Note : J'aime ce chapitre. J'espère que vous l'aimerez aussi :)


Chapitre 15 : Un lapin pour des larmes

Une nouvelle semaine commençait et Jeanne sentait qu'elle serait différente. Un pressentiment. Peut-être à cause de ces deux filles qui étaient venues la voir pendant le week-end pour satisfaire leur curiosité à son sujet. Ce n'était pas qu'elle appréhendait que la situation se reproduise, après tout elle s'en était très bien sortie pour leur répondre, mais elle sentait que cet événement était le début de quelque chose qui s'était déclenché avec l'arrivée de Marco.

Jeanne secoua la tête et suivit Padma, Ann et Susan pour descendre petit-déjeuner. Au deuxième étage, elle croisa Lyserg et s'arrêta pour le saluer. Elle ne remarqua qu'après qu'il semblait crispé.

— Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-elle.

— Ce n'est rien, balaya simplement Lyserg.

Mais l'amertume dans son ton ne trompait pas.

Jeanne le fixa un moment sans rien dire, puis acquiesça simplement de la tête et s'apprêta à poursuivre son chemin.

— Jeanne, la rappela le Serdaigle. Tu pourras dire à Tamao si tu la vois que, finalement, je ne pourrai pas la retrouver ce soir ?

— Oui, bien sûr, répondit Jeanne, après un instant d'hésitation.

Lyserg dut lire la question dans ses yeux car il poussa un soupir ennuyé et finit par se confier.

— Bismarch m'a donné une retenue. Je suis préfet, je n'ai jamais eu une seule retenue en cinq ans et là, depuis le début de l'année, c'est la deuxième fois pour… rien.

Lyserg paraissait clairement ennuyé.

— C'est à se demander si elle n'aurait pas un quota de retenues à donner et que je tombe toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Si ce n'est pas ça, c'est que c'est personnel, grimaça-t-il dans une mauvaise tentative d'humour.

Il ouvrit de nouveau la bouche la referma en fronçant les sourcils. Jeanne chercha quelque chose à dire mais rien ne lui venait.

— Merci beaucoup de transmettre le message si tu vois Tamao, conclut simplement Lyserg.

— Mais de rien, c'est tout naturel, répondit Jeanne.

Et dans la seconde, Lyserg avait tourné les talons et s'éloignait, laissant une Jeanne plutôt déconcertée derrière lui.

Jeanne ne vit pas Tamao au petit-déjeuner, ce qui était normal car la jeune fille devait déjà être en cours. La classe de Jeanne avait tendance à faire la grasse matinée le lundi matin car ils avaient cours tard Jeanne pour sa part se levait mais n'avait en réalité pas cours du tout, étant dispensée de la leçon d'enchantements.

Après avoir dégusté ses tartines sous l'œil amusé de ses camarades de dortoir, ces dernières l'abandonnèrent et Jeanne sortit un roman d'amour qu'elle resta lire tranquillement dans la Grande Salle presque déserte. Elle avait prévu de manger avec Tamao le midi, ce qui lui permettrait de lui transmettre le message de Lyserg. Et pour être certaine de ne pas la manquer, elle irait l'attendre devant sa salle de potions à la fin des cours.

Jeanne avait hésité à se noter l'emploi du temps de Tamao sur son carnet, mais s'était abstenu en constatant avec fierté qu'elle le connaissait par cœur. C'est donc très satisfaite d'elle-même qu'elle se posta à la sortie de la salle de potions à l'heure du déjeuner et regarda défiler les élèves de quatrième année de Poufsouffle et de Gryffondor.

— Bonjour Tamao, salua-t-elle son amie en la voyant enfin sortir.

Visiblement surprise, Tamao s'arrêta net, faisant grogner deux garçons derrière elle, avant de rougir et de s'écarter vivement du passage.

— Bonjour Jeanne, répondit-elle doucement.

— Tu veux bien qu'on mange ensemble ? demanda celle-ci par politesse.

— O-oui. Bien sûr, accepta Tamao.

Toutes deux quittèrent les cachots à la suite des autres élèves pour prendre la direction de la Grande Salle.

— Ton cours s'est bien passé ? voulut savoir Jeanne.

— Oui, on a préparé une potion d'aiguise-méninges. J'ai aidé Ajita qui n'avait pas mis assez d'épines de porc-épines et Namari était satisfait de nos potions à toutes deux.

— C'est super, se réjouit Jeanne.

— Et toi ? Qu'as-tu fait ce matin ?

— J'ai lu. J'ai fini « Branchiflore Eternelle » la semaine dernière — tu sais l'histoire d'amour entre une humaine et un être de l'eau — alors j'ai commencé « Bois de rose » dimanche soir. C'est l'histoire d'un fabricant de baguettes magiques qui part à la recherche de bois de rose pour fabriquer une nouvelle baguette. Dans le chapitre que je viens de finir, il vient de tomber amoureux d'une cliente qu'aucune des baguettes de son magasin n'a choisi, alors il a décidé de partir en quête pour lui fabriquer sa baguette magique. C'est très chevaleresque, je trouve. J'aime beaucoup. Et ça promet une fin plus heureuse que « Branchiflore Eternelle ». Ce n'est pas sûr du tout, bien sûr, mais je préfère les fins heureuses alors j'espère que c'en sera une.

Le temps qu'elles discutent, les deux jeunes filles étaient désormais arrivées dans la Grande Salle et s'assirent à côté des camarades de classe de Tamao à la table des Gryffondor.

— J'ai croisé Lyserg ce matin, déclara alors Jeanne. Il m'a chargé de te dire qu'il ne serait pas libre finalement ce soir car il a une retenue. Il semblait très contrarié, ajouta Jeanne.

— Oh, c'est dommage, accueillit tristement la nouvelle Tamao.

— Tu voudras bien relire mon devoir de potions ? demanda Jeanne dans l'espoir de remonter le moral de son amie.

Elle savait que Tamao aimait bien les potions. Elle aurait aussi pu lui demander de relire son devoir de métamorphoses, après tout Tamao était en quatrième année et trouvait toujours une remarque pertinente à faire sur ses devoirs de première année, mais la jeune fille perdait malgré tout ses moyens à chaque fois que Jeanne le lui demandait.

— D'accord, accepta sa tutrice.

Jeanne fut surprise après son cours de botanique de ne pas trouver Tamao à la bibliothèque, moins bruyante que la tour Gryffondor, où tutrice et élève s'étaient donné rendez-vous. Elle fit trois fois le tour des lieux avant d'être interpelée par le bibliothécaire.

— Je peux t'aider ? lui demanda poliment Damayaji.

Jeanne tiqua sur les chaînettes d'argent cousues sur sa robe de sorcier et sur ses gants cloutés.

— Je cherche Tamao Tamamura, confia-t-elle spontanément. Nous devions nous retrouver ici pour étudier.

Le bibliothécaire secoua la tête, faisant voler ses longs cheveux noirs de chaque côté.

— Pas vue.

— Ah, et bien merci, répondit Jeanne avant de quitter les lieux.

Peut-être Tamao s'était-elle trompée et l'attendait-elle dans la salle commune. Ou peut-être avait-elle oublié. Cette idée ne lui plaisait pas.

Rapidement, Jeanne se retrouva devant le portrait de la Grosse Dame.

— « Funambule », déclara-t-elle, un peu impatiemment.

Le passage s'ouvrit et Jeanne s'y glissa, cherchant sa tutrice des yeux. Tamao n'était nulle part en vue, mais Jeanne reconnut un groupe de filles de quatrième année. Brit Karlsen, Agata Moore et… une indienne dont Jeanne ne se souvenait plus du nom. Iris Ruben peut-être. Non, Iris c'était la grande éthiopienne qui faisait tourner la tête à tous les garçons.

— Bonjour, les salua-t-elle en s'avançant dans leur groupe. Excusez-moi de vous déranger, je cherche Tamao. Vous ne sauriez pas où elle est.

— Non, claqua aussitôt la voix d'Agata.

Contrariée, Jeanne se mordit la lèvre, se demandant où elle pouvait être. Elle nota cependant que les deux autres filles semblaient mal à l'aise.

— Tu es une amie de Tamao, n'est-ce pas ? lui demanda Brit.

— Oui.

— Une vraie amie, insista-t-elle avec un regard pénétrant.

Jeanne cligna des yeux. Pourquoi cette question ?

— Oui, répéta-t-elle.

Brit confronta alors Agata du regard. Celle-ci toisa Jeanne quelques instants, croisa de nouveau le regard de Brit, puis finit par hocher la tête.

— Elle est dans notre dortoir, fit alors doucement la troisième d'entre elles, celle dont Jeanne ne se souvenait plus du nom. Tu devrais la rejoindre.

— Merci !

Jeanne fila vers l'escalier sans réfléchir. Elle compta les paliers jusqu'au quatrième étage.

« Ajita Petrov », se rappela-t-elle quand ses yeux parcoururent la porte du dortoir sur laquelle les noms des occupantes étaient inscrits.

Elle toqua fermement, attendit une dizaine de secondes, poussa doucement la porte.

Comme la dernière fois qu'elle y était entrée, il y avait à peine plus d'une semaine auparavant, le dortoir était plongé dans le silence et baigné par la lumière du soleil. Un seul lit avait ses baldaquins fermés et Jeanne, après avoir soigneusement refermé la porte du dortoir derrière elle, s'en approcha à petits pas hésitants.

La dernière fois, les baldaquins étaient ouverts. Cela signifiait que Tamao ne les fermait pas pour dormir. Quelque chose n'allait pas.

Jeanne commença franchement à s'inquiéter et le manège des trois camarades de classe de son amie lui revint en mémoire. La conclusion qui s'imposait, c'était que Tamao n'allait pas bien.

— Tamao ? appela-t-elle.

La forme derrière les baldaquins remua et ces derniers s'entrebâillèrent sur deux yeux roses gorgés de larmes. Jeanne sentit son cœur tomber en chute libre de sa poitrine à son estomac. La main fine de Tamao sortit entre les rideaux et Jeanne l'attrapa entre les siennes.

Son aînée tira sur son bras et, naturellement, Jeanne se retrouva allongée sur le lit, son amie dans ses bras, avec seulement ses bottines qui dépassaient à l'extérieur du lit.

— Tamao ? répéta Jeanne d'une voix inquiète.

La jeune fille fit vivement non de la tête et s'enfonça un peu plus dans le câlin.

— Veux pas en parler, arriva-t-elle à marmonner entre deux sanglots.

Jeanne la serra un peu plus fort contre elle.

Elles restèrent un long moment comme ça, toutes les deux blotties l'une contre l'autre, des larmes silencieuses glissant le long des joues de Tamao pour aller se perdre sur la robe de sorcière de Jeanne.

Au bout d'un moment, Jeanne se dégagea un peu, délaça ses bottines qui tombèrent par terre dans un bruit étouffé et se rallongea plus confortablement contre son amie. Peu à peu, les couleurs changeaient autour d'elle, s'épaississant. Au-dehors, le soleil déclinait lentement.

— Il faut… aller manger, dit Tamao d'une voix éraillée au bout d'une éternité.

— Tu t'en sens la force ? Si ce n'est pas le cas, je descends, je nous remplis deux assiettes et je reviens. Je me ferai discrète.

Tamao eut un maigre sourire.

— Et le dessert ?

Jeanne la regarda avec sérieux.

— Je peux me passer de dessert.

Ça lui crevait le cœur, mais moins que de voir Tamao en cet état. Pour elle, le sacrifice en valait la peine.

Tamao eut un petit rire. Un rire léger, fragile. Jeanne avait l'impression qu'il pouvait se briser à tout instant, mais c'était tout de même un rire.

La jeune fille s'assit en tailleur confortablement sur le lit et Jeanne l'imita. Elle se frotta ensuite vigoureusement les yeux.

— Ça ne me dérange pas de descendre, lâcha Jeanne.

Elle observa Tamao encore quelques instants.

— J'y vais, décida-t-elle.

Mais alors qu'elle esquivait un mouvement, Tamao l'arrêta d'un geste de la main.

— Ponchi. Conchi.

Pourquoi appelait-elle ses hib…

— Hi !

Dans un grand cri, Jeanne sauta en arrière et tomba par terre.

— Jeanne ! s'alarma aussitôt Tamao.

— Salut Tamao, tu veux encore sauter le repas ? fit au même moment une petite voix aigue.

Jeanne se redressa sur les coudes, avisant la tête de Tamao qui dépassait des baldaquins et de nouvelles ombres derrière les tentures.

— Qu'est-ce que… balbutia-t-elle.

— Je suis désolée, désolée, désolée, se morfondit Tamao. Je ne pensais pas qu'ils t'effraieraient. J'aurai dû te prévenir. Pardon pardon.

— À qui tu parles Tamao ? fit de nouveau la voix aigue.

Les baldaquins s'ouvrirent alors sur deux elfes de maison qui la dévisagèrent avec curiosité.

— Oh mais c'est la miss ! s'exclama l'un deux.

— Maiden ! cria l'autre.

Un peu sonnée, Jeanne se releva. Tamao l'invita à venir se rasseoir sur le lit et les elfes bougèrent pour lui laisser de la place.

— Je suis désolée. Vraiment désolée, répéta encore Tamao.

— Ça va, ne t'inquiète pas. Il n'y a pas de problème, la rassura Jeanne en ne quittant pas les deux petites créatures des yeux.

— Laisse-nous deviner, tu fais enfin les présentations, ça veut dire que c'est du sérieux entre vous, déclara Conchi.

— Hey mais t'as pleuré ! Ne nie pas tu as pleuré ! s'offusqua Ponchi.

— C-ce n'est rien, c'est p-passé, fit rapidement Tamao.

— C'est elle qui t'a fait pleurer ? interpréta Conchi en lançant un regard noir à Jeanne.

Ponchi se tourna également vers elle, l'air suspicieux.

— N-non, pas du tout ! Ce n'est rien. Rien, répéta-t-elle plus fermement.

Un petit silence plana un moment, les deux elfes jaugeant Jeanne de regard. Cette dernière leur retourna un sourire bienveillant, comprenant qu'ils s'inquiétaient pour Tamao. Si ses intérêts leur tenaient à cœur, ce ne pouvait pas être de mauvaises personnes.

— D'accord, accepta finalement Conchi, donc tu nous as appelé pour les présentations. Enchanté Maiden, moi c'est Conchi, et voilà Ponchi. Nous sommes les protecteurs de Tamao, ajouta-t-il en se rengorgeant.

— Idiot, lâcha Ponchi en lui donnant un coup d'épaule. Elle ne nous a pas appelé pour les présentations mais pour qu'on aille leur chercher de quoi manger à toutes les deux.

— Ah bon !

Tamao afficha un petit sourire contrit.

— Je me disais aussi que c'était pas ton genre d'aller aussi vite pour rendre les choses officielles, fit Conchi en se grattant la tête. Après je dis ça mais comme y a jamais rien eu d'officiel, on en sait rien en fait du temps que ça prendra par rapport à…

Coup de poing de la part de Ponchi.

— Oui c'est bon on y va ! grommela l'elfe.

Et dans un double « crac » retentissant, les deux créatures disparurent.

Jeanne fixa un moment l'endroit où ils se tenaient juste avant.

— Qu'est-ce qu'ils ont voulu dire ? Par… le fait que c'était sérieux entre nous. Et de rendre les choses officielles.

Tamao grimaça et détourna la tête. Ses joues virèrent au rose pâle que Jeanne trouvait attendrissant.

— Je crois qu'ils s'imaginent que… qu'on est… ensemble, souffla-t-elle en crispant ses mains sur le bas de sa robe de sorcière.

Jeanne rit doucement de l'idée, surtout que ce n'était pas la première fois que quelqu'un le présumait.

— Alors, reprit-elle avec aise, ce sont tes… esprits protecteurs.

Tamao releva la tête vers elle et toutes deux échangèrent un sourire.

— Oui, confia-t-elle. Ils travaillent pour la famille Asakura depuis que je suis toute petite et ils se sont attachés à moi. Ils ont déclaré qu'ils iraient là où j'irai.

Jeanne sentit l'émotion transparaître dans sa voix.

— Quand j'ai intégré Poudlard, plutôt que de rompre leur contrat avec les Asakura pour se faire embaucher à l'école, ils ont été assignés en mission ici. Un peu comme… des travailleurs détachés.

Jeanne hocha la tête, intégrant le concept. Il y avait des elfes de maison à Beauxbâtons mais ils étaient tous sous contrat avec l'école. Aucun n'était rattaché à un élève, un professeur ou une famille.

— Au départ, j'ai cru que tu appelais tes hiboux, se remémora Jeanne.

— Ah oui, ils ont les mêmes noms, s'amusa Tamao. En fait, quand on les a trouvés, ce sont Ponchi et Conchi qui ont voulu qu'on les emporte et qui leur ont donné des noms. Bien sûr, c'est surtout moi qui m'en suis occupée par la suite, ajouta-t-elle.

— Des noms très originaux, se moqua gentiment Jeanne.

— En réalité ils s'appellent Mini-Ponchi et Mini-Conchi, révéla Tamao.

Mais ses mots furent en grande partie avalés par deux craquements sonores.

— Vous parlez de Mini-Conchi et son acolyte, devina tout de suite Conchi.

— Comment ça Mini-Conchi et son acolyte ? Tu veux dire Mini-Ponchi et son acolyte, s'offusqua aussitôt Ponchi.

En y repensant, Jeanne jugea qu'elle avait passé une bonne soirée. Ponchi et Conchi étaient bruyants, mais amusants. Le repas était délicieux — en particulier le dessert. Et enfin, point le plus important, Tamao avait retrouvé le sourire.

C'est donc plutôt satisfaite que Jeanne se laissa tomber lourdement dans son propre lit. Idéalement, il fallait qu'elle arrive à dormir avant de devoir se relever en pleine nuit pour sa leçon d'astronomie. Si elle n'y parvenait pas, elle aurait d'immenses cernes violettes demain matin en cours d'enchantements, et maintenant qu'ils étaient réconciliés, Nichrom ne se priverait pas pour l'asticoter.

Ce ne fut qu'en papillonnant des yeux qu'elle réalisa que Tamao n'avait pas relu son devoir de potions.