Chapitre 29 : Chat, chien, hippogriffe

Harry ne pouvait pas partir à la recherche de Sirius Black, mais il n'avait rien promis quant au fait de laisser Sirius Black l'approcher. Ce qui était, si pas sa raison, peut-être son excuse pour se balader dans le parc du château, savourant le bruit de la neige sous ses pieds et ignorant les voix dans sa tête qui ressemblaient à celles d'Hermione et de Ron et des professeurs. Ces voix étaient toujours mieux que se rappeler celle de sa mère en train de supplier. Presque tout était mieux que ça.

Une ombre sur la neige le fit sursauter – une chose sortant des tréfonds de la forêt, bas sur le sol et sombre et rapide sur la neige, et un bruit de – d'aboiement ? Oui, un aboiement de chien. Harry regarda avec stupéfaction un grand chien sombre et poilu foncer ventre à terre comme s'il avait le diable aux trousses. Des yeux habitués à repérer un éclat doré sur l'étendue d'un terrain de Quidditch précisèrent enfin ce qu'il voyait. Un chien noir et poilu était en train de chasser une petite silhouette blanche – un chat ? Non, un chaton-

Un petit chaton blanc.

Ses oreilles étaient plaquées en arrière, ses yeux terrifiés, et sa fourrure gonflée au point de ne pas pouvoir discerner la limite entre chaton et neige. Essayant désespérément de se rappeler un sort pour maîtriser les animaux, et se réconfortant en se disant que les loups-garous ne ressemblaient pas du tout à ça, Harry s'élança pour leur barrer le chemin (même si c'était probablement Malefoy).

Le chaton vit Harry et changea de trajectoire, grimpant sur sa cape avec un miaulement à déchirer les tympans et feulant à l'adresse du chien une fois arrivé sur l'épaule de Harry.

Le chien regarda Harry, coucha les oreilles et gémit d'un air pitoyable.

Harry résista à l'envie de se masser le front pour repousser le mal de tête qu'il sentait approcher.

- Tout doux, bonhomme, dit-il au chien. Tu n'as pas envie de le manger. Il a sûrement mauvais goût.

Le chat lui mit une tape sur l'oreille. Avec ses griffes.

- Je veux dire, il est très élégant. Les chats sont des animaux nobles.

Le chien renifla d'un air dubitatif, se laissa tomber à plat ventre dans la neige et couvrit sa truffe avec ses pattes. Harry s'accroupit prudemment et tendit la main.

- Je suis désolé, le chien. Je suis désolé aussi d'avoir pensé que tu étais un Sinistros.

Cela ne sembla pas consoler le chien.

- Tu as une sale mine.

Pas d'amélioration non plus. Harry ne savait pas trop à quoi il s'attendait. Malefoy semblait tout à fait satisfait de rester sur son épaule et de prétendre être un vrai chat. À moins que ce soit un vrai chat et que Harry perde la boule.

Il allait geler sur pied s'il restait dehors à réfléchir, et alors Sirius Black n'aurait plus besoin de le tuer.

- Venez, vous deux, dit Harry avec un geste vif pour attraper le chien par la peau du cou. Je sais où sont les cuisines de Poudlard, et vous êtes trop maigres tous les deux.

Le chat feula à voix basse, mais ne le griffa pas, ce que Harry prit comme la meilleure issue possible.

- Si tu me mors, je ne leur dirai pas de te donner de la tourte au jambon, dit-il au chien, selon la théorie que les animaux sorciers étaient généralement assez bizarres. Cela sembla fonctionner, au moins assez pour que le chien engouffre une tourte entière et s'endorme devant le feu, au milieu des elfes de maison ravis d'avoir des gens à servir.

Le chaton but une soucoupe de lait et s'installa solidement sur les genoux de Harry, l'empêchant de se relever.

- Tu vas me mettre en retard pour l'entraînement de Quidditch, l'informa Harry.

Le chaton, en séchant, avait pris l'apparence d'un pompon. Il aurait certainement fière allure un jour, mais là maintenant ses pattes étaient trop longues et il ressemblait à un collier de fourrure. Il remua une oreille, apparemment pas du tout dérangé par l'idée de mettre Harry en retard pour son entraînement de Quidditch.

- Tu sais, dit Harry, parfaitement conscient que Malefoy avait des griffes maintenant, tu me rappelles un de mes camarades de classe. Il s'appelle Drago. Parfois on s'entend et parfois on ne s'entend pas. Et il serait très content que je rate l'entraînement de Quidditch.

Le chaton remua légèrement le bout de la queue. Harry se retint de penser que c'était mignon. C'était une très bonne forme pour Malefoy, se dit-il. Petit, mignon, et absolument diabolique.

- Mais Drago sait que j'ai de quoi le faire chanter, continua Harry à voix basse afin de ne pas réveiller le chien. Donc il n'essaierait pas d'en faire trop, surtout depuis que je l'ai sauvé d'un chien dix fois plus gros que lui.

Avec une incroyable dignité, le chaton se releva et sauta, atterrissant en plein sur le chien, qui se réveilla en sursaut avec un grognement sauvage.

- Tu es vraiment nul avec les animaux, feula Harry à Malefoy, fatigué et furieux.

Le chaton refusa de le regarder, mais il remua une oreille. Donc il ne l'ignorait pas totalement, si ?

Malefoy était beaucoup plus facile à aimer sous cette forme de chaton, se lamenta Harry. Petit machin diabolique.

- La prochaine fois je le laisse te manger, dit Harry d'un ton sévère avant de partir pour le terrain de Quidditch. Bien fait pour Malefoy.


La deuxième tentative de Harry pour pousser Sirius Black à le tuer, à savoir s'arranger pour aller à Pré au Lard, ne donna rien de plus qu'une quantité de détails à propos du meurtrier qui avait trahi ses parents. D'un côté, c'était sympa de pouvoir en parler avec Hermione et Ron, mais d'un autre côté, il n'avait vraiment pas envie d'en discuter. Il ne savait pas ce qu'il voulait faire à propos de Sirius Black, et avoir plus de temps pour y réfléchir n'apporta rien d'autre que plus de cauchemars. Et Hermione et Ron faisaient de leur mieux, mais ils ne le ressentaient pas comme lui.

Même s'il n'en parlait jamais plus au professeur Rogue, il n'oublierait pas la lueur fébrile dans ses yeux quand il parlait de Sirius Black.


Aller rendre visite à Hagrid n'était pas une tentative de faire sortir Sirius Black de sa cachette, mais cela donna à Harry une idée sur comment utiliser la faveur que Malefoy lui devait.

Malefoy n'était pas d'accord.

- Ce n'est pas comme si tu avais des preuves, Potter, dit-il d'un air dédaigneux.

- Le professeur McGonagall a dit au début de l'année qu'il existe un registre dans lequel tous les animagi doivent figurer, lui expliqua gentiment Harry. Un registre public. Je parie que ça serait très facile pour moi d'avoir une copie. Le Ministre m'aime bien cette année.

- … c'est ta faute, tu sais, dit Malefoy d'un ton boudeur. Toi et ton idée que je serais un animagus dragon.

Comme Harry voulait l'aide de Malefoy, il resta impassible.

- Écoute, tout ce que tu as à faire c'est dire que Buck n'est pas si méchant, que c'était une erreur, que tu faisais l'imbécile.

- Oh, sûr, je vois très bien la tête du jury.

- Oh, ça ira. Mon oncle laisse mon cousin Dudley s'en sortir de bien pire qu'insulter un hippogriffe, je suis sûr que ton père comprendrait.

- Dis-moi que tu ne viens pas de comparer mon père avec cet horrible Moldu.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, et tu le sais.

Oncle Vernon n'essayait pas de tuer des enfants, déjà. Harry essaya de prendre une expression diplomatique.

- Mon père, continua Malefoy, m'adore. Tout ce qu'il fait est pour parfaire notre famille et préserver notre grandeur. Qu'est-ce que ton oncle fait pour toi ? Je sais qu'il ne veut pas de toi, n'importe quel idiot pourrait voir ça.

Le visage de Malefoy s'éclaira soudain et il demanda avec curiosité :

- Est-ce qu'il te frappe ?

Harry lui lança un regard noir.

- Ah oui, il te frappe. Tu devrais vraiment laisser tomber les Moldus, ils sont pathétiques. Je n'en ai pas rencontré beaucoup, bien sûr, mais Père m'a parlé d'eux, et j'ai lu les histoires.

- Tous les Moldus ne sont pas comme mon oncle, dit Harry.

Il devait se retenir de voler à la défense d'Oncle Vernon. 'Il n'a jamais réussi à m'atteindre parce que je cours trop vite' n'était pas vraiment une déclaration en la faveur des Moldus.

- Oui, et ce sont ceux qui sont comme ton oncle que je veux garder à l'œil.

- Tu veux dire tuer.

- C'est un compromis, non ? On se débarrasse juste de ceux qui le méritent.

Harry garda ses yeux fixés sur Malefoy pendant qu'il fouillait dans son sac, en sortait une potion contre les maux de têtes et avalait toute la bouteille.

Cela n'aida pas vraiment. Drago Malefoy devenant la personne qui remarquait que quelque chose n'allait pas du tout avec les Dursley allait rester planté dans l'esprit de Harry pendant un bon moment. Ce qui, en fait-

Drago le regarda avec curiosité, et exactement la même expression qu'un chat guettant un trou de souris.

- Ce n'est pas comme si tu aimais te battre, dit Harry, parce qu'il essayait d'imaginer Drago Malefoy tuer des gens (et de ne pas penser aux Dursley).

- Je rêve ou tu viens de me traiter de lâche, Potter ?

Diplomatie, merde.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire et tu le sais. Mais – tu ne préférerais pas t'arranger pour que deux de tes ennemis se poignardent dans une quelconque allée pendant que tu prends une bonne tasse de thé à l'autre bout de la ville ?

- Je suppose que ça éviterait les taches de sang, dit Drago d'un ton plus joyeux.

- Oui, c'est chiant à nettoyer sur les vêtements, acquiesça Harry, soulagé.

Le truc pour avoir une conversation polie avec Drago Malefoy, se dit Harry, était de considérer que Malefoy n'avait qu'un vague lien avec la réalité dans laquelle tout le monde vivait. Dans la réalité où vivait Malefoy, les gens discutaient de taches de sang et se sentaient offensés si quelqu'un suggérait qu'ils n'étaient pas nés assassins.

Pourquoi il voulait avoir une conversation polie avec Malefoy, la question se posait toujours, mais Harry se dit que ça avait quelque chose à voir avec la façon qu'avait Drago de ne jamais, absolument jamais, le trouver impressionnant. C'était plutôt agréable comparé à Colin et même à Ron, qui avaient tendance à considérer la place de Survivant comme acquise à Harry. Enfin, c'était plutôt agréable en petites doses. Harry n'avait pas envie de parler à Malefoy plus que quelques minutes tous les deux-trois mois. Sinon il risquait de suggérer que Malefoy n'était pas prêt à tuer un bébé de ses propres mains ou une horreur de ce genre.

- Je vais réfléchir à mon témoignage pendant le procès de cette bête, dit Malefoy. Ne te fais pas trop d'illusions.

Harry hocha la tête, et s'éloigna avant que Malefoy réalise que plus que tout au monde, Harry ne voulait pas que Malefoy réfléchisse trop longtemps à sa famille moldue.


Note de l'auteur :

Pour un meilleur effet, dites-vous que je pensais à cette scène de Kuzco l'empereur mégalo :
youtube (point) com (slash) watch?v=AUWA-HdI1NI

Note de la traductrice :

Je n'ai pas pu trouver la scène en français, donc voici le texte :

- OK OK ! Ah ! Où c'est passé ? Où elle est ?
- C'est ça que tu cherches ? C'est ma voix ça ? C'est MA voix ? Oh bon.
- Non ! La fais pas tomber !
- Je ne vais pas la faire tomber, imbécile, je vais la boire ! Et quand je reprendrai ma merveilleuse apparence, je vais te TUER !

- Pour la DERNIÈRE FOIS, nous n'avons pas commandé de trampoline géant !
- Tu sais mec, tu aurais pu me le dire avant que je l'installe.

(je crois - le gars parle tellement vite que j'ai du mal à comprendre. Si vous avez accès au DVD, je veux bien la traduction officielle !)