Bonjour!
Un peu incroyable de publier dans ce contexte, mais je veux être optimiste et encourageante, aussi vous envoie-je à tous des paillettes, des confettis, et des licornes pour mettre des couleurs et de la solidarité dans vos journées :)
(Il faut rire et lire, autant que possible!)
Allez, plus que QUATRE chapitres avant la fin, c'est un peu lent, mais on arrive au bout...
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MERCI gigantesque et cosmique à:
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Sakhina
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Swangranger
Ainsi qu'à vous tous, qui lisez en silence, en attendant le dénouement prochain.
Bonne lecture!
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Chapitre 25
Graviora Manent
Ou
'Alf Leila wa Leila
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Vendredi 5 mars
La barbe bleue
Lucius Malfoy, l'autoritaire, le maître, le dogmatique, le tyrannique, le despote, l'orgueilleux, le fallacieux, le grand Lord oui, lui-même, en personne, en chair et en os, faisait les cent pas dans son immense salon de travail, en proie à la plus vive confusion.
Pour les domestiques, cette agitation encore jamais observée, avait tout d'abord été une source de curiosité, avant de se transformer – à raison – en motif de crainte : quand il était en colère, l'homme aux longs cheveux dont l'or blanc amolli prenait des teintes argentées à mesure qu'il avançait en âge, passait ses nerfs sur tout être vivant qui était à sa portée. Nul doute que la frustration manifeste du conseiller politique finirait par éclater en un torrent d'injure sur la tête du premier pauvre personnel de maison qui se trouverait à la portée de ses foudres.
Quel trouble peut bien agiter un tel esprit de marbre encastré dans de la glace ? Mais c'est très simple : Jupiter tonne, Jupiter est désorienté : il est seul, il appelle et cherche Junon, qui ne vient pas.
Par Salazar, où pouvait bien avoir disparu sa femme ?
Dans la mythologie, il est classique de voir le porteur de foudre s'ébrouer gaiement d'amour en amour, changeant de dulcinée au gré de ses envies, au grand dam de son épouse, la fidèle et rancunière déesse du mariage.
Junon…Avait-il jamais, même inconsciemment, assimilé Narcissa à la déesse tant de fois bafouée ? En y regardant de plus près, il est vrai qu'il lui avait fait cadeau à l'occasion de leur anniversaire de mariage, il y a des années, de paons blancs, magnifiques, qui faisaient l'émerveillement des invités qui foulaient le gravier immaculé des sentiers de leur jardin du Wiltshire. Des paons pour Narcissa…En avait-elle saisit, à l'époque, la cruelle ironie ? Toujours est-il qu'il ne pouvait pas se targuer d'être un mari des plus fidèles, aussi on comprend mieux la cause de son désappointement : en ce jour, les rôles sont inversés. C'est Narcissa qui s'est mystérieusement volatilisée, le laissant dans l'ignorance et l'incompréhension.
-Comme tu t'agites…tu vas finir tout en désordre, Milord, lança d'une voix enjôleuse la jeune femme toute en jambes qui était confortablement installée au fond d'un fauteuil, dans un coin de la pièce.
Il ne releva pas : la remarque était inintéressante, dans le contexte actuel, il ne lui servait à rien d'avoir une maîtresse comme un fil à sa patte, qui ne ferait que le retarder. Au moins, cette intervention lui avait-il permis de se rappeler qu'il n'était guère seul dans ses quartiers, et qu'il fallait remédier à cela au plus tôt.
-Ma chère, commenta Lucius, d'une voix qu'il s'efforça de rendre conciliante malgré son mécontentement manifeste, je pense que pour aujourd'hui, cela suffira. Je dois régler quelques affaires, aussi serais-je probablement indisponible pour le reste de la soirée. Du reste, j'ai appelé mon héritier, et peut être ne serait-il pas de très…bon goût qu'il nous trouvât ensemble en ces circonstances. Allons, soyez adorables comme vous seule pouvez l'être, la cajola-t-il d'un ton plus caressant, afin d'atténuer un peu la sècheresse de son renvoi. Une fois que j'aurais tiré ces menus tracas au clair, j'aurais une surprise pour vous.
Sans manifester une plainte, ou laisser entrevoir un quelconque mécontentement dans la manière tout de même cavalière avec laquelle elle était congédiée, Astoria se contenta d'une révérence charmante et désuète (elle savait qu'elle parvenait toujours à faire briller l'œil de Lucius avec ce geste un peu maniéré, un peu poupée), et déposa un chaste baiser sur le haut de la main de Lucius, avant de se retirer par des voies qui la garderaient cachée de tout œil indiscret.
Et si Lord Malfoy avait quelque déplaisir à se départir de sa fraîcheur, cela lui était nécessaire : il avait fait mander Draco, comptant bien sur l'attachement sincère qui le liait à sa mère, et qui ne saurait lui donner moins d'énergie pour venir le retrouver que Persée n'en avait eu fendant le ciel à toute allure pour sauver Andromède.
Andromède…rumina-t-il intérieurement, à la pensée désagréable que ce nom était aussi celui de sa belle-sœur…Décidément, il n'était pas en reste de métaphores antiques, aujourd'hui. Il fit sonner la cloche qui était toujours à portée de sa main sévère, afin qu'on lui apportât en conséquence, de l'ambroisie, et surtout, surtout : du nectar pour l'enivrer. Amer, ambré, souple : un Elysée que ne peut lui apporter ni la présence d'une Junon, ni le piquant d'une Io, et qui lui permet de glisser silencieusement, se coulant dans le fleuve de sa vie, paisiblement, dans la barque aux côtés de Charon.
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Vendredi 5 mars
Cendrillon
Non, c'était osé. Beaucoup trop osé. Pas vulgaire, mais…osé. Elle n'imaginait pas descendre la rue vêtue de la sorte.
…Et pourtant…
A-t-on jamais vu Hermione céder au pêché de vanité ? Rarement : au bureau, c'était toujours Pansy qui s'arrêtait en passant devant chaque vitre, chaque miroir, pour vérifier que ses mèches étaient bien en place, que son étole tombait correctement sur ses épaules. Non pas que Zac n'ait pas essayé, à de multiples reprises, de la faire sortir de sa réserve vestimentaire : avec des semi-succès, ou des demi-échecs, c'est selon. Admettons qu'il a fait des merveilles, ce Zacharias Smith : au gala des Nott, pour ne mentionner que cet évènement, qui est encore dans bien des têtes. D'ailleurs, parlant du loup, il n'y a pas si longtemps que ça, il avait payé à notre Gryffondor une charmante visite, au cours de laquelle il avait eu gain de cause en faisant vibrer la corde de la pitié, de ce que la brune n'avait jamais voulu lui céder dans le cadre professionnel : il avait pu mettre son petit nez fouineur dans les armoires d'Hermione.
Il s'était bien amusé. Il faut voir Zacharias, comme ce qu'il est : un homme qui a de l'expérience et un goût certain en matière de stylisme. Capable d'instinct de faire une étude colorimétrique de vos tons, et morphologique de vos traits, il n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il peut s'exprimer en aidant son modèle à en faire de même. Et il avait pris un malin plaisir à faire rosir, bondir, rougir Hermione en lui passant toute la palette des modes à fleur de peau. Ce père de jumelles était décidément comblé : il avait toujours aimé jouer avec les matières, les tissus, les couleurs. Cet ensemble de prime abord hétéroclite, il était capable d'en faire une création cohérente et révélatrice, comme le peintre qui à force de remuer les pigments finit par faire jaillir de la couleur, la véritable intensité.
Zac avait été la marraine bonne fée d'Hermione dans ce cas : il avait fallut de l'orgeat, beaucoup d'orgeat, mais la brune s'était mise à parler. Et une fois que les premiers mots avaient jaillis de la source de la bouche, la parole ne s'était pas tarie. Fort de cet angle nouveau au prisme duquel Smith pouvait contempler Hermione, il n'avait pu faire que les bons choix.
La brune n'avait jusqu'alors, pas tellement eu d'opportunités de faire étalages de ces quelques nouvelles acquisitions. Ne nous méprenons pas : il ne s'agit toujours pas pour elle, de faire dans l'ostentatoire, qui tombe assez facilement, il faut bien l'avouer, dans le vulgaire. Non, rien d'indécent, mais certainement un style un peu plus ouvert – libéré, en réalité. D'elle-même ? C'est ce que nous allons voir : à cette heure, elle fixe encore son reflet avec anxiété, tiraillée entre son envie d'être jolie, pour une fois, la première depuis si longtemps…Se sentir belle, être un objet d'admiration, de manière pleinement assumée et consentante. D'un autre côté, une petite voix qu'elle identifiait à peine, aboyait que le Docteur Granger avait depuis toujours, un espace défini duquel il était inconcevable de sortir. Cette zone de confort, d'habitude décontractée, pourrait prendre fin : il suffisait pour cela d'oser faire le premier petit pas en passant le seuil de la porte.
Pour aller retrouver…Quelqu'un. Ce Quelqu'un d'ailleurs, l'attend au bas de son immeuble, dans un taxi dont le compteur tourne depuis une dizaine de minutes au moins. Tom ne s'était jamais montré d'un caractère impatient : cela serait beaucoup trop en contradiction avec son caractère, voire son être entier, lequel paraissait être imperméable à tout jamais à toute forme de grossièreté.
(Le lecteur sait déjà à quel point cette dernière phrase se révèlera ironique par la suite).
Elle savait qu'il ne se formaliserait jamais de son retard, mais son dilemme était plus profond : il était trop tard pour se changer désormais, ou alors, cela allongerait encore un peu plus l'attente, et il serait trop tard pour profiter pleinement de la soirée.
Aïe, son courage a-t-il lui faire défaut ? Hermione se mordit la lèvre qu'elle venait de maquiller, se morigénant de se qu'il était trop tard pour changer de tenue désormais…quoique, un jean et un petit haut étaient si vite attrapés… ?
Elle se lança un regard résolu dans le miroir. Hermione. Jean. Granger. Non, non, et non : jeune fille, ce soir, vous irez danser, vous irez vous amuser, sans penser à rien. Vous ne vous atermoierez pas sur Malfoy, Harry et Ron. Vous ne ruminerez pas sur Bellatrix Lestrange et Lucius Malfoy, pas plus que sur les Mangemorts, ni au sujet des manigances du département des mystères, dans lequel Dolohov a faillit vous étrangler.
Car ce soir, Hermione Granger, ce soir, jusqu'au douzième coup de minuit, vous êtes une princesse : libre, insouciante, et vous allez retrouver votre prince, un homme vraiment charmant, pour frôler au plus près un rêve de conte de fée.
Et profitez-en bien : il en est des contes comme des songes, des histoires qui commencent bien, mais ne se clôturent pas nécessairement sur la maxime du « ils vécurent heureux »…
Pas toujours, toujours…
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Vendredi 5 mars
Le petit Poucet
-Tu es bien sûr de toi, Rolf ?
Le Scamander hocha la tête de haut en bas, d'un mouvement maîtrisé, quoique sec. De l'autre côté du combiné, Anthony ne pouvait pas l'entendre, mais il connaissait suffisamment bien le paléontologue pour en tirer les déductions idoines. Et cette nouvelle ne le réjouissait pas elle l'inquiétait plutôt.
-Alors ?
Les mains crispées sur un journal, Seamus encore attablé, attendait avec une pointe d'appréhension, mais surtout beaucoup de détermination que son copain livre son verdict.
-Est-ce que tu peux me dire un peu plus de choses sur lui, Rolf ? Poursuivit Goldstein, avec une gentillesse qu'il ne pouvait totalement empêcher de se faire insistante.
Il entendit le haussement d'épaule maladroit qu'eut le jeune homme.
-Pas vraiment, il est particulièrement doué quand il s'agit de rester neutre et de ne laisser fuiter aucune information. Luna ne l'aime pas, elle dit qu'il recouvre les gens d'ondes maléfiques.
Comme s'il relevait de la magie, le nom de la susnommée sembla alléger la tension qui appesantissait l'esprit des trois compères en présence. Une ride sur le front d'Anthony sembla se déplier, Seamus parut moins soucieux, et une poudre d'espoir vint recouvrir la voix de Rolf.
-Ce que je peux dire, en tous cas, avec certitude, c'est que le soir où Hermione est rentrée catastrophée du gala des Greengrass…Nott…Je ne me souviens plus, je n'y étais pas plus à l'aise que ça…Et puis c'est tellement futile ce genre d'évènement que…bref, ce soir là, en ouvrant la portière de la voiture qui l'a déposée, je suis sûr d'avoir aperçu mon éditeur, Tom Marvolo. C'est lui qui a raccompagné Hermione. Le reste, j'avoue que je n'en sais rien…
-Je peux le recouper très facilement à partir des informations qui me parviennent de Ginny et de Blaise Zabini – qui d'ailleurs, ne devraient pas tarder à arriver dans ton restaurant, Seamus…
Celui-ci comprit le sous-entendu, et se leva d'un bond afin de baisser les stores, afin de garantir l'intimité de la réunion à venir.
-Tu disais ?
-Oui, Ginny et Blaise Zabini….C'est tellement ahurissant que je peine à croire à un hasard…Apparemment, il était présent pendant une vingtaine de minutes à la soirée de Gwenog Jones, qui avait lieu à une quarantaine de kilomètres du château des Nott. C'était aux alentours de vingt-deux heures dix. Puis, on perd sa trace jusqu'à deux heures du matin environ : c'est l'arrivée d'Hermione à Nargoland.
-Chez nous ! approuva vivement Rolf, passant une main agitée dans ses cheveux rouge violacé.
-Pour l'amour du ciel ! S'exclama enfin le restaurateur irlandais, les yeux écarquillés. Qu'y a-t-il de si extraordinaire chez ce personnage, pour que nous nous retrouvions tous, ahuris, à essayer de reconstituer son emploi du temps ?
Scamander demeura silencieux et ce vide en disait long, pour lui comme pour Goldstein. Ce dernier ouvrit la bouche, la referma, puis l'ouvrit de nouveau. Mais…
*cling*
Voici le tintement du carillon de la porte d'entrée, douce musique s'il en est, qui le coupe dans son élan, pour laisser entrer...
-Elle est incroyablement…incroyable, cette décoration !
-Pourquoi ne suis-je pas étonné de t'entendre te retrouver à court de vocabulaire, Serpentard ?
-Potter, tu seras bien aimable de laisser Blaise en paix : jusqu'à présent, il a été capable d'apporter plus d'éléments à l'enquête avec un simple ragot, que toi avec toutes tes archives réunies.
-Mais…mais…Gin, je…
-C'est Ginevra Weasley pour vous, Monsieur Potter, le reprit cette dernière d'un ton des plus froid, avant de se tourner avec un grand sourire vers les instigateurs de la réunion.
-Courage, chuchota Blaise, tapotant Harry sur l'épaule d'un air encourageant. Au moins maintenant, elle est forcée de reconnaître ta présence : félicitations, tu as fait un beau progrès !
-Tu crois ? Repartit Harry sur le même ton, l'air piteux, contemplant les cheveux longs et lisses de sa fiancée avec mélancolie.
-Je vous dérange, ou quoi ? S'étrangla Seamus, qui avait observé cet échange chuchoté non sans quelque choc. Depuis quand est-ce que vous…
-Je t'expliquerai, Seamus, promis Anthony d'un ton apaisant qui attira l'attention générale sur lui. Harry, Ron est…
-…parti avec Tracey, confirma ce dernier avec un hochement de tête décidé. Ils ont pris le premier vol, et si tout va bien Neville aura fait le nécessaire d'ici à leur atterrissage.
-Quelqu'un a-t-il réussit à contacter Hermione?
Un ange passa.
-Téléphone ?
-Eteint…marmonna Blaise, soucieux.
-Chez elle ?
-La concierge a confirmé qu'elle était sortie vers dix-huit heures trente, et montée dans un taxi vers une destination…inconnue.
Le ton d'Harry était des plus tranchants. Anthony saisit le sens de cette coupe, et lui renvoya immédiatement :
-Seule ?
-Apparemment en compagnie d'un homme, d'apparence jeune, aux cheveux bruns, un peu guindé mais très bien mis…
L'agent du département des mystères laissa échapper une exclamation frustrée.
-Il est à peine dix-neuf heures, nous les avons manqués de peu…
-Est-ce quelqu'un va se décider à m'expliquer ce qu'il se passe ? Finit par s'écrier Seamus, qui était le seul à ne rien comprendre à la situation, et commençait à nourrir quelque ressentiment d'être ainsi laissé de côté. Je croyais qu'Hermione s'était trouvé un petit-ami un peu douteux, mais de là à ce qu'on…Pourquoi Ron est-il parti chercher les Aurors jusqu'au Royaume-Uni ? Et avec Tracey, c'est bien celle à laquelle je pense, Tracey Davis ? Bon Dieu, mais pourquoi est-ce que nos années de Collège nous retombent-elles sur le coin de la face, tout à coup ?
Le désarroi de cet ancien membre de l'A.D. eût pu avoir quelque chose de comique, voire même (n'ayons pas peur des mots) être un peu Ubuesque sur la frange. Eût pu, mais il faut le reconnaître, chers lecteurs, que même à ce stade de l'histoire, les choses doivent certainement être un peu floues pour vous, quand bien même tous les éléments y aient été semés dans le récit jusqu'à présent, grain par grain, ou plutôt (et pour filer la métaphore), cailloux après cailloux sur le sentier.
Alors qu'il est temps pour Mr Finnigan d'obtenir un état des lieux complet sur la gravité de la situation qui est en réalité le récit des fautes graves des uns et des autres, nous n'avons déjà plus le temps de nous attarder sur eux : celui-ci file à toute vitesse, et déjà nous devons nous glisser avec lui vers un autre pan du récit, car les projecteurs auront pour ce vendredi, long vendredi, plus d'une scène cruciale sur lesquelles se braquer.
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-Un peu, à la folie, passionnément, pas du tout...Un peu, à la folie, passionnément, pas du tout. Un peu...
-Mon chéri!
Eileen se laissa tomber avec souplesse aux côtés de l'enfant aux cheveux de jais, le nez enfoncé dans un herbier sur lequel il travaillait depuis le début de l'automne.
-Quelles belles fleurs! Est-ce que tu les as cueillies pour moi?
Severus rougit, songeant à l'autre fleur à laquelle il avait songé en piquant les marguerites dans le jardin de l'ouvrier d'en face.
-Euh...
Mrs Rogue ne s'en formalisa pas, tranquillisant son fils en passant tendrement sa main sur le haut de son front.
-J'ai essayé d'en offrir à papa, l'autre soir. Je me suis dit qu'il avait l'air toujours triste, ou pas content. Alors comme les fleurs font sourire Lily, et qu'elles sentent bons, je me suis dit qu'elle pourraient lui donner un peu de bonheur, aussi.
Eileen ne répondit pas, un nuage de mélancolie venant assombrir ce visage soucieux, qui devait être la prédiction de celui qui serait aussi l'expression de son fils plus tard. Son humeur auparavant allègre, se plomba instantanément, et elle se mit à son tour à arracher un à un les pétales de fleur, comptant dans sa tête moitié pour rire, moitié pour pleurer.
"Un peu, un peu, un peu, un peu..."
Puis, le dernier pétale tomba.
"Pas du tout".
Eileen Prince, Severus mêlé-de-Prince. Je t'aime...
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Vendredi 5 mars
Peau d'Âne
Il se faisait rarement convoquer.
Depuis Poudlard, en réalité, il ne se souvenait pas qu'il fut confronté à ce type de demande exigence impérative et impérieuse de sa présence, en qualité de commis au mieux, de mis en cause au pire.
Il sentait que ce soir, il devrait encore être tout à la fois prévenu, témoin, et défendeur de son propre procès. Sans tomber dans l'exagération, au moins tombons tous d'accord sur le fait que Draco est loin de passer sa meilleure journée. Une succession de tâches harassantes au bureau, un kidnapping raté qui a paradoxalement tourné à son désavantage en le transformant en grand méchant, et maintenant ça.
Ce n'est pas un clown, ni un circassien de quelque espèce que ce soit qui lui fait face pourtant. Puissamment engoncé dans son fauteuil de bureau tout en cuir et bois précieux, une main dressée sur sa canne, l'autre appuyé sur une cuisse, et le visage dure, Lucius Malfoy n'a pas appelé sa progéniture pour lui jouer quelque tour de prestidigitation que ce soit. Au contraire : c'est lui, le grand Lord, le fameux Duc, qui se sent floué, bafoué, joué. Comment, une situation échappe à son contrôle ? C'est une anomalie intolérable, qu'il ne peut, ne veux souffrir, et à laquelle son rejeton sera séant chargé de remédier.
-Père, salua avec courtoisie, brièveté, et raideur le jeune homme, adoptant une expression aussi neutre que possible, afin de ne pas laisser apparente de faille dans laquelle l'œil du serpent aurait pu venir s'engouffrer.
-Draco, mon fils, articula en détachant chacune des syllabes l'homme aux cheveux longs.
Et à ce débit lent, à cette mastication pâteuse qu'il ne connaissait que trop chez cet homme, Draco comprit immédiatement qu'il avait bu. Et il ne put empêcher une flamme de pitié et de colère de lui déchirer le cœur. Mais sur son visage, on ne lisait rien, tout au plus laissait-il filtrer une froide indifférence.
Quel mensonge. Tout le monde souffrait dans cette pièce, mais il semblait une fois de plus, que personne n'en soufflerait mot.
Quel gâchis.
-Je t'ai fait mander de façon urgente, car nous avons un problème. Un problème…grave.
Il laissa un blanc de quelques secondes, afin de donner plus de poids à ces mots, et préparer le lourd impact de ceux qui suivent.
-Un problème grave concernant Lady Malfoy.
Le cœur de Draco s'arrêta de battre, et un froid de Détracteur submergea sa poitrine.
-Mère ? Lui est-il arrivé quelque chose ?
Et il se moquait bien de laisser tomber le masque de froideur pour montrer sa vulnérabilité : si Narcissa Malfoy allait mal, c'était bien peu de choses que de subir le mépris de toute façon inexorable de Lucius.
-C'est ce que j'aimerais bien savoir, Draco : mais il semblerait encore une fois que tu ne puisses m'être d'aucune utilité en la matière, répondit avec un petit soupir excédé le Maître des lieux.
Puis, ôtant une peluche invisible de son pull en laine anthracite impeccable, il ajouta, cassant :
-Ce sera tout. Tu peux te retirer.
Encore sous le choc, l'héritier des Malfoy ne réagit pas immédiatement. D'un mouvement mécanique, inconscient, pavlovien, il sentit que son talon avait esquissé un pas en arrière qui devait précéder la rotation qui l'allait mener vers la sortie.
« Tu peux te retirer »
Quoi comme ça, sans aucune explication ? Il laisserait Lucius s'en tirer après qu'il l'eût prit au dépourvu, asséné un coup à lui couper le souffle, pour s'exiler dans quelque repaire où il attendrait dans l'angoisse d'un malheur des nouvelles de Narcissa ?
Il devait bien se l'avouer cette douzaine de jours qui venaient de s'écouler ne lui avaient pas laissé une occasion véritable de tourner vers sa mère une pensée de piétée filiale et contemplative. Non, non : deux semaines plus tôt, environ, la dernière fois qu'ils avaient discuté (à distance forcément, la surveillance de l'époux s'étant faite subitement étroite depuis la scène ayant eu lieu le mois précédent), la conversation tournait autour d'une potentielle cure à Bath dans le domaine des Carrow. Lord Malfoy avait compté sur Amycus et sa sœur tant pour garder sa femme sous contrôle que pour la ramener sur le droit chemin, l'air sain des anciens thermes romains l'aidant à « laver ses idées impures ».
(Sacré Lucius. Toujours le mot pour rire !)
Vraisemblablement, ce n'était pas là qu'elle s'était rendue : Cissy avait bien roulé Lulu dans la farine ! Berner Milord, disparaître dans la nature : et voilà que sa mère avait le culot de réaliser ce rêve que Draco avait caressé maintes et maintes fois entre deux ronds de cigarettes, soupesant le pour et le contre, coincé par le contrepoids d'une ancienne culpabilité.
« Tu peux te retirer »
Des années à complaire à son père, à acquiescer à la moindre de ses demandes, à sacrifier son bien-être, amputer sa personnalité, refouler des pans entiers de sa vie pour quel résultat ?
« Tu peux te retirer »
Il ne faisait aucun doute que la cadette des Black s'était sauvée. Sauvée, au sens figuré, comme au sens littéral : elle s'en était allée et peut être avait ce faisant, sauvé sa vie.
A cette pensée, une flamme d'espérance rendit au jeune homme un regain d'énergie, qui menaçait de déborder en un flot d'adrénaline. Cette éclosion se traduit en une seule pensée, confiante, rassurante : Narcissa est en sécurité. Il ne savait pas où, ni avec qui (quoiqu'il suspectât, et fort légitimement d'ailleurs, que son parrain soit impliqué dans l'affaire), mais il sentait qu'elle s'était arrangée, d'une manière où d'une autre, pour être hors d'atteinte de la poignée toxique de son mari.
Et lui …
Comme une madeleine trempée dans une tasse de thé, la rémanence d'une conversation qu'il avait tenue jadis, avec Severus Rogue, dans une petite chapelle au cœur des cachots de Serpentard, le submergea comme un parfum. Il lui semblait baigner dans l'odeur de cire et de pierre humide, laquelle se faisait l'écho d'une simple question qu'il n'avait pas su regarder en face, sept ans plus tôt :
« Alors pourquoi hésitez-vous à créer une rupture ? »
On ne s'échappe pas à soi-même.
« Courir, marcher, monter, descendre, aller, venir : tant fait l'homme qu'à la fin, il disparaît »
Mais on a beau faire, on n'échappe pas à soi-même.
-Je ne méritais pas cela.
Le directeur avait parlé à mi-voix, le regard encore un peu dans le vague. Interloqué de ce qu'il ne fût pas immédiatement obéi, Lucius jeta un œil mi-condescendant mi-désabusé à sa progéniture, ouvrant la bouche pour cracher un nouveau sarcasme.
Cette fois, la première fois, il n'en eut pas le temps. Le regard qui venait d'accrocher le sien était plus dur que l'acier. Et ce titanium vint scinder net le conseiller politique dans son élan, le tenant coi de surprise, en attendant l'hébétude.
-Je ne méritais pas cela, Draco, d'une voix aussi calme qu'implacable.
Puis, résolu à vider son sac, il explosa pour de bon.
-Je ne méritais pas les coups de cannes qui pleuvaient sur mon dos pour avoir offert quelques deniers aux clochards dans la rue. Je me souviens d'une gifle magistrale, assénée pour avoir une fois partagé mon déjeuner avec un enfant errant : la tempe m'en cuit encore. Ce pauvre gosse était à moitié mort de faim et moi, j'étais un gamin qui voulait avoir du cœur.
-Que…
-Je ne méritais pas les brimades, coupa Draco en élevant sa voix d'un cran. Je ne méritais pas les brimades, les rabaissements perpétuels parce que je n'arrivais pas à être le premier de la classe, ou le meilleur en Quidditch, ou parce que je préférais jouer dehors avec Théo et Blaise plutôt que de passer des heures enfermé dans la bibliothèque poussiéreuse du Manoir, à écouter de vieilles momies débiter des leçon d'arithmétique avec autant de passion qu'un croquemort fait sa tournée au cimetière…
-Comment peux-tu…
-Les dîners chez les cousins, les rallyes auprès des grandes familles, et votre empressement, toujours cet empressement de me faire parader comme un animal, de m'assigner un rôle, une place aux enchères où je serais vendu au plus offrant ! Vous ne m'avez jamais laissé le choix : je n'ai pas choisi mon cercle d'ami, ni mes loisirs : je hais le hautbois jusqu'au plus replié coin de mon âme, et j'ai dû subir quatorze années de cours avant que vous ne consentissiez à ce que je quitte le Conservatoire…J'ai abhorré chaque cours de finance, de comptabilité, d'optimisation fiscale, qui me donnaient envie de me tailler les veines avec un coupe-papier plutôt que de remettre un pied dans ces salles de classe pour « élèves choisis ». Choisis par qui, au nom de quoi ?
-Tu parles à ton PERE! Rugit Lucius Malfoy, sautant de sa chaise d'un mouvement furibond, le visage moite, le front rouge. Du temps d'Abraxas, jamais un petit écervelé n'eût osé lever ainsi le ton contre son aîné, jamais l'on n'aurait songé à manquer de respect ainsi aux anciens ! Je croyais que tu avais été élevé dans les valeurs traditionnelles, mais j'aurais dû être plus méfiant : j'ai confié ton éducation à des femmes, et tu as été incapable de t'en endurcir. A qui crois-tu devoir ta situation actuelle, Draco : à ton talent ? Mais vous n'être rien sans moi : sans moi, sans le prestige de notre nom, sans le soutien financier de la famille ! Je t'ai élevé, logé, nourri, éduqué : j'ai payé des milliers de Gaillons pour que tu puisses être hissé à la place que tu occupes aujourd'hui, et je ne tolérerai PAS qu'un parvenu ridicule s'oublie au point de me donner une leçon !
Et tout en parlant, il triturait la tête de serpent ouvragée qui ornait le sommet de sa canne, et les souvenirs désagréables qui déferlèrent en cascade sous les yeux du séparatiste furent une huile qui attisa les flammes de sa colère.
-C'est exactement ce que vous refusez de comprendre : je ne vous dois rien. Rien du tout si ce n'est de nombreuses névroses qui annoncent de belles années de thérapies devant moi. Le seul contrat qui puisse exister entre un père et son fils devrait être le contrat de l'amour, de la piété mutuelle. C'est la seule chose que j'ai jamais voulu obtenir de vous : pas des jouets étincelants, encore moins des habits luxueux ou des loisirs coûteux et inutiles…Juste un peu de temps, et surtout de la place : de l'espace pour être moi-même, de la latitude me sentir accepté pour qui je suis, accepter que je me façonnasse et me sculptasse à ma propre image. Je ne suis pas votre fils, mon Père : je suis un enfant de la vie, tout comme vous l'étiez naguère. Et nous avons tous droit d'honorer notre divine part de liberté : je comprends que c'est ce que je dois faire aujourd'hui.
D'un geste fluide, il se saisit de la chevalière magnifique, d'or sertie d'émeraude portant les armoiries de la Maison Malfoy, qui était pour lui l'équivalent d'un boulet qu'un prisonnier traînerait au pied.
Il l'envoya au tapis d'un mouvement net.
-Voilà. Il va sans dire que je vous laisse les autres bibelots fats et mises présomptueuses. Ainsi que les actifs, les parts, les titres qui sont sur mes divers comptes : je n'en aurais plus l'usage, car je compte dès ce jour gagner honnêtement ma vie, par d'autres moyens. Ce n'est pas un au revoir, père : j'espère franchement, et sincèrement qu'il s'agit d'un définitif et irrévocable adieu, et je prie pour être à jamais désaffilié de la lignée des Malfoy, tout en gardant l'espoir de ne jamais plus vous revoir.
Et il n'y a pas grand-chose à ajouter, si ce n'est qu'il se rua hors de l'antre d'Antée avec un certain panache, il faut l'avouer, sous le regard médusé de Lucius, transformé semble-t-il, en statue de sel.
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Harry regardait la pluie tomber sur Londres. Sur ces quelques lignes, il n'y a pas grand chose à dire: c'est un après-midi triste, froid, pendant lequel il n'y a en effet, pas grand chose d'autre à faire que de regarder un déluge d'eau envahir les rues, les gouttes pleurer sur ses fenêtres.
L'album photo sur ses genoux est grand ouvert sur deux visages souriant, dont le sien est la synthèse parfaite: grands yeux verts, cheveux noirs en bataille, Lily et James qui tournent vers lui un regard radieux dont il ne se souvient plus.
Grimace. Il se souvient des colères de l'oncle Vernon, des agaceries de Dudley, des manières aigries de la tante Pétunia.
La tante Pétunia...une ligne, juste une ligne pour le soulever, mais cette femme qui avait été une gamine à sandales et à couettes, avec qui il avait vécu seize ans de sa vie. Cette bourgeoise blonde, acariâtre, mariée au plus terre à terre des hommes, se peut-il qu'il ait ignoré tout sa vie durant, qu'elle connaissait Severus Rogue plus profondément et plus intimement qu'il ne le connaîtrait jamais?
Il ferma le livre, songeur de cette enfance qu'il n'avait pas connue, et dont il se demandait comment Petunia avait influencé Severus, l'inverse, et s'ils seraient amenés à se revoir un jour...
Harry Potter, Petunia Evans. Farandole.
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Vendredi 5 mars
Les fées
Et je ne résiste pas au plaisir, avant de laisser partir le héro pour quelques temps, de poursuivre un peu avec lui jusque dans la rue, qu'il arpente sans se soucier de la direction qu'il emprunte, hébétée, ébloui de la scène qu'il vient de provoquer, revivant dans le désordre et le chaos le détail de la conversation dont il sort à peine.
Que diable venait-il de se passer ?
Au bout de nombreuses années de lutte contre lui-même, de torture, d'anxiété depuis dix ans qu'il nourrissait en son sein des velléités séparatiste, qu'il fantasmait, se projetait dans une illusion de toute puissance dans ce monde de l'entreprise qu'il croyait commander, parce qu'il croyait qu'il serait sécurité tant que tout serait sous contrôle…
Dix ans de malheur : et il venait d'en lâcher la bride sur un coup de tête, sur un coup de sang, et s'en sentait tellement léger qu'il voulait courir dans la rue, au devant, courir au vent jusqu'à en perdre haleine, en riant de bonheur de cette sensation de liberté qu'il n'avait jamais connue, qu'il effleurait du bout des lèvres, et qu'il avait hâte d'explorer.
Avait-il jamais eu l'occasion de rencontrer Draco sans Malfoy ?
Draco.
Juste, Draco
Un homme comme les autres, libre de se forger son propre destin.
Passant la devanture d'une papeterie, il aperçu dans le reflet de la baie vitrée sa silhouette qui souriait à l'inconnu. En l'examinant de plus près, pour la première fois depuis des années, en voyant son image dans le miroir, ce fut un ami qu'il reconnu.
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Vendredi 5 Mars
Le petit chaperon rouge
Les notes spirées qui s'envolent de la scène, jusqu'au balcon où des centaines d'amateurs écoutent en pâmoison, auraient pu à un demi-ton près incarner l'enjouement et l'innocence de l'enfance. Car ce concerto de Mahler, dont l'histoire relate l'enterrement d'un chasseur qui est pleuré par les animaux de la forêt, repose sur les notes de la comptine bien connue où l'on imagine un moine (peut être un peu douillet) remettre sa bure en place et se précipiter la figure toute ensommeillée pour aller sonner les matines.
(Ding, ding, dong)
Pauvre chasseur ! De bois en fables, la pensée d'Hermione vagabonde un peu : non pas qu'elle s'ennuyât, mais son esprit brillant n'est jamais complètement au repos, quand bien même son attention serait focalisée sur un objet. Et la réminiscence de la ritournelle de « Frère Jacques » l'avait ramené en arrière, quand elle était petite et qu'elle apprenait le français, cette langue brillante qu'elle n'avait jamais cessé d'admirer depuis.
Il ne faut rien ôter à la littérature Britannique et Irlandaise : de Bram Stocker à Mary Shelley, en passant par Oscar Wilde, Jane Austen, les Brönte ou Charles Dickens, il y a sans controverse chez les anglophones une tradition d'écriture et une originalité presque « folklorique », qui a taillé siècle après siècle, la réputation de qualité et d'ingéniosité de ce monument des arts.
Mais les français ne sont pas mal non plus. Quoique son père trouvât à redire, elle avait été élevée bien moins avec les frères Grimm et Andersen, qu'entre La Fontaine et Perrault. Ce dernier avait toujours exercé une puissante attirance sur son imaginaire. Bien des années après, elle continuait de relire régulièrement ces histoires, qui sont en réalité de petits fragments de morale, pour les décortiquer et les analyser à l'aune de son regard adulte. Elle se demandait parfois, si elle avait des enfants, comment elle pourrait leur expliquer la profondeur et les sens cachés, la cruauté, de ces contes.
A-t-elle déjà fait l'analogie entre la scène qu'elle est en train de vivre, et un récit célèbre d'un auteur qui a été précité ? Si pas, peut-être pouvons-nous oser le faire pour elle : cette robe, qui a été le sujet de tant de tergiversations, ne lui va-t-elle pas à ravir ?
On peut comprendre son scrupule : ce n'est pas tant la coupe, fort modeste si l'on compare les décolletés pigeonnants ou les tuniques fendues jusqu'à la cuisse dont d'autres femmes en présence ont fait leur apanage. Certes, la taille est étroitement maintenue, et le col rond rehausse et suggère la gorge, sans toutefois rien laisser dévoiler. Oui, le jupon mi-tulle mi-soie caresse gentiment la peau à chaque pas, en une gondolance invitante. Je l'admets : la dentelle des manches et du dos dessine tel un tatouage au henné, mille arabesques à la tendre courbure, qui semble inviter à la caresse.
Mais pour sophistiquée, la robe, noire ou bleue, eût été banale. En revanche, cette teinte rouge sang, accentuait avec tant de brio sa chevelure brune, renvoyait à l'incandescence de son regard, et tranchait merveilleusement avec la blancheur de son sourire.
Celui de Tom s'était d'ailleurs fait large, lorsqu'il l'avait accueillit au début de leur escapade. Il n'avait pas cherché à cacher son regard admiratif, et après quelques rosissements de circonstances, elle s'était laissé faire. Elle se savait à son avantage, pour une fois : on pût croire que la robe eût été moulée pour elle, tant elle absorbe naturellement son corps, épouse le moindre de ses mouvements.
Son cavalier n'était pas en reste. Il a toujours été très soigné, élégant, quoique très simple et privilégiant les teintes noires et vert sombre. Mais ce soir, il s'était encore surpassé : jamais veste n'avait aussi bien dessiné la ligne du torse et la carrure des épaules, jamais pantalon n'avait coupé la jambe qu'on devinait fort belle, avec tant d'avantage, et la symétrie du buste au bassin avait dans le roulement de ses pas quelque chose de si manifestement parfait, qu'il attirait sur lui les regards comme un aimant capte le fer.
Un véritable Arès : mais ça, nous le savions déjà. Avant d'entrer à l'opéra, à le voir fendre la foule de son pas de velours, Hermione dut se l'avouer : son cœur avait manqué plusieurs battements, et parfois même son souffle s'était précipité. Elle savait –cela crève les yeux – que Tom était est, beau. Mais jusqu'à ce jour, elle s'était toujours figurée leurs rencontres comme celles de deux cerveaux allant à la découverte de l'autre, dans une compétition sans enjeu ni rivalité. Or ce soir, et à sa grande surprise, elle découvrait que son corps pouvait être physiquement happé par le charisme du libraire, et se demandait si le moment venu, elle répondrait à l'appel du corps qui faisait face au sien, qui avait si souvent tenté d'aspirer le sien par ses mots, et son aura.
Le chasseur est mort, et c'est un peu triste : c'est surtout dangereux, car quand la bobinette cherra, qui viendra au secours des petites filles imprudentes qui n'ont pas bien écouté les recommandations de leurs mères l'Oye, et se retrouvent prisonnières inconscientes des ruses du loup qui, une lueur rougeoyante dans les yeux, se pourlèche déjà les babines ?
Grand-mère, comme vous avez de grandes dents…
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