PROMPT : Jeune fille
1980 – 1981
Depuis qu'il s'était dressé face à Grindelwald, Dumbledore s'était érigé en garant du monde magique. Il était le leader incontesté de la lumière, celui qui guidait le peuple avec sagesse. Il était celui qui savait, celui qui ordonnait.
Beaucoup avaient oublié que Grindelwald avait été son ami et bien plus encore. Lorsque Gellert était devenu fou, avide de pouvoir, avide de reconnaissance, Albus s'était détourné de lui et l'avait pourchassé sans pitié, jusqu'à se trouver face à lui.
Ils s'étaient battus, et Albus l'avait vaincu.
Pour que Gellert n'oublie jamais qui il était, il l'avait fait enfermer dans sa propre prison, à Numengard. Il avait ignoré les suppliques de l'homme qui avait été si proche de lui. Il l'avait abandonné dans un sombre cachot puis il avait tourné les talons et il l'avait effacé de sa mémoire.
Grindelwald avait su ce qu'il était, c'était probablement pour ça qu'il n'avait pas cherché à le supplier de l'épargner. Il avait su qu'à l'instant où ils s'affronteraient, Albus oublierait leurs liens pour se hisser à la tête du monde magique.
Après sa victoire, Albus avait profité de sa renommée et de la respectabilité qu'il en avait retiré. Il était entré à Poudlard en tant que professeur de métamorphose, se voyant déjà prendre une importance capitale.
Mais le monde magique avait la mémoire courte. Au fil des années, les sorciers oubliaient qu'ils avaient été en péril à cause de Grindelwald. Les morts n'étaient plus que des fantômes à peine perceptible, et la vie avait repris son cours.
Dumbledore avait alors cherché une solution. Quelque chose qui électriserait le monde magique, qui leur rappellerait à tous qu'ils avaient besoin de lui.
Il voulait leur rappeler qu'il était le dernier rempart contre le mal. Qu'il était indispensable.
Lorsque le Directeur Dippet l'avait chargé de surveiller un jeune pensionnaire d'un orphelinat moldu suite à un accident de magie instinctive, Dumbledore avait été fasciné par le bambin. Il n'avait pas plus de quatre ans, et il était déjà puissant. Il serait amené à devenir presque aussi puissant que lui.
La solution lui était apparue, effrayante de simplicité. Il lui faudrait attendre le moment propice, mais il était patient. Il saurait attendre son heure, autant de temps que nécessaire. Il était un sorcier promis à une longue vie après tout.
Discrètement, il s'était débrouillé pour isoler le gamin. Il avait fait en sorte qu'il ne soit jamais adopté, qu'il soit condamné à une vie sans tendresse dans cet endroit minable et surpeuplé d'enfants non désirés.
De temps en temps, Albus revenait observer de loin et s'assurer que le moindre camarade de jeu du jeune Jédusor soit aussitôt écarté.
Ainsi, Tom Jédusor, durant ses premières années de vies, resta dans l'orphelinat. Il vit tous ses camarades être adoptés, tandis qu'il restait en arrière, seul. Il devint rapidement instable, prêt à prendre ce qu'il désirait sans se préoccuper des sentiments des autres enfants. Peu lui importait désormais de prêter attention aux autres qui étaient ses compagnons de misère, puisqu'eux partaient toujours vers des lendemains plus heureux alors que lui restait toujours en arrière.
Lorsqu'Albus vint le chercher pour l'emmener à Poudlard, il fut ravi de constater que les racines du mal était solidement enracinées en Tom. Il serait le digne successeur de Gellert, et Albus redeviendrait le sorcier le plus puissant du monde magique, le plus connu depuis Merlin lui même. Un jour, il serait aussi respecté et connu que les fondateurs… Une fois le jeune Tom devenu totalement noir, il l'anéantirait sans un regret et chacun s'agenouillerait devant lui en le remerciant.
Les choses commençaient à frémir dans le monde magique, et Tom avait disparu pour laisser place à Voldemort. Dumbledore était devenu Directeur de Poudlard, et il avait accompli le dernier geste qui avait fait basculer son ancien élève vers le mal en lui refusant le poste de professeur qu'il convoitait ardemment… Le garçon avait tenu toutes ses promesses, et il avait rapidement commencé à effrayer la communauté sorcière. Les choses ne progressaient cependant pas assez vite à son goût.
Puis James et Lily Potter l'avaient contacté pour lui parler d'une malédiction jetée sur la descendance Potter, il avait vu l'occasion de faire émerger un nouveau mage noir. Mais si James lui faisait confiance, la jeune fille naïve qu'était Lily Potter semblait le regarder avec méfiance. Albus leur avait promis de faire des recherches, bien qu'il ne comptait pas lever le petit doigt. Puis, lorsqu'il était revenu les voir, Albus avait trouvé Lily en larmes, l'air misérable. Pris d'un soupçon, il leur avait effacé la mémoire pour qu'ils oublient la malédiction, puisqu'il voulait un enfant dont l'âme serait corrompue.
Il s'attendait à voir le ventre de la jeune femme s'arrondir, ce qui aurait été la cause de son chagrin. Mais les semaines avaient passé, et son ventre était resté plat. Ils s'étaient mariés, sans qu'il n'y ait la moindre annonce de grossesse des Potter.
Dumbledore avait alors pensé qu'il avait commis une erreur. Il avait pensé que Lily était enceinte, mais peut-être avait elle déjà eu un enfant sans qu'il en soit informé.
Se maudissant pour le contretemps, il avait commencé à chercher l'enfant Potter partout. Il était certain que cette petite sainte nitouche de Lily Evans épouse Potter avait convaincu son mari si malléable de cacher leur progéniture.
Cependant, malgré tout ses efforts, il n'avait pas retrouvé la moindre trace d'un enfant potentiellement maudit. Il avait oublié toute cette histoire quand le couple Potter avait annoncé la grossesse de Lily. Il avait oublié ses craintes, ravi de voir enfin l'enfant qu'il espérait pointer le bout de son nez.
Il était dit cependant que les Potter ne lui laisseraient aucun répit. Qu'ils feraient tout pour lui mettre des bâtons dans les roues, que ses plans minutieusement préparés finiraient par s'écrouler à cause d'eux.
Albus était persuadé que Lily portait dans son ventre un mage noir en devenir, peut être même plus terrible que Voldemort lui-même. Les deux mages noirs s'affronteraient et il n'aurait qu'à les tuer alors qu'ils se seraient affaiblis pour que sa gloire n'en soit que plus… étincelante.
Et puis, alors qu'il cherchait un professeur de Divination pour Poudlard, une excentrique s'était présentée. Albus n'avait pas l'intention de l'engager, c'était probablement la raison pour laquelle il lui avait donné rendez-vous à la tête de sanglier plutôt que dans son bureau. Mais de façon surprenante, Sibylle Trewlanney avait fait une prophétie annonçant qu'un enfant allait naître pour vaincre le Seigneur des Ténèbres.
Il avait engagé la femme. Puis il avait vu Severus Rogue fuir discrètement et Albus comprit qu'il allait reporter ce qu'il avait entendu à son nouveau maître.
Il ne fit pas le moindre geste pour l'arrêter. Un peu plus de Chaos ne pouvait pas lui nuire bien au contraire. Plus la situation serait critique, plus son rôle serait... capital et le bénéfice retiré en serait important.
