PROMPT : Le pouvoir des plantes
1980
Voldemort - celui qui fut Tom Jedusor peu de temps auparavant - plaçait de grands espoirs en Severus Rogue. Lucius lui avait vanté les mérites du sang-mêlé solitaire, laid et rejeté de tous. Aux dires de l'aristocrate blond qui portait déjà sa marque, le jeune Severus était déjà un prodige en potions, même si Slughorn ne l'aimait pas.
Voldemort n'avait pas besoin de la confirmation de Slughorn pour reconnaître la valeur d'un sorcier. Il se souvenait parfaitement sa propre scolarité - son âme n'était pas encore trop abîmée pour qu'il oublie qui il avait été - et l'intérêt du vieux professeur pour tout ce qui était la célébrité et la richesse.
Lui, il avait eu la chance d'être brillant et beau. Il avait soigneusement caché son statut de sang-mêlé, et le professeur était tombé dans le panneau. Il l'avait convié à son petit club de célébrités, et Tom avait joué le jeu...
D'après Lucius, le jeune Rogue ne s'embarrassait pas de séduction. Il était sombre et silencieux, renfermé, rapidement désagréable dès lors qu'il était acculé.
Le jeune homme se révélait pourtant naturellement doué derrière un chaudron, étant capable de brasser n'importe quelle potion même la plus compliquée. Il connaissait les ingrédients magiques, le pouvoir des plantes, les animaux magiques et tout ce qui pouvait servir à créer une potion efficace. Il savait d'instinct quelles modifications effectuer pour améliorer le mélange, et aux dires de Lucius, il avait inventé sa propre version de la potion anti-douleur - apparemment pour supporter les multiples passages à tabac que lui infligeaient les Maraudeurs.
Le Seigneur des Ténèbres était donc impatient de le compter comme recrue, et parfois, il pensait qu'il devrait envoyer un carton de remerciements à Dumbledore et à sa troupe de Gryffondor sauvages pour pousser dans ses bras les Serpentard victimes de leurs plaisanteries cruelles. Severus n'était pas leur seul souffre-douleur, bien qu'il soit celui qui supporte le plus.
Lorsqu'il avait enfin rencontré le jeune garçon, il l'avait dévisagé avec attention. Il ne manquait pas de courage : il avait tendu son bras sans hésiter et sans trembler. Il avait supporté la douleur causée par le tatouage sans une plainte.
Voldemort avait décidé que le jeune Rogue était un Mangemort prometteur. Mais en le marquant il avait lu dans son esprit - le garçon était un bon occlumens mais pas suffisamment bon pour l'empêcher de voir ce qu'il avait besoin de savoir - et il avait réprimé un gloussement.
Severus Rogue serait un bon Mangemort, dès lors qu'il perdrait sa répugnance à tuer. Le gamin voulait être accepté et respecté. Il était prêt à se venger de son père en le tuant sans états d'âme - après tout, Tobias Rogue venait juste de devenir veuf et il semblerait que ça n'ait pas été un accident. Cependant, il ne semblait pas réellement à l'aise à l'idée de tuer des moldus ou des sang-de-bourbe pour marquer les esprits et répandre la peur…
Le Seigneur des Ténèbres avait été prêt à le convier à un raid, où il devrait faire ses preuves, lorsqu'il était arrivé, avec une mine terrible. Voldemort avait pensé qu'il allait supplier de ne pas avoir à venir, qu'il allait se montrer couard et se ridiculiser comme beaucoup d'autres avant lui. Ceux-là expérimentaient les Doloris et l'humiliation du cachot, et ils se découvraient soudainement bien moins de scrupules à tuer après ce petit traitement. Bien entendu, ils ignoraient qu'ils resteraient au bas de l'échelle des Mangemorts jusqu'à la fin de leur vies. De la chair à canon, bien utile pour les diversions.
Il attendait donc les mots de Severus pour le briser et le façonner selon son bon vouloir. Compte tenu du potentiel du gamin, il ferait une exception pour lui, et il en ferait un de ses Mangemorts les plus puissants une fois qu'il aurait perdu toute innocence.
Pour la première fois de sa carrière de Mage Noir, Voldemort s'était mépris sur l'un de ses hommes. Il avait fait une erreur de jugement, et c'était probablement la première fois qu'il était satisfait de s'être autant trompé.
Severus semblait sur le point de vomir ou de s'évanouir. Il masquait du mieux qu'il pouvait ses tremblements. Cependant, il se présenta devant lui avec un visage impassible - sans son teint verdâtre, jamais Voldemort n'aurait pu soupçonner qu'il était aussi fébrile à se trouver face à lui - et baissa les yeux pour ne pas le fixer, en parfait Mangemort soumis.
- Maître. J'ai entendu quelque chose qui pourrait vous intéresser.
Voldemort resta un long moment silencieux. Il s'attendait à beaucoup de choses mais pas à ça. Incapable de répondre sur le moment, il fit un vague geste de la main pour encourager le jeune homme à poursuivre, vaguement curieux de ce qui avait pu le mettre dans cet état.
Severus lui raconta ce qu'il avait surpris dans la taverne, répétant mot pour mot les paroles de la prophétie.
- Intéressant. Très intéressant. Potionniste et espion… Voilà un jeune homme plein de qualités…
Le mage noir laissa échapper un ricanement pour masquer la rage qui consumait son être. Conscient qu'il devait beaucoup au jeune homme qui ployait l'échine à ses pieds, il soupira.
- Tu n'as pas le goût du sang, n'est-ce-pas ? Pourtant tu es venu pour annihiler ton père… je me trompe ?
- Non Maître. Je suis venu pour me venger de mon père.
- Je peux comprendre cela… Montre-toi fidèle et tu seras récompensé.
A demi-mot, Voldemort lui avait accordé un répit avant de répandre le sang. C'était la récompense qu'il lui offrait. Un peu de temps en plus. Il l'observa quitter la pièce pensivement, alors que déjà sa magie crépitait autour de lui, effrayant les Mangemorts encore présents.
Fichu Dumbledore et sa manie d'interférer, encore et toujours. Ce n'était probablement pas une coïncidence si c'était le Directeur de Poudlard qui avait recueilli les paroles de la devineresse - qui qu'elle puisse être.
D'un ton glacial qui n'admettait aucune objection, il ordonna à Rosier et McNair de se renseigner sur les enfants à naître. Il voulait avoir une liste de noms, savoir qui pouvait être l'enfant qui viendrait au monde pour le défier.
Les deux hommes de mains s'inclinèrent et quittèrent les lieux à pas pressés, visiblement heureux d'avoir une raison d'échapper à l'atmosphère pesante qui avait envahi leur quartier général. Voldemort ne se rendait même pas compte qu'il faisait suffoquer ses sous-fifres alors qu'il vibrait de rage à l'idée que quelqu'un n'ose le défier. Comme si un nourrisson né dans le camp de la lumière pourrait changer les choses…
Finalement, il laissa échapper un rire sadique et secoua la tête, se calmant d'un coup. Il croisa le regard troublé de Lucius et se pencha vers lui comme pour lui offrir une confidence.
- Tous ces enfants potentiels… Une fois trouvés, j'irais en personne et je me débarrasserai d'eux devant leurs parents. Sans oublier de leur rappeler de remercier ce bon vieux Dumbledore pour l'information.
