Bonjour, bonsoir :)
En ce dimanche, je suis heureuse de vous présenter le chapitre 24! On amorce la fin du récit pour de vrai, encore 6 chapitres; à peu près une soixantaine de pages donc, avant de dire adieu à nos personnages.
J'en profite pour signaler rapidement que j'ai ôté la mention "romance", remplacée par la catégorie "drama", pour cette histoire. J'essaie de ne plus induire les lecteurs en erreur; je crois sincèrement qu'à l'origine, je voulais en faire un DM/HG classique, mais c'était la fougue de la jeunesse: la première version de cette histoire date de 2010, j'étais toute jeune, et maintenant que je vois la fin se profiler et que je sais ce dont il retournera, je sens bien que ce qui fait tenir globalement le récit ce n'est pas une histoire d'amour, mais deux aventures de vie.
oOo
Trêve de blabla, tout de même; et ce chapitre est dédicacé à *** Swangranger ***; merci beaucoup de ne pas m'abandonner malgré mon irrégularité légendaire!
oOo
Chapitre 24
Argumentum Ad Metum
oOo
Mercredi 27 février
Trois-moutons-sur-une-pelouse-Galloise
La décadence avait certainement commencé pour Severus Rogue.
En tout cas, c'est ce qu'il ne pouvait s'empêcher de penser, tandis qu'Andromeda Black – non, Tonks (il fallait qu'il s'habitue à l'idée) – lui versait une nouvelle tasse de café dans une tasse de porcelaine immaculée, qui était un tel mélange de simplicité et de bon goût qu'il n'aurait su dire si elle n'avait coûtée que trois sous, ou un lingot d'or.
Comme si elle avait deviné sa pensée, Dora lui jeta du coin des paupières une œillade mi-acide mi-amusée, et il se garda bien de faire un quelconque commentaire, préférant se concentrer sur son breuvage et ses papiers.
Tout de même : fin analyste et curieux de nature, il ne pouvait s'empêcher d'observer çà et là les deux sœurs interagir, après trente ans d'une séparation bien nette. Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il trouvait…amusant la rupture totale, et pourtant la paradoxale parenté criante entre les deux femmes dans leurs interactions.
C'est vrai : Dora ne faisait pas la moue de la gamine cadette gâtée que n'eût pas renié la comtesse de Ségur, et qui faisait fondre n'importe qui. Mais la force ironique et douce de son sourire ne manquait jamais de rejeter Cissy derrière le retranchement de ses charmes, un peu boudeuse de s'être fait prendre sans avoir réussit son méfait.
Cissy avait des manières exquises et sophistiquées. Celle de Dora étaient simples, voire pures : et de cette netteté jaillissait l'élégance.
Enfin, une dernière chose dénotait dans les relations que les deux femmes entretenaient l'une à l'autre. Si elle le cachait habilement derrière son masque de femme parfaite, il était évident que le plan que Severus esquissait au moment même, terrifiait Lady Malfoy jusqu'à la tétanie. Andromeda, elle, avait placidement pris son parti de l'aider à déclencher une tempête qu'elle avait eu à dix-sept ans, le courage de prendre de plein fouet.
Voir Narcissa se reposer sur une grande sœur, comme elle l'avait certainement fait jadis quand enfant, elle avait besoin d'une épaule réconfortante auprès de laquelle épancher une gronderie de Cygnus, avait quelque chose de…
Non, il n'allait pas dire touchant, voyons : qui est-il ? Un homme à s'émouvoir avec le même manque de dignité qu'un vulgaire Poufsouffle ? Sa trempe ne lui permettait pas de se laisser aller à une telle faiblesse.
Décidément, les fantômes du souvenir le laissaient bien distrait. Pendant quelques minutes, il en avait été déconcentré de la tâche administrative à laquelle il s'attelait depuis presque deux heures, et qui commençait à ressembler à une ébauche convaincante de ce à quoi il aspirait qu'elle fut.
(N'insistez pas, vous n'obtiendrez pas plus de clarté à ce stade sur le contenu du complot)
De faiblesse en faiblesse…Oh, ce loukoum de couleur chair tendre qu'Andromeda avait délicatement posé sur une soucoupe en face de son café… Il ne pouvait qu'en arriver à la conclusion que sa chute était en effet, fort bien entamée.
Pour un malheureux bout de sucre raffiné…Tout honteux de ce plaisir coupable, il enfouit dans sa bouche d'un geste leste l'objet de son capital pêché, et aurait presque sentit l'arôme de la rose lui monter aux joues en réaction à la fossette malicieuse qui venait de se tordre sur la joue de son hôtesse.
Décadent !
oOo
Vendredi 5 mars
Deux Britishs au milieu d'une Pomme
De saut en saut, revenons désormais dans le temps présent, afin de laisser la narration dérouler son fil désormais de manière chronologique, (je l'espère) jusqu'à la fin. Souvenez-vous, nous avions laissé deux individus se regardant en chien de faïence, depuis maintenant quelques minutes, qui se sont douloureusement étirées pour l'un comme pour l'autre, dans un silence embarrassant, ponctué du bruit des allers-retours du parking très fréquentés où le capitaine Blaise avait abandonné son équipage, afin de ne pas supporter la vision du naufrage qui s'annonçait.
Je préfère le dire franchement : la conversation n'ira pas bien elle ne peut pas bien se dérouler eut égard la force, l'intensité des sentiments et des non-dits qui se fracassent dans l'air ambiant. C'est fou, tout ce qu'on peut exprimer avec un simple regard…
Pour ce qui est de Draco, il faut avouer qu'il avait rarement vu des yeux briller autant que ceux qui le fixaient en cet instant. Il avait vécu des situations dangereuses – pendant la guerre, des affrontements au cours desquels on ne peut décemment pas éviter l'œil de son ennemi, car cette faiblesse entraîne immanquablement la mort... Et les rétines qui s'étaient collées aux siennes avaient eues dans de tels moments, leur lot d'étincelles, de foudre, ou de lave en fusion.
Mais jamais il n'avait été confronté au regard déterminé d'Hermione.
Et il faut le lui reconnaître : Hermione a une aura particulière, et une façon de vous fixer qui en a tenu plus d'un en stupeur. Entre Antigone et Electre, des yeux qui refusent de vous soustraire à la facilité, vous condamnent pour ainsi dire, à regarder au-dedans de vous-même.
Et en même temps…
Le regard d'un être qui se soucie profondément de vous et de votre devenir, observe vos actions et errances avec l'inquiétude de ce que la connaissance de votre vie intérieure a pu lui révéler.
Un regard dangereux : mais tout en cette femme, ne l'avait-il pas sans cesse ramené au danger, au fil du rasoir sur lequel il se tenait constamment ? N'était-ce pas ce qu'il fuyait le plus, en se cachant derrière une pancarte sur laquelle il était écrit en caractères gras : « C'EST IMPOSSIBLE», ou : « TU N'Y ARRIVERAS JAMAIS », ou « C'EST UN ROMANTISME ECOEURANT ABSOLUMENT ELOIGNE DU PRAGMATIQUE REALISTE ANGLO-SAXON QUE JE SUIS» ? En bref, une nouvelle façon de refouler ses sentiments, de s'enfuir.
Le félin en présence toutefois, n'a aucune intention de laisser s'échapper sa proie. La brune demeura une poignée de secondes absorbée par la vision du siège conducteur, vide depuis la sortie théâtrale de Blaise. Elle eût aimé qu'il revînt, même pour quelques secondes, passer sa tête à travers la vitre, faire une grimace et repartir : elle aurait au moins cette pitrerie dont il est certain qu'elle ferait sourire Draco, sur laquelle rebondir. Mais chassé par le cri du coq, Zabini était parti, tel un fantôme du Danemark, et ne semblait pas destiné à revenir avant que son heure ne sonne de clôturer l'acte, pour de bon.
Soupir.
-Je n'aime pas beaucoup me retrouver seule avec toi…
-Merci du compliment, attaqua immédiatement le blond, sentant que s'il voulait remporter cette joute rapidement, il lui faudrait être agressif d'emblée. Une peine plutôt visible, et partagée, je dois l'avouer : qui sait, peut-être vas-tu enfin admettre que c'est un bien, la fin de notre « collaboration » ? Tu n'as plus à te forcer à être polie avec moi, Granger et je compte bien me repaître de mon rôle assigné d'ogre dévoreur – j'aurais seulement espéré pouvoir, à ce titre, bénéficier d'une tranquillité méritée.
-C'est exactement pour ça, repartit la Gryffondor sans se laisser démonter. Quand tu es seul, tu te sens vulnérable, et au lieu de te montrer ouvert et intime, tu deviens agressif parce que tu as peur que l'on se glisse sous ta carapace. De longues années à porter un lourd masque, Draco c'est vraiment comme ça que tu veux vivre : sans jamais te laisser toi-même entrer dans la lumière du jour ?
-J'entends un sermon : un de plus, rien d'autre, claqua sèchement Draco. Et je n'en entendrais plus, je…
-Tu ne penses pas ce que tu dis, répondit Hermione avec un calme qui augmentait à mesure que des étincelles se mettaient à crépiter dans les yeux de son interlocuteur. Tu ne le penses pas, car tu as agis autrement : Draco, c'est pour me protéger que tu m'as éloignée de l'entreprise, tout comme c'est pour le protéger que tu as poussé Blaise dans ses derniers retranchements. Et tu l'as dit toi-même : tu fais ça dans l'intérêt général. Enfin, ça, c'est ce que tu te racontes en boucle : il y a l'empathie, et il y a aussi une peur incroyable. Et c'est face à l'argument de cette peur que tu as plié, Draco. Mais céder au chantage auquel tu as été renvoyé malgré toi ne résoudra pas ce problème ci, ni ceux à venir : et tu le sais, et tu t'en veux.
-Et qu'est-ce qui règle les problèmes dans cette vie, Granger ? L'amour ? Railla-t-il.
Puis, ajouter sans y penser :
-L'amour, remède préféré des naïfs en manque de créativité : épargnons-nous cette mièvrerie, s'il-te-plaît, toi et moi savons que l'amour, ça ne colle rien d'autre qu'une gueule de bois. A remplir sa coupe, monter dans les plus hautes sphères de l'ivresse, pour finalement se réveiller brisé, déchu. Il faut grandir, Hermione, grandir : être adulte, réaliste, responsable. Point, barre.
-Tu ne penses pas un traître mot de ce que tu dis, contrattaqua immédiatement Hermione, butée, déterminée.
Et l'énergie aurait pu s'échapper en éclairs de ses cheveux en cet instant, tant elle avait l'air concentré. Je crois qu'en son fort intérieur, Draco a vacillé en tous cas, je peux vous confier qu'il s'est fait grande violence, pour ne pas tressaillir, physiquement.
Une pugnacité de lion, qui nous mène enfin vers un commencement de volte-face psychologique pour le fils Malfoy, qui était tout de même, de prime abord déterminé à dire ce qu'il avait à dire, de répondre aux attaques de façon froide et cinglante, dans l'idée d'expédier un débat qu'il avait déjà tranché, pour lequel il avait d'ores et déjà prononcé sa décision, laquelle irrévocable, ne changerait plus.
Draco
Volte-face, car Draco se surprend de nouveau à vaciller en-dedans de lui-même : il avait envie de se prendre la tête entre les mains. Il avait envie d'agripper des mèches de ses cheveux blonds-blancs si soyeux, et de les arracher à pleines poignées. Peut être l'avait-il déjà fait, dans sa lointaine adolescente, au milieu des troubles, des choix de conscience qui ont déchiré sa famille. Il sentait l'eczéma qui parfois assaillait son dos le brûler de nouveau, et la bile qui était au fond de sa gorge et lui donnait la nausée – pour l'empêcher de sortir, il songea porter ses ongles à portée de ses lèvres, pour en finir avec l'anxiété. Pour en finir avec le présent, pour ne pas regarder à l'intérieur de soi le chaos, l'âme explosée, la vie intérieure morcelée et éparpillée au point de n'avoir laissé que quelques bribes effilochées de l'existence qu'il voulait mener, qui était conforme à qui il était au fond, mais qu'il refoulait en l'ajournant éternellement au lendemain.
Oui, au milieu d'une crise d'angoisse refoulée, Draco était plus au bord du précipice qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie. Et il ne le voulait pas. Il ne voulait pas être sans cesse l'enfant oscillant et capricieux, le jeune homme indécis et à jamais à-moitié-engagé dans les voies (de garage) qu'il emprunte. Pour une fois dans sa vie, il eût aimé complaire à l'image d'être implacable, inamovible, dur, qu'on l'avait entraîné à être, qu'on voyait en lui. Il eût aimé être l'homme qui filait droit, à l'instar d'une flèche lancée à pleine puissance par un tireur sûr de sa cible, et qui n'aurait pour seule trame l'air tranché de part et d'autre par sa course.
Et pourtant, le voilà une fois de plus à se débatte pitoyablement avec ses choix, comme si les choses ne pouvaient pas être simples. Or c'est ce qui lui manquait le plus, dans cette vie d'expédients perpétuels, de choix cornéliens quotidiens : la possibilité de régler ses problèmes d'un oui, ou d'un non.
Pour cela il aurait eut besoin d'être libéré du regard des autres…En fait, il ne s'en rendait plus compte, mais nous pouvons le faire pour lui, tout comme Hermione, et Blaise, et Théo, et sa mère aussi parfois : ce masque d'intransigeance n'était pas lui, ne lui ressemblait même pas, et il le rendait malheureux.
Alors pourquoi hésiter ? Pourquoi ne pas laisser aller, lâcher complètement prise, suivre le courant et voir où la vie le mène ?
Hermione
Ne croyez pas pendant cette lutte intérieure, qu'Hermione demeurait sans réfléchir : malgré ses dehors guerriers, elle aussi, se sentait lasse. A l'instar de Blaise, elle commençait à comprendre à quel point le jeu de Lucius Malfoy était pervers, et à quel point Draco pouvait être enfermé dans sa propre tête, jusqu'à ne plus même s'apercevoir qu'il lui suffirait de prendre quelques mesures simples pour en finir de ce poison.
Mais ce n'est pas à elle de lui donner des leçons de morale, de vie, ou de quoique ce soit : Hermione s'était rendue compte, depuis qu'elle ne travaillait plus, que les motivations profondes qui l'avaient poussée à quitter le Royaume-Uni trouvaient leur source dans un problème bien particulier, devant lequel elle avait fuit elle aussi.
Et donc elle comprenait très bien, presque comme un alter ego, dans quel trouble émotionnel son miroir de Serpentard devait se trouver. Et elle ne lui en voulait pas…presque, pas. A choisir, l'émotion qui dominait en elle était plutôt de l'ordre d'une compassion profonde, mâtinée d'un peu de désolation tout de même. Car au-delà des jeux de l'adolescence, des cicatrices de la guerre, au-delà du fossé social qui les séparait, Hermione ne pouvait s'empêcher quelque part de se sentir étrangement concernée par ce qui arrivait à Draco, comme si un lien dont elle avait oublié l'existence la ramenait résolument vers lui quand elle s'en éloignait trop.
Draco
Draco, Draco…je crois sincèrement qu'en cet instant précis, il aurait pu tout lâcher. Il aurait pu ; et pour tout dire, il le faillit, mais pour finir, il failli. Les iris d'Hermione, qui ne lâchaient pas les siennes, l'appelaient comme un phare vers lequel il eût aimé être guidé. Deux yeux brillants : il connaissait bien leur forme, pour les avoir vus pétillants au détour d'un rire, faussement blasés quand il se permettait des outrances, compatissants et ouverts quand il soufflait d'exaspération…
S'était-il rendu compte, de l'importance que cette femme avait prise dans sa vie ?
Et je ne parle pas seulement de ces quatre et quelques mois, pendant lesquels il avait eu une excuse pour pouvoir interagir avec elle toute la journée : nous avons tous en tête une certaine correspondance…
En tout cas s'il l'avait refoulée, la vérité venait de le heurter douloureusement, et tandis qu'il avait posé un genou à terre en son fort intérieur, il se reprit d'un sursaut ferme, agrippant à pleine poignée son cœur pour le maintenir engourdi : et l'expression de son visage se fit plus dure encore, si cela était possible. Comme une incitation à ne pas faiblir, comme un ultime coup de fouet assené à sa volonté pour qu'elle ne fléchisse pas plus avant, qu'elle se maîtrise.
On ne dompte pas un cœur. C'est toute la teneur de leçon de la lente maturation de Draco, peut-être une évidence pour le lecteur en tous cas, toujours une tâche aveugle pour lui-même. A se tendre, il ne peut que se briser : dans un sens, ou dans l'autre, c'est la même chose, la même défaite pour ainsi dire.
Et la chute est venue.
Un œil d'acier trancha d'un air arrogant le pont de sympathie que lui dressait le regard d'en face.
-Un Malfoy ne change pas, Granger.
Il avait parlé d'un ton très calme, tout à fait contrôlé, mais cela n'empêcha pas son interlocutrice de sursauter comme s'il venait de l'asperger d'eau glacée.
Et d'ajouter, pour bien enfoncer le clou :
-Jamais.
Après une pause significative…
-Ce n'est pas…dans nos gênes, ni dans notre sang, pour ainsi dire.
Oui, moi aussi j'ai un peu de mal à croire que Draco ait osé être aussi infect. Mais il faut avouer que sa répartie nauséabonde a produit son petit effet : le voilà en reste pour une gifle retentissante, la deuxième qu'Hermione devait lui infliger de toute sa carrière.
Encore des mots, encore des gestes, qui nous éloignent chers lecteurs, de ce fil d'Ariane, que vous connaissez, qui est celui de la correspondance qui lia Êta à Atrée. Hermione pour l'heure ne soupçonne pas, ou alors elle refoule définitivement, la présence de son correspondant épistolaire dans cet habitacle : et ce n'est pas le moment d'aborder le sujet, car la scène est critique. Dans un mouvement analogue, quoique moins agité que celui de Zabini tantôt, la brune ouvrit la portière et quitta à son tour l'habitacle de la berline, n'y laissant qu'un directeur ébranlé du tragique, de la tournure qu'avait prise toute cette mascarade ra-blaisienne, qui était venue à lui sans qu'il ne puisse y exercer un quelconque contrôle.
-And then, there were none…ne put-il s'empêcher de marmonner les dents serrées, tandis qu'il réprimait un petit rire nerveux, imbibé d'ironie.
Massant sa joue gauche qu'il sentait lui cuire, un vers d'un poème en prose qu'il avait jadis composé pour la personne qu'il venait de poignarder, avant d'être criblé à son tour, lui revint à l'esprit :
« La beauté du monde
Réside
Dans le tragique des choses
Qui ne reviennent jamais »
oOo
-Super entraînement! Le but que tu as marqué était formidable Angelina!
-Merci, merci les filles, repartit la joueuse avec un sourire rayonnant, tout en continuant d'empaqueter son équipement. On a bien travaillé ce soir, rentrez bien, à demain!
Alacre, elle chantonnait gaiement en sortant du stade, saluant d'un geste chaleureux les gardiens du poste de sécurité, avant de se diriger vers la bouche de métro pour rattraper la ligne qui devait la mener chez elle.
Tandis qu'elle passait tranquillement le portique de sécurité, elle avisa du coin de l'oeil, à sa gauche, un homme d'allure suspecte, qui semblait considérer son sac avec beaucoup d'intérêt...
Angelina Johnson, Georges Weasley: le voleur, partie I.
oOo
Vendredi 5 mars
Imprimerie Blotts– deux journalistes sur un pot d'encre
Ginevra Weasley eut un feulement de chat en colère.
-Une urgence ? Mais comment pouvez-vous avoir une urgence qui puisse être plus urgente que la mienne ?
-Je…je…
-Faites un effort, un geste commercial : je dois absolument imprimer ces revues et les envoyer par courrier, aujourd'hui, et avant dix-huit heures ! Si je ne le fais pas, c'est tout un mois de travail entier qui aura été perdu, et par votre faute !
-Mais Madame, je…
Oh, et ça, c'est un rugissement de femme outrée. Madame ? Elle avait vingt-six ans ! A peine nubile ! A quoi pensait-il, cet espèce de…de Jeff Barbery (elle venait de lire le nom à l'instant sur le badge épinglé à sa veste), qui non content de contrarier ses plans, la faisait sentir plus vieille…qu'elle ne le serait peut être jamais.
(Le règlement de compte entre Harry et Ginny arrivera, mais pour l'heure, nous devons vraiment nous concentrer sur l'action en cours de cette journée, dont les évènements sont cruciaux).
Jeff inspira à grand bruit, une goulée d'air frais, rassemblant probablement tout son courage pour asséner ce nouveau refus :
-Je regrette, mais nous sommes fermés à dix-sept heures or, il est dix-sept heures et cinq minutes passées, et comme j'essaie de vous l'expliquer, notre plus gros client qui est la librairie Gaunt, est déjà l'origine d'un surplus de travail qui empêche nos équipes de quitter les locaux.
-Justement ! Vous n'êtes pas encore fermés, tout le monde est à son poste, et je vous jure que mes impressions ne prendrons pas plus de dix minutes…Vous êtes les seuls en ville encore ouverts à pouvoir convenir au format dont j'ai besoin, écoutez…
Et Ginny aurait pu insister. Vraiment mais de la sorte, elle aurait perdu son temps, car Jeff Barbery, en dépit de ses cheveux châtains bouclés, de son duvet qui recouvrait à peine ses joues lisses, n'était pas totalement le stéréotype du jeune étudiant-employé impressionnable qu'on eût pu attendre qu'il soit. Fermement campé sur ses principes, il tenait bon, et tout de même, je crois qu'on peut saluer son sang-froid face à Ginny, dont les foudres légendaires en ont fait trembler plus d'un.
Ginny aurait pu insister. Décontenancée, il fallut un appel, une grâce venue du ciel, un évènement improbable – quoiqu'un peut deus ex machinesque, je l'avoue - pour lui permettre de parvenir à son objectif à court-terme.
Et ce coup de chance se présenta à elle vêtu d'un uniforme de chauffeur.
Mmh..dites-voir, un peu : un uniforme de chauffeur ?
Sacrebleu, si elle ne se trompait pas…
-Monsieur bonjour, nous sommes ferm-hmph !
Avec une dextérité et un sens de la mise en scène digne de la Berma, le nouvel arrivant venait de poser un index impérieux sur la bouche de Jeff (qui décidément passait une drôle de journée), tout en fermant les yeux d'un air éploré, une main sur le cœur.
-Vous n'oserez pas refuser, à un mourant, ses dernières volontés…
Ginny cligna des yeux. Cinq fois. Par la chemise froissée de Merlin, ce n'était tout de même pas Blaise Zabini ?
Il n'y en avait pas deux pareils, impossible de se tromper. Son esprit fit un calcul rapide, et elle décida d'agir vite, comptant qu'il serait plus efficace de le prendre de vitesse.
Elle se planta devant lui avec un air résolu, les mains sur les hanches, les iris frondeurs. Il lui renvoya un haussement de sourcil irrévérent, mais pas totalement fermé et la rousse s'engouffra dans cette ouverture.
-Je te donne en exclusivité des informations sur le procès des Tornades de Thurchill si tu m'aides à faire imprimer mes revues.
Bien qu'accablé par les soucis, l'esprit encore fulminant de la dispute qu'il avait eue à l'heure du déjeuner, et pris au dépourvu de voir ses talents réquisitionnés au service de la fiancée d'Harry Potter, une lumière venait malgré tout d'envahir le cerveau de Blaise, alors que le plan de l'article qu'il pourrait écrire à ce sujet se construisait presque de lui-même dans son esprit.
Diable, à quoi pensait-il ? Il avait des problèmes plus urgents à régler que le procès des Tornades…Ce procès verrouillé sur lequel planaient mille interrogations…auxquelles les magistrats et la police avaient soigneusement évités de répondre…sans parler de la Fédération internationale de Quidditch qui était muette…Et ce cadenas qui avait permis jusqu'à présent de ne rien laisser fuiter dans la presse, de ne pas ternir le jugement arrivant de quelque scandale que ce soit.
Si jamais un média venait à briser cette harmonie, alors le linge sale des uns et des autres serait exposé sur la place publique.
Quelle catastrophe pour ceux qui ont des intérêts bien placés, et dont les actifs pâtiraient du tohu-bohu ainsi provoqué.
Quelle opportunité pour un journaliste de révéler les dessous de ce qu'il flairait déjà être le scandale de l'année, à la société civile qui méritait de savoir.
Allez, pour une demi-heure de comédie…Il pouvait bien laisser ses soucis de côtés.
Il prit son meilleur air éploré, et posa sa main droite sur sa poitrine.
Ginny eut un frisson. Pour tout dire, je crois bien que Jeff aussi.
Ce n'est pas tous les jours que l'on peut assister aux premières loges, à la représentation d'une grande diva…
oOo
-Angelina?!
Ce n'était pas le genre de Georges Weasley de paniquer. Non, non, non: il était taquin, farceur, blagueur, insolent et malin, mais il ne paniquait pas. Jamais. Mais il faut bien avouer que lorsqu'il eût été appelé par la police pour le prévenir qu'Angelina avait été "impliquée dans une altercation violente", il s'était habillé en une minute et n'avait pas mis plus de temps à quitter son appartement.
Il s'était rendu à la station de métro le coeur serré, se laissant guider par les cris qu'il percevait nettement, d'une voix un peu grave, mais nettement féminine, entourée d'un cordon de policiers et de badauds.
Il accéléra le pas.
Angelina Johnson, Georges Weasley: le voleur, partie II.
oOo
Vendredi 5 mars
New-York - deux journalistes sur une flûte de vin
-Je n'aurais jamais cru que ce serait terminé à temps : imprimé et envoyé, les travaux de l'équipe de New-York vont pouvoir transiter en temps et en heure jusqu'au pays de Sa Majesté ! Encore merci, Zabini.
-Il était inutile de me payer un verre, répondit Blaise avec modestie tout en se délectant bruyamment d'un nectar de raisin rouge, tout le plaisir était pour moi. J'avais absolument besoin d'imprimer ce panneau : il sera du plus bel effet sur la pelouse de la demeure de Lucius Malfoy à Manhattan.
Ginny ne put empêcher un rictus de tordre ses lèvres, tandis qu'une lueur inquiétante passait dans ses yeux.
-Tu comptes vraiment déjouer le service de sécurité de sa villa et prendre le risque d'une garde à vue pour aller déposer ce…ces…ces mots dans son jardin ? Tu ne peux pas tout simplement te faire inviter par le fils pour t'éviter un tel tracas ?
Blaise eut le reniflement d'un homme dont le cœur était brisé, et pour faire bonne mesure tira derechef un mouchoir de la poche de son veston, qu'il tapota délicatement au coin de ses paupières papillonnantes, comme s'il cherchait à refouler des larmes.
-Malfoy Junior et moi-même avons ces derniers temps un léger…différend éthique. Ce n'est pas la première crise que traverse notre amitié, il y en a eu, il y en aura, mais plutôt que de ruminer chez moi ou ivre au téléphone par exemple - en appelant ma pauvre mère qui a une patience de sainte de m'écouter au moindre bobo -, j'aime autant tenter une action, si stupide soit elle. Foutu pour foutu, autant pousser mon idée jusqu'au bout.
Ginny ne repartit pas immédiatement : les paroles du Serpentard venaient de la laisser songeuse elles résonnaient étrangement à ses oreilles.
-Il y en a eu…il y en aura…répéta-t-elle lentement, martyrisant une olive du bout d'un cure-dent, distraite. Est-ce que tu n'es jamais fatigué d'essayer, de toujours courir après la même personne pour lui faire ouvrir les yeux ?
-A qui le dis-tu ! Soupira Blaise, sans parvenir à réprimer un sourire. Je suis usé par les frasques des uns, la stupidité des autres, mais au fond je n'en peux rien : je les aime trop pour ne pas leur pardonner, et je porte en moi une passion trop heureuse pour jamais me résigner ou rester sur une défaite. Et quand bien même serais-je, un jour, confronté à une impuissance absolue comme seule la mort ne peut les absoudre, j'espère que je pourrais toujours puiser au fond de moi un peu de ces étincelles, de ces étoiles, de cette foudre et autres petites poussières de rêves et de gouttes d'eau amalgamées qui me permettent quelqu'algarade que je rencontre, d'aller avec les évènements, sans jamais devenir une personne négative.
Sur cette déclamation, il planta avec un grand sérieux une paille dans son verre de vin, ce qui lui valut le regard choqué de quelques uns de ses voisins de table.
-On ne vit qu'une fois, allons.
Et à le voir aspirer l'alcool d'un air goguenard, lançant des œillades effrontées à la ronde, Ginny vit parfaitement ce qu'Hermione voyait en lui, et qui avait maintenu vivante leur amitié malgré les inimitiés notoires des groupes qui les entouraient.
Il était tout pétrit de lumière, ce Blaise Zabini.
Incapable de résister, elle lui offrit un sourire flamboyant, et commanda une deuxième tournée.
-Etrange, de se croiser un jour pareil, commenta-t-elle pour lui laisser le temps de finir sa boisson. Je crois bien que la dernière fois qu'on s'est aperçus, c'était à…
-…à la soirée de Gwenog Jones, le mois dernier ? compléta Zabini, riant à ce souvenir. Qu'est-ce que j'ai rit ! Ce fat de Barnabas qui essayait d'acheter des informations à coup de compliment, ce tricheur de Verpey qui tentait de soudoyer les uns et les autres pour truquer les matches à venir pour mieux gagner ses paris, et puis cette Rita de Skeeter, toujours à gratter dans le vide pour nous servir du rien ! Et après avoir assisté à cette grande comédie humaine, on dit que c'est moi qui suit dramatique…C'est pour ça que j'adore la sociologie, et l'anthropologie : je ne changerai de métier pour rien au monde, ils sont ridicules et désespérant, mais j'aime les hommes, ils m'amusent et me surprennent sans cesse.
-Je ne sais pas si j'aurais autant de sympathie pour tous les représentants de l'espèce humaine, répondit Ginny en pendant à la journaliste aux boucles blondes qui l'épargnait rarement dans ses tribunes (ce que la rousse lui rendait bien). Mais c'est le genre d'évènement de société qui permet de garder les yeux ouverts, et de fournir l'information la moins biaisée possible. Gwenog est trop gentille : au temps où elle nous entraînait, chez les Harpies, je me souviens du nombre incalculable de situations rocambolesques dans lesquelles nous avons été plongées du fait de son incapacité à dire non…Et puis les flatteries constantes l'ont rendues un peu imbue d'elle-même, il faut le dire : qui ne serait pas changé par une renommée, une reconnaissance aussi unanime ?
-Je suis entièrement d'accord avec tout ça, peut-être qu'il lui suffirait de faire le ménage une bonne fois autour d'elle ? Dans le calme, elle réaliserait par exemple, que toutes les fréquentations ne sont pas bonnes à avoir…
-Tu penses à quelqu'un en particulier ? L'incita Ginny, se penchant légèrement vers lui.
Blaise fit la grimace, avant de boire une nouvelle gorgée.
-Eh bien, je parle du propriétaire du cartel auprès duquel nous venons, toi et moi, d'obtenir nos impressions séant.
-Cartel ?
-Cartel, conglomérat : emploie le terme qui te sied le plus, personnellement à ce niveau de corruption je ne fais plus la distinction.
Froncement de sourcils.
-Tu veux parler de la Gaunt Corporation ?
-Tu as vraiment un esprit très vif, Weasley, la complimenta distraitement Blaise. Oui, oui : imprimeries, journaux, sociétés d'import et d'export, maisons d'éditons…Médias télévisés bientôt, si on en croit les rumeurs : Gaunt investit partout, dans tous les domaines où il est sûr d'avoir une influence sur les esprits, et c'est très rusé de sa part.
Il se coupa un bout de fromage.
-Cartel, mafia familiale, de grand-père en père en petit-fils…Je t'épargne les histoires de liaison avec des groupes Mangemorts, qui ont déjà fait scandale il y a des bien années de ça. Et puis, il a fait le tri, l'héritier Gaunt. Enfin ça, c'est ce qu'il a dit : il a coupé toutes les mauvaises branches de l'arbre de la lignée de Marvolo.
Nouveau bout de fromage. Petite gorgée de vin.
-Il a fait un passage éclair, à la soirée de Gwenog Jones. Il est actionnaire de certains clubs de Quidditch depuis peu, tu savais ?
Ginny ne répondit pas, attendant les muscles tendus la révélation qu'elle soupçonnait depuis quelques minutes.
-Un grand brun, les joues creuses, avec des yeux noirs comme l'enfer. Très séduisant, au bras d'une brune incendiaire et joviale, répondant au nom de Demelza Robins – une fille bien au-dessus du cancrelat qu'il est, si tu veux mon avis.
-Je ne l'ai croisé que brièvement, répondit lentement la cadette Weasley, au moment de mon départ…Il m'a lancé un regard à faire froid dans le dos…Un regard qui m'a rappelé son regard, à l'époque où…
Elle ne put finir sa phrase, ne voulant pas repenser aux errances de son adolescence. Blaise n'insista pas.
Et pour cause : l'esprit de Ginny fonctionnait à toute allure, sentant que les points d'une information d'ampleur étaient en train de se connecter dans son esprit. Gaunt, Gaunt…c'était la première fois qu'elle entendant ce nom depuis des années, et pourtant la scène, l'homme, l'héritier Gaunt lui était étrangement familier, comme si elle le connaissait, comme si elle avait eut l'occasion d'être plusieurs fois en sa présence, et qu'ils partageaient une relation intime.
C'était de la folie, allons…Elle se reprit, tâchant d'être raisonnable. Repartons du point de départ : elle avait entraperçu ces deux hommes, Blaise, et Gaunt, à la soirée donnée par Gwenog Jones.
La soirée terminée, Ginny s'était rendue chez Luna, qui ne vivait pas si loin, et avait gentiment proposé de l'héberger pour lui épargner la route jusqu'à la grande ville.
Et au beau milieu de la nuit, Hermione avait fait irruption en catastrophe, après une soirée dont elle n'avait bien voulu dire que très peu de choses, et qui s'était passé chez les Nott.
Qui l'avait amenée chez Luna ? Réfléchit Ginny, réfléchit…s'admonestait-elle, les paupières étroitement closes, essayant de remonter le cours des évènements.
Pas Malfoy, cela était certain : il était plus ou moins à l'origine du départ précipité de son amie, et qu'elle ait accepté de se faire reconduire par lui est, dans ces circonstances, plutôt improbable.
Blaise avait dû finir ivre mort de désespoir de voir sa belle au bras d'un autre.
Un bon Samaritain ? Hermione n'accepterait jamais de repartir avec un inconnu, elle est bien trop intelligente pour cela.
Mais alors, alors…
Ginny eut brusquement le souffle coupé. Zabini lui lança un regard un peu anxieux.
-Ça va ? Tu ne t'étouffes pas ?
La rousse hocha frénétiquement la tête de gauche à droite, rassemblant ses pensées, incapable encore de parler dans le fracas, dans le tumulte qui agitait son esprit.
-Bon Dieu…il faut absolument que je prévienne Anthony…ça pourrait être très sérieux, dangereux même…
-Qu'est-ce que tu marmonnes, enfin ? S'agaça le journaliste, qui n'aimait pas être tenu à l'écart, fut-ce même d'un monologue.
-C'est l'éditeur de Rolf, il l'a mentionné en passant, le lendemain, mais j'étais trop fatiguée des excès de la veille pour faire le rapprochement avec…
-Avec quoi, Weasley, avec quoi ? Bon sang parle donc, ce suspens me tue !
-Demande avec qui, Zabini : le soir où nous étions chez Gwenog Jones, le père Nott a organisé un grand gala, auquel ont assistés en tant que partenaires, Hermione et Draco.
Blaise prit quelques secondes pour se remémorer les faits, mais il avait eu effectivement vent des évènements par l'une et par l'autre de ses amis.
-Je ne te suis pas totalement, je me souviens du gala, mais je ne vois pas où…
-Est-ce qu'Hermione t'a déjà parlé de Tom ?
Grimace de réflexion.
-Le libraire coincé un peu trop propre sur lui avec qui elle sort de temps en temps, et qui l'entraîne dans des débats ennuyeux comme la pluie ?
En dépit du contexte, Ginny ne put empêcher le coin de ses lèvres de tressaillir.
-Le libraire, oui. Et tu te souviens, Zabini…Zabini, c'est lui qui l'a ramené chez Luna après qu'elle se soit disputée avec Ron et Malfoy, au gala des Nott.
Blaise de plus en plus perplexe, lui décocha un regard perdu, à la mesure de son incompréhension qui allait croissante.
-Si je me souviens bien, c'est ce même aristocrate guindé, qui s'est révélé être le…
Oh, enfin : le Serpentard vient de hurler « EURÊKA » en son esprit.
Seigneur, il avait été tellement aveugle…
-Ginny Weasley…tu es en train de me dire que l'homme qui fréquente ma Demelza, emmène Hermione dans toutes ces galeries ringardes, dissimule son identité au gré de sa fantaisie…
-…n'est autre que Tom Marvolo Riddle, duc de Gaunt, et personnage peu recommandable pour qui n'est pas du sérail. Tu vois de quoi je veux parler.
-Weasley, mais alors…
Il observa le visage de Ginny Weasley, et une lueur d'inquiétude passa au fond de ses yeux, en même temps qu'une sueur froide coulait le long de son dos.
-Il se pourrait qu'Hermione soit très bientôt en danger.
Les battements de leur battant respectifs se firent frénétiques dans leurs poitrines.
oOo
Vendredi 5 mars
Pomme de rainette et pomme d'api
Hermione avait mal au crâne.
Allongée sur son canapé, elle soufflait de contrariété face à cette journée qui se passait mal, contrairement à ce qu'elle aurait voulu. Satané diable de Draco Malfoy, le morigéna-t-elle, pour la énième fois, en son fort intérieur.
Elle avait encore du mal à croire l'allusion infecte qu'il lui avait assénée. Il l'avait blessée blessée au plus profond de son être, de manière inexplicable, elle se sentait particulièrement touchée par l'insulte – personnellement heurtée, pour tout dire.
Elle ne se faisait pas d'illusion sur les sentiments de Draco…non, de Malfoy, à son égard. Elle savait qu'ils n'étaient pas amis, et les circonstances étranges qui les avaient dirigés l'un vers l'autre avaient créées leur lot de situations, d'interactions, qui finissaient immanquablement par la même conclusion.
Vous êtes incompatibles, comme l'eau et l'huile, le feu et la glace, lui chuchotait une petite voix dans son esprit.
A l'épreuve des faits, sa conscience semble lui donner raison : dans cette boucle, les scènes qui se sont jouées arrivent immanquablement au même résultat : une violente dispute, suivie d'une séparation.
Et cette fois-ci, Hermione savait que la rupture serait nette, et définitive.
Nette…
Définitive…
Alors pourquoi son cerveau ressassait-il en boucle les bons souvenirs qu'ils eurent ensembles ?
Elle le revoyait, soupirant comme un gosse devant la pile de contrats à signer au bureau, lançant ça et là une pique sarcastique qui la faisait rire malgré elle.
Puis, elle se souvint de son irruption à Noël, lorsqu'il était venu s'excuser de son attitude désagréable. Il l'avait faite rougir, bien sûr, avec ses histoires de gui.
Et puis, les jours où ils déjeunaient ensemble, semblants que ce n'était pas exprès, semblants des collaborateurs contraints et forcés.
Son comportement de gentleman parfait au gala des Nott, l'espièglerie dont il la couvrait le temps d'une danse, entre deux commentaires spirituels sur le ridicule des convives.
Il l'avait protégée, contre Bellatrix Lestrange. Et, à sa manière, elle se rendait bien compte que quand bien même il l'exprimait à l'excès, il comptait fermement la protéger jusqu'au bout.
Les citations littéraires incessantes, les soupirs blasés à chaque nouvelle frasque de Blaise, qui en réalité maintenant sous perfusion cette âme qui menaçait un peu plus chaque jour, de devenir moribonde.
Malfoy…non, Draco.
Et il avait balayé tout ça, d'un revers de la main, en crachant ces quelques paroles acides : « Ce n'est pas…dans nos gênes, ni dans notre sang, pour ainsi dire ».
A l'aune de tous les souvenirs heureux qu'elle venait d'égrener, cette évocation lui fit plus mal encore, si cela était possible.
Elle enfouit sa tête dans un oreiller à proximité, pour chasser le trop plein de sentiments qui affluait au bord de ses paupières. Elle ne voulait pas rester seule, ce soir : elle avait besoin de compagnie…Blaise, Ginny, Luna, Harry, Ron, Anthony, Seamus…n'importe qui, mais quelqu'un qui pourrait l'écouter, la comprendre, sans la blâmer ni la juger.
Comme si un mauvais Génie avait entendu sa pensée, elle se trouva exaucée à peine deux minutes plus tard. Son téléphone affichait un numéro qu'elle connaissait bien, d'un homme qu'elle avait promis de recontacter pour « une soirée à l'opéra, une marche dans les bois de Brooklyn, et un verre pour finir en beauté ».
Et pourquoi pas ? Après tout, il n'y avait aucune raison pour sa journée fusse totalement gâchée ?
-Bonsoir, Tom, annonça-t-elle gaiement en décrochant le combiné.
Et si elle avait pu voir le sourire prédateur et l'œillade rougeoyante qui accompagnait cette voix de velours, elle se serait certainement abstenue de sortir de soir là.
oOo
-Mais puisque je vous dis que je n'y suis pour rien!
Un petit homme, l'air roublard et désorienté, se tenait devant les policiers qu'il fixait avec un regard mouillé, fuyant.
-Je n'arrive pas à croire qu'on m'accuse de vol!
Clignement nerveux des yeux.
-C'est tout simplement stupide!
-Excusez-moi, interpela Georges à l'intention d'un policier. Votre collègue a essayé de me joindre: la jeune femme est ma petite amie, est-ce qu'elle va bien?
-Est-ce qu'elle va bien? répéta le brigadier, ébahi par la question. Est-ce qu'elle va bien?
Et le frère Weasley de se dire que, peut être, il avait manqué une pièce du puzzle quelque part...
-Demandez plutôt, Monsieur: est-ce que Monsieur pourra rentrer chez lui sans trop de séquelles après cette formidable agression!
-Une agress...
Notant leur présence, Angelina eut une exclamation indignée.
-Mais puisque je vous dis qu'il a mis la main dans mon sac pendant que j'avais le dos tourné, pour s'emparer de mon porte-feuille! J'ai réagit en état de légitime défense, toute cette mascarade est ridicule!
-Mademoiselle, n'aggravez pas votre cas: de nombreux passants ont témoignés que vous aviez attrapé Monsieur par le bras, et violemment projeté sur le sol! Monsieur, ajouta-t-il à l'attention de Georges, escortez-la, s'il-vous-plaît: nous ne voulons pas prendre le risque d'un nouvel incident pour ce soir.
Devant la mine sérieuse des policiers, déconfite de son amie, ébahie du voleur présumé, et curieuse des passants, Georges ne pouvait plus tenir.
Il explosa d'un fou rire, tellement violent, qu'il lui fallut s'assoir par terre.
Comprenant le ridicule de sa situation, la Poursuiveuse se mit à rire, elle aussi.
Le petit cercle autour d'eux ne savait que se renvoyer des regards interrogateurs, et un peu gênés.
Bien malin qui savait ce qu'il se passait dans ces deux têtes là...
Angelina Johnson, Georges Weasley: le voleur, partie III
