Hey. Ça faisait longtemps. Encore désolé pour cette irrégularité entre les chapitres, mais je fais de mon mieux pour gérer mes études et mes passions. J'ai pris du temps pour me reposer, et je suis maintenant d'attaque pour écrire à nouveau.

Sur ce, bonne lecture.

(Et petit rappel habituel : Thomas Flanders est Peter Parker)


Deux semaines s'étaient écoulées depuis que Thomas avait rejoint le SHIELD.

Tony s'était chargé de régler l'installation de l'adolescent à la Tour avec l'aide de Mr. Owen, qu'il a pu rencontrer au Orange Sunset entre deux réunions. Le courant passa plutôt bien entre eux - passé la surprise du quarantenaire de parler à Iron Man en personne, et le milliardaire fut interloqué par l'aura bienveillante que dégageait le patron du Diner. Bien qu'il fasse partie d'une famille aisée, Cameron n'en avait que faire de son statut de privilégié ou du profit. Tout ce qui lui importait, c'était le bien-être de ses employés qu'il considérait comme ses propres enfants. Mr. Owen accepta donc que Thomas reste à la Tour des Avengers à la seule condition qu'il puisse venir au Orange Sunset de temps à autres, concession que Tony lui accorda. Comme le mutant était émancipé, les démarches furent moins longues que prévu et il fallut moins d'une journée pour réunir les affaires personnelles de l'adolescent au complexe.

Le quotidien de Thomas devint par la suite une routine : le garçon observa le lever du soleil, s'entraîna très tôt le matin avec les Avengers - principalement Natasha et Steve, puis il passa une grande partie de la journée dans sa chambre à pirater de nombreux systèmes informatiques à travers le monde avec son ordinateur. Même s'il ne faisait pas totalement confiance à Nick Fury, l'homme-araignée prit son rôle d'agent au sérieux et fit en sorte de rapporter au SHIELD toutes informations qui lui paraissait suspectes.

Le mutant perdit toute notion du temps lorsque ses doigts touchèrent les touches du clavier, ses yeux rivés sur l'écran lumineux en face de lui. Il avait répété ces mêmes gestes tellement de fois qu'il pouvait les reproduire dans son sommeil. Sa concentration était optimale, son esprit complètement vide et le souffle court. Rien ne pouvait arrêter ses mouvements frénétiques jusqu'à ce qu'il n'ait exploré les profondeurs des bases de données qu'il infiltrait. Ceci dit, Thomas ne se coupa pas entièrement de la réalité. Il fit en sortes de prendre des pauses lors des sauvegardes de données sur un disque dur donné par le SHIELD et il évitait le plus possible de mettre ses écouteurs pour ne pas manquer un appel d'un de ses supérieurs. Et une fois sa tâche accomplie, il discuta longuement avec ses amis par SMS, ce qui ne manquait jamais de lui faire esquisser un sourire.

Au fur et à mesures que les jours passent, Thomas s'habitua doucement à vivre sous le même toit que les plus grands héros de la Terre. Leur caractère et les relations qu'ils entretenaient entre eux lui apparurent rapidement aux yeux : conflictuels par moments, mais l'entente et le respect mutuel régnaient au sein de l'équipe. Clint et Pietro se prenaient quelquefois la tête, mais ils sont prêts à s'entraider si la situation l'exige. Tony, homme théâtral de son état, reçut souvent des roulements d'yeux ou des remontrances de la part de ses compagnons, mais ils savaient qu'ils pouvaient compter sur lui pour affronter le danger. Le temps des débuts hasardeux des Avengers semblait révolu, et ils étaient maintenant plus unis que jamais.

Ils ressemblaient beaucoup à…

Thomas secoua légèrement la tête. Le simple fait d'évoquer ce mot lui rappela ce qu'il était au fond de lui… L'enfant qu'il était autrefois lui apparaissait parfois sous forme d'illusion, comme au cimetière. Il se contentait de le regarder sans un mot, avec une lueur dans ses yeux qu'il ne saurait décrire. Mais une voix résonna presque immédiatement dans son esprit.

Tu n'es plus humain, tu te souviens ? Le sang qui coule en toi n'est plus celui que tu avais en tant que Peter Parker. As-tu oublié ce que tu as perdu en échange de ces pouvoirs et de ta liberté ?

Thomas arrêta de taper sur le clavier de l'ordinateur et fixa l'écran d'un air grave, tandis que la fenêtre de transfert de données s'afficha.

Non, il n'avait pas oublié. Comment pouvait-il oublié ces flammes qui ont ravagés sa vie ? Même si ce drame avait été provoqué par une entité extérieure, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il en était en partie responsable. Si cela n'avait pas été pour lui, ses parents auraient probablement pu s'enfuir avec leurs travaux et les détruire avant qu'HYDRA ne les attrape, laissant le temps à Ben et May de l'éloigner du danger. Et après cela, le jeune homme n'a fait qu'accumuler les cicatrices lorsque le bonheur semblait à nouveau à portée de main.

Un tourbillon de pensées embrouilla l'esprit de l'adolescent, puis il posa sa tête sur ses bras croisés en soupirant. La voix s'était tût et l'illusion de son ancien lui disparut à nouveau. Thomas resta dans cette position pendant de longues minutes, profitant de ce moment de silence pour apaiser ses tourments, avant de se redresser et d'arrêter son logiciel espion une fois la sauvegarde effectuée. Après avoir vérifié minutieusement que toutes les données étaient intactes, le mutant éteignit son ordinateur et étira ses bras. Soudain, quelqu'un frappa à sa porte.

- Thomas ? Tu es là ? La voix de Tony retentit.

- Non, sur Bespin.

Le milliardaire entra alors dans la chambre.

- Toujours en train de pirater le pays ?

- Pas plus que d'habitude, Mr. Stark.

Tony souffla du nez, puis il remarqua la grande paire de lunettes sur le visage de Thomas, qu'il abordait toujours lorsqu'il rend visite au jeune garçon.

- À quoi servent ces lunettes, précisément ?

- Elles ont plusieurs fonctions : vision nocturne, vision thermique, un mode caméra, un système d'analyse informatique… Mais elles m'aident surtout à canaliser mes sens.

- Tes sens ?

Le mutant hocha la tête.

- Lorsque j'ai été mordu par l'araignée radioactive, tous mes sens ont amplifiés par dix. Depuis, si je suis exposé à une source de bruit ou de lumière trop forte dans un laps de temps très court, ça me cause des horribles maux de tête. C'est pour ça que je porte ces lunettes et ces oreillettes pour travailler : elles régulent mes sens pour que je reste concentré.

Tony comprenait mieux pourquoi Thomas demandait régulièrement à F.R.I.D.A.Y de baisser l'intensité de la lumière quand il venait à s'endormir. Il nota mentalement à ajouter des protocoles à son IA pour assurer le confort du petit.

- Depuis combien de temps possèdes-tu cet équipement ? Demanda Tony en mentionnant l'attirail que portait le jeune homme.

- Quatre ans.

- Et ton uniforme ?

- C'était de simples vêtements au départ, mais je les ai modifiés pour qu'ils soient adaptés à ma condition de mutant.

Le superhéros était impressionné de voir de tels gadgets tenir aussi longtemps, et qu'un adolescent ait pu les façonner sans aide. Cela étant, peaufiner ses créations ne serait pas de trop. Non pas qu'il les trouvait désuets, au contraire, mais avoir des versions supplémentaires de son équipement au lieu de se limiter à un seul pourrait lui être utile, comme lui avec ses différentes armures.

- Ça te dirait de travailler à mon laboratoire ? Tony sourit doucement en voyant les yeux agrandis de l'agent du SHIELD.

- Quoi ?

- Tu es très intelligent et débrouillard. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Tes inventions sont intéressantes, mais certaines d'entre elles manquent d'ergonomie. Elles mériteraient quelques améliorations.

- … Vous le pensez vraiment ?

- Bien-sûr, collants.

Thomas roula des yeux face à ce surnom auquel il s'est malgré tout habitué, ce qui fit rire Tony. Les deux hommes se dirigèrent donc vers le laboratoire privé du milliardaire, situé quelque étages en dessous des quartiers des Avengers. L'agent du SHIELD admira toutes les technologies et les gigantesques hologrammes bleus diffusés autour de la pièce, les yeux grands ouverts. Il avait du mal à croire qu'il se trouvait sur le lieu de travail de son idole, l'homme qui lui a sauvé la vie il y a longtemps. Thomas vit ensuite furtivement plusieurs parties décomposées de la combinaison d'Iron Man répandues sur l'une des plus grandes tables du laboratoire. Probablement des prototypes pour une nouvelle armure, pensa-t-il.

Tony et lui travaillèrent ensuite tout l'après-midi sur les inventions de l'espion. Ils passèrent en revue toutes les fonctionnalités de ses bracelets optimisés et de son uniforme, prenant des notes sur ces derniers au fur et à mesure des tests. La rapidité de réflexion du gamin et sa capacité à trouver différents usages pour une même technologie ne passa pas inaperçu aux yeux de Tony. À mesure qu'il interagissait avec le mutant, le milliardaire constata que son intuition avait vu juste : ce gamin était vraiment brillant, surpassant même des internes de Stark Industries pourtant plus âgés que lui.

À la fin de la journée, Thomas eut de nouveaux bracelets optimisés, trois nouvelles formules de toiles et une nouvelle paire de lunettes au design simplifié entièrement composés de technologie Stark. L'adolescent fit de son mieux pour retenir son excitation en voyant son nouvel arsenal, mais Tony avait bien remarqué ses yeux plus illuminés que d'habitude.

- Alors ? Qu'as-tu pensé de cette séance de labo, gamin ? Demanda le milliardaire.

Thomas reprit ses esprits et tourna rapidement la tête vers le héros.

- C'était cool. Très instructif, aussi.

- Ravi de l'entendre. Tony tapota le dos de Thomas avec sa main gauche, le sourire aux lèvres.

- C'est ici que vous fabriquez vos armures ?

- Oui, ainsi que différentes déclinaisons des armes de l'équipe. Il donne également accès à une réserve de métaux rares et ma galerie d'armures.

- Je vois.

Le silence s'installa, instant où Thomas observait discrètement les moindres petits détails de l'immense pièce tandis que Tony rangeait les inventions de l'espion - originelles et nouvelles - dans un caisson métallique pour qu'il puisse le ramener dans sa chambre. Une fois rangé, l'adulte le remit au jeune homme et ce dernier le remercia pour ce passage improvisé au laboratoire. Après avoir déposé ses inventions au pied de son bureau, Thomas s'étira et s'allongea sur son lit, fixant le plafond sans vraiment le voir. Il sentit son pendentif rouler contre sa peau, comme un signe apaisant lui permettant de garder les pieds sur terre.

Cela faisait déjà plusieurs jours que le mutant avait quitté son petit appartement de Brooklyn, et pourtant il avait l'impression que tout était arrivé seulement hier. Il avait déjà eu ce genre de sensation lorsqu'il fut recueilli par l'orphelinat Forescent après l'incendie de sa maison au Queens, puis lors de sa capture par HYDRA où l'habitat chaleureux et bienveillant de la ville se transforma en une base anxiogène aux murs gris et froids plongée aux fonds des mers. Et après sa fuite, Thomas a connu les affres de la rue, se débrouillant comme il le pouvait pour revenir à New York en parcourant des centaines de kilomètres à travers le pays. À force d'errance et de perte de repères, le jeune homme avait fini par oublier ce que cela faisait « d'avoir sa place quelque part ». Certes, il était un agent du SHIELD et ses conditions de vie étaient bien meilleures que celles qu'il a eu aux côtés d'HYDRA… Mais dans le fond, son expérience au sein des deux sociétés secrètes n'était pas si différente. Les réunions d'agents sont toujours aussi ennuyeuses, les rapports de piratage qu'il rédige se ressemblent tellement que c'en était presque redondant, et son jeune âge était perçu d'un drôle d'œil par certains adultes de l'organisation (jusqu'à ce qu'il montre son intelligence en action ou ses talents en combat).

Je ne serais pas étonné que Mr. Owen ait quitté le SHIELD avec une ambiance aussi morose… Entre autres choses. Pensa alors Thomas.

En y repensant, il ne passait pas plus de temps avec les Avengers qu'avec les employés du SHIELD. Hormis les temps de repas, les entraînements et quelques moments où les membres de l'équipe sont libres, la majorité d'entre eux avaient des activités hors de la Tour ou devaient partir quelque part dans le pays ou dans le monde pour une raison ou pour une autre. Et c'est sans compter sur son travail d'espion informatique qui nécessite toute sa concentration, l'obligeant à rester cloitré dans sa chambre pour mener ses missions à bien.

Malgré tout ça, Thomas ne se plaignit pas. Il ne s'étonnait aucunement du fait que les Avengers soient énormément sollicités, et donc qu'il reste seul la plupart du temps. Le jeune homme était conscient de son rôle et de ses devoirs en tant qu'agent, et il les accomplissait comme convenu dans son accord avec Nick Fury. Cela ne l'empêchait pas pour autant de se montrer désinvolte envers le directeur du SHIELD, ce qui le fit intérieurement rire quand il voyait l'air renfrogné de ce dernier.

Alors qu'il sentit ses paupières s'alourdir, Thomas entendit quelqu'un toquer à sa porte.

- Qui est-ce ? Demanda le garçon après s'être assit au bord du lit.

- C'est moi, Scott ! Ant-Man entra dans la chambre, le sourire aux lèvres.

- Hey, Mr. Lang.

- Tu peux nous appeler par nos noms, petit. Le héros s'assit à côté de Thomas. Alors, il paraît que tu as impressionné Tony aujourd'hui ?

- Les rumeurs se répandent vite, à ce que je vois.

- Ce n'est pas comme si j'avais entendu « par hasard » ce cher Iron Man encenser ton intelligence à Rhodey et Bruce, absolument pas. Scott rigola doucement. Thomas appréciait le caractère jovial de Lang, qui se complétait bien avec celui de Clint. Il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une forme de fierté en apprenant que son héros d'enfance reconnaissait son génie. Au fait, on organise une soirée film avec toute l'équipe. Je voulais savoir si tu voulais voir quelque chose en particulier.

- Moi ?

- Oui ! Comme c'est la première nuit cinéma de l'année pour nous, je me suis dit que ce serait sympa qu'on voit quelque chose qui te plaise.

Même eux font des soirées cinéma ? Ca alors… Pensa Thomas.

- … C'est gentil d'avoir pensé à ça.

- Héhé !

Thomas se mit alors à réfléchir. Il avait rattrapé une grande partie des films qu'il avait manqué ces dernières années grâce à Caleb. Le choix était plutôt limité… Puis il repensa à des films qu'il n'avait pas revus depuis longtemps, et un titre lui vient en tête.

- J'aimerai bien revoir le Seigneur des Anneaux.

- Compris. Scott se releva et tendit sa main vers Thomas. On y va ? Le dîner va être bientôt prêt.

Le mutant resta quelques secondes immobile, fixant le regard de Lang, puis il prit la main d'Ant-Man qui l'aida à se redresser. Tous deux se dirigèrent vers le salon et furent accueillis par le reste des Avengers. Comme toujours, beaucoup de répliques cinglantes fusèrent entre Pietro, Clint et Sam quand ils jouaient à Mario Kart. Thor ébouriffa les cheveux de Thomas presque immédiatement après avoir vu la tête du gamin, toujours avec un grand sourire aux lèvres. Une fois s'être mis d'accord pour leur soirée film, l'équipe de superhéros s'assirent à table pour savourer leur repas. Les discussions animées entre les adultes n'échappèrent pas aux oreilles du garçon, bien qu'il reste silencieux la plupart du temps.

Après que les résidents de la Tour finirent de laver et ranger les couverts, ils aménagèrent le salon pour s'asseoir près de la télévision : Pietro, Wanda, Vision et Scott sur le canapé gauche, Bruce, Natasha, Sam, Steve et Bucky sur le canapé droit, Thor, Clint, Rhodey et Tony sur le canapé central. Thomas se dirigea vers un fauteuil pour le déplacer entre deux rangées, mais le milliardaire lui fit signe qu'il avait une place à côté de lui. L'agent du SHIELD s'assit donc près d'Iron Man, sans savoir comment réagir. F.R.I.D.A.Y lança finalement le film une fois l'équipe confortablement installée.

Minuit sonna quand les notes du générique de fin retentirent. Les Avengers furent emportés par les aventures de la communauté de l'Anneau, si bien qu'ils n'ont pas vu le temps passer. Mais en tournant la tête vers sa droite, Tony s'aperçut que l'adolescent commençait à somnoler et à avoir la tête vacillante.

- On dirait que quelqu'un a besoin de dormir. Dit amusément Tony.

- Je m'en charge. Répondit Bucky en levant la main. Il avait l'habitude de ramener ses frères d'armes dans leur chambre quand ils s'assoupirent dans le salon.

White Wolf porta délicatement le garçon dans ses bras, en évitant soigneusement de le réveiller, et il le porta jusqu'à son lit avant de le couvrir avec les couvertures. Il l'observa ensuite pendant quelques secondes… Les traits du visage du gamin étaient plus adoucis lorsqu'il dormait, paraissant encore plus jeune qu'il ne l'est déjà. Bucky eut de nouveau cette sensation de déjà-vu auprès de l'adolescent, sans comprendre d'où cela venait. Il lui arrivait de se rappeler du visage candide d'un enfant se mêlant à ceux, plus durs, des agents d'HYDRA qu'il a connu en tant que Soldat de l'Hiver… Si le super soldat était conscient qu'une partie de ses souvenirs ont été fabriqué par l'organisation criminelle, il pouvait toujours sentir la différence entre une illusion et un évènement authentique. Et ce type de détails lui semblait trop familier pour n'être que le fruit de son imagination.

Bucky secoua la tête, et se contenta de caresser les cheveux de Thomas d'un air attendri. Il finit par partir lorsque la fatigue commença à s'emparer de lui. F.R.I.D.A.Y éteignit les lumières d'elle-même après que le soldat ait fermé la porte derrière lui.


La chambre était plongée dans le noir. Un profond silence régnait entre les murs. L'environnement était calme et protecteur.

Pourtant, Thomas ouvrit les yeux au beau milieu de la nuit.

Pas à cause d'un bruit qu'il aurait décelé à travers les parois. Pas à cause d'un cauchemar. Mais par habitude insomniaque.

Le jeune homme tourna la tête pour voir l'heure sur son réveil posé sur la table de chevet : deux heures du matin.

Thomas poussa un soupir. Visiblement, le marchand de sable mettra un certain temps avant d'arriver. Alors il se leva de son lit, prit son MP3 avec lui et se dirigea à pas de loups vers le salon. L'absence de mouvement et de présence humaine donnait au mutant l'impression que la pièce avait doublé de taille. Mais en regardant à travers de la fenêtre, il pouvait clairement voir les buildings illuminés et la lune briller dans le ciel.

Le mutant s'assit en tailleur sur le canapé, mit ses écouteurs et lança une musique à la mélodie douce et lancinante. Le monde autour de lui s'effaça alors progressivement tel de la brume, tandis que ses paupières se fermèrent pour apprécier les notes de piano et de violon qui résonnaient doucement à ses oreilles. Son esprit se vida de toute pensée et devint un long fleuve tranquille bercé par le vent.

Et alors que le temps et la réalité semblaient perdre leurs cours, Thomas sentit une main se poser sur son épaule. La magie qui l'entourait disparut, et il ouvrit ses yeux. Son regard croisa celui de Pietro, qui semblait plutôt surpris de voir l'agent du SHIELD debout à cette heure tardive.

- Pietro. Murmura l'homme-araignée.

- Ça va, Thomas ? Demanda le coureur d'une voix basse afin de ne pas faire peur au gamin.

Le jeune homme, rêvassant encore un peu, ne réagit pas immédiatement. Puis une fois pleinement conscient de son environnement, il retira ses écouteurs pour signifier à Quicksilver qu'il avait toute son attention. L'adulte s'assit alors à côté de Thomas, ses vêtements sombres prenant une teinte bleutée avec la lumière de l'extérieur.

- Pourquoi tu es debout si tôt ? Tu n'arrives pas à dormir ?

- Pas vraiment. J'ai juste l'habitude de me réveiller tard le soir.

- Tu es insomniaque ?

Thomas hocha la tête. Pietro eut l'impression de revoir sa sœur quand ils étaient plus jeunes, quand ils devaient se débrouiller seuls pour survivre en Sokovie : elle aussi arborait souvent un regard vide, la tête baissée et les mains jointes, pour cacher sa détresse et sa colère refoulée. L'adulte resta silencieux et immobile, ne voulant pas laisser l'adolescent tout seul.

Après plusieurs minutes sans un bruit, Thomas reprit soudainement la parole.

- Quand je n'arrive pas à dormir, j'écoute de la musique pour me détendre jusqu'à ce que je me sente fatigué. Cela peut durer une heure comme toute une nuit.

- Ça arrive souvent ?

- Oui. J'ai essayé l'année dernière de suivre un couvre-feu pour avoir un temps de sommeil à peu près normal, mais j'ai vite arrêté.

- Pourquoi ? Pietro posa une main sur l'épaule de Thomas, le regard soucieux.

- Le garçon marqua une pause. C'est la première fois qu'il mettait des mots sur ce problème qui le suivait depuis cinq ans. Dormir dans un espace clos et silencieux m'angoisse.

Le coureur fut au départ surpris par cette révélation, mais il comprit rapidement ce que voulait dire le jeune agent. Il avait lui aussi connu cette horrible sensation d'être enfermé entre quatre murs, sans possibilité de s'enfuir. Rien ne lui était plus insupportable que de se sentir éloigné des personnes qui lui sont chères. Il a mis presque trois mois à se sentir à l'aise à la Tour des Avengers après que lui et sa sœur ait accepté de faire partie de l'équipe. Pietro savait donc très bien ce que ressentait Thomas.

Quicksilver se rapprocha plus près de l'homme-araignée et entoura ses bras autour du plus jeune, sa main droite caressant ses cheveux en bataille. Thomas, pris au dépourvu, resta immobile et regarda son aîné avec curiosité.

- Pietro ?

- Ma sœur avait aussi des crises d'insomnies après la mort de nos parents. Alors je la rassurais en la prenant dans mes bras et en lui caressant la tête jusqu'à ce qu'elle s'endorme. La voix de Pietro était douce.

- Thomas ne sut quoi répondre, alors il préféra rester silencieux.

Le garçon reposa sa tête sur l'épaule de Pietro, laissant le plus grand continuer de parcourir ses cheveux. Ce petit geste fit sourire Quicksilver. Ils profitèrent ainsi du silence apaisant de l'immense salon, illuminé par les lumières artificielles de l'extérieur.

- … Dit.

- Hm ?

- Ça ne me regarde probablement pas, mais… Comment vous êtes devenus des Avengers, toi et Wanda ?

Pietro ne s'attendait pas vraiment à cette question. Mais en voyant le regard sincèrement intrigué de l'adolescent dans ses bras, ses yeux plus clairs que d'habitude, toute hésitation disparut de son esprit.

- Ça remonte à 2015. La guerre civile rongeait la Sokovie dû à la colère grandissante des citoyens contre Stark Industries. Moi et ma sœur avions perdu nos parents à cause d'une bombe de cette entreprise qui a détruit notre maison quand on était jeune. On a donc très vite éprouvé une profonde aversion pour Tony Stark après cet évènement. C'est alors qu'un jour, après une violente manifestation, un homme apparut devant nous en prétendant pouvoir nous octroyer des capacités extraordinaires pour lutter contre nos ennemis : le baron Von Strucker. Pendant des semaines, il a expérimenté sur nous avec l'aide d'un sceptre extraterrestre qui éveilla en nous des pouvoirs latents : pour moi la super vitesse, pour Wanda des capacités télékinésiques.

Le coureur marqua une pause.

- Je passais mon temps à courir d'un bout à l'autre de ma petite cellule pour contrôler mes nouveaux pouvoirs, et j'entendais Wanda écraser des objets avec les siens de l'autre côté du mur. Et puis un jour, sans que je ne comprenne pourquoi, mon corps se vida de toute force et je m'évanouis sur le sol. C'est à ce moment-là que les Avengers ont pris d'assaut la base où nous étions retenus prisonnier et nous ont trouvés, nous amenant alors à la Tour. Autant te dire que le réveil fut plutôt brutal pour moi et ma sœur… Comment on est passé de notre Sokovie natale au pays que nous détestions tant en l'espace d'une journée ?

- J'imagine.

- On a d'abord essayé de s'enfuir, mais la salle de soins où nous étions était indestructible aux capacités surhumaines. Comme ils ont très vite compris qu'on était hostile envers eux, les Avengers nous ont parlé à travers un hologramme. L'interrogatoire dura plusieurs jours, jusqu'à ce qu'ils nous apprennent qu'ils avaient trouvé sur mes vêtements une clé USB contenant des informations sur la Sokovie. C'est à cet instant que moi et Wanda avions découvert l'existence d'HYDRA, et que cette organisation criminelle était responsable du chaos qui régnait sur notre terre natale. C'est eux qui ont incités implicitement à de dangereux criminels de voler des armes puissantes de Stark Industries et de les faire exploser de part et d'autres de la Sokovie pour semer la peur et la haine dans le cœur des habitants, en rejetant la faute sur l'Amérique et les Avengers.

Silence.

- Ironique, pas vrai ? Pendant des années, moi et ma sœur avons détesté aveuglément un homme qui n'était pas directement responsable de la mort de notre famille et on s'est fait manipulé par des connards qui ont profité de nos faiblesses.

-

- Voyant tous nos acquis s'effondrer devant nos yeux, notre colère n'était désormais plus dirigée vers Tony et les Avengers… Mais vers HYDRA. Nous avons alors décidé de nous rallier à leur cause pour mettre un terme aux agissements de ces ordures. Grâce à leur aide, on a pu arrêter le mal qui rongeait la Sokovie et sauver des milliers de gens. Après cela, Steve nous a proposé de rester à leurs côtés pour les aider à veiller sur le monde. Nous étions au départ hésitant à cause de nos pouvoirs, mais après avoir vu tous ces gens nous remercier de leur avoir redonné espoir, nous avons finalement accepté d'être des Avengers.

- Et après ?

Quicksilver sourit à Thomas.

- On a mis un certain temps avant de nous ouvrir complètement à eux, mais on a réussi à s'intégrer à l'équipe et à apprécier ce nouveau pays qui nous était auparavant étranger. C'était la première fois depuis la mort de nos parents que je voyais Wanda sourire… Et ça m'a rendu très heureux.

L'homme-araignée, touché par l'histoire de Pietro, entoura inconsciemment un de ses bras autour de la taille de son aîné. Son regard était dissimulé par sa frange, mais il était intérieurement soulagé de voir que les jumeaux Maximoff aient pu trouver la lumière après autant de malheur. Il ne regretta pas un seul instant d'avoir risqué sa couverture d'agent-double pour les sauver de l'emprise d'HYDRA.

Pietro remarqua l'étreinte du gamin, et resserra la sienne par réflexe.

Ce garçon n'est pas aussi distant qu'il le laisse paraître. Pensa-t-il.

Il leva la tête, puis il eut l'étrange impression d'avoir aperçu une silhouette les observer avant de disparaître. Le coureur regarda autour de lui pour voir s'il y avait quelqu'un, mais il ne vit rien.

J'ai probablement rêvé.

Pietro s'aperçut alors que Thomas s'était endormi contre lui, soupirant à un rythme régulier et sa main attachée à sa chemise. Attendri par le visage si adorable de l'adolescent, le mutant prit le plus jeune dans ses bras en faisant attention à ne pas le réveiller, puis il le ramena dans sa chambre et le remit dans son lit. La fatigue se fit sentir, mais il ne voulait pas laisser son petit protégé tout seul en sachant qu'il pourrait refaire une crise d'insomnie. Après quelques secondes de réflexion, Pietro s'allongea finalement à côté de lui. Il passa doucement une main dans ses cheveux bouclés, avant de fermer les yeux en souriant.

- Dors bien, Thomas.