Chapitre 28 : Tout petit chaton blanc

C'était presque décembre, et Goyle surgit brusquement des ombres de l'escalier. Harry le regarda à travers ses cheveux. Apparemment être grand n'était plus suffisant pour l'intimider. Il tira sa baguette et attendit que Goyle parle.

- Tu n'as jamais dit à personne que j'ai essayé de te casser la tête. Pourquoi ?

Harry pensa à sa première année et à son rythme effréné. 'Je n'ai jamais pensé que quelqu'un allait aider' n'était probablement pas une bonne réponse.

- Ben… tu essayais juste de protéger Malefoy ? demanda-t-il prudemment. Parce que c'est ton… ami ?

- Ouais, grogna Goyle.

- Il dit que c'est son boulot à lui de te protéger, tu sais.

Harry se posait des questions à propos de cette phrase depuis un moment.

- Il est petit. Tout petit chaton blanc.

Goyle semblait perplexe, mais ce n'était pas différent de d'habitude. Il n'existait probablement rien qui ne rendît pas Goyle perplexe.

- Je pense pas qu'il aimerait que tu dises, euh, ça.

Petit chaton ?

- … on se protège chacun. C'est ce que font les amis, hein ? Goyle semblait dubitatif.

- C'est ce que font les amis, acquiesça Harry, essayant de trouver le lien entre Gregory Goyle et loyauté mutuelle. Il ne trouva pas grand-chose, mais tâcha de rester impassible.

- Ouais.

- Euh – pourquoi tu en parles maintenant ?

- On parle de Black. À Azkaban.

- Oui… ?

- Je voulais savoir si je t'en devais une.

- Parce que tu… aurais pu être renvoyé ou mis en prison pour tentative de meurtre, et finalement non ? tenta Harry.

- Ouais.

Parler à Goyle était incroyablement épuisant. Harry ne savait pas comment Malefoy s'y prenait.

- On était des gamins. Et si on disait juste…

Bon sang, qu'est-ce qu'il était censé dire. Il n'avait pas envie que Goyle lui doive quelque chose. C'était flippant.

- On oublie tout, d'accord ? Arrête de t'inquiéter.

Goyle réfléchit à cela, et Harry se concentra pour garder une apparence calme et réfléchie.

- La prochaine fois que je te lancerai un sort, je raterai, dit Goyle en hochant la tête avant de descendre les escaliers.

Les Serpentard étaient vraiment des barges.


Harry était allé au bureau de McGonagall pour voir si elle était là – il avait vaguement envie de lui parler du Sinistros et cherchait surtout une excuse pour ne pas avoir à le faire – quand il entendit la voix de Malefoy. Harry n'avait jusque là jamais manqué une opportunité en or d'écouter aux portes.

- J'ai reçu une lettre de votre père, Monsieur Malefoy. Je crois comprendre que des félicitations sont de rigueur.

- Merci, Professeur McGonagall, dit Malefoy d'un voix tendue.

- Bien sûr, je n'aurais absolument jamais autorisé un élève de votre niveau à essayer – mais apparemment, j'aurais eu tort. Vous devez être très fier.

- … vous ne l'avez dit à personne, hein ?

- Eh bien, non. Bien sûr que non.

Une minute de silence.

- Je vois, Monsieur Malefoy. Je comprends très bien. Et ces choses peuvent changer, avec le temps. Mes lèvres sont scellées.

Malefoy sortit du bureau à grands pas, croisa le regard de Harry d'un air furieux et feula :

- C'est de ta faute.

Harry le regarda s'éloigner avec stupéfaction, et alors que Malefoy venait de disparaître au coin du couloir, il fut tout aussi surpris d'entendre son professeur habituellement si sérieuse et réservée se mettre à glousser.

Qu'est-ce que Malefoy avait fait ?


Harry se sentait tellement détaché de tout que pendant le cours de Potions suivant il ne réagit à rien. Les provocations de Malefoy, le sarcasme de Rogue, leur interaction constante…

C'est un jeu entre eux, réalisa-t-il soudain. Aucun d'entre eux n'est aussi horrible séparément, mais si on les met ensemble dans une pièce avec moi, ça donne une compétition de Qui peut être le pire envers Harry.

Cela le mit tellement de mauvaise humeur que pendant le cours privé de ce soir là, une des deux séances qu'il avait toutes les semaines, il dit :

- Si je ne fais pas quelque chose pendant ces leçons je vais devenir cinglé.

- Un grand merci pour votre offre, Potter. Les rédactions de fin de trimestre doivent être relues. Vous pouvez prendre celles des première et deuxième années.

Après ça, Harry se joignit beaucoup plus volontiers aux lamentations de Ron disant que les Serpentard étaient bien les pires.