Note : Il paraît que deux chapitres par semaine c'est bien ^^ Un chapitre je pense attendu... ou du moins "annoncé" depuis longtemps. J'espère que ça va vous plaire !


Chapitre 16 : Métamorphoses, et plus si affinité

Hao s'installa dans un coin de la bibliothèque facilement repérable, près de la fenêtre. Dans le parc, il pouvait apercevoir le chat de McDonnel courir après Tokagerô, comme s'il pouvait l'attraper. Ce dernier avait encore dû le provoquer, c'était un jeu que le fantôme semblait beaucoup aimer.

Il ne doutait pas que Tamao daignerait lui faire l'honneur de sa présence cette fois-ci. Elle avait cours de métamorphoses le lendemain à la première heure et cela allait suffisamment la mettre sous pression pour qu'elle vienne. Des échos qu'il avait eus, la petite chose avait fini le cours en larmes lundi, comme il l'avait désiré. Boris avait l'habitude d'interroger au hasard un élève au début de chaque cours et cette fois-ci le hasard avait bien fait les choses.

L'enseignant avait demandé la définition d'un sortilège de transfert. Exactement le genre de question qui pouvait être demandé lors des B.U.S.E. et qui devait être su depuis la première année. L'humiliation avait été totale.

La distribution des devoirs demandés la semaine précédente avait été le coup de grâce. Boris lisait une fois sur deux les appréciations qu'il avait écrites à voix haute, en espérant que cela aurait plus d'impact sur ses élèves. Et bien évidemment il n'avait rien écrit d'agréable sur le devoir de Tamao qui avait de vraies difficultés en métamorphoses.

Apparemment, Moore avait tenté de la conduire à l'infirmerie en prétextant qu'elle se sentait mal, Boris avait refusé en arguant que l'oisiveté n'était pas une raison suffisante, et pour finir Craig avait tenté de prendre la défense de Tamao et avait été gratifié d'une retenue pour insolence.

Les Gryffondor et leur bon cœur avaient grincé les dents à la fin du cours ; les Serdaigle en métamorphoses avec eux avaient jugé que Boris avait eu raison de fustiger Tamamura et qu'elle aurait dû étudier. Personne n'était allé crier à l'injustice, donc.

Hao posa son coude sur la table et sa tête sur son poing, le regard toujours dirigé vers l'extérieur. Le temps commença à s'écouler, lentement. Hao envisagea bien de poursuivre son essai mais il n'en ressentait pas l'envie. Il se mit à pianoter sur la table du bout des doigts.

Au-dehors, les nuages s'épaississaient, présageant de la pluie avant le soir. Ce qui ne l'empêcherait pas d'aller faire un tour sur son Galaxy 8. Il n'avait pas de ronde aujourd'hui.

S'il faisait beau à Ilvermorny ce week-end, il pourrait voler avec Opacho. L'enfant lui manquait. Il ne l'avait vu que trois fois depuis le début de l'année. Il s'était engagé à prendre ses devoirs de préfet-en-chef au sérieux et, par conséquent, ne rendait plus visite autant qu'avant au petit garçon.

Une présence derrière lui se fit sentir et il tourna légèrement la tête. Surtout ne pas laisser échapper le rictus qui menaçait d'orner ses lèvres.

Elle était là, figée à une dizaine de pas, tremblante des pieds à la tête. Cheveux, yeux et joues roses. Sac accroché devant elle, comme pour se cacher, qu'elle triturait nerveusement. À sa merci. Et cette fois-ci, il comptait bien lui voler son secret.

— Bonjour Tamao, la salua-t-il aimablement en l'invitant à prendre place à côté de lui.

Elle s'inclina pour lui répondre. Tamao n'avait jamais été très loquace. En particulier en sa présence.

Tendue, elle posa son sac sur le bout de la table le plus éloigné, puis s'assit à côté de lui mais en tirant la chaise le plus loin qu'il lui était permis. Lui faire remarquer ou pas ? Ce serait amusant, mais s'il voulait lui soutirer des informations, il valait mieux plutôt chercher à la mettre à l'aise.

— As-tu amené ton livre de métamorphoses ?

Il vit le soulagement passer dans ses yeux alors qu'elle hochait la tête, avant de sortir plumes, encre, parchemins et manuel. Elle mit ensuite son sac par terre contre le pied de la table et se trémoussa sur sa chaise, n'osant pas relever les yeux vers lui. Il allait falloir procéder avec beaucoup d'adresse.

— Quelle partie souhaiterais-tu travailler ?

Tamao leva enfin la tête vers lui. Elle semblait surprise. Et bien sûr incapable de répondre.

Hao retint le soupir qui lui brûlait les lèvres.

— S'il n'y a rien de particulier qui te vienne à l'esprit, on peut revoir ce sur quoi vous travaillez actuellement en cours, pour vérifier que tu l'as bien assimilé. Ou prendre de l'avance sur la prochaine partie.

Il observa Tamao tour à tour déglutir, rougir, ouvrir la bouche, la refermer, rougir encore et baisser la tête.

Ah, elle avait essayé de dire quelque chose.

Lorsqu'elle releva les yeux vers lui, il se rendit compte qu'elle avait attrapé un rouleau de parchemin dans son sac qu'elle posa entre eux. Le sucre et l'été vinrent lui titiller les narines.

— Le professeur Tepes vous a rendu un devoir, déduisit Hao. Tu veux qu'on revoie ensemble ce qui ne va pas ?

Confuse, Tamao secoua la tête.

— Il… nous a demandé… soixante centimètres, arriva-t-elle à dire d'une voix hachée.

Elle n'avait pas eu autant de mal à parler lorsqu'il avait enlevé Jeanne ou qu'il s'était assis à sa table. Peut-être pourrait-il demander à Jeanne d'assister à leurs cours particuliers. Ah mais ce serait contre-productif avec le motif initial des leçons !

— Sur les animations d'objets, réussit à ajouter Tamao d'une traite.

Hao hocha la tête et déplia le rouleau de parchemin. Il fut agréablement surpris de constater qu'elle avait déjà rédigé un brouillon conséquent. Et comme il ne l'imaginait pas capable d'y avoir réfléchi lundi après le cours avec Boris et qu'il savait que le mardi son emploi du temps était chargé, avec notamment le cours d'astronomie pendant la nuit, il se demanda distraitement quand elle avait trouvé le temps d'y travailler. Elle devait manquer de sommeil.

Il lut une première fois le devoir pour s'en faire une idée générale, puis le posa entre eux deux sous l'œil inquiet de Tamao. Il y avait de quoi. Elle avait confondu plusieurs fois l'animation d'objets avec le charme de locomotion permettant simplement de les déplacer, avait eu la bonne idée de parler des sortilèges lapifors et draconifors mais n'avait pas expliqué le lien avec le sujet, et enfin avait plus de la moitié de son devoir qui concernait l'origine du sortilège, ce qui était beaucoup trop.

— Si tu veux bien on va commencer par revoir la structure, puis on reprendra point par point tous les éléments que tu as mentionné, déclara simplement Hao. Tu as un parchemin vierge ?

Patiemment, il la guida pour établir les différentes parties qui composeront son devoir et surtout la proportion que devra prendre chacune d'elle. Ils repassèrent ensuite sur chaque élément du brouillon déjà rédigé pour l'insérer, ou non, dans une partie, en prenant bien soin de corriger toutes les erreurs au passage.

À chaque fois qu'ils se penchaient ensemble sur le parchemin, le parfum sucré de Tamao lui embaumait les sens et il se surprit à en apprécier les fragrances. Il avait un côté… gourmand. Il y avait quelque chose en plus des mûres qu'il n'arrivait pas à identifier mais qui lui était connu et lui évoquait Izumo. Quelque chose de doux, d'éphémère, de précieux. Quelque chose qui lui échappait…

Tamao était telle que dans ses souvenirs : d'une timidité maladive. Hao envisagea de lui proposer d'écrire les réponses à ses questions directement sur leur nouveau brouillon, dans un coin, car elle avait toujours du mal à émettre le moindre son, mais il n'oubliait pas son objectif premier et essayait pour cela de la pousser à parler le plus possible. Sa stratégie fonctionna car, petit à petit, à défaut de se détendre, Tamao réussit à parler plus librement. Elle osa même poser plusieurs fois des questions sur des points qu'elle ne comprenait pas.

— Il y a d'autres matières qui te posent autant de difficultés que les métamorphoses ? demanda Hao nonchalamment alors qu'elle recopiait une définition qu'il était allé lui chercher dans un manuel de métamorphoses plus avancé.

Tamao hésita avant de répondre.

— Je n'aime pas beaucoup les sortilèges, murmura-t-elle.

Les matières dans lesquelles elle avait le plus besoin de sa baguette magique, nota Hao.

— Je peux voir ta baguette ? demanda-t-il.

Cela n'avait rien à voir avec l'objectif qu'il s'était fixé et, pire, cela risquer de la braquer, mais elle avait piqué sa curiosité.

Tamao hésita plus franchement mais finit par la sortir de son sac. Mauvais point. Un sorcier ou une sorcière devait toujours garder sa baguette sur soi.

— Cerisier, reconnut immédiatement Hao, non sans une certaine surprise.

Les baguettes en cerisier avaient la réputation d'avoir un pouvoir mortel qui paraissait paradoxal par rapport à la fragile Tamao.

— Ça a surpris… Mikihisa, confia-t-elle dans un souffle en butant sur le nom de son tuteur.

Elle semblait appréhender sa réaction mais Hao ne broncha pas, prenant délicatement la baguette magique. Il la fit tourner entre ses doigts.

— Flexible, commenta Hao. 26 cm et demi ?

— 26,3, répondit Tamao.

Hao la leva devant ses yeux.

— Le cœur… ajouta timidement Tamao.

— Poil de demiguise, acheva Hao pour elle en lui adressant un regard complice.

La jeune fille hocha de la tête.

— Il semblerait que tu sois pleine de surprises, commenta Hao en lui rendant sa baguette.

Les baguettes en bois de cerisier n'étaient pas banales et l'utilisation de poil de demiguise comme cœur encore moins.

— Et toi ?

Hao lui adressa un sourire narquois et Tamao rougit comme une pivoine. Il était agréablement surpris qu'elle ait osé lui poser la question. Il avait donc réussi à la mettre en confiance. Assez pour que sa curiosité prenne le dessus sur sa timidité.

Il sortit sa baguette de sa poche et s'amusa du mouvement de recul de Tamao. Elle se mit à loucher sur la baguette qu'il agita négligemment, tout à fait conscient de la tension qui animait la Gryffondor en face de lui.

— Bois de sureau, plume de phénix, 27,5 cm, souple, lui apprit-il.

Tamao sembla hésiter, une question au bord des lèvres.

— Spirit of Fire ? craqua-t-elle.

Le sourire de Hao s'agrandit. Joueur, il laissa passer quelques secondes avant de lui répondre.

— Spirit of Fire, confirma-t-il.

Son phénix avait eu la bonté de lui céder une de ses plumes pour qu'il confectionne sa baguette.

— Quelles matières aimes-tu ? changea de sujet Hao pour ne pas laisser le silence devenir gênant.

Il ne voulait pas perdre le fruit de tous ses efforts pour faire parler Tamao. Raison pour laquelle il faisait attention à lui demander ce qu'elle aimait et non pas ce en quoi elle était douée. Il la suspectait de trop manquer de confiance en elle pour être capable de s'estimer à sa propre valeur.

— Oh…

Tamao piqua un fard. Le risque en lui demandant ce qu'elle aimait, c'était qu'il approchait ses centres d'intérêts, ses goûts, sa personnalité. Un sujet sur lequel elle n'était peut-être pas encore assez mûre pour se livrer.

— Je… j'aime bien les potions.

Hao sentit le monstre se réveiller dans sa poitrine alors qu'elle évitait son regard. Cette fois ce n'était pas la timidité, elle lui cachait quelque chose.

— Je vois… se força-t-il à répondre gentiment. Poisons, potions de chance, philtres d'amour…

Elle leva un regard curieux vers lui et cligna des yeux. Hao continuait de pencher pour un philtre d'amour, c'était l'hypothèse qui était la plus probable. La mauve douce n'avait pas d'autres utilisations sérieuses. Et son influence dans les philtres était décuplée lorsqu'elle était cueillie pendant la nouvelle lune.

Il avait du mal à déterminer si Tamao avait compris où il voulait l'emmener. Elle devait sentir que la pente était glissante car elle serrait les lèvres, comme si elle s'en voulait de lui en avoir trop dit mais… Il ne retrouvait pas dans ses prunelles l'éclat qu'il avait vu y passer lorsqu'il avait mentionné son escapade nocturne la dernière fois et il hésitait à s'immiscer dès à présent dans ses pensées.

Brusquement une connexion se fit entre la mauve douce et le demiguise. La première était couramment brûlée chez les centaures pour chercher des présages dans la fumée. Le second était capable de prévoir le futur proche.

— Autre chose à part les potions ? questionna-t-il en se donnant l'air décontracté. Parmi tes options peut-être… La divination ?

Il la tenait. Elle fuit son regard, mais pas assez vite pour qu'il ne décèle pas ce qu'il recherchait dans ses yeux roses. Ses joues étaient écarlates et ses poings étaient tellement serrés qu'il pouvait voir ses phalanges blanchir.

Ainsi la petite Asakura jouait les diseuses de bonne aventure. Il serait… intéressant de la confronter sur le sujet. Cependant, juger de son niveau risquait d'être plus ardu, car il n'avait pas de la part de Lilirara la dévotion que lui témoignait Boris. Au contraire, elle faisait plutôt partie des enseignants avec lesquels ses rapports étaient un peu tendus.

— Le lapifors et le draconifors sont bien des sortilèges enfants de Piertotum Locomotor ? demanda Tamao en pointant du doigt une ligne de son parchemin.

Hao jaugea la petite fille tremblante qui essayait de ramener la conversation sur un sujet moins épineux pour elle. Il inclina la tête sur le côté sans se départager de son sourire, laissant durer le suspens quant à sa réponse. Acceptait-il ou non de la laisser tranquille ?

Satisfait de sa récente découverte, il accepta de se montrer charitable.

— Non, le Piertotum Locomotor ne s'applique qu'aux objets en pierre. Or tu peux utiliser le lapifors et le draconifors sur des statues en bois, bien que l'effet soit moins spectaculaire.

Ils passèrent encore une demi-heure à travailler sur son devoir avant qu'il ne la libère. Avec ça, Boris avait intérêt à leur mettre au moins un E, même s'il ciblait plutôt un O. Après tout, Tamao s'était montré une élève sérieuse et attentive. Elle faisait des efforts malgré ses difficultés. Ah mais en quatrième année il ne notait pas encore comme aux B.U.S.E. !

— Merci, le remercia-t-elle très sincèrement en s'inclinant lorsqu'il lui donna congé.

Elle osa soutenir son regard quelques instants, à sa grande satisfaction, et il lui retourna un grand sourire. Celui du loup qui venait de faire un délicieux repas.

— Avec plaisir.