An 295, 24 Décembre – Garderobe
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Natsuki était ébahie. En ce 24 décembre, il n'y avait plus la moindre étudiante à GardeRobe. Toute était retournée chez elles. Noël n'était plus une fête. Elle avait disparu de l'histoire en 3 siècles. Chaque pays avait vu leurs périodes de congés et de vacances se construire autour de nouveaux événements et d'autres périodes de temps propres à leur nouvelle histoire. La mort de Fumi Himeno -la première otome- était devenue un jour férié national mais au-delà de cette fête particulière, chaque royaume différait à ce sujet.
Shizuru avait cru bon que GardeRobe ait des périodes de repos qui diffèrent de chaque Royaume, que toutes les étudiantes soient à la même enseigne.
Elle avait choisi une semaine qui y incluait Noël. Ce n'était même pas une fête aussi importante au Japon qu'elle l'avait été dans d'autres pays, mais c'était une fête qui lui plaisait. La neige, les sapins, les cadeaux. C'était une fête bonne enfant à ses yeux qui ne se rattachait à absolument rien de religieux mais qui représentait plutôt celle d'une réunion de famille. Quelque chose dont elle avait toujours rêvé.
A noël donc, il n'y avait plus personne à GardeRobe, les étudiantes retournaient à leur famille passée une semaine et Shizuru passait parfois à GardeRobe à cette période, vivre avec certains fantôme de son passé entre les murs étrangement similaire de ce qui avait été des siècles plus tôt son école.
Natsuki l'accompagnait toutefois pour la première fois. Hiro trottinait à leur côté.
« C'est incroyable, s'exclama-t-elle avec emphase. Il est évident que l'architecture n'est pas tout à fait pareil mais… je pourrais m'y croire. »
Les yeux fermés, Natsuki s'imagina 3 siècles plus tôt à Fuuka Gakuen. Les souvenirs n'étaient pas aussi réjouissant qu'elle l'aurait aimé. Elle y avait passé ces vacances seules à l'époque. Aigrie et perdue à la recherche de réponse et de vengeance pour sa mère.
Shizuru lui avait déjà fait visiter les locaux. Expliquant les décisions qu'elle avait du faire, les aménagements nécessaire pour accueillir des otomes, ce qu'elle avait gardé intact comme à leur époque.
Natsuki, jamais dérangé par le froid, avait demandé à visiter les jardins.
Shizuru s'était emmitouflée dans l'ancienne parka de Natsuki quand il avait semblé évident qu'elle ne s'était pas attendue à sortir en les téléportant au sein même de l'établissement. Elle avait proposé de retourner chercher un manteau à Koryo, ce qui lui aurait pris autant de temps qu'en chercher un dans un pièce voisine, mais Natsuki avait proposé de passer le reste de la journée comme des gens normaux. Sans téléportation pour un tour du monde express. Et puis le froid de Garderobe n'avait rien de très impressionnant à côté de celui d'Artai.
Shizuru avait reniflé de dérision à son assertion mais n'avait rien ajouté et avait accepté de se glisser dans le manteau de Natsuki. Il détenait encore la chaleur de la jeune femme et son odeur boisé. Elle avait du refréner cette envie stupide d'y enfoncer son nez pour s'en gorger.
Si Natsuki avait noté quoi que ce soit, elle n'avait rien dit. Natsuki ne disait pas grand-chose dernièrement, pourtant Shizuru était sure qu'elle avait du voir la distance qu'elle avait réinstauré entre elles après la mort de Fumi -la Fumi de cette époque. Mois après mois, Natsuki était pourtant parvenue à diminuer cette faille entre elles, mais elle s'était aussi faite de plus en plus silencieuse.
Elle se retrouvait cependant là , à sautiller dans la neige, en riant, les joues et le nez rougis par le froid et Shizuru avait du mal à en détacher son regard.
Elle ne se rendit même pas compte qu'elles avaient atteins les jardins comme Natsuki le souhaitait. Il n'y avait pas grand-chose à y voir à cette époque de l'année, mais Natsuki s'était aussitôt figée, les yeux glissant de part en part.
« Le jardin, souffla-t-elle. C'est celui de notre rencontre. »
Shizuru lui tourna un regard surpris. Pour tout dire, elle avait vraiment pensé que Natsuki ne se souvenait pas de leur rencontre. L'importance qu'elle avait pour Natsuki n'était certainement pas réciproque à cette époque.
Shizuru se gratta distraitement la joue.
« C'était mon argent. Je pouvais bien façonner le jardin selon mes goûts.
-Bien sûr que tu le peux, rit Natsuki en revenant vers elle. »
Hiro partit en détalant en quête d'un animal quelconque qui avait pensé profiter de la blanche tranquillité du jardin.
« Il y a des moments décisifs dans la vie. Des tournants majeurs. Celui de notre rencontre en était un. Je ne peux que m'en souvenir. »
Shizuru ouvrit la bouche sans bien savoir quoi répondre à cette vérité. Elle ne s'était jamais attendue à ce que Natsuki voit les choses ainsi.
« Tout ça parce que j'avais envie d'écraser une fleur, rappela Natsuki en se rapprochant tranquillement de Shizuru.
-J'admets que ce n'était pas mon idée la plus lumineuse pour une première conversation, reconnut-elle gênée. Mais tu avais la mauvaise habitude de ne pas rester en place. Même si j'étais parvenue à t'approcher, la proximité de d'autres étudiants m'aurait valu une réplique cinglante. Alors j'ai du improviser lorsque je t'ai trouvé seule dans les jardins.
-Et tu as pensé que me réprimander pour des fleurs te gagnerait mes affections ? s'amusa Natsuki.
-Kami-sama, j'ai passé la soirée à me traiter d'imbécile pour cette approche, se rappela Shizuru en riant. Je pensais avoir rater ma chance et que tu me prendrais pour une imbécile.
-Je t'ai pris pour une imbécile, rit Natsuki. Je pensais d'ailleurs que tu cherchais à te moquer de moi ? Après tout pourquoi serais-tu venu me voir moi alors que tu étais aussi populaire et aimée de tous et que j'étais… juste moi, la pauvre fille en colère contre le monde ?
-Avoue que tu te poses cette question depuis longtemps ? répliqua Shizuru refusant de tomber dans l'atermoiement ce jour-là.
-Depuis le premier jour, sourit Natsuki. Si tu as passé la soirée à te traiter d'imbécile, j'ai passé cette soirée-là à me demander ce que tu cherchais à faire. J'avais peur de… je ne sais pas de devenir une sorte de souffre-douleur pour les gens populaires que tu dirigeais.
-Je ne dirigeais personne, se récria-t-elle. Mais rassure moi, personne ne t'a jamais…
-Brutaliser ? s'amusa-t-elle. Non ! Mais à force de regarder des séries américaines où des jeunes sont harcelés, j'avais une vision assez négative des gens populaires qui s'en prenne aux autres sans craindre de répercussions. Et puis… j'ai découvert que tu n'étais absolument pas comme ça. Tu n'as jamais paru énormément t'intéresser à ce que les autres pensaient de toi, tu ne faisais rien pour leur plaire, tu étais simplement toi-même et les gens adoraient le sol que tu foulais.
-Attention Natsuki tu vas me faire rougir.
-Ce serait une belle preuve que mes paroles te touchent, s'amusa-t-elle. »
Shizuru remarqua soudain la proximité de Natsuki, à quel point elle s'était rapprochée d'elle lors de cette brève discussion. Elle fit mine de ne pas l'avoir remarqué et s'écarta de quelques pas, détournant le regard vers les jardins.
Elle aurait juré entendre un soupir de déception dans son dos mais elle ne prit pas le risque de vérifier.
« Tu sais ce qui m'a inspiré le nom de l'école ? enchaîna-t-elle désespéré de ne pas laisser ce silence s'attarder.
-GardeRobe ? demanda Natsuki. »
Elle en avait une vague idée.
« C'est la bijouterie où je t'ai acheté ce collier. »
Shizuru porta sa main à sa gorge. Il était caché sous ses vêtements comme souvent. Elle aimait la sensation du métal contre sa peau.
« Exactement. Je trouvais que ce serait un bon clin d'œil à notre histoire et nos origines. »
Le nom n'était pas particulièrement beau, ni élogieux ou quoi que ce soit, mais il convenait pour toutes les raisons évoquées par Shizuru. Pas seulement pour les raisons évoqués par Shizuru.
« Tu as pensé à moi. »
Shizuru grimaça brièvement avant de se retourner vers Natsuki.
S'était-elle encore rapprochée ? Elle n'était pas bien sûre.
Elle en était presque venue à oublier qu'elles étaient seule dans un jardin enneigé. Elle n'entendait plus que le sang battant à ses tempes, piégés entre l'attente de savoir ce que comptait faire Natsuki et ce qu'elle devait faire elle-même. Devait-elle faire quelque chose ?
Des bruits de pas retentirent. Natsuki soupira, le moment était perdu. Elle s'éloigna de Shizuru attendant de savoir qui venaient les déranger. L'Académie GardeRobe était censée être déserte.
Elle n'aurait même pas du être surprise de voir la silhouette de Miyu.
Shizuru sourit. Le destin avait une conception étrange des choses. A quelques nuances près, elle revivait l'exact réplique de la journée de congé qu'elle s'était prise en avril 92 dans ce même jardin qui venait alors d'être aménagé. Elle s'était imaginé Natsuki à ses côtés ce jour-là, à la différence que son monologue intérieur avait finalement pris corps en une conversation réelle entre deux personnes dont les répliques étaient les mêmes. A quelques nuances près.
Natsuki de son côté, se demandait si Miyu était toujours aussi présente auprès de Shizuru ou si c'était pour ses beaux yeux qu'elle faisait un tel effort de présence.
« Miyu, salua Natsuki agacée. »
Shizuru, elle, s'était remise à faire quelque pas dans la neige craquante dans un signe claire que si on pouvait effectivement lui parler, elle n'était pas particulièrement enthousiaste de devoir traiter quoique ce soit d'important ou de sérieux ce jour-là. Pas plus que cette fois là Miyu.
« J'ai une informations à vous faire part. »
Encore, songea-t-elle.
« ça ne peut pas attendre demain ? coupa Natsuki. »
Les sourcils de Miyu se froncèrent d'incompréhension et Shizuru se demanda si c'était parce que la réponse lui déplaisait toujours autant ou si c'était parce que ces processeurs recoupait cette discussion à celle qu'elle avait eu en 92 dans ce même jardin.
Natsuki sentit une pointe de colère irraisonnable lorsque l'androïde guetta la réaction de Shizuru. Natsuki n'avait pu que le remarquer. Elle avait beau participer à toutes les conversations depuis son retour, elle avait beau être parfois décisionnaire, tous les interlocuteurs finissaient toujours par se tourner vers Shizuru. Comme si le moindre de ses mots devait être confirmé par la jeune femme.
Bien sûr, ils avaient toujours débattu avec Shizuru ; et Natsuki venait pour ainsi dire d'arriver mais elle savait que ce n'était pas que ça.
Shizuru était simplement charismatique, les gens s'étaient toujours tournés vers elle. Natsuki en avait pris l'habitude mais c'était récemment que Natsuki s'était vraiment et pour la première fois senti inférieur. Insuffisante pour elle. Était-ce pour cela qu'elles n'allaient nulle part ? Shizuru avait-elle compris qu'elle pouvait avoir mieux qu'une garagiste ?
Shizuru était toujours à déambuler quelque pas devant elles –Miyu et Natsuki s'étaient mises inconsciemment à la suivre. Elle attendait de savoir comment Miyu allait réagir. Allait-elle insister comme par le passé ? Elles avaient déjà eu ce débat avec Miyu suffisamment de fois pour savoir que l'androïde ne comprenait toujours pas la procrastination.
« On peut voir ça plus tard ? demanda diplomatiquement Natsuki qui ne pensait pas que s'énerver soit une façon de se défaire de Miyu. »
-Bien, en convint-elle avec une étonnante facilité. Je vous laisse au moins ça. »
Intriguée, Shizuru se tourna pour trouver Miyu en train de tendre un petit écrin de velours noir à Natsuki.
Elle se retint d'éclater de rire. Évidemment.
Natsuki échangea un regard avec Shizuru qui se doutait de ce qui s'y trouvait. L'occasion était vraiment trop bonne pour ne pas en profiter et la réaction de Natsuki serait probablement bien meilleure que celle de Miyu.
Et puis elle voulait briser cette ambiance étrangement tendue.
« Miyu ! s'exclama-t-elle faussement indignée. Tu demandes à Natsuki de t'épouser ? »
Natsuki ne put s'empêcher de rougir.
« Arrête, balbutia-t-elle gênée.
-Je suis désolée pour la confusion, intervint Miyu. Je ne souhaite toujours pas demander qui que ce soit en mariage, je venais juste rendre la GEM. »
Shizuru ne put s'empêcher d'éclater de rire alors que Natsuki la rabrouait gentiment d'un coup dans l'épaule.
« Néanmoins, poursuivit Miyu, le mariage semblant être un sujet d'intérêt pour vous, je peux toujours vous conseiller de bonnes bijouteries.
-ça suffit, s'exclama Natsuki. Nous ne voulons pas nous marier ! »
Elle balayait ses mains entre Shizuru et elle au ''nous''. Miyu balaya leurs deux visages avant de hausser les épaules.
« Je ne parlais pas forcément d'un mariage entre vous. Fujino-san ayant déjà par deux fois confondues cet écrin pour une demande de mariage, j'y vois là la projection d'un désir. Alors, au cas où si l'une de vous a quelqu'un avec qui...
-Merci Miyu, mais ce ne sera pas nécessaire, l'interrompit Shizuru consciente que Miyu ne faisait qu'alourdir l'atmosphère déjà tendue. »
Elle n'avait pas de prétendants, si ce n'était peut-être Natsuki. Difficile d'en trouver quand on passait son temps à travailler et qu'on vivait à moitié dans la clandestinité.
Shizuru laissa Natsuki récupérer l'écrin et l'ouvrir pour y retrouver encore une fois la GEM complémentaire à la sienne.
« Tu as réussi à déverrouiller l'utilisation pour se déplacer dans le Temps ?
-Non. C'est le code tout entier qui a été détruit. Vos nanomachines n'ont jamais été créées dans ce but, ce sont leurs nombreux dysfonctionnements couplées aux altérations qu'elles ont apportés à votre cerveau qui vous ont donné cette capcité. Il est possible qu'injecter à d'autres, ces mêmes nanomachines auraient eu des effets bien différents. C'est une étrange complémentarité qui est né entre la machine et vous Shizuru Fujino. Mais hélas tronqué de cette partie du code, la capacité de traverser le Temps est perdue. Et je n'ai pas la capacité de la réécrire.
-N'as-tu pas copié ces données pour créer la super meister de Lena ?
-Non. Seules les données de la GEM, le code altéré est celui des nanomachines. »
Miyu comme Shizuru notèrent l'air ennuyé de Natsuki. Ce n'était pas seulement dû à Miyu et à sa présence. Cela tenait aussi du fait que Natsuki pensait toujours avoir fait le bon choix en autorisant Fumi à détruire cette partie du code des nanomachines. Elle savait que Shizuru la voyait comme responsable -autant que Fumi elle-même. Après tout, Fumi avait supprimé le code des nanomachines en passant par la GEM qu'elle avait donné à Natsuki.
Natsuki voulait bien convenir qu'elle avait abusé de sa confiance. Shizuru lui en voulait toujours pour cela. Certaine qu'un tel pouvoir pourrait encore leur servir, elle avait passé le dernier mois à tenter de le récupérer.
En vain apparemment.
Elle avait récupéré sa GEM de Natsuki après la mort de Fumi pour la confier à Miyu. Natsuki doutait qu'elle accepte de la lui rendre à présent.
Natsuki resserra sa prise sur l'écrin.
« Merci, Miyu. A plus tard, dit-elle lui indiquant par la même qu'elle pouvait -devait- partir.
-A plus tard, confirma l'androïde avant de rapidement disparaître sa mission accomplie. »
Natsuki se tourna vers Shizuru.
« Tu le fais exprès ? se plaignit-elle. »
Natsuki était agacée que Shizuru ne se cache même pas pour tenter de récupérer un pouvoir qu'elle désapprouvait tant.
« Bien sûr, dit Shizuru. Tu ne pensais tout de même pas que Miyu apportait une alliance ? »
Natsuki soupira, consciente que Shizuru avait très bien compris de quoi elle voulait parler mais qu'elle préférait changer de discussion. Et après tout pourquoi pas. Elles avaient des opinions divergentes et c'était leur droit. Natsuki reconnaissait avoir fait une erreur en supprimant ce pouvoir dans son dos. D'autant qu'elle lui avait effectivement reprocher de l'avoir privé de son libre-arbitre pour faire exactement la même chose. Simplement parce que c'était la solution de facilité et qu'elle avait espéré éviter un conflit. Elle avait été convaincue qu'il faudrait beaucoup plus de temps que cela pour qu'elle s'en rende compte. C'était très stupide de sa part, à la fois naïf et lâche.
Elle espérait sincèrement qu'elle n'ait pas perdue toute ses chances à cause de cette erreur.
Je suis tellement désolée Shizuru. Elle attendait de Shizuru qu'elle soit meilleure qu'elle, qu'elle sache faire preuve de pardon alors qu'elle avait elle-même encore du mal avec cette notion.
« Je peux la garder? demanda-t-elle. »
Shizuru tourna la tête pour rencontrer le visage de Natsuki.
« La garder?
-La GEM. »
Shizuru fronça les sourcils.
« Pour en faire quoi ?
-Pas pour supprimer de nouveaux codes, je te le promets.
-Alors pour en faire quoi ? insista-t-elle. »
La seconde GEM n'avait guère d'utilité. Shizuru n'avait pas besoin d'un Master, ses nanomachines n'avaient pas été conçu sous ce principe. Elle n'avait nul besoin d'autorisation pour utiliser ses pouvoirs et Master ou non, elle serait toujours incapable de concrétiser arme ou robe, elle avait essayé plus d'une fois lorsque Miss Maria avait porté la GEM correspondant à la sienne.
Natsuki lui tendit l'écrin en un signe qu'elle était prête à le lui rendre si Shizuru refusait de la lui laisser. Bien que méfiante, Shizuru ne chercha pas à la récupérer et Natsuki ramena l'écrin vers elle, la faisant tourner entre ses mains.
« Je sais que je ne serai pas un Master, tu me l'as déjà expliqué la première fois. »
En mars, quand Shizuru lui avait volontairement tendue.
Enfin volontairement après beaucoup d'insistances de Natsuki. Elle avait cédé simplement pour savoir où se trouvait Natsuki en tout temps, qu'elle puisse la sauver facilement si elle se retrouvait dans une solution similaire à celle d'Artaï. Sa seule exigences était que Natsuki enlève la GEM si elle ressentait la moindre douleur à travers leur lien.
Natsuki avait menti évidemment en acceptant cet accord. Si elle pouvait apaiser et supporter une partie des blessures de Shizuru, elle voulait le faire.
« Mais je suis certaine que si tes blessures se répercutent sur moi, tu seras un peu plus soucieuse de ton état de santé et que tu y réfléchiras à deux fois avant de prendre des risques inconsidérés. »
Peut être qu'elle surestimait son importance aux yeux de Shizuru aujourd'hui.
« C'est une idée stupide, s'agaça Shizuru. De un, je ne prends pas de risques inconsidérés ; de deux, un accident peut vite arrivée ! Imagine que je me fasse renverser par une voiture ?
-Alors, de un, ironisa Natsuki, les véhicules motorisés sont beaucoup plus rares aujourd'hui crois-en une garagiste ; de deux, si tu as pu éviter d'être renversée par eux dans le Japon d'antan, tu y arriveras dans le Japon d'aujourd'hui.
-Un accident ne nécessite qu'une voiture.
-Et bien peu importe, s'exclama Natsuki en ouvrant l'écrin pour récupérer la seconde GEM. »
Shizuru pinça les lèvres et plissa les yeux, semblant hésiter à la laisser faire. Elle ne dit rien cependant.
« Je dois voir ça comme une manière de nous lier l'une à l'autre ? Ironisa-t-elle à la place. »
C'était toujours plus facile d'éviter les conversations qui la gênaient ou la déstabilisaient en les détournant avec du sarcasme.
« J'ai plein d'autres idées –de meilleures idées- pour nous lier l'une à l'autre, répliqua Natsuki du tac-o-tac. »
Les sourcils de Shizuru se haussèrent d'une manière qui était presque comique. Shizuru avait de quoi être surprise, Natsuki ne s'était jamais montré aussi en avant sur ce qu'elle voulait. Et si Natsuki n'était pas aussi frustrée par Shizuru et cette putain de distance qu'elle semblait vouloir lui imposer, Natsuki aurait peut-être rougi de ce qu'elle venait de dire.
Pourtant, si Natsuki devait être brutalement honnête pour obtenir une fichue réaction de Shizuru, elle allait l'être. Ça commençait à être tout bonnement insupportable d'être tenue à bout de bras et de se voir souffler le chaud et le froid.
Et oui, elle se sentait coupable de lui avoir longtemps fait vivre la même chose.
« ça n'arrivera pas, s'amusa Shizuru qui préférait continuer d'user de l'humour face à cette surprenante situation. Certainement pas ici, en pleine nature. »
-Vraiment ? Il n'y a que nous ici pourtant, sourit Natsuki en s'approchant d'elle. »
Shizuru recula d'autant de pas, les mains légèrement tendue devant elle, déstabilisée de ne pas dominer cette conversation.
« Jusqu'à ce que Miyu revienne pour un danger imminent.
-Quelle importance. C'est un androïde, je doute que ça la fasse réagir outre mesure. »
Voyant que Shizuru continuait de reculer et qu'une pointe de nervosité éclairait à présent son regard, Natsuki s'arrêta.
« Tu sais, avoua-t-elle finalement si doucement que Shizuru dut tendre l'oreille. Un jour, pas tout de suite, mais un jour, j'aimerai ça. Tu sais… qu'on se marie. »
Les yeux de Shizuru s'écarquillèrent. Elle savait que cet aveu -que cet aveu particulier- n'attendait aucun retour de sa part et surtout pas de taquinerie.
Elle savait aussi que Natsuki n'avait jamais été aussi sincère. Shizuru venait de prendre conscience que malgré les reproches qu'elles pouvaient se faire, malgré les doutes qu'elle-même entretenait, Natsuki désirait vraiment faire sa vie avec elle.
« Moi aussi, reconnut-elle la gorge sèche. »
Parce que doute ou pas, Natsuki constituait sa seule et unique raison de vivre. N'avait-elle pas défié le Temps lui-même pour l'arracher au bras de la Mort ?
Si le Destin persistait à vouloir lui enlever Natsuki, Shizuru devrait juste continuer de trouver comment la lui reprendre avec ou sans son pouvoir.
