attendait que la nourrice sorte pour forcer la fenêtre et pénétrer dans la demeure.
La fenêtre était protégée par des systèmes de sécurités mais ils ne paraissaient guère évolués par rapport à ceux qu'elle avait dû forcer pour pénétrer les locaux du first district il y avait de cela une éternité.
Finalement, les pleurs de son clone s'éteignirent et la malheureuse nourrice prit enfin congé avec un soulagement notable. Natsuki aussi en était soulagée, son clone avait de sacrés poumons et elle espérait qu'elle serait plus calme lorsqu'elle allait devoir la déplacer.
Elle attendit encore quelques longues secondes, le temps que la nourrice soit suffisamment éloigner de la chambre et elle se mit aussitôt à crocheter la fenêtre qui s'ouvrit facilement. Elle ne poussa le battement qu'à moitié -elle ne voulait pas qu'un flot d'air froid ne réveille le bébé et ne re-déclenche ses pleurs- et finit par s'y glisser.
Elle s'enfonça dans la chambre, le bruit de ses pas étouffé par de la moquette. Ça n'avait rien d'une chambre d'enfant. Pas de jouet ou de peluche, mais des moulures d'or, des tableaux et des sculptures. Une pièce guère chaleureuse, Natsuki ne l'aimait pas. Il n'y avait aucune raison que son clone l'apprécie si les goûts et les couleurs tenaient de l'innée.
Elle se pencha par-dessus le berceau. Le bambin ne s'était pas endormi. Des orbes vertes légèrement plus clair que les siennes lui renvoyèrent son regard. Natsuki ne put s'empêcher de la détailler. Ses petites mains serrées en poing, la touffe de cheveux sombre et doux qui recouvrait sa tête. Natsuki sentit sa gorge se serrer. C'était quelque peu indescriptible à expliquer, mais c'était émotionnellement intense de faire face à une version d'elle même de quelques mois.
Si j'avais un enfant, il ressemblerait peut-être à ça, songea Natsuki. Elle porta sa main sur son ventre, s'imaginant enceinte. Un sourire distrait ourla ses lèvres que son clone lui renvoya en babillant. Est-ce qu'elle aurait eu des enfants en restant avec Shizuru ? Aurait-elle fondé une famille avec elle ? Qui l'aurait porté ? Préférait-elle plutôt voir Shizuru le ventre arrondi de leur enfant ? Des cheveux sombres ou ses cheveux clairs ? La question du comment se posait aussi. Ni elle ni Shizuru ne voudrait entretenir une relation avec un homme pour concevoir un enfant et il n'y avait pas véritablement d'autre moyen pour…
Les mains de Natsuki se serrèrent sur la rambarde du lit.
Les Schwartz avaient la technologie pour, elle y avait déjà songé. Elle avait d'ailleurs mis de côté suffisamment de dossier sur la méthode à suivre pour permettre à cette technologie de redevenir accessible de par le monde. Mais elle n'avait pas encore pris la peine de la transmettre à des médecins compétents, ni de réfléchir à la possibilité de l'utiliser un jour. Natsuki songea qu'elle allait devoir penser sérieusement à qui transmettre ces informations pour que l'aide à la procréation redevienne possible dans quelques années chez des médecins assermentés.
Son clone babilla une nouvelle fois et Natsuki sentit une sueur froide lui glisser dans le dos, un éclat de panique la faisant sursauter. Elle ne sortait plus avec Shizuru depuis longtemps et elle s'imaginait, en plein territoire ennemi, en train de fonder une famille avec. C'était à se demander comment elle avait pu être assez stupide pour ne pas comprendre qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimait vraiment. Même si c'était un amour différent d'avant.
Oh bien sûr elle l'aimait déjà auparavant mais d'un amour qui était probablement jeune et naïf qui ne pensait qu'en blanc ou noir. Mais le problème c'est qu'une personne n'était pas blanche ou noire, c'était des nuances de gris. Elle avait juste mis du temps à le comprendre.
Une famille. Elle allait probablement vite en besogne. D'autant qu'il n'était pas encore dit que Shizuru accepterait de la récupérer.
Elle n'avait pas de temps à perdre à divaguer, se reprit-elle. Elle était entrée par effraction chez les ducs d'Artaï. Elle devait encore parvenir à sortir et repasser la frontière avant que celle-ci ne soit verrouillée et que les transports ne soient surveillés dès que l'enlèvement serait connu. La vitesse serait essentielle. Pas de temps à perdre.
Natsuki ramassa avec mille précautions son si minuscule clone, lui enfilant tous les vêtements chauds qu'elle trouva. Elle jura en se rendant compte qu'elle n'avait pas réfléchis un seul instant à la manière de la transporter tout en gardant ses deux mains libres. Elle attrapa rapidement une draps et s'empressa de le nouer pour confectionner un porte bébé en écharpe. Elle l'ajusta au mieux pour qu'il soit bien tenu contre sa poitrine et entreprit de repasser par la fenêtre et de descendre en varappe. C'était incroyablement difficile avec cette petite masse entre elle et le mur qu'elle ne devait pas écraser, mais lentement et avec une attention soutenue pour ses prises elle redescendit le mur.
Elle sortit comme elle était entrée, silencieuse, avec adresse et sans se faire repérer. Merci à l'endurance que lui conférait son statu d'HiME, merci au fait que son clone avait su rester calme.
Difficile toutefois d'estimer à partir de quand les choses deviendraient risqué. Traverser les jardins et ré-escalader le mur d'enceinte furent simple, elle espérait avoir du temps pour sortir de la ville. Pietro allait être fou, mais Natsuki était prête à le payer plus encore pour qu'il les mène à l'extérieur. Elle avait dans sa poche des faux papiers pour son clone. Elle avait fait faire préalablement pour ne pas alerter son passeur. Tout allait bien se passer, essaya-t-elle de se convaincre.
Elle rallia la rue indiquée par Pietro d'un pas rapide et confiant, tête basse comme le reste de la population. Pour s'arrêter net et blêmir en remarquant que deux soldats discutaient avec son guide. Difficile à dire si l'homme trahissait Natsuki pour de l'argent ou s'il avait été attrapé alors qu'il l'attendait. Natsuki changea sa trajectoire pour revenir sur ses pas. Elle remonta l'écharpe jusqu'à son nez, ajusta son bonnet avant de blottir le bambin contre elle espérant que le drap qui le retenait contre elle dissimulait ces affaires de bien trop belle facture. Elle pensait se souvenir qu'il existait une ruelle parallèle à celle où son passeur l'attendait et elle espérait pouvoir l'emprunter et retrouver le chemin de la sortie par elle-même. Avec un peu de chance, elle pourrait sortir par son entrée.
Ça n'avait cependant rien de discret : si son passeur l'avait trahi, ils allaient tenter de la coincer à cet endroit. Elle n'avait pas vraiment d'autres solutions cependant et elle ne pouvait pas se permettre de rester piégée dans la ville. Son avantage pour le moment était son clone, le passeur ignorait qu'elle cherchait à enlever un enfant, s'il parlait d'elle, les soldats allaient chercher une femme seule avec un colis, pas une femme avec un bambin qui lui ressemblait. Tant que l'enlèvement n'était pas connu, elle ne devrait pas trop attiré l'attention.
Une fois sortie de la ville, elle escomptait s'éloigner au plus vite quitte à foncer tout droit. Elle espérait mettre suffisamment de distance entre la ville et elle pour disparaître dans les routes abandonnées.
Si elle allait assez vite et ne se perdait pas ? Elle pourrait passer la frontière dans quelques jours. Elle devait se montrer positive. Elle pourrait toujours être arrêter par Zipang, mais il fallait mieux traiter avec eux qu'Artaï comme lui avait si bien expliqué Pietro.
Si elle ne se faisait pas arrêter du tout ? Elle rentrerait facilement à Windbloom, avec ses papiers et les faux pour l'enfant.
Il lui suffisait juste de sortir du pays avec un bambin pour qui elle n'avait pas vraiment prévu de vivre. Elle avait espéré que son passeur aurait pu l'aider. Elle allait là aussi devoir trouver quelque chose.
Toutes les possibilités optimistes défilaient encore en boucle dans son esprit quand le son d'une sirène se diffusa à travers la ville.
Natsuki s'arrêta, le cœur battant et leva la tête ainsi que le reste de la population. Un message se diffusait et Natsuki grimaça. On indiquait à la population de rejoindre leur demeure ou toutes boutiques ouvertes dans les prochaines dix minutes. Les rues étaient interdites jusqu'à ce que l'héritière du Duc d'Artaï soit retrouvée. Toute information ou comportement suspect devait être rapporté aux autorités compétentes sous peine de poursuite. Il n'avait pas fallu longtemps.
Natsuki poursuivit son chemin durant le temps impartis espérant s'éloigner le plus possible du lieu de l'enlèvement, voir d'atteindre la sortie de la ville. Autour d'elle, les gens courraient en silence, espérant atteindre leur demeure. Natsuki évitait de courir pour ne pas brusquer le bambin. Il fallait éviter de trop attirer l'attention. Elle marchait d'un pas rapide, espérant se repérer. Elle finit par se rendre à l'évidence : elle n'aurait jamais le temps de quitter la ville. Elle estima encore avoir plusieurs minutes au mieux avant que l'armée n'apparaisse et n'arrête à tour de bras toute personne qui serait encore dans la rue, mais celle-ci se vidait beaucoup trop vite respectant les dix minutes offertes. Natsuki vit justement quelques points apparaître dans le ciel. Kazan -le duc du moins- avait bien des otomes qui survolaient déjà la ville. Les chiens étaient lâchés pour ainsi dire.
Natsuki bifurqua dans une ruelle étroites à la visibilité réduite pour que les otomes ne la repère pas. Elle restait toutefois trop remarquable, surtout avec l'enfant. Son cœur battait trop fort et trop vite, elle n'avait pas songé que la situation puisse se détériorer aussi vite. Si elle s'attardait encore trop longtemps dans la rue, elle serait arrêtée. Elle entra finalement dans une boutique de vêtements plutôt quelconque. Elle allait devoir se fondre dans la masse.
Une dizaine d'autres passants s'y étaient réfugiés. Personne ne semblait s'intéresser à elle. Par dépit ou habitude, certains regardaient des vêtements plutôt que de s'inquiéter. Mais pourquoi se seraient-ils inquiéter alors qu'ils n'avaient aucun enfant avec eux ni rien à se reprocher.
Natsuki quant à elle était bien consciente qu'elle avait un problème qui n'allait pas disparaître en restant là à regarder des pulls. Elle déambula vers le comptoir.
« Vous pensez que ça va durer longtemps ? »
Elle s'était efforcée de prendre l'accent si caractéristique de ce royaume. L'homme leva les yeux de son journal. La situation semblait le satisfaire, probablement parce que son bouiboui était plus rempli qu'il ne l'avait été durant des années et qu'avec un peu de chance, l'ensemble des personnes retenues ici allait lui acheter des vêtements pour occuper leur temps.
Il ne servait à rien de cacher le fait qu'elle était accompagnée d'un enfant alors Natsuki la montra ostensiblement, l'enfant et elle. Leur ressemblance pouvait prévenir toute méfiance de la part de l'homme. Quand un enfant ressemblait autant à « la mère », il n'y avait aucune question à se poser.
« Je devais aller chez le pédiatre, indiqua-t-elle en resserrant son clone contre sa poitrine. »
L'homme l'observa les yeux ronds presque dénués d'intelligence ou plus probablement d'intérêt et Natsuki se demanda un instant si les "pédiatres" étaient encore une spécialité en médecine. Au moins ne semblait-il pas méfiant.
« Elle ne se sent pas bien, expliqua-t-elle néanmoins avec l'intonation d'une mère inquiète. Vous n'auriez pas un bureau ou une arrière salle que j'essaie de la faire dormir jusqu'à ce qu'on puisse sortir ? »
Cela attira un peu plus son attention, et il l'observa avec plus d'intérêt. Elle aurait préféré que personne ne se souvienne de son visage mais difficile de faire autrement. Le passeur l'avait probablement déjà grillé. Elle devait éviter de rester trop longtemps entouré de gens nerveux qui pourraient appeler les autorités au moindre doute sur la provenance du bébé qui l'accompagnait malgré leur ressemblance. Une arrière salle lui permettrait de se soustraire à l'attention et pouvait peut être lui offrir une porte de sortie.
Pour l'instant bien sûr, personne ne se méfiait, mais si son clone se mettait à pleurer la situation pourrait changer du tout au tout.
Comme à cet instant, le visage du clone se froissait, l'homme acquiesça. Natsuki fut soulager en comprenant que l'homme ne voulait pas risquer d'être assourdis par des pleurs d'enfants. Il se leva et lui ouvrit une petite arrière pièce. Un minuscule local qui devait lui servir à faire sa comptabilité.
« Faites attention de rien déranger, baragouina-t-il. »
Il referma la porte derrière lui en s'efforçant de ne pas claquer la porte.
Natsuki soupira. La pièce était un foutu cul de sac avec tout juste une minuscule lucarne. Si un soldat ou une otome débarquait elle était fichue. Elle berça son clone en réfléchissant à son prochain mouvement.
Elle se mit sur la pointe des pieds pour observer à travers la fenêtre crasseuse. Ils avaient vraiment déployé l'armée. Aussi mal positionné que fut cette fenêtre, Nastuki y distinguait des otomes survolant la ville et des véhicules -des véhicules!- militaires dans les rues. Des soldats entraient pour fouiller les bâtiments. C'était un déploiement impressionnant de moyen.
Merde.
Elle n'avait pas pensé que la ville puisse se verrouiller aussi vite. Elle doutait que ses papiers soient suffisamment crédibles pour passer leur vigilance.
Natsuki réajusta une nouvelle fois le drap autour du bambin et observa la petite pièce presque avec désespoir.
Il était 17h, il paraissait évident que le couvre feu finirait au moins par se maintenir la nuit durant et beaucoup plus longtemps si son clone n'était pas retrouvé.
Elle s'accroupit finalement devant la porte et jeta un coup d'œil à travers la serrure, trois personnes s'étaient allongées dans l'entrée de la boutique. Deux discutaient à voix basse, le troisième dormait.
Le gérant avait disparu.
La configuration de la boutique ne lui permettrait pas d'en voir plus.
Alors qu'elle se relevait silencieusement, elle laissa sa main libre glisser sur les différents papiers étalés sur le bureau, son esprit parcourant toutes les possibilités. Ses doigts rencontrèrent la surface fraîche d'un vieux téléphones. Ses doigts tapotèrent le combiné.
Elle le souleva une première fois et entendit la tonalité. Elle le reposa alors qu'elle réfléchissait qui appeler. Elle avait a priori droit au coup de fil à un ami.
Si elle était seule dans cette histoire, Natsuki n'aurait pas hésité à emprunter l'option: fuite discrète, mais il y avait son clone. Un bambin de quelques mois. Elle ne voulait pas risquer sa vie par péché de confiance.
Elle décrocha le combiné et appela Miyu. S'il y avait bien un numéro qu'elle connaissait par cœur, c'était celui-ci: la seule personne de son passé qu'elle appelait encore. Elle compta les sonneries de plus en plus inquiète. Qu'est ce que le gérant penserait s'il la voyait téléphoner ?
Miyu ne répondit pas.
Shizuru était peut être avec elle. Ce fut le second numéro qu'elle composa malgré l'inquiétude qu'elle ressentait à l'idée d'entendre sa voix. Là encore c'était un numéro qu'elle n'avait pas oublié même si c'était pour une toute autre raison.
Il n'y eut pas plus de réponse.
Elle se demanda soudain si Shizuru avait changé de numéro, ou si elle refusait de lui répondre puisqu'elle l'avait quitté sans jamais lui offrir de nouvelles ensuite.
N'y pense pas, ce n'est pas le moment. Elle aurait composé le numéro de Garderobe si elle l'avait connu, Miyu y était peut être. Les larmes aux yeux, elle s'y reprit à 4 fois pour recomposer le numéro de Miyu tant elle s'était mise à trembler. Elle s'attendait à ce que personne ne lui réponde à nouveau mais cette fois Miyu décrocha à la première sonnerie.
« Miyu, se présenta l'androïde en décrochant presque sans intonation.
-Miyu, siffla Natsuki avec un soulagement notable.
-Natsuki ? répondit-elle d'une voix dénuée d'intérêt. Pourquoi chuchotez-vous ?
-J'aurai besoin d'un service, ajouta-t-elle dans un débit de parole rapide. Si tu pouvais venir me chercher, ça m'aiderait. »
Un court silence. C'était évident que Miyu réfléchissait à la demande. Natsuki aurait aimé pouvoir la secouer.
« Quelle est la situation ? Demanda-t-elle finalement.
-Je suis à Artai, à Kazan plus précisément, indiqua-t-elle. La ville est verrouillée par l'armée et les otomes. Je ne pense pas pouvoir sortir sans me faire attraper.
-Les 3 villes d'importance d'Artaï sont munis de détecteur de vol et de nanomachines, expliqua Miyu. Les instruments en place me détecteront. Mon arrivée attirerait les otomes en présence. Je ne vois pas comment vous venir en aide.
-Merde. J'ai besoin de sortir de cette ville Miyu ! Tonna-t-elle. »
Un court silence. Natsuki jeta un œil vers la porte, s'attendant à ce qu'elle s'ouvre d'un moment à l'autre.
« Une solution est possible. A quel endroit vous trouvez-vous exactement ? »
Natsuki lui indiqua les rues qu'elle pensait avoir emprunté et le nom de la boutique de vêtement. Mais Miyu ne connaissait pas. L'absence de réseau dans cette ère la privait d'accès à beaucoup d'informations.
Natsuki s'insulta elle-même en remarquant qu'elle était entourée de papier administratif, l'adresse y était clairement indiqué. Cette fois, l'information intéressa Miyu qui lui indiqua qu'une place célèbre se situait à quelques rues. Miyu se mit à lui expliquer comment y accéder, comme un guide touristique, ce qui commença à agacer Natsuki. Elle ne voyait pas bien en quoi cela pourrait bien lui servir.
Miyu lui indiqua simplement qu'elle devait s'y rendre pour son exfiltration.
« Artai est hélas l'un des pays le moins documenté en terme de photo ou d'info, expliqua Miyu, mais nous avons une image de la place de l'église et du palais du Duc. Pouvez-vous atteindre un de ces deux endroits. »
Natsuki n'avait pas le temps de lui demander à quoi pouvait lui servir une image dans sa situation. Elle n'en avait pas le temps. Tout ce qu'elle savait celle qu'elle venait du palais et qu'elle avait une vague idée de sa position. Elle saurait revenir au palais sans aucun doute mais c'était là bas qu'elle avait enlevé son clone. ça aurait été du suicide d'y retourner. Beaucoup trop dangereux. Mais la place de l'église… Natsuki avait un bon sens de l'orientation, une vague idée du plan de la ville et les explications de Miyu.
« La place de l'église, indiqua-t-elle. Réexplique moi comment y aller. »
Elle attrapa une feuille et y nota les indications sans se soucier que ce fut la comptabilité de la petite boutique.
« Vous devriez pouvoir vous y rendre en 20 minutes, estima Miyu.
-20 minutes, répéta Natsuki. »
Il eut un bref silence et Natsuki se demandait si Miyu avait raccroché et que le chrono commençait. Est-ce qu'elle pourrait le faire en 20 minutes avec l'armée et les otomes ?
« Rappelle moi dans 5min, indiqua Miyu. Je confirme ton exfiltration.
-Euh, ok, balbutia Natsuki. »
Elle raccrocha. Et regarda la trotteuse de sa montre, tout en jetant régulièrement un œil vers la porte et la minuscule fenêtre. Elle tendait l'oreille vers l'extérieur. 5 minutes. Une éternité.
Elle rappela.
« Exfiltration confirmée, lui indiqua Miyu. Dans 20 min sur la place. »
Natsuki n'aurait rien pu ajouter, Miyu avait aussitôt raccroché. Elle était seule pour comprendre comment y parvenir.
Son clone s'était endormi et Natsuki la réajuste contre sa poitrine avec le draps qui lui avait servait de porte bébé improvisé. Elle ne se réveilla pas et c'était tant mieux. Elle grimaça aux quelques minutes perdus à bien l'installer. Elle rouvrit la porte sans attirer l'attention des gens si ce n'est un bref regard. Sans courir, d'un pas leste et déterminée, elle enjamba les 3 personnes dans l'entrée, ouvrit la porte et sortit. Ce ne fut qu'au moment où la porte du magasin se referma derrière elle que les gens comprirent qu'elle bafouait le couvre feu et tentèrent de l'avertir.
Trop tard, elle était dehors. Ils allaient avertir l'armée d'un comportement suspect. Elles espéra que le fait d'avoir arraché le fil du téléphone les ralentirait suffisamment.
Elle partit au pas de courses. Première à droite, seconde à gauche et puis...
Les ruelles étroites étaient une bénédiction pour échapper aux otomes mais elle avait couru 10 bonnes minutes sans croiser de patrouille. Vu le bruit de son cavalcade et des pleurs de bébé qui avait fini par résonner, 10 min était plutôt une chance. Natsuki se demanda si elle n'aurait pas mieux fallu y allé d'un pas tranquille en tentant de se dissimuler dans l'ombre. Elle avait oublié de demander à Miyu si c'était 20 minutes en course ou en marche.
Ce n'était toutefois plus le moment de se poser des questions, Natsuki venait de découvrir 3 soldats face elle. Elle n'hésita qu'une fraction de seconde avant de dégainer son arme d'une main et tirer. Elle abattit deux soldats avant que le troisième ne se mettent à couvert.
C'était peut-être affreux à dire mais tant que le bébé était avec elle personne ne lui tirerait dessus. Elle avait la meilleure des protections mais ça ne durait pas éternellement.
Natsuki tira encore une fois et remonta une autre rue, changeant brutalement de parcours pour atteindre son objectif. Elle espérait que son bon sens de l'orientation lui permettrait de récupérer des voies parallèles sans se perdre.
Elle entendait des cris et des bruits de courses. Il semblait évident qu'on la poursuivait, certainement le troisième soldat et des patrouilles supplémentaires. Après tout, les coups de feu aidait à la localisation. Ils allaient la piéger comme un rat. Ils avaient l'avantage du terrain et du nombre. Natsuki n'avait pour elle qu'un plan d'exfiltration improvisé. Mais elle allait y arriver, elle voyait le haut du clocher dépassé les toitures. Elle était si près.
Son cœur battait dans un staccato effréné, elle était shooté à l'adrénaline alors que son clone pleurait à gorge déployé contre elle.
On lui ordonnait de s'arrêter, des tirs d'avertissements sans réel menace résonnaient.
Natsuki manqua de glisser en empruntant une coursive au dernier moment. Des plaques de verglas parsemait son parcours comme autant de pièges à éviter.
Une otome descendit juste devant elle, Natsuki tira sans ralentir sa course. Sa réactivité et sa précision durent prendre l'otome par surprise car elle s'étala dans la neige, une balle dans l'épaule.
Natsuki dérapa une nouvelle fois et prit un tournant à 90°, ses semelles crissant dans la neige. Elle remontait une ruelle dans un sprint qui utilisait tout son endurance d'HiME, touchant un nouveau soldat alors qu'elle tirait à l'aveuglette derrière elle.
Des lumières apparaissaient derrière les fenêtres des bâtiments proche. Les habitants cherchaient à savoir les raisons de tout ce raffut.
Elle déboucha finalement sur la place. Des soldats et une otome l'y attendaient. Natsuki s'arrêta net après une légère glissade, haletante. Elle était à 100 m à peine de la vieille église. Seize minutes depuis son appel, un peu moins que ce que Miyu avait estimé. Elle était foutue. Quoi qu'ait prévu Miyu pour son exfiltration, les soldats lui passeraient les menottes avant ou elle allait se faire abattre…
Elle perçut brièvement la confusion dans les rangs des soldats et otome face à elle quand elle sentit soudain une main se poser sur son épaule. Elle cligna des yeux, tétanisée de peur à l'idée d'avoir échoué.
L'instant d'après elle faisait face à un jardin sous la pluie.
Natsuki ne comprit pas. Ses yeux papillotèrent devant ce nouvel environnement.
Qu'est-ce qui venait de se passer ? Son clone pleurait toujours dans ses bras, mais il faisait plus chaud et beaucoup plus humide.
« Tu n'est pas blessée, n'est-ce pas ? »
Son cœur fit un soubresaut dans sa poitrine. Cette voix. Elle l'aurait reconnue entre mille.
Elle se retourna et croisa des yeux d'un rouge carmin.
« Shizuru, souffla-t-elle. »
