Coucou tout le monde^^

Le confinement ne me laisse pas beaucoup de temps pour écrire, mais j'ai quand même réussi à avancer ! Donc voici le chapitre 7^^

Bonne lecture ;)


PARTIE II

Chapitre 7 : Visite au parloir

Le monitoring bipait à un rythme régulier, dessinant un cardiogramme sur une feuille qui glissait lentement jusqu'à se poser au sol en accordéon. Un câble serpentait vers le lit où reposait Matsuri, se reliant à un boitier enveloppant son index gauche. Cela faisait plus de deux semaines que Kankurô ne l'avait pas vu autrement qu'immobile, dénuée de la moindre parcelle de vie. Il bénissait le son discontinu de la machine, son rythme cardiaque était devenu une mélodie à ses oreilles.

Assis sur le fauteuil près du chevet, il fixait son visage inexpressif en tenant fermement sa main droite entre les siennes. Depuis deux jours, la doctoresse aux cheveux roux réduisait les sédatifs et augmentait progressivement sa température corporelle. Elle allait bientôt sortir du coma artificiel, elle allait se réveiller. D'après le médecin Uzumaki, elle guérissait comme une véritable battante, ce dont il ne doutait pas, elle en était une.

Il aurait donc dû se réjouir, être confiant, persuadé que Matsuri allait ouvrir les yeux dans peu de temps… Mais il entendait en boucle les mots de Karin : « Après, ça ne tiendra qu'à elle de vouloir se réveiller ». C'était ce qu'il souhaitait, mais toutes ses réflexions revenaient en un point central : et si elle ne le voulait pas ? Elle ignorait ce qui s'était produit ces vingt derniers jours, inconsciente qu'un nouveau départ s'offrait à elle. Elle s'était endormie en étant battue à mort par celui qu'elle devait épouser, pourquoi voudrait-elle revenir en Enfer ?

Il resserra sa prise en soupirant d'appréhension. La sœur du Chef Sarutobi lui avait dit qu'il pouvait parler à Matsuri, qu'elle l'entendait, mais il ne l'avait jamais fait. Il n'y croyait pas. Pourtant, à l'instant, il avait envie d'y croire. Alors d'un murmure, il la supplia de se réveiller. Ce fut le moment que choisi Atari pour arriver.

Entrouvrant doucement la porte de la chambre, elle se stabilisa devant la scène. Elle entendit malgré elle les propos du No Sabaku, qui assurait à la patiente que son tortionnaire ne lui ferait plus jamais de mal. Un sourire tendre étira ses lèvres lorsqu'il chuchota les sentiments qu'il lui vouait. Préférant lui offrir quelques minutes d'intimité, elle voulut rebrousser chemin, mais Kankurô entendit le couinement de la porte et y jeta un coup d'œil. Légèrement gêné, il se leva du fauteuil et offrit un sourire à la mère de Konohamaru.

─ Je ne voulais pas vous déranger, s'empressa-t-elle de s'excuser.

─ Ce n'est rien, assura-t-il après s'être raclé la gorge.

─ Kurenaï vous attend.

Il acquiesça d'un simple hochement de tête et entama de rejoindre l'épouse du Chef, qui devait le conduire à l'ANBU, où un agent l'emmènerait à la prison fédérale de Konoha. Lorsqu'il passa près d'Atari, elle posa amicalement une main sur son épaule, lui offrit un regard plein de compassion et lui promis de veiller sur Matsuri durant son absence. Il la remercia silencieusement et quitta définitivement la pièce.

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Kurenaï avait suggéré à son époux de laisser le No Sabaku tranquille avec l'enquête en cours, prétextant que la sœur de celui-ci pouvait gérer en attendant. Elle avait aisément perçu que leur invité était déphasé, et au vue de son comportement avec la jeune Matsuri, elle avait saisis pourquoi. D'ailleurs, sa belle-sœur et Karin s'en étaient aussi aperçues. Elles avaient toutes les trois tentées de le rassurer au mieux. Et même si Asuma avait soupiré, puis plaidé qu'il devra être mis dans la confidence tôt ou tard, il lui avait donné son accord.

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis, et elle devait maintenant se ranger à l'avis de son mari. Elle profita donc du trajet afin de se rendre à la Tour du Kage pour révéler les derniers détails en date récoltés par la coalition. Elle lui apprit que leurs soupçons concernant la gamine avaient été avérés, précisant que les tests ADN, que le conseiller Sannin avait effectués le matin même, attestaient le jumelage de Gaara et Yokô. Lui octroyant ensuite un bref coup d'œil, elle perçut son froncement de sourcils et devina son effarement.

─ Nous cherchons pourquoi votre père l'a exilée à Suna, ajouta-t-elle, concentrée sur la route.

Le silence lui succéda, car Kankurô ne savait quoi penser. Il était choqué, voire scandalisé. Il avait tellement envisagé que la gamine soit une enfant adultérine qu'apprendre qu'elle fut sa sœur ne pouvait le surprendre. Une part de lui considérait déjà cette Yokô comme telle. Mais que son éloignement ne s'explique pas avec l'infidélité de Rasa l'ébranlait. Pourquoi avait-il caché une enfant légitime ? La jumelle de Gaara ?

Plonger dans ses réflexions, il ne prêta pas attention aux mots de la représentante Sarutobi, qui continuait son briefing. Ses raisonnements tournaient en boucle dans son esprit, le faisant continuellement revenir au même point : il n'avait aucune réponse. Il serra les poings sur ses cuisses et cessa de cogiter inutilement. Il entendit alors Kurenaï lui rapporter les propos de Temari l'avant-veille. Cette fois, il ne put rester muet de stupeur.

─ Moi, Chef de Koyâ ?

─ Minato-sama, Nagato-sama, Itachi-sama et mon époux ont déjà répondu à l'appel de votre sœur, ajouta-t-elle en lui jetant une œillade. On est arrivé.

Kankurô remarqua alors la pénombre du souterrain où sa conductrice venait de se garer. Se résignant à la suivre lorsqu'elle quitta le véhicule, il fut soudainement pressé de revoir son aînée. Elle lui devait quelques explications concernant son annonce, il n'avait jamais témoigné le moindre intérêt pour la place de Chef. Et puis, il espérait être rassuré pour son meilleur ami, ayant trop souvent imaginé avec quelle joie morbide son frère allait faire vivre un enfer à Sasori.

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Passant machinalement le chiffon sur la vitre parfaitement propre, Kô n'était pas du tout attentif à sa tâche. Il avait terminé sa journée, mais éternisait sciemment son temps de travail dans le seul but de croiser Bunta, en réunion avec le Chef depuis plus d'une heure. Muettement, il suppliait le conseiller de faire vite. L'héritier pouvait apparaître dans la pièce de vie à tout moment, et lui ordonner de cesser sa besogne pour déguerpir au plus tôt. Quelque part, cela l'obligerait à accomplir sa mission après une plus mûre réflexion.

Il avait un mauvais pressentiment, une angoisse sourde qui ne le quittait plus depuis que Fuki lui avait révéler son stratagème. Il tentait de refouler cette émotion, car depuis des années, il attendait ce moment. Cet instant où quelqu'un aurait le courage qu'il n'avait pas. Il était même comblé de jouer un petit rôle pour donner un élan à cet espoir de voir le Chef Hyûga être détrôné. Mais la peur qui grondait dans ses entrailles méritait peut-être d'y réfléchir à deux fois ? Ce trouble lui faisait envier l'arrivée de Neji presqu'autant que celle de Bunta.

Son paradoxe interne prit fin quand, balayant la pièce de ses billes nacrées, il tomba sur les deux hommes auxquels il pensait. Il cessa son mouvement répétitif et plongea sa main libre dans la poche de son pantalon. Caressant nerveusement l'objet cylindrique, sentant le métal froid sur la pulpe de son pouce, il baissa les yeux lorsqu'ils arrivèrent vers lui.

─ Neji-sama ? interpella-t-il doucement, les stoppant.

Levant brièvement la tête sur l'héritier, il constata qu'il avait obtenu leur attention. Il profita des quelques secondes de flottement pour improviser une raison à sa prise de parole. Le hasard déterminerait la fin de son dilemme.

─ Hi-Hinata-sama demande à vous voir, fit-il, mal assuré.

Le silence lui répondit. Il hésita un instant avant de relever les yeux, réceptionnant un regard qu'il n'avait pas prémédité. Il s'était attendu à la colère de l'héritier, mais il ne vit qu'un étonnement mal contenu. Puis brusquement, Neji reprit sa marche pour rejoindre l'entrée, le laissant seul avec le conseiller. Alors Kô jeta un coup d'œil à ce dernier en s'encourageant mentalement. Son cœur palpita davantage lorsque son aîné s'approcha de lui en le sermonnant :

─ Vous devriez rester à votre place, Kô. Qui croyez-vous être pour manquer de respect à votre héritier ?

Alors que Bunta plaquait une main ferme sur son épaule, il retira l'étui à cigare de sa poche pour la glisser imperceptiblement dans celle de son vis-à-vis. Si jamais Hiashi les épiait depuis le couloir, il ne pourrait voir que le dos de son conseiller.

─ Je vous présente mes excuses, s'inclina-t-il ensuite, le faisant reculer.

─ Je les transmettrai. Que votre impudence ne se reproduise pas.

Kô se courba de nouveau et garda la position jusqu'à ce que Bunta disparaisse derrière le mur du hall. Ses mains tremblaient, parce que son mauvais pressentiment venait de chasser toute autre pensée. Peut-être aurait-il mieux valu que Neji le reprenne sur son impolitesse ? Ou peut-être que le sort avait raison ? À présent, tout était entre les mains du nouveau détenteur de la lettre.

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Le vert kaki souillé de la combinaison informe que portait Kankurô donnait tout son sens au maquillage qu'il avait subi quelques dizaines de minutes plus tôt. Une anbu du nom de Terumi lui avait dessiné des cernes et avait sali son visage autant que ses mains. Celles-ci étaient d'ailleurs menottées, à l'image de ses chevilles, étant reliés entre elles par une épaisse chaîne. Le miroir lui avait renvoyé l'image d'un prisonnier enfermé depuis plusieurs jours dans une cellule insalubre. Son allure allait très certainement plaire à son cher petit frère.

Le dos appuyé contre le mur délavé d'un des couloirs de la prison fédérale, il soupira en espérant chasser de son esprit sa récente discussion avec Temari, en vain. « Tu en as les épaules » entendit-il sa voix, visualisant son regard assuré. Comment pouvait-elle être si confiante ? Être Chef signifiait posséder la vie de nombreuses personnes entre ses mains ! Elle pouvait clamer qu'il serait bien meilleur que leur père et leur frère, il n'était pas sûr d'être capable de supporter une telle charge. Il soupira de nouveau en fermant brièvement les yeux.

Les rouvrant, il riva son regard sur l'anbu revêtant l'uniforme des gardiens, un certain Hôzuki s'il se souvenait bien. Temari lui avait avoué accorder sa confiance en l'agent Hatake et l'officieuse représentante Uchiha, tout comme il en avait envers la famille héritière Sarutobi. Il y réfléchissait souvent ces derniers temps, à chaque fois qu'il réussissait à chasser Matsuri de ses pensées. La coalition créée entre les clans et le Kage insufflait de l'espoir. Alors, tout en zieutant le jeune agent spécial à la tignasse décolorée, il s'y attarda d'un nouvel œil.

Hashirama Senju avait été le premier à rallier le gouvernement mit en place par Namikaze, et de ce qu'il savait de lui, il était certain qu'il fut le plus sage des Chefs de sa table. Hiruzen Sarutobi avait suivi l'initiative quelques mois plus tard, collaborant avec le Kage depuis peu. Il le côtoyait souvent dans le manoir et avait fait connaissance avec cet homme bienveillant et d'un caractère naturellement paternel. Puis Madara Uchiha s'était récemment joint à la coalition, une surprise. Il n'aurait jamais imaginé cela possible avant que sa sœur le lui annonce, et se dit que, peut-être, le patriarche de Honô n'était pas que cette imposante arrogance qui le caractérisait.

Et à présent, Temari avait rallié l'hypothétique futur clan No Sabaku à ces Chefs, l'ANBU et le Kage. Elle s'était autoproclamée représentante et lui avait légué le rôle de ces hommes, qui avaient sans conteste une expérience et un vécu dépassant largement le sien. Sous cet angle, s'il devait suivre sa sœur, il voulait apprendre de ses aînés, recevoir la formation que son père lui avait refusé. S'imprégner de leur savoir et devenir le Chef qui allait devoir redresser un clan et un quartier.

─ C'est l'heure.

Il sursauta légèrement, reprenant contact avec l'instant. Il fit face à deux prunelles violacées et reçu une frappe amicale sur l'épaule. Silencieusement, il se décolla du mur et suivit l'anbu-gardien à pas restreints. Une certaine détermination se lisait dans son regard alors qu'ils se rendaient au parloir, sous le claquettement de son enclave en ferraille. Et elle ne le quitta pas lorsqu'il se fit asseoir de force à la chaise s'ajustant à la table qui le séparait de ses visiteurs. Il porta toute son attention sur son cadet, serrant la mâchoire de rage. Matsuri emplissait son esprit et il eut envie de lui sauter à la gorge pour lui ôter son sourire satisfait.

Se plaçant dans un coin de la pièce, les bras croisés dans le dos, Suigetsu Hôzuki ne prêta pas attention aux No Sabaku, du moins, visuellement. Le magnétophone planqué dans sa veste d'un bleu nuit allait enregistrer la conversation tout autant qu'il allait l'entendre. Cet espionnage auditif commença par un lourd silence, qui s'éternisa durant une poignée de secondes. Puis le Chef de Koyâ le brisa :

─ Tu as bonne mine, oniisan ? sourit-il, condescendant. Tu as l'air bien traité, chambre individuelle et bain quotidien. Un criminel V.I.P !

Les lèvres de Kankurô restèrent scellées alors qu'il le fusillait avec amertume. Ses provocations le laissaient cependant indifférent. Premièrement parce qu'il n'était pas ce genre de coupable, et deuxièmement parce qu'il avait abandonné toute affection pour Gaara depuis ce soir-là. L'image de Matsuri étalée sur le parquet de l'entrée du Sanctuaire ne quittait pas son esprit. Il pencha légèrement la tête, comme pour détendre sa nuque, lorsque son vis-à-vis perdit son sourire supérieur. Puis il accorda une œillade à son père qui, tête baissée, semblait malaisé d'être dans ce parloir.

─ Tu joue la carte du mutisme, comme avec les flics, se moqua Gaara.

Kankurô dévia de nouveau vers son benjamin, gardant le silence. Il devinait sans mal que son vis-à-vis était conscient des caméras de sécurité installées dans la pièce. D'après la loi, les enregistrements effectués dans les parloirs ne détenaient pas de son, seulement l'image, par respect envers les droits citoyens. Rares étaient les visites familiales dans la prison fédérale, la majorité du temps, ce privilège était réservé aux avocats, qui étaient tenus au secret professionnel. Et Kankurô se doutait que s'il le savait, son frère en était tout autant averti.

─ Tu n'as fait aucune déclaration à la police ? intervint posément Rasa, attirant le regard de ses fils.

Kankurô souleva un coin de ses lèvres.

─ J'aurais dû ? demanda-t-il, cynique, avant de dévier sur son cadet. Tu veux mon statut de V.I.P ?

Le regard de Gaara s'aiguisa et son sérieux se lut sur son visage.

─ C'est une menace ? siffla-t-il, les mâchoires serrées.

─ Tu te sens menacé ? ricana-t-il, le dos toujours voûté au dossier de la chaise. Pourquoi, Otôto* ? Tes mains sont encore souillées du sang de Matsuri ?

Gaara se retint de justesse de faire voler sa chaise pour agripper le col de son aîné et lui décocher un coup de poing gorgé de toute la rage qu'il lui inspirait. Comment osait-il se foutre ouvertement de lui ? Lui qui n'avait fait que fuir la queue entre les pattes, voilà qu'il se permettait d'aboyer !

─ Tu crois que ces murs te protègent, cracha-t-il à voix mesurée. Ils ne sont que ton dernier toit avant que le tribunal t'envoie te faire pendre, Kankurô.

─ Gaara, réprimanda calmement Rasa.

─ Peu importe ce que tu diras, tu-

─ Gaara ! réitéra-t-il, sèchement.

L'interpellé s'arrêta net et dévia lentement la tête vers lui. Rasa maintint son air imperturbable en réceptionnant ce regard meurtrier. « Il n'est décidemment pas prêt pour le rôle qu'il endosse » pensa-t-il. Il espérait être assez clair en offrant un bref coup d'œil au gardien posté dans un coin de la pièce, avant de revenir sur son benjamin. Il en douta un instant, jusqu'à ce que Gaara se détourne. Continuant de le zieuter, il le vit inspirer profondément, plaqué un sourire de politesse sur ses traits et braqué son regard sur le maton.

─ Veuillez nous laisser, ordonna-t-il avec contenance.

Suigetsu fit mine de ne pas avoir compris que le Chef s'adressait à lui, gardant sa position droite et le regard fixe.

─ Gardien, veuillez nous laisser, répéta-t-il avec déplaisance.

─ Excusez-moi, hocha l'anbu en lui accordant son attention. C'est impossibl-

─ Pardon ?

─ J'ai reçu l'ordre de coller au prisonnier, No Sabaku-sama, je vais nulle part sans lui, et lui nulle part sans moi.

Il ne cilla pas en percutant le regard aliéné que lui décerna le jeune Chef, mais sentit une goutte de transpiration descendre le long de sa colonne vertébrale. Il remercia mentalement l'ancien patriarche de Koyâ lorsque celui-ci se leva en déclarant :

─ Nous allons prendre congé.

─ Je n'ai pas terminé, siffla Gaara, les mâchoires serrées.

─ Nous ferons une demande pour une autre visite, insista Rasa, ignorant le collimateur pointé sur lui. Namikaze-sama nous accordera un prochain instant familial. N'es-tu pas de cet avis, mon fils ?

Gaara tiqua aux mots employés pour la question, y reconnaissant les siens la veille de son départ pour Suna. Néanmoins, il abdiqua aux recommandations de son paternel et se leva de sa chaise. Accordant un sourire carnassier à Kankurô, il rejoignit la porte du parloir en clamant :

─ On se revoit vite, oniisan.

─ Père ? interpella celui-ci en ignorant la réplique. J'ai une dernière faveur à vous demander.

Gaara serra des poings tandis que Rasa se tournait vers son fils aîné, lui donnant son accord par ce biais.

─ Avant d'être pendu, j'aimerais savoir qui est la gamine.

Le regard de l'ancien patriarche s'écarquilla d'effroi, avant qu'il ne quitte brusquement la pièce. Kankurô observa alors son frère, qui souriait finement. Aucun mot supplémentaire ne fut prononcé et le jeune Chef finit par suivre son père d'un pas moins précipité. Durant un instant, le silence succéda à ces départs, avant que l'anbu le rompe d'une calme réprimande.

─ Ce n'était pas prévu, ça !

─ Il savait pour la gamine, affirma le No Sabaku en se levant. Tout ? Je ne sais pas, mais je suis prêt à parier qu'il est allé à Suna pour Yokô.

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Délaissé par sa propriétaire, un bloc-note était posé sur l'herbe, accueillant sur sa couverture cartonnée un crayon à papier. Près de lui, les genoux pliés et enlacés de ses bras, la tempe gauche posée sur leur jointure, Hinata observait distraitement le reflet de la lune sur la surface du lac artificiel. « NARA » se répéta-t-elle pour la énième fois, cherchant ce que ce mot, ces quatre lettres, signifiait pour Sarige. Était-ce un prénom, une ville, un acronyme, le titre de son film fétiche ou le nom de son premier chien ? Qu'en savait-elle ? Le hacker n'était pas plus loquace qu'elle, même lors de leur petit jeu devenu rituel.

Elle sourit en y songeant. Si elle omettait le fait qu'il travaillait volontairement pour Hiashi, elle appréciait sa compagnie. « Disons que j'ai entendu quelque chose qui me perturbe » se remémora-t-elle ses propos lorsqu'ils avaient joué aux devinettes pour la première fois. Elle revit son regard choqué quand elle lui avait conseiller de ne pas se formaliser du certificat de virginité imposé à Hanabi. « Je trouve ça humiliant », avait-il dit. Son sourire s'agrandit. Oui, elle l'aimait bien, cette recrue.

Les quatre lettres formant le mot de passe du protagoniste de ses pensées se rappela à elle dans un flash, lui arrachant un gémissement plaintif. Elle enfouit son visage dans ses bras et se lamenta sur son déplorable incapacité à trouver une piste. N'avoir vu qu'en coup de vent l'auteur de ce petit mot qui la harcelait depuis ces deux derniers jours ne l'aidait pas plus… Et qu'il soit en ce moment même à quelques dizaines de mètres, probablement endormi, l'énervait. Elle venait de passer une soirée supplémentaire seule sous le saule pleureur !

─ Tu fais chier, Sarige, grogna-t-elle, appuyant son front à ses bras.

─ J'n'ai encore rien dit !

Elle leva promptement la tête, affichant une surprise mêlée de satisfaction qui fit sourire Shikamaru. Il était amusé de son regard expressif et prémédita aisément qu'elle allait engager leur jeu habituel. Il retira le paquet de cigarette et le briquet de sa poche avant de s'installer en tailleur devant elle. Il lui en proposa une, qu'elle accepta sans mot dire, laissant planer un silence simple le temps qu'il allume leur bâton cancérigène.

─ J'me serais presque inquiétée, engagea-t-elle en recrachant la fumée.

─ Mes insomnies te manquaient ?

─ Ce serait juste alarmant que tu réussisses à dormir sur tes deux oreilles en passant tes journées avec Hiashi. J'avais peur pour ton âme, fit-elle avec taquinerie, lui arrachant un rire bref.

Shikamaru nota qu'elle avait l'air bien plus enjouée que les jours précédent. S'il y ajoutait le contentement dans ses billes nacrées lorsqu'elle l'avait regardé quelques secondes plus tôt, il déduisait que la révélation qu'elle lui avait faite ne l'inquiétait plus autant. Enfin…, il l'espérait.

─ Mon âme se porte bien, sourit-il. Je ne suis pas corrompu !

─ Tu ignores la force de persuasion de Hiashi, argua-t-elle d'un regard appuyé.

Elle espérait qu'il percevrait le sous-entendu, car elle craignait vraiment que les heures qu'il passait avec le Chef Hyûga ou Neji finissent par lui embrouiller l'esprit. Il pouvait bien se montrer outré des exigences que Hiashi commandait à Hanabi ou elle, il ne serait pas le premier qu'elle verrait se rallier aux vieux principes Hyûga après s'être fait lobotomiser le cerveau à coup de peur des représailles ! Néanmoins, elle n'insista pas dans ce sens, préférant profiter de sa présence pour enquêter sur le mot de passe.

─ Comment s'appellent tes parents ? lança-t-elle leur jeu, l'amusant.

─ Shikaku et Yoshino, répondit-il franchement.

Shikamaru était ravi qu'elle engage les choses, bien décidé à faire d'elle une alliée. Ne pouvant lui révéler clairement son infiltration, il espérait qu'elle devinerait par elle-même qu'il était un anbu du Kage. Il avait passé les deux jours précédents à y songer, cherchant la meilleure façon d'aborder le sujet. Les devinettes lui avaient paru une évidence.

─ Des frères et sœurs ?

─ Non.

─ Un chien, un chat ou un poisson rouge ?

─ Non plus, rit-il sobrement. Ça fait trois questions, là, c'est à mon tour !

Hinata fit une moue témoignant sa frustration. Il lui restait de nombreuses possibilités pour expliquer le mot de passe du hacker, même en ayant retiré le prénom d'un être cher de sa liste. Mais elle garda le silence en attendant qu'il pose ses questions.

─ Okay, alors…, comment tu accueillerais l'idée que le Kage décide d'empêcher Hiashi d'agir à sa guise ?

Cette fois, ce fut la surprise qui dessina le visage d'Hinata. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il s'attarde sur ce qu'elle avait soulevé lorsqu'il lui avait appris les bases d'un ordinateur ! Néanmoins, elle joua le jeu en répondant :

─ Utopiste comme idée, mais soit ! J'en serais ravie, évidemment, mais effrayée aussi.

─ Pourquoi effrayée ?

─ Parce que si c'était réellement possible, ça voudrait dire que mon frère et ma sœur seraient des cibles au même titre que Hiashi !

Elle marquait un point selon lui. Et puis, il notait qu'elle avait inclus Neji dans ses craintes, ce qui le poussait à comprendre davantage la relation chaotique qui régnait entre les deux.

─ Tu aiderais le Kage si tu l'pouvais ?

─ J'irais lui bouger le cul tout de suite si je le pouvais, alors, oui, évidemment, rétorqua-t-elle sans hésitation. Ça te perturbe à ce point ce que je pense du Kage ?

─ Ça m'intéresse, répondit-il en hochant la tête.

─ Vraiment ? fit-elle avec surprise. Très bien…, je pense que le Kage devrait prendre son rôle plus à cœur, faire valoir ses droits de dirigeant de Konoha au lieu d'accepter l'emprise des clans. Actuellement, si on y réfléchit bien, à part le quartier Sentâ, qu'est-ce qu'il dirige exactement ?

Shikamaru l'écoutait attentivement, esquissant un sourire en coin. Elle imaginait utopique que Minato puisse vouloir changer les choses à Konoha, et au vu du discours qu'elle tenait, elle ignorait à quel point le Kage s'engageait pour la ville et ses habitants. Il pensa qu'elle devait même ignorer l'alliance officielle entre le gouvernement et les clans Senju-Uzumaki et Sarutobi. Ce n'était pas très étonnant si l'on considérait sa mise à l'écart.

─ Mais je sais aussi que ce serait du suicide pour lui de s'immiscer dans les affaires de clans, continua-t-elle, sérieuse. Kô m'a dit qu'un agent de l'ANBU avait tenté d'infiltrer Taiyô une année et le type s'est fait assassiner, alors-

─ Alors ça contredit ce que tu penses, saisit-il l'occasion. Finalement, il a essayé d'intervenir !

Hinata garda un instant le silence, essayant de se remémorer les dates liées à ce fait et l'investigation du Kage. Elle se rendit alors compte que Minato Namikaze était à la tête de Konoha lors de l'assassinat de l'agent dont lui avait parlé Kô, et grimaça. Elle avait peut-être jugé trop rapidement l'inaction du blond. Mais très vite, elle revint sur ses précédentes pensées, considérant que le Namikaze avait abandonné trop vite.

─ Il devrait essayer à nouveau, ou essayer autrement, argumenta-t-elle en le fixant.

─ Peut-être que c'est ce qu'il fait ! Peut-être qu'il a réessayé, qu'un autre de ses agents de l'ANBU infiltre Taiyô, mais que tu ne l'sais pas !

Elle rit ouvertement, ne croyant pas une minute que cette hypothèse soit plausible.

─ Ça, ça m'étonnerait !

─ Ce n'est pas impossible.

─ De berner Hiashi ? Si, ça l'est, assura-t-elle avec certitude. Il ne fait confiance à personne. Il va même jusqu'à faire espionner les Soldats du Soleil, alors qu'ils sont des Hyûga ! S'il se méfie des siens, il se méfierait d'autant plus d'un étranger.

─ Pourtant, il m'a embauché.

Hinata ouvrit la bouche pour le contrer, mais aucun son n'en sortit dans l'immédiat. Sarige était l'exception qui confirmait la règle à ses yeux et elle ne pouvait ignorer que son recrutement n'était dû qu'à la volonté de Hiashi. S'il n'avait été qu'un simple étranger, sans faculté pour l'informatique, elle aurait mis sa main à couper que jamais le clan ne l'aurait recruté.

─ Alors dit-toi qu'il se méfie de toi, bien plus que de quiconque.

─ Je sais, sourit-il.

─ Okay, à mon tour, poursuivit-elle, considérant le précédent sujet clos. C'est quoi ton film préféré ?

─ Hm…, Fight club, répondit-il, la voyant grimacer.

─ Une chanson ou un chanteur préféré ?

─ Pas spécialement, haussa-t-il des épaules.

─ Un meilleur ami ?

─ C'est quoi tes questions ?

Elle le défia du regard de ne pas répondre, ne donnant aucune explication à ses questions visées. Après un nouveau rire bref, il consentit à nommer son meilleur ami, et malheureusement, cela n'aida pas Hinata qui ne voyait aucun rapport entre le mot NARA et le prénommé Choji !

─ Qu'est-ce que tu ferais si tu découvrais que quelqu'un de ton entourage travail pour le Kage ?

Hinata fronça les sourcils. Il s'acharnait avec le Namikaze et cette idée que quelqu'un puisse réellement berner Hiashi, et cela la rendait perplexe. Pourquoi semblait-il autant intéressé par cette hypothèse ? Les seules personnes de son entourage étaient les domestiques, tous des Hyûga. Si elle connaissait lesquels d'entre eux rêveraient de voir Taiyô changer, elle savait aussi qu'aucun n'avait les moyens de prendre contact avec le Kage. À partir du moment où ils mettaient un pied sur le Domaine Hyûga, ils n'en ressortaient pas, ou seulement couvert d'un drap blanc. Hiashi le saurait immédiatement si un des domestiques avait décidé de le trahir !

─ C'est impossible, répliqua-t-elle enfin. Je connais chacun de mes colocataires, aucun n'a assez de liberté pour ça.

─ Les domestiques sont les seules personnes de ton entourage ?

─ Non…, y a Itachi, mais il ne compte pas, ce n'est pas un Hyûga.

─ Et moi, je compte ?

─ Tu es…, se stoppa-t-elle en accrochant son regard.

Elle ne pouvait pas le compter comme un Hyûga, mais en même temps, il était sous le joug de Hiashi comme chacun des domestiques, contrairement à Itachi. Et puis, elle avait cette sensation étrange qu'il cherchait à lui dire quelque chose. Elle le lisait dans ses yeux amendés. Ajouter les questions visées qu'il lui posait à sa perplexité, elle se demandait si… Non, ce n'était pas possible, personne n'était capable de berner Hiashi… Si ? Pourquoi cette idée loufoque lui semblait tout d'un coup plus plausible ? C'était insensé !

─ Admettons que ce soit possible, supposa-t-elle pour jouer le jeu. La seule personne qui aurait pu avoir un contact avec le Kage dans mon entourage actuel, c'est toi. Sauf que tu as séjourné chez Bunta, tu passes beaucoup de temps avec 'niisan, tu travailles souvent avec Hiashi et comme chacun d'entre nous, tu ne peux pas quitter le Domaine sans escorte ! T'as un pouvoir magique qui te permet de bluffer autant de personne ? Et comment ferais-tu pour tenir le Kage informé ?

Shikamaru baissa la tête en souriant. Décidemment, elle avait bien du mal à croire que quelqu'un puisse infiltrer son clan ! À vrai dire, cela ne l'étonnait pas beaucoup. Shimura et Namikaze avaient eux-mêmes douté que son infiltration puisse être viable. Et il savait pertinemment que sans ses facultés en informatique, jamais le clan ne lui aurait donné sa chance. Cela était tout aussi rassurant, car, de son point de vue, Hinata était la seule Hyûga rêvant de voir l'ANBU infiltré son clan. Si elle trouvait la démarche impossible, cela était sûrement tout autant le cas pour le Chef et ses subordonnés.

─ D'accord, admettons, clama-t-il en relevant la tête. Je n'ai pas de pouvoir magique, mais si je suis l'anbu qui travaille pour le Kage, alors j'ai reçu une formation, comme les Soldats du Soleil. Je suis donc capable de jouer un rôle ! Et comment je fais pour tenir Namikaze informé ? Tu oublies pourquoi Hiashi m'a recruté.

Le silence suivit ces mots, le regard nacré figé à celui amendé. Hinata l'analysait d'un nouvel œil, prenant sa réponse comme une affirmation à ses soupçons improbables. Il avait réussi à passer le scanne de Bunta, à se faire recruter par Hiashi, à être le binôme de Neji et à recevoir l'entraînement de Hanabi sans même être percé à jour ? Cela lui semblait tellement impossible… Pourtant, quelque chose en elle lui assurait qu'il en était capable. Si elle se fiait à ses propos, il avait reçu la formation des anbus, il était apte à jouer un rôle, et il était un pirate informatique. Un élément dont Hiashi avait visiblement besoin.

Et il n'était pas Shika Sarige.

─ Qui es-tu ? réclama-t-elle sans quitter son froncement de sourcils.

─ Shika Sarige.

Hinata grimaça à cette réponse. Le ton qu'il venait d'utiliser ne faisait que lui prouver qu'il ne se nommait pas ainsi. Elle ne parvenait pas à déterminer si le fait qu'il soit vraisemblablement un anbu la ravissait ou l'énervait. Quand avait-il été honnête avec elle exactement ? Il s'était joué d'elle comme il le faisait avec les autres, alors qu'elle s'était sincèrement confiée à lui. Elle lâcha un rictus nerveux.

─ J'ai une question à te poser, déclara-t-elle enfin, d'un ton ferme.

─ Je t'écoute.

─ Pourquoi t'as quitté tes parents ?

Shikamaru sourit en baissant les yeux sur le paquet de cigarette et le Zippo. Il s'y était attendu, à ce qu'elle se montre de nouveau méfiante envers lui. Il ne pouvait pas lui révéler son identité, il ne pouvait pas lui donner d'informations personnelles susceptibles de mettre sa couverture en danger. Cependant, il pouvait maintenant faire preuve d'une totale franchise.

─ Je n'les aie jamais quitté. Mais ça peut t'coûter la vie de savoir ça, alors garde ta langue dans ta poche.

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*Otôto : petit frère en japonais

29/03/2020

Prochain chapitre : « Colis suspect »