Chapitre 4 : Les six C.

Aton Lii'nko n'avait jamais montré de signe de colère à l'égard de la créatrice des dieux. Tous les dieux avaient eu cette période courte de rébellion. Ce n'était pas son cas. Sans doute car elle lui avait toujours laissé beaucoup de liberté. C'était le cas jusqu'à présent mais pour une raison obscure, mère lui avait interdit de quitter la cité des dieux pendant sept jours. Il n'avait que peu de temps pour être avec Amina Erca'tiir qui aurait canalisé sa colère.

Au lieu de ça, mère avait programmé une semaine d'apprentissage avec le premier seigneur : Largne Vil. Largne était un dieu qu'Aton admirait de part sa puissance mais qu'il était difficile d'endurer sur plusieurs heures.

Déjà parce que Largne et Amina ne s'entendaient pas. Les deux dieux se vouaient une haine si ancienne et si profonde qu'il était parfois difficile de comprendre d'où elle pouvait provenir. Ensuite car Largne était connu pour sa cruauté autant à l'égard des humains que des dieux qu'il jugeait faible.

Mère avait prévenu Largne qu'elle voulait tester les six C dans le programme de son fils Aton et voir s'il était capable d'obéissance à un ordre sans raison. Il devait apprendre à obéir. S'il faisait le contraire, alors elle le reprogrammerait. Ce qui signifierait un lavage du cerveau ou la mort.

Elle vérifia qu'il était encore dans la cité en même temps qu'elle vérifiait d'autres milliers de détails. Être l'unique maîtresse des dieux apportait la contrainte qu'elle ne pouvait être totalement omnisciente. Son attention se porta sur ce très cher dernier fils. Il marchait le long des couloirs.

A la main, il portait un livre de compte que lui avait demandé de regardé Largne, qui se méfiait des bugs informatiques et avait gardé l'habitude de noter ce qu'il ne voulait pas être modifié par papier. Aton n'avait pas ouvert le livret du dieu, marchant furieux, impatient et frustré d'être enfermé comme un lapin en cage. Il n'aimait pas avoir le sentiment d'être prisonnier.

La semaine venait à peine de commencer que Mère s'amusait déjà beaucoup. Anooby fixa son fils entrer dans une pièce d'étude, ouvrir le livret et fixer immédiatement l'heure sur sa montre. Trop long. Trop long. Trop long. Alors même qu'il aurait pu accepter de rester ainsi si ça avait son choix, que ce lui soit imposé rendait l'action insupportable.

Amina savait que ce serait difficile pour Aton de passer une semaine avec Largne mais elle ne pouvait rien y faire. Elle avait des problèmes plus important à gérer. La grande salle des affaires avait des murs blancs et trois larges ouvertures menant vers des couloirs résolument fermées dès que la réunion commencerait.

Le lieu ne comportait aucune décoration mais sur le mur sans ouverture, la possibilité d'un écran pour afficher des informations ou des vidéos. Le lieu était lié à la praticité. Tous les seigneurs venaient y discuter et seuls étaient admis les plus grands d'entre eux.

Deux grands seigneurs se trouvaient dans la salle actuellement. Amina Erca'tiir et Large Val. Si Amina avait des cheveux ondulés presque roux, des yeux clairs changeant de couleurs, un visage dur et une forte carrure, Largne Vil était son opposé. Ses cheveux plutôt courts étaient presque blancs et totalement bouclés. Ses yeux étaient fourbes et d'un bleu puissant.

Pendant longtemps Largne avait été le conjoint de Joseph jusqu'à ce que ce dernier le quitte et des années plus tard n'entretienne une relation interdite avec un humain nommé rage. Largne en avait gardé une haine profonde pour Joseph que sa mort n'avait pas calmé.

Si on pensait que Aton était le jouet préféré de maman, on savait que Largne était son favori quand il s'agissait d'être sérieux. Il avait une grande influence sur elle par les nombreuses actions qu'il avait mené pour prouver sa loyauté. Diplomate et premier seigneur, il s'était juré dans son fort intérieur de se venger sur Amina pour toute la honte qui faisait rire derrière son dos : Joseph lui avait préféré un rat. Et elle l'y avait aidé. Il en était certain malgré que mère ait gracié Amina. Il savait que Joseph n'aurait rien pu faire sans son amie.

En réalité, à la naissance d'Aton Lii'nko, Mère avait confié son éducation à Amina et lui-même. Mais très rapidement Aton s'était détourné de lui et il n'avait plus juré que par Amina. Occupé à d'autres affaires, Largne ne s'en était jamais préoccupé jusqu'à la veille où Anooby lui avait clairement fait comprendre que si Aton était un échec, elle en imputerait la faute sur Amina mais sur lui également.

Si le petit se plantait, ce serait leurs deux têtes qui seraient coupées. Un scandale !

L'idée principale de Largne était donc de se mettre Aton dans la poche et de se débarrasser d'Amina. Il serait le premier seul seigneur. Il ne risquerait alors plus rien. Il aurait le contrôle sur tout. Et mère n'aurait de yeux que pour lui. Pour ça, il fallait trouver une faille chez Amina. Hors Amina n'avait aucune faiblesse, si ce n'était Aton. Et il n'était pas question de toucher à Aton.

─ Largne, vous semblez perdu dans vos idées.

─ Je vous écoutai, Am. Vous avez raison. On doit trouver une solution pour que Ard et Flma cessent leurs querelles futiles. Les dieux doivent s'entendre, il en va de notre survie.

─ Tout à fait. Profitons de la réunion pour leurs trouver un terrain d'entente.

─ Ce ne sera pas aisé.

─ ─ ─ Au même instant ─ ─ ─

─ ─ Appartement d'Amina ─ ─

─ Chut, chut …

Lotus caché derrière des vêtements dans la grande armoire de la chambre serrait dans ses bras son enfant. Il avait gagné une semaine grâce au confinement imposé par la reine des dieux et il s'était senti protégé jusqu'à voir des hommes arriver dans l'appartement. Il écoutait les bruits des objets étaient déplacés, les portes être ouvertes et fermées. L'enfant ne pleurait pas, perturbé par les cœur battant de son père contre sa joue rose d'enfant. D'où il était, Lotus ne pouvait rien voir. Il devinait que les hommes qui étaient rentrés – et qui n'étaient pas des dieux à leurs apparences – n'étaient pas là sur la demande d'Amina. Il commença à s'habituer aux murmures et à comprendre quelques mots, voir quelques phrases quand quelqu'un était trop près du lieu où il se trouvait.

─ Largne a demandé […] son fidèle […] oui [….] si ça se sait ! [….] On a peu de temps.

─ Taisez-vous […] cherchez mieux […]

La fouille continua dans le silence. L'armoire n'avait pas encore été fouillé. Lotus sursauta quand il entendit qu'on forçait la porte. Il avait fait attention à bien loquer cette dernière en se cachant. S'ils ouvraient, il était foutu. Il allait paraitre suspect. Surtout, sauf erreur de sa part, Xiou était protégé par Largne. Peut-être que le Dieu avait autorisé son protégé à envoyer des hommes le chercher. Il venait prendre son fils. Ils allaient le tuer.

─ Justifiez de cette présence dans les lieux.

─ […]

─ Je vous parle.

─ Maître Lii'nko …. Ne … vous fâchez pas. Maître Vil, grand Seigneur, a demandé de vérifier toutes les chambres.

─ Même la chambre de la prétendante et courtisée par mère? Maître Vil a-t-il oublié qu'i était l'égal de Maître Erca'tiir ?

─ Surtout elle, répondit un des humains,

─ Tais-toi, dis l'autre

─ Rentrez vous terrer chez vous. J'informerai Erca'tiir et vous verrez bien votre correction.

Quelques minutes plus tard, Aton s'allongea sur le lit d'Amina. Il apprécia l'odeur qui y régnait. Pourquoi n'acceptait-elle pas le poste que mère lui proposait ? Ne pas dire oui maintenant et ne pas accepter le poste que tout le monde rêvait. Pas uniquement être un premier seigneur comme l'était quatre des dieux. Elle lui proposait le poste de second. D'être à ses côtés pour gouverner sur le monde et Amina retardait sa réponse comme-ci on lui avait proposé l'enfer.

Amina était comme Gustave. On leurs proposait une meilleure vie et ils hésitaient. Que faisait Gustave ? Est-ce qu'il l'attendait ? Était-il soulagé de ne pas le voir arriver ? Il voudrait le voir. Maintenant. Tout de suite. Aton ne réagit pas quand la porte de la penderie s'ouvrit.

─ Maître Amina est premier seigneur ?

─ Elle l'est.

─ Et elle pourrait être plus ?

─ Elle pourrait.

Lotus sourit pensivement et docilement. S'il pouvait juste être un peu utile pour cette femme, peut-être les garderait-elle et les protégerait-elle.

─ ─ ─ Souterrain des humains ─ ─ ─

─ ─ Neuvième sous-sol, zone est ─ ─

Lorsque des humains devenaient trop vieux ou qu'ils n'étaient plus appréciés par leurs maîtres, ils étaient renvoyés dans les sous-sols. Rares étaient ceux qui pouvaient reprendre leurs vies. Un bon nombre d'entre eux se retrouvaient dans le bordel du neuvième sous-sol de la zone est. Contre un prix misérable, de la gâterie aux actes sadiques, tout était autorisé sur eux. Jusqu'à la mort pour ceux voulant juste en finir en laissant un peu d'argent à leurs familles. Des trafics d'armes et de drogues avaient lieu au même endroit. Les flics payés par les dieux pour assurer un minimum d'ordre dans les sous-sols fermaient les yeux sur cet endroit.

Le bureau de Xiou était en hauteur de cet amas de débris, assez spacieux quoique sale et misérable. Dans le bureau Apach était mal à l'aise. Il savait parfaitement que Xiou était furieux que Lotus et Ébène soient encor en fuite. Apach lui ruminait dans son fort intérieur. Si Xiou n'avait pas tué Nanu, Lotus n'aurait jamais voulu foutre le camps. Il était entièrement soumis et n'avait pas une grande force de caractère. C'était la mort de Nanu et l'enfant qui l'avaient fait se rebelle. Et Gustave, certainement.

D'ailleurs, qu'est-ce qu'ils en avaient à foutre eux tous de ce gosse ?

Pour changer de sujet et éviter les coups de son patron, Apach avait tout déballé. Il avait vu un dieu qui ressemblait à celui qui traînait il y a longtemps ici chez Gustave. Ils semblaient bien se connaître et le dieu avait obéit à Gustave quand celui-ci lui avait dit de ne pas le frapper. Il avait même eut l'air de vouloir protéger l'humain.

─ Connerie, Apach !

─ Je te jure, je te jure, je te jure !

─ Te fous pas de moi ! Les dieux haïssent Gustave et le maintiennent en vie pour ça et il leurs rend bien ! Il se serait déjà foutu en l'air s'il n'avait pas conscience que sa vie était un doigt d'honneur dans leurs directions.

─ C'est vrai, c'est vrai ! Il y a plus ! Larnak, le rat des dealers, il dit avoir vu un dieu prendre avec lui un brun et un gosse. Il pense que c'était le jour de la disparition de Lotus. Et c'est vers là qu'on l'a perdu !

─ Que baragouines-tu ?

─ Ne t'énerve pas ! Ce dieu-là, il avait une moto. La même que conduisait le dieu qui protège Gustave. Tu crois que c'est une coïncidence qu'un dieu connu par Gustave récupère Lotus ?

─ Pour sauver ta peau, tu es prêt à dire toutes les conneries !

─ J'ai vérifié ! Pour aller de la cité des dieux à chez Gustave, on doit passer dans le coin de Larnak au sud. Tout colle, je te dis ! Et ça explique pourquoi Lotus est pas passé direct par la porte est !

─ Si un dieu est tombé sur Lotus, il est mort.

─ Je te dis que Gustave a du ordonner à son ami dieu de le récupérer. Tout été prévu.

─ Un dieu n'obéit pas à un humain. Ils ne pensent qu'à eux.

─ Pas lui, Xiou, je te jure ! Je te jure ! Il était vraiment prêt à protéger Gustave.

─ ─ ─ Appartement d'Amina ─ ─ ─

Aton Lii'nko n'était pas retourné travaillé. Il savait que les réunions des dieux duraient longtemps et que mère serait attentive à cette dernière sans perdre sa vigilance sur lui. Bien qu'il s'occupa à corriger le livre codé de compte donné par Largne, il ne pouvait s'empêcher de poser des questions à Lotus qui y répondait sans timidité.

Ainsi il appris comment était conçu exactement les enfants en des termes moins crus mais tout aussi perturbant qu'avec Gustave, comment les enfants grandissaient et ce qu'était la sexualité pratiquée par les dieux et les humains mais qui n'avait jamais encore attiré Gustave.

Lotus expliqua que dans la cité, les dieux n'étaient pas aimés mais qu'ils étaient crains par leurs toutes puissances. Aussi que personne n'osait s'opposer à eux. On sait qu'ils sont puissants mais on sait aussi qu'ils peuvent mourir si Mère le désire car on a vu le cadavre de l'un d'entre eux. Certains humains pensent qu'ils pourraient tuer les dieux. C'est pour ça qu'il n'était plus prudent pour l'un d'entre eux de s'enfoncer trop loin dans les souterrains. Les humains se vendent eux-mêmes aux dieux, mais parfois ce sont les familles qui vendent leurs enfants ou leurs parents et d'autres fois il y a des captures si l'être était d'une rare beauté.

Aton Lii'nko réalisa que Lotus était une rare beauté. Un bel humain avec des hanches fines, des cheveux très longs, un corp imberbe et une peau plus blanche que celle d'Amina alors que la plupart des humains avaient la peau bronzée. Il serait un très bel humain domestique. Aton le lui dit, pas conscient que cela pourrait être une insulte.

Lotus ravala toute fierté, il l'avait déjà fait depuis longtemps et le compliment au lieu de le blesser le fit rougir légèrement. Il n'était pas aussi doué que les autres pour arnaquer les personnes et il savait pourtant ce que Gustave lui avait dit. Il éprouvait presque une culpabilité à arnaquer ce petit dieu innocent. Il n'avait pas le choix, il devait penser à Ébène.

─ Vous pourriez en parler à maître Amina ?

─ Lui parler de ?

─ Elle pourrait m'acheter. Je serais un bon humain domestique, vous l'avez dit. Et Ébène deviendra un bel humain. Il deviendra fort et solide. On la servira mieux que personne.

─ Amina n'aime pas adopter d'humains. Ceux qu'elle a sont des cadeaux et ne s'en occupe guère et les laisse dans son autre appartement pour la plupart. Elle aime vivre seule.

─ Tu pourrais lui parler ?

Penchant la tête sur le côté, Aton réfléchit à la question avant de répondre.

─ C'est vrai que j'ai dit ça. Je vais en lui parler. Ce serait formidable si tu pouvais être acheté par Amina ! Si j'arrive à la faire céder elle, cette semaine, ce sera un bon test pour faire céder Gustave.

─ …

─ Je te le présenterai, c'est mon ami.

─ Je suis impatient de le rencontrer, monsieur.