NdA: Coucou! Désolée pour ce léger retard! Bonne lecture!
Je soupire profondément. J'aurais bien aimé avoir un moment tranquille pour ouvrir les yeux, caresser mon chat, émerger tranquillement sous les couvertures et peut-être même que j'aurais aimé un baiser. Non. Surement en fait. Assurément. Je suis trop dépendant pour laisser tomber.
À la place de ça, j'ai eu deux abrutis qui sont venus me crier dans les oreilles après la nuit beaucoup trop courte que j'ai passée et qui m'ont arraché à la chaleur de mon lit. Pour achever le tout, les filles ne nous ont même pas attendus donc je peux oublier un potentiel câlin ou un simple baiser qui m'aurait pourtant mis de bonne humeur malgré ma nuit de merde.
Déçu, je traine des pieds pour quitter la salle commune et m'octroie même une pause clope avant d'aller dans la grande salle. Daph' lève les yeux dans ma direction lorsqu'elle me voit arriver et me salue joyeusement alors que Luna me laisse de la place à côté d'elle. Je m'assieds sans dire un mot et l'observe glisser une tasse de chocolat chaud dans ma direction.
Je l'accepte d'un signe de tête avant d'avaler une première gorgée. Putain, le chocolat y'a que ça de vrai… La chaleur se diffuse d'abord dans mes doigts avant de me réchauffer tout entier et je soupire d'aise.
– Evan, tu vas bien?
Je suis sur le point de prendre un toast lorsque Daph' m'interpelle. Je la regarde dans les yeux. J'imagine qu'elle veut parler des évènements d'hier… J'acquiesce doucement avant de prendre une bouchée sans la quitter des yeux. J'ai conscience que Luna me regarde mais j'ai du mal à agir normalement maintenant qu'elle sait. Même si c'est moi qui l'ai voulu, je me sens mal à l'aise vis-à-vis de ça…
– T'es sûr vieux? T'as vraiment une sale tronche!
Blaise, évidemment. Le sens du tact incarné. Je lui adresse un doigt d'honneur en pleine face avant de manger un second toast.
– C'est vrai que tu as une petite mine…
Daph' puis Milli me dévisagent. Luna, elle, plonge son regard dans le mien. Je baisse les yeux. C'est comme si elle sondait l'intérieur de mon âme. Je me sens démuni et ça me met mal à l'aise. Elle prend ma main mais je recule légèrement avant de regarder ailleurs. Ça va. Les yeux baissés, je caresse distraitement une cicatrice sur mon avant bras avant de mâcher distraitement le reste de mon toast.
Évidemment que j'ai une petite mine. J'ai passé une grosse partie de la nuit à faire des cauchemars et à me retourner dans mon lit en attendant que le jour vienne jusqu'à ce que Sev' n'arrive avec une potion que j'ai prise à quatre heure du matin pour subir un réveil forcé beaucoup trop tôt par rapport à la prise. La potion agit encore et je lutte difficilement contre. Merde, j'ai à peine dormi trois heures et pourtant elle est censée t'en faire dormir huit! Autant dire que lutter contre ses effets, c'est lourd.
En plus, on a une journée de cours complète et je vais avoir du mal à tenir. On commence par Défense. Même si je suis avec Luna, je sais que ça va être galère pour rester concentré avec un corps aussi lourd. Même une clope ne m'a pas réveillé plus que ça, merde…
Je retiens un baillement alors que les filles terminent de prendre leur petit déjeuner. Je serais bien tenté de retourner me coucher mais j'ai pas envie qu'on me pose des questions et qu'on m'emmerde sur mon état alors je lutte.
Au loin, je croise le regard de Sev' qui fronce les sourcils. Il connait sa potion. Il sait parfaitement l'état dans lequel je me trouve et pourtant, il me laisse gérer. J'imagine qu'il va me laisser reprendre mes marques après les événements de la veille.
– Allez, on y va?
Je retiens un grognement alors que les filles se lèvent. Draco et Blaise suivent le mouvement, rapidement suivis par Théo.
– Tu viens Evan?
Comme d'hab', je suis à la traine et je me lève à mon tour en retenant un autre baillement. Oh putain, je vais réellement devoir tenir une journée entière? À regrets, je suis les autres dans les séries de couloir en pestant contre ma fatigue qui m'empêche de tenir bon face aux courants d'air.
J'enfile rapidement la capuche de mon sweat noir pour couvrir ma nuque lorsqu'on arrive enfin devant le local toujours fermé. Évidemment, on est en avance. On pouvait pas attendre dans la grande salle? Au moins il faisait plus chaud là bas! Crevé, je finis par m'appuyer contre le mur en luttant contre l'envie de m'asseoir à même le sol.
Heureusement, le prof ne met pas longtemps à arriver et nous ouvre le local où je me précipite pour espérer y gagner un peu de chaleur. Je prie pour qu'on ne fasse rien de bien compliqué, genre, des révisions lorsque Lupin propose qu'on s'essaie à des sorts un peu plus offensifs. Génial.
Comme à son habitude, Luna se met avec moi et le prof nous laisse faire même si je ne suis pas du tout attentif. Ainsi, lorsqu'elle réussit un sort non informulé que je n'ai même pas capté, je finis au sol sans même avoir essayé de me protéger. Merde, ça fait mal.
– Evan, tu vas bien? Pardon, j'y ai été trop fort…
Lupin me jette un coup d'œil et je balance son inquiétude d'un geste de la main. Ça va, c'est bon, j'ai déjà connu pire en sautant des toits des bâtiments. On douille, certes, mais on se relève et je me remets toujours debout, même si c'est dur.
On reprend le cours mais je suis tellement fatigué que je n'arrive à rien et qu'en plus, Luna parvient à me désarmer plusieurs fois. Moi qui connaissais ses habitudes en cours, j'ai l'impression de lui faire face pour la première fois et de découvrir ses tocs pourtant évidents et déjà appris par coeur.
Heureusement, après deux heures, Lupin nous accorde une pause et nous attaquons la théorie sur les sorts offensifs en informulés de manière plus poussée. Génial. Je me penche sur mon banc, les bras croisés, la tête posée dessus. S'engage alors une lutte sans fin entre mon irrépressible envie de piquer un roupillon et la voix du professeur beaucoup trop énergique et enthousiaste pour me laisser dormir.
Le cours s'achève finalement sans que j'aie retenu quoi que ce soit. Quatre fichues heures sont passées. Les effets de la potion commencent à se dissiper mais je suis toujours aussi crevé. Il me reste pourtant un cours de botanique que je déteste et un cours de métamorphose pour terminer la journée. Ô joie… Je peux me faire porter pâle? S'il vous plait? Je suis vraiment obligé d'assister à ces cours de merde? Pfff…
Quelques heures à peine sont passées et pourtant, j'ai l'impression d'être en fin de journée. Je somnole à table et c'est à peine si je bouffe. Luna me prépare pourtant une assiette lorsqu'elle ne me voit pas le faire mais je profite plutôt de ce temps de pause pour fermer les yeux. Je m'endormirais presque mais je sais que je ne dois pas baisser ma garde, surtout pas ici, avec autant de gens autour de moi que je ne connais pas même si une bonne partie est dans ma maison, chez les Serpentard.
Le peu de fois où j'ai accordé ma confiance, ça s'est toujours mal passé. Dispute, colère, retournement de veste, trahison. J'en ai connu beaucoup des gens qui disaient être là pour m'aider et qui m'ont malgré tout laissé tomber. J'ai eu du mal à m'en remettre mais grâce à ça, j'ai appris à ne jamais avoir totalement confiance en quelqu'un d'autre que moi-même.
Au dortoir, c'est plus ou moins safe. Je peux m'endormir sans crainte même si un rien me réveille sauf lorsque je suis trop abruti par une potion. C'est la raison pour laquelle je ne les prends qu'en dernier recours, lorsque mes pas ne tiennent plus la route.
– Evan, t'abuses… Il est à peine midi et tu te rendors déjà?
La remarque de Draco me fait ouvrir les yeux. Non, je ne dors pas. Je secoue la tête pour me réveiller un peu et m'attaque un peu au contenu de mon assiette. Je suis tellement dans mes pensées que je n'entends rien des conversations autour de moi et je comprends qu'il est l'heure lorsque tout le monde se lève.
Luna marche à côté de moi et m'agrippe la main. Je la regarde mais elle ne semble pas décidée à me lâcher.
– C'est à cause de moi? Ton état je veux dire?
Je nie de la tête. Non. Ce n'est clairement pas de sa faute. Beaucoup de souvenirs remontent à la surface parce que j'ai choisi de lui montrer un fragment de mon passé. Mais je ne veux pas regretter ce choix parce que ça lui a permis de mieux me comprendre et de réaliser que j'ai pas eu une vie simple. Bref, qu'entre nous deux ça va être la galère.
– Tu t'es réconcilié avec le professeur Snape?
Ah, ouais… Il y a ça aussi. On a discuté et je suppose que c'est ok maintenant mais ça aussi, ça m'a rappelé que j'avais finalement quelqu'un quelque part qui m'attendait et que je n'étais pas un gamin dégueulasse dont personne n'avait voulu et dont personne ne voudrait un jour. Toutes ces choses ont fait remonter pas mal d'autres choses qui font que ma vie est aussi compliquée aujourd'hui.
Lorsque je vois Luna, j'ai juste envie de la plaquer contre un mur et de laisser mon ancien moi reprendre les commandes mais je ne peux pas me le permettre. Il en est hors de questions. La forcer ainsi, ce serait la perdre et s'il y a bien une étoile qui me permet de tenir bon, c'est celle là alors je range mes pulsions sexuelles au placard et tente de mon mieux de me montrer… disons, normal même si ce n'est pas toujours facile avec elle et ses propres manies étranges.
Luna resserre son étreinte sur mes doigts et je reviens à la réalité. Je m'égare trop, ça ne va pas. Je finis par acquiescer pour répondre à sa précédente question mais elle ne semble pas soulagée pour autant. Est-ce qu'elle cherche ce qui m'a mis dans cet état?
– Est…est-ce que c'est parce que je n'ai pas… enfin, tu vois quoi… je suis partie après tout…
Je retiens un soupir. Non. Enfin, si elle était restée, je n'aurais peut-être pas fait de cauchemars, mais tenir avec elle dans mon lit, ça aurait été me demander l'impossible et j'aurais fini dans le même état que ce matin.
Avant, lorsque je passais plusieurs nuits à coucher dehors après une fugue de l'orphelinat, je dormais toujours bien dans les bras des filles que j'avais baisées avec l'énergie du désespoir. Ici, ça va faire six mois que j'ai quitté l'orphelinat et le monde moldu et, par extension, six mois que j'ai quitté mes quartiers et mes copines d'un soir. La moitié de l'année sans baiser et pas un seul jour sans cauchemar, qu'il m'arrache des crises d'angoisse ou non. Je ressasse et je ressasse encore, plusieurs années après.
Phil' avait voulu m'envoyer chez un psy à l'époque et j'avais refusé tout bonnement. J'y avais été de force mais il n'avait jamais réussi à m'arracher un mot et avait proposé un internement. Heureusement que Greg' m'avait défendu sinon je serais encore surement là-bas, je n'aurais pas connu mon père et encore moins tout le monde.
– Evan!
Je sursaute. Merde, je me suis encore perdu dans mes pensées. Je me tourne vers Draco qui semble soupirer. Oups. Qu'est-ce que j'ai manqué? Je me tourne vers Luna qui resserre encore ses doigts sur les miens ce qui me rappelle que je n'ai pas répondu à sa question. Pas encore.
– Je vais devoir y aller… J'ai cours…
Je la regarde un peu avant de réaliser que nos mains sont toujours liées et je la relâche doucement pour la laisser partir. Je la regarde vaguement se diriger vers les cachots et mon père arriver la minute suivante. Il marche rapidement et sa cape vole autour de lui. Je comprends mieux d'où lui vient le surnom de chauve-souris des cachots… Il m'adresse un regard auquel je réponds vaguement avant de s'éclipser.
–Allez, viens on va être à la bourre!
D'un pas trainant, je gagne les serres où il fait putain de chaud. La botanique. Je déteste ça. Je n'ai jamais aimé m'occuper des plantes, même à l'orphelinat. J'ai déjà essayé mais aucune plante ne résistait entre mes doigts et je finissais par croire que j'attirais la mort. C'est stupide mais pour le gamin que j'étais à l'époque, ça avait du sens et c'était la seule occupation que j'avais que je pouvais faire seul tout en me remettant de mes fractures.
Le professeur arrive finalement avec un peu de retard et, après quelques instructions, on se met chacun devant une plante pour l'entretenir, un peu comme la semaine dernière. Ouais sauf que c'est fou comme une même action peut devenir plus hardcore lorsqu'on est dans le coltard et qu'on a une main en moins.
Je me débats comme je peux mais la frustration de ne pas y arriver gagne du terrain et je dois impérativement me calmer avant d'exploser. Bordel, pourquoi j'ai pas fumé déjà? Ah oui, j'oubliais, parce que t'as pas réfléchi et que t'as eu la tête bien profondément enfoncée dans ton cul pour y penser!
– Evan, attends, je vais t'aider…
Théo vient à ma rescousse en m'aidant avec ce maudit pot et je termine tant bien que mal le travail. Ça ressemble à rien comme d'hab', et je devine sans peine que je ne m'intéresserai jamais à ce domaine. Pourtant, Sev' dit qu'il faut s'y connaitre pour faire des potions et je veux bien le croire mais m'occuper de toutes ces saloperies, c'est trop m'en demander.
M'exciter sur cette fichue plante m'a donné encore plus chaud que je n'ai déjà mais je ne peux pas faire comme les autres et enlever mon pull comme eux ont déjà ôté leur robe. Mes cicatrices seraient en partie visibles et je n'ai aucune envie qu'on me harcèle avec des questions stupides. Le cours passe en plus très lentement et je suis en nage et à la bourre à la fin du cours. Génial. Je sors mon paquet de clopes, bien décidé à m'en griller une mais Draco m'interrompt.
– Je suis désolé, Evan, mais on a pas le temps pour ça…
Je hausse les épaules. Rien à foutre. Je veux ma clope et je suis bien décidé à me la fumer. J'en prends rapidement une et me balade, clope au bec, jusqu'à ce que j'arrive à l'allumer. Enfin je respire. La nicotine enlève les résidus de mauvais rêves et je me sens un peu mieux et plus éveillé. Il est à peine seize heure et le pire arrive: deux heures de Métamorphose avec la vieille chouette. Je sais qu'elle ne m'aime pas, elle et Sev' se disputent souvent à propos des Gryffondor et des Serpentard mais il semblerait qu'elle m'ait pris en grippe de la même façon que mon père a pris en grippe son précieux survivant.
Je fume tranquillement ma clope devant les regards interloqués des autres étudiants. Théo a beau me dire qu'on ne peut pas pratiquer ce genre d'activités ici, j'en ai rien à foutre. Sans ma dose, je ne suis pas capable de suivre le cours alors c'est ça ou me barrer directement.
En plus Luna est encore une fois absente. Elle a dit que ça irait, que je n'avais pas à me faire de soucis pour elle, je m'en souviens. Elle l'a murmuré peu de temps avant que je ne m'endorme contre elle après ma dispute avec Sev'. Je reste malgré tout méfiant et je ne supporte pas de ne pas avoir de ses nouvelles. Putain, y'a pas moyen de lui offrir un portable? Je pourrais demander à Sev' de le faire fonctionner comme le mien fonctionne…
Lorsque nous arrivons devant le local, les Gryffondor sont déjà là alors évidemment, les Serpentard sont sur la défensive. Je n'aime pas ce genre d'attitude, ça me les brise mais je suis trop crevé pour riposter. J'espère juste que ce connard de Weasley a compris que j'étais bien le fils de mon père et que je n'étais pas si "cracmol" que ça sinon je lui ferai un dessin. En grand format histoire qu'il se l'imprime sur les rétines et sur tout le corps en passant.
La vieille chouette apparait alors dans les couloirs et nous lance un regard de désapprobation. Je m'en fous, je l'emmerde et si elle m'invite une nouvelle fois à prendre la porte si son cours me fait chier, je suivrai avec plaisir son invitation à foutre le camp et j'irai pioncer dans le couloir.
Je termine ma clope tranquillement avant de bouger et d'entrer à mon tour dans le local où McGo' nous balance sa théorie assommante. C'est à peine si j'arrive à capter ce qu'elle dit et mes essais silencieux ou à demi bafouillés ne convainquent personne de ma performance. Je m'en balance, ce cours ne m'intéresse de toute façon pas.
Tout ce que je veux c'est apprendre à me servir de ma magie pour la contrôler. Transformer des bibelots en d'autres bibelots n'a qu'un intérêt très limité pour moi. Malheureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde.
Aujourd'hui, on doit faire une métamorphose animale, sur un être vivant. Trop chiant, surtout quand on a pas les bases et que la prof n'a aucune volonté de m'apprendre alors je n'essaie même pas de m'y mettre convenablement. Qu'elle m'enlève des points, j'en ai rien à foutre, je sais que Sev' répliquera aussitôt et au moins, ce sera un nouveau point de dispute à alimenter, ça leur changera de leur querelle de maisons stupide.
Lorsque je vois que je n'arrive à rien, je laisse volontiers tomber pour m'attaquer au devoir dont l'intitulé est déjà au tableau. Si je pionce, elle va me gueuler dessus et j'ai eu assez de réveils brutaux jusqu'à la fin de mes jours alors je me contente de lire docilement le bouquin, même si je pique du nez dans mon manuel. Heureusement que Daph' me donne discrètement des coups de coude pour me réveiller ou j'aurais définitivement fini par m'endormir en cours.
Enfin, la journée de cours se termine. Je ne pensais pas pouvoir y résister et finalement, même si je n'ai probablement rien retenu, je n'ai pas eu de remarques et Draco a proposé de me passer ses notes.
Lorsque nous retournons dans la grande salle, je suis surpris de voir Luna toujours en compagnie de Severus. Ils discutent tous les deux sans même se rendre compte que nous sommes là jusqu'à ce que mon père ne relève la tête pour me saluer et attirer l'attention de ma blonde sur moi.
– Evan
Luna se tourne vers moi et m'adresse un sourire auquel je réponds par un autre sourire mais plus fatigué.
–Tu…parl…Sev'?
Crevé comme je suis, je bafouille et je n'ai aucune patience pour recommencer et formuler ma phrase correctement mais Luna semble me comprendre car elle me répond aussitôt.
– Oh, oui, nous discutions d'hier… et il m'a félicitée pour mon essai en potions! Nous avons discuté et…et…et me voilà !
Son sourire se fane un peu alors qu'elle réalise avoir discuté de moi en mon absence mais je prends son visage entre mes mains pour la rassurer avant de l'embrasser du bout des lèvres devant les autres. Blaise siffle mais je m'en fous, je veux juste qu'elle comprenne que je ne lui en veux pas, ni pour cette discussion, ni pour son départ de la veille.
– Res…Respire…
Elle souffle avant de reprendre de l'air. C'est vrai qu'elle parle à toute vitesse et j'ai du mal à suivre mais elle semble heureuse et me parle de ce fameux essai sur les potions jusqu'à ce que nous passions à table. Bordel, je suis crevé, comment elle peut garder autant d'énergie alors que je suis complètement à plat?
Luna fait la conversation pour nous deux mais je vois bien que quelque chose n'est pas normal. Il me semblait qu'elle était comme d'habitude mais parler autant sans laisser de silences entre nous ne lui ressemble pas.
Si elle n'avait pas été avec Sev', j'aurais pu croire qu'elle avait été agressée une nouvelle fois mais j'ai beau réfléchir, je ne vois pas ce qui cloche et je la laisse monologuer et, parfois, discuter avec les autres.
– Bon, ça vous dit une partie de cartes dans la salle commune? On a encore le temps avant de manger…
C'est vrai qu'il n'est que 17h30, on a encore un peu de temps étant donné que certains cours se terminent seulement dans deux heures et que le repas n'est servi qu'à 20h30. Pour une fois, la proposition vient de Draco et je pense qu'après autant d'heures à se faire chier, il a besoin de se délasser un peu.
Nous marchons donc rapidement vers notre salle commune, Luna sur les talons. C'est vrai que depuis son agression, même si c'est inhabituel, le nabot a accepté, avec l'autorisation du père de Luna, que son élève crèche parmi les Serpentard et ce n'est pas plus mal. Au moins ici, je sais qu'elle est à l'abri et qu'elle n'est pas toute seule.
Rapidement, les garçons enlèvent leur robe alors que je m'affale dans le canapé, les yeux explosés de sommeil. Luna s'assied à côté de moi et je peine à garder les yeux ouverts alors que Blaise distribue les cartes. Nous commençons finalement la partie après une dispute à propos de tricherie et c'est Luna qui l'emporte cette fois. Trop rapidement car Blaise, assez pris dans le jeu, réclame une revanche. On jette un œil à l'horloge. On a encore largement le temps et Draco relance une partie.
Les cartes en main, je sens mes paupières se fermer sans que j'y puisse quoi que ce soit. Je suis complètement affalé dans le canapé, la tête en arrière et je suis irrémédiablement attiré par la sieste qui m'attend. Mes cartes m'échappent et glissent sur le sol et j'ai vaguement conscience qu'on m'appelle avant de m'endormir, pour de bon cette fois. Merde, j'aurais pu gagner…
Je sais pas combien de temps j'ai fermé les yeux mais lorsque je me réveille, je sens quelque chose d'extrêmement mou sous ma tête et une main dans mes cheveux. J'ouvre les yeux et réalise que les garçons et les filles sont partis. Il ne reste plus que moi et…
– Tu es réveillé?
Je grogne un peu avant d'émerger et de me redresser. Je suis tellement dans le coltard que je ne réalise pas tout de suite que la chose molle sous ma tête était en fait les cuisses de Luna et que je me suis endormi en pleine partie de cartes.
Putain, je suis mort. J'ai dormi combien de temps? Un œil à l'horloge m'indique qu'il est presque l'heure d'aller bouffer. Deux heures. J'ai dormi deux putain d'heures sur ses cuisses.
Avec un sourire d'excuse, je la regarde dans les yeux alors que les miens glissent irrémédiablement vers ses lèvres. Je glisse une main sur sa joue et l'embrasse d'abord timidement puis avec plus de fougue, ce qui achève de me réveiller.
Son sourire s'étend sous mes lèvres et je ne résiste pas au plaisir de l'embrasser à nouveau. Ma main quitte sa joue pour rejoindre son homologue autour de la taille de ma blonde et je l'attire contre moi. Je réalise alors que je me suis assis et que, dans le feu de l'action, c'est elle qui a terminé sur mes cuisses. Ma queue est déjà bien éveillée, je dirais même qu'elle est plus éveillée que moi puisque Luna m'adresse un sourire navré en rougissant. C'est officiel, elle n'a jamais senti de queue avant ça!
– Désolée…
Merde, elle l'a sentie. Pas grave. Je lève les yeux au ciel avant de reprendre là où nous nous étions interrompus et je me laisse aller contre le dossier du canapé où Luna achève de m'embrasser lorsqu'une voix détestable nous interrompt, une fois de plus.
– Oh putain, mec, t'abuses! Y'a des chambres pour ça!
Blaise. Putain. Je vais le tuer. Face à moi, Luna rougit jusqu'aux joues alors qu'elle réalise dans quelle position nous sommes mais je ne la laisse pas filer malgré tout. J'adresse fièrement mon majeur à ce putain de mec avant de lui balancer mon plus gros regard noir. T'as vraiment interrompu quelque chose là.
–Oh merde, j'suis mort…
–Allez les gars, il va être l'heure, on va manger!
Après un ultime grognement, je laisse Luna se relever et je la retiens alors que les autres quittent la pièce. Je l'embrasse une dernière fois en la serrant contre moi et suis surpris de la sentir me répondre à nouveau, loin de l'intimidation de notre premier baiser.
Je lis dans son regard que nous avons franchi une étape tous les deux et cela me plait. Sans me quitter des yeux, elle glisse sa main dans la mienne et m'entraine hors du dortoir.
–Tu viens?
Je te suis. Je te suivrai n'importe où Luna…
