J'ai volontairement choisi de ne pas évoquer la coupe du monde de quiddich. Ce n'est pas mon passage préféré, je l'avoue.


La première chose qu'Harry constata en se réveillant fut le contact agréablement frais des draps, puis la blancheur de l'endroit. Il était à l'infirmerie. On l'avait allongé sur le ventre et Harry resta là, les yeux fermés, à écouter le silence, brisé par moment par les bruits des flacons et divers ustensiles que Madame Pomfresh était occupée à ranger. Il était bien, profondément bien, et décida d'en profiter encore un peu.

Il ne se réveilla que la journée déjà bien entamée, sans que cela ne le dérange vraiment. Madame Pomfresh l'accueillit avec le sourire et lui demanda comment il se sentait, puis donna un coup de baguette sur le plateau du lit qui se dirigea vers lui, se chargeant d'un petit déjeuner copieux comme il n'en avait pas mangé depuis un moment. Alors qu'il se redressait sur les oreillers, affamé, son regard fut attiré par les deux flacons posés sur la table de nuit, des flacons qu'il connaissait bien car, il avait passé suffisamment de temps en retenue avec Snape pour reconnaître sa patte.

- Ces flacons, c'est Sn... le professeur Snape qui les a déposé ?

L'infirmière, qui rangeait méthodiquement la salle avec la même opiniâtreté et le même acharnement caractéristique dont faisait preuve la tante Pétunia lorsque quelque chose l'agaçait, pinça les lèvres.

- Oui, il vous les as apporté ce matin.

Mais Harry n'avait cure des états d'âmes de l'infirmière. Il observait les flacons.

- Et il y a quoi dedans ?

- Je suppose qu'il vous l'expliquerait mieux que moi, puisque le professeur Snape a décidé qu'il était plus qualifié en la matière ! S'écria-t-elle avec véhémence. Il s'agit d'une lotion pour vos brûlures et une potion de renforcement musculaire de sa préparation, Monsieur Potter, vous en avez déjà eu cette nuit et il m'a demandé de vous en redonner une dose lorsque vous vous réveillerez. Ne le décevez donc pas.

Sur ce, elle le pria de ne plus lui poser de questions avant d'avoir avalé tout son petit déjeuner et le laissa seul, ce en quoi Harry ne se fit pas prier. Il mourrait de faim. Littéralement.

Comme Harry semblait aller bien, l'infirmière lui donna le droit d'aller se promener un peu, après qu'il se soit lavé, habillé de ses robes de sorciers propres - sa valise l'avait attendue à l'infirmerie - qu'il ait avalé toutes les potions qu'elle voulait et après qu'elle lui ait administré la lotion de Snape, tout en concédant avec agacement qu'elle se révélait particulièrement efficaces. Après cela seulement, Harry fut autorisé à sortir. Il se demanda vaguement s'il y avait quelqu'un à Poudlard, mais ne croisa personne alors qu'il arpentait les couloirs et Madame Pomfresh ne lui avait donné aucune information. Sans vraiment y réfléchir plus que ça, il descendit jusqu'aux cachots, en espérant que Snape serait toujours là. Il toqua à la porte avec une certaine retenue, comme s'il n'était pas certain de vouloir qu'elle s'ouvre. Il n'avait pas beaucoup de souvenirs de la veille, mis à part qu'il s'était évanoui en chemin pour Poudlard. Bien sur, ses espérances furent réduites à néant lorsque la porte s'ouvrit sur le maître des potions, l'air aussi aimable que d'habitude et Harry déglutit.

- B... bonjour, professeur.

Snape plissa des yeux d'un air méfiant.

- Bonjour, Potter. Rentrez.

Il lui ouvrit complètement la porte et la referma derrière lui tandis qu'Harry, mal à l'aise, se tordait les doigts. L'homme alla s'asseoir à son bureau et Harry estima préférable de l'imiter. Avant qu'il ait trouvé quoi que ce soit à dire, cependant, le maître des potions prit la parole.

- Comment vous sentez-vous ?

Harry hocha inutilement la tête.

- Ca va beaucoup mieux. Merci pour... les potions... merci. C'était... très efficace.

Il osa pour la première fois rencontrer le regard de l'homme assis en face de lui et qui dégageait à cet instant une aura qui l'impressionna, sans qu'il ne comprenne exactement pourquoi.

- De rien, Potter, soupira presque Snape qui semblait avoir du mal à prononcer ces mots.

- Madame Pomfresh ne semblait pas très contente, reporta Harry sans retenir son sourire.

Il regretta d'avoir dit ça : c'était idiot et complètement dénué d'intérêt. Cependant, à sa grande surprise, Snape esquissa un sourire.

- Non, en effet.

Ce "non, en effet" qui voulait dire " ce n'est pas de ma faute si je suis le meilleur " donna à Harry l'envie de sourire encore plus et un instant, une sorte de complicité étrange s'installa entre eux.

- Qu'est-ce qui s'est passé, hier, après... après que je sois tombé ? Demanda-t-il enfin, un peu trop à brûle pourpoint apparemment car Snape s'éclaircit la gorge et lui tourna le dos pour reprendre son rangement de flacons.

Harry l'observa un instant. Il ne répondrait pas, il le savait.

- Merci d'avoir pris soin de moi, professeur, dit-il très doucement.

- Je n'ai fait que mon boulot, rétorqua Snape un peu sèchement. Et croyez-le ou non, Monsieur Potter, je le fais bien.

Harry hocha la tête, se demandant silencieusement si fabriquer des potions supplémentaires pour des élèves déjà à l'infirmerie faisait partie de son boulot.

- Et, maintenant ? Comment ça va se passer ?

Snape se retourna pour la première fois, sans répondre.

- Avec le ministère et tout ça... compléta Harry en rougissant. Est-ce que je vais être... euh... renvoyé ?

Il y eut un silence.

- Dumbledore est venu me voir ce matin. Tout est rentré dans l'ordre. Vous ne serez pas renvoyé, Monsieur Potter.

Harry laissa échapper un gros soupir de soulagement.

- Il reste deux semaines avant la rentrée, est-ce qu'on va... est-ce va me renvoyer... ?

- Personne ne vous renverra nulle part ! Coupa Snape abruptement. Vous resterez à Poudlard en attendant la reprise des cours. Il n'y a personne d'autre que Madame Pomfresh et moi-même pour l'instant, Minerva devrait nous rejoindre dans la soirée, ainsi que le directeur. Et le professeur Trelawney. Vous dormirez dans votre dortoir et resterez dans l'enceinte du château. Vous pouvez sortir dans le parc uniquement lorsqu'il fait jour, et vous nous rejoindrez dans la grande salle pour chaque repas. Ne vous avisez pas d'en sauter aucun, Potter. Vous continuerez à prendre les potions que je vous donnerais et, en attendant que le professeur Mcgonagall puisse partager cette tâche, vous viendrez ici tous les jours pour faire vos devoirs et m'assister.

Harry avala sa salive.

- Vous... assister ?

Ces deux semaines à venir se présentaient très mal...

- Parfaitement, Potter, m'assister. En espérant que cela fasse rentrer dans votre petite cervelle quelques notions dans l'art délicat qu'est la préparation des potions...

Ainsi, Harry pu passer le reste des vacances à Poudlard. Bien que ce fut un peu gênant d'abord de se retrouver seul avec ses professeurs à partager des repas et que les couloirs vides lui paraissaient vraiment étranges, ce ne fut pas du tout une période désagréable. Malgré ses craintes premières, descendre aux cachots pour des "leçons particulières" avec Snape ne fut pas du tout aussi horrible que ce à quoi il s'attendait. Il faisait d'abord ses devoirs dans le calme et Snape ne disait pas un mot tout en préparant diverses potions sur l'atelier en face de lui. Harry s'habitua bientôt aux gargouillements des mixtures mystérieuses qu'il préparait et Snape, plusieurs fois, le surpris en train de l'observer.

- Qu'y a-t-il, Potter ?

- Rien, disait-il à chaque fois en revenant à ses livres et à son parchemin.

Comment pouvez-vous être aussi délicat en préparant une potion et aussi méchant en l'enseignant ? Pensait-il. Non, pas l'enseignant, rectifia-il. En me l'enseignant à moi.

Et il ne vit pas le regard impénétrable de Snape posé sur lui.

- Potter. Venez par ici. Je vous avais dit que je réclamerais votre assistance... c'est le moment.

Ainsi, Harry coupa, éplucha, trancha et écrasa toute sorte d'ingrédients pour Snape qui rectifiait souvent ses maladresses avec un énervement mal contenu. Cependant, il ne l'insulta pas une seule fois et bien qu'il ne le félicita pas non plus, Harry fut profondément heureux de comprendre quelque chose en potion pour la première fois de sa vie.

Harry ne rentra jamais dans le train cette année-là où il ne rencontra jamais aucun détraqueur. L'arrivée de Ron, Hermione, tous les autres élèves et professeurs accapara bientôt toute son attention cependant et lorsque les cours reprirent, Harry put constater, alors qu'il courrait dans les couloirs après Snape en criant « professeur Snape ! Professeur Snape ! Attendez-moi ! Je dois vous demander quelque chose... » et que celui ci se tourna froidement vers lui en disant « Monsieur Potter, je vous prierais de cesser de me héler dans les couloirs comme si j'étais l'un de vos amis, ce que, je puis vous l'assurer, je ne suis pas. Si vous avez la moindre question, je suis certain que vous pouvez la poser dans l'enceinte de mes cours et, si celle-ci ne concerne pas les potions, je vous conseille vivement de vous tourner vers d'autres oreilles que les miennes – je suis sûr que celles du Professeur Lupin seront parfaitement adaptées », Harry put donc constater, dépité, en le voyant s'éloigner à grands pas, que le peu de complicité qu'ils avaient eu, si c'était bien le cas et qu'il n'avait rien imaginé, s'était envolé. Harry ne connaissait pas du tout le professeur Lupin, juste qu'il enseignait la DCFDM, et resta perplexe devant l'attitude de Snape. Pourquoi diable l'envoyait-il voir un autre professeur, ce professeur dont il ignorait tout ? Il voulait seulement lui demander de signer son autorisation de sortie...

Cette année-là, Snape se montra aussi désagréable que les années précédentes. Après sa rencontre pendant le match avec les détraqueurs, Harry voulut lui demander son aide, mais se ravisa devant sa porte. Il demanda l'aide du professeur Lupin, comme il le lui avait suggéré. Lorsqu'il s'en prit à lui une fois de trop en insultant ses parents, non, en insultant son père, Harry devint d'abord fou de rage. Comment pouvait-il continuer à agir comme si rien ne s'était passé ? Comment pouvait-il insulter ses parents après être allé le chercher lui-même de chez les Dursley ? D'ailleurs, il ne semblait pas beaucoup aimer Lupin non plus. Puis, il décida que Snape était un connard et qu'il resterait un connard pour le restant de ses jours. Il n'éprouva donc, sur le moment, pas le moindre remord à l'attaquer ainsi lorsque l'occasion se présenta dans la cabane hurlante. Ce n'est qu'à la toute fin de l'année, alors qu'ils emballaient leurs affaires, qu'Harry tomba sur le lit en soupirant, son livre de potion dans la main. Une partie de lui voulait plus que tout que Snape soit le méchant dans cette affaire, que Sirius, Lupin et son père soient des héros et une partie de lui, de fait, y croyait véritablement. Mais l'autre regardait le livre de potions, et repensait aux leçons particulières avec Snape au début de l'année, avant qu'il ne redevienne monstrueux, et il se souvenait de s'être senti profondément en sécurité. Harry ferma les yeux. Il pouvait clairement voir Snape dans son esprit, devant son chaudron de potion, travaillant un à un les ingrédients de ses longs doigts fins. La sensation de bras chauds l'entourant le submergea d'un seul coup. Harry se leva d'un bon et sans répondre aux questions de Ron, descendit jusqu'aux cachots où il toqua à sa porte. Après plusieurs essais sans réponses, il renonça. Peut-être qu'il n'était pas là, ou peut-être l'ignorait-il et aucune voix ne le retint dans les escaliers. Il rejoignit ses amis, et quitta Poudlard sans plus penser à l'énigmatique et insupportable Severus Snape.


Il restait près de deux semaines avant le début des cours, il était aux alentours de 6 heure du matin et Harry venait de se réveiller sur un cauchemar au sujet de Voldemort qui laissait sa cicatrice douloureusement brûlante. Il était en train d'écrire à Sirius lorsqu'il pensa à Snape. Et il ne sut pas pourquoi, il écarta la lettre - pourtant bien anodine - qu'il écrivait pour s'emparer d'un parchemin neuf. Il y avait quelque chose de rassurant, de vrai et d'apaisant dans le fait d'écrire au maître des potions, sans qu'il parvienne exactement à mettre le doigt sur la raison exacte.

Professeur,

je voulais vous demander conseil à propos d'un rêve étrange que j'ai fait à l'instant sur Voldemort, ça n'a peut-être aucune importance mais je préfère vous en parler...

Il raconta le rêve en détail, Voldemort, le serviteur, le meurtre du moldu, le serpent... les mots coulaient avec une facilité déconcertante. Il termina sur la brûlure de sa cicatrice et lui demanda s'il pensait que c'était lié. C'est au moment de le saluer et de signer qu'il s'arrêta. Il était en train d'écrire au professeur Snape. Et, rattrapé par la réalité grotesque de la situation, il posa sa plume et abandonna là le parchemin - de toute façon, c'était l'heure du petit déjeuner et il devait aider à préparer la table. Ce matin-là, Harry et, à son grand damne, les Dursley, reçurent une lettre de la mère de Ron l'invitant à la coupe de monde de Quiddich. Alors, à la perspective de cet événement, Harry ne pensa plus du tout à son rêve, Voldemort ou même sa cicatrice. Ce n'est que le soir même que les choses se complexifièrent. Une fois qu'il eu débarrassé la table, les Dursley le laissèrent remonter dans sa chambre. Dire qu'Harry sursauta en voyant la silhouette sombre dans l'obscurité de sa chambre, penchée sur quelque chose, serait une insulte au cri qu'il poussa et que la silhouette, d'un coup de baguette agile, noya aussitôt. Les Dursley s'agitèrent, au rez de chaussée, et Vernon le menaça aussitôt, aboyant les mots, de l'enfermer tout le restant de l'été dans sa chambre sans manger ou presque s'il ne se taisait pas. Debout dans la pièce, face à Harry pantelant sur le pas de la porte, Snape haussa un sourcil à la lueur du lumos qu'il venait de lancer.

- Vraiment, Potter ?

Vous criez comme une fillette.

Il ne le dit pas, mais ce qu'Harry comprit. Cependant, il était suffisamment perturbé par la présence de son professeur, et pas le plus sympathique de tous, dans sa chambre que ça lui échappa totalement. Il ne semblait rien de plus déplacé et de plus étrange que Severus Snape planté là dans sa chambre du 4, Privet Drive, dans le bleu étouffé de cette fin de soirée d'été.

- Professeur, qu'est-ce que vous faites-là ?

Il avait cette manière de le dévisager comme si, en toute circonstance, il lui était infiniment supérieur qui avait le don de mettre Harry en rogne. Cependant, le maître des potions se redressa et se contenta de le regarder de haut - comme s'il en avait besoin, d'ailleurs, car Harry était bien plus petit que lui.

- J'ai entendu dire que vous comptiez vous rendre à la coupe du monde de Quiddich avec la famille Weasley... déclara-t-il comme s'il s'agissait d'un acte répréhensible méritant quelques points en moins.

Harry fit de son mieux pour ne pas hausser un sourcil interrogateur. Il hocha simplement la tête, ne sachant pas vraiment s'il devait fixer Snape ou pas. Attendant une suite qui ne vint pas, il finit par ouvrir timidement la bouche.

- Oui ? Professeur ?

Snape s'éclaircit la gorge et cessa d'inspecter la chambre pour le regarder dans les yeux.

- Je veux que vous sachiez que j'étais en désaccord total concernant votre petit séjour à cette coupe du monde, cracha-t-il du bout des lèvres comme si le fait même de le prononcer le répugnait, sachez donc, Monsieur Potter, qu'aucune imprudence de votre part ne sera tolérée - Harry s'abstint de demander par qui - et que si vous persistez, pendant cette petite aventure, à vous mettre comme d'habitude dans des situations desquelles vous ne pouvez, de toute évidence, vous sortir vous-même, il pourrait y avoir de graves conséquences.

Ca ressemblait plus à une menace qu'à une mise en garde et, cette fois-ci, Harry le regarda froidement, droit dans les yeux.

- L'année dernière, vous m'avez giflé parce que j'ai fuis. Maintenant, vous venez me dire que vous ne voulez pas que j'aille à la coupe du monde de quiddich. Vous êtes quoi, ma baby-sitter ?

Snape eut un sourire mauvais.

- Continuez comme ça, Monsieur Potter, dit-il de sa voix mielleuse, et les conséquences pourraient arriver bien plus vite que vous ne l'imaginez...

Harry le dépassa pour s'asseoir sur le bord de son lit.

- Ouais, bien sûr. De toute façon, vous n'avez jamais vraiment été de mon côté. Vous ne venez pas me prévenir, vous venez me menacer.

- Vous menacer ? Répéta Snape d'une vois blanche. Vous menacer, Potter ?

Il se tourna vers le bureau, agrippa le parchemin non scellé et lui jeta presque à la figure. Harry sursauta, saisissant le parchemin sans avoir le temps de se demander qu'est-ce que ça venait faire dans la conversation.

- Vous prévenir ! Vous mettre en garde, contre votre propre inconscience, parce que je ne serais pas toujours là pour vous sauver la mise ! Mais vous devez m'expliquer, Potter, comment vous pouvez laissez traîner un tel objet ! Envoyer par hiboux de telles informations ! Imaginez un peu si cela tombait entre de mauvaises mains !

Harry se releva, laissant le parchemin sur le lit.

- Professeur, s'il vous plaît, baissez d'un ton, l'oncle Vernon...

- Je me fiche éperdument de cette épouvantable larve que vous appelez oncle, Potter !

Harry devint livide. La perspective de voir l'oncle Vernon monter jusqu'ici, et ce qu'il pourrait lui faire, juste devant Snape, lui donnait la nausée.

- S'il vous plaît, je vous en supplie, ne criez...

- Taisez-vous !

Harry se cacha le visage entre les mains.

- Me pensez-vous si incompétent et inconscient, Potter, pour venir ici sans lancer de sort approprié ? Dès l'instant que vous avez crié, ni votre oncle ni aucun moldu de cette maison ne nous entend plus.

Harry enleva ses mains.

- Je suppose que oui, ajouta Snape, puisque vous préférez prendre le risque d'envoyer cette lettre je ne sais où dans la nature entre les mains d'un loup garou que de me demander conseil, je ne vous ai sauvé la vie, après tout, que trois fois !

Alors, sans pouvoir s'en empêcher, Harry laissa échapper une expression qui hésitait entre l'incrédulité totale et un soudain accès d'hilarité.

- Alors c'était ça ! S'écria-t-il d'un ton tout à fait différent, c'est pour ça que vous m'avez repoussé en septembre quand je suis venu vous demander votre aide ! C'est pour ça que vous m'avez repoussé toute l'année ! Vous étiez jaloux du professeur Lupin car il était l'ami de mon père et vous pensiez que forcément...

- Cessez immédiatement ces absurdités ! Le coupa Snape dans une grimace de dégoût.

Harry saisit le parchemin pour le fourrer violemment vers Snape qui n'eut d'autres choix que de le saisir, momentanément déstabilisé par la brutalité du geste.

- C'était pour vous, de toute façon, pas pour Remus !

Snape fixa le parchemin, le visage parfaitement neutre, et le silence fut complet pendant quelques secondes. Harry soupira et se laissa tomber sur le lit. Snape le dévisageait comme s'il le découvrait entièrement, ou comme s'il essayait de lire à travers lui.

- Depuis quand est-ce que vous faites des rêves comme celui-ci et que votre cicatrice vous fait mal ?

Harry le regarda dans les yeux avec un air exaspéré, un air qui voulait dire vous avez dépassé de très loin le droit de me poser des questions. Lentement, au grand étonnement d'Harry, Snape plia le parchemin et le rangea dans les poches de sa cape. Il s'approcha, sans s'asseoir cependant sur le bord du lit à côté de lui, comme l'aurait fait Dumbledore, pensa Harry, bien que ce soit une pensée tout aussi bizarre que Snape en ces lieux.

- Pourquoi m'avoir écrit ? Pourquoi ne pas avoir écrit à votre parrain ?

Il avait du mal à évoquer Sirius sans que sa voix ne crache de nouveau son venin, mais Harry n'y fit pas vraiment attention. Il haussa les épaules, sans savoir quoi dire, essayant d'échapper au regard de Snape qui le transperçait.

- J'y ai pensé, dit-il enfin, c'est ce que j'avais l'intention de faire. Mais je ne voulais pas le déranger avec mes histoires après tout ce qu'il a subi et je me suis dis que...

Il s'arrêta. Merde. Snape eut un sourire sarcastique qu'Harry ne vit pas.

- Parce que vous vous êtes dit que moi, je pouvais être dérangé ?

Harry leva les yeux et les baissa aussitôt, clignant des paupières. La silhouette de Snape presque contre lui semblait menaçante.

- Non, non, ce n'est pas ce que j'ai dit, s'embrouilla-t-il précipitamment, je me suis dit que... que... que je pouvais... que vous étiez...

- Que j'étais suffisamment intelligent et solide pour vous endurer à votre pire, compléta Snape presque froidement.

Harry leva les yeux pour rencontrer ceux du maître des potions, sans y échapper cette fois. C'était ça, c'était exactement ça - l'homme lui avait épargné le fait d'ajouter contrairement à votre parrain, ce dont Harry n'était d'ailleurs pas sûr - mais il ne l'avouerait jamais. Cependant, sa bouche ouverte et son silence tinrent lieux d'aveux, car le sourire qui traversa le visage de Snape fit frissonner Harry qui baissa de nouveau la tête, englouti par les remords. Bien sur que Sirius pouvait l'endurer à son pire ! Il ferma les yeux. Bon sang, il aurait dû écrire à Sirius, il n'aurait jamais dû écrire à Snape, rien de toute cette conversation ne serait...

- Comment ça s'est passé, cet été ? Avec eux ?

- Hein ?

Harry le regarda avec des yeux ronds, surpris. Snape paraissait tout à fait sérieux en inspectant les recoins de sa chambre. Harry réfléchit une seconde.

- Normal. Je veux dire, ça va. Ils m'ont juste laissé dans mon coin, en fait. Le fait que je leur dise que mon parrain était un meurtrier évadé qui s'en prendraient à eux s'ils me traitaient mal a sûrement dû jouer un rôle, quoi...

Harry se sentit un peu mal, soudain, et il eut froid, sans vraiment savoir pourquoi. En l'observant de son œil acéré, Snape s'abstint de lui dire que Sirius n'était pas là, et ne le serait jamais. Et à la mine de Potter, il pensa qu'il n'avait pas besoin qu'on lui dise.

- Professeur, je suis fatigué. Est-ce que je peux aller dormir, maintenant ?

Snape hocha la tête et saisit sa baguette.

- Prévenez-moi s'il y a la moindre chose. La moindre chose, Potter, c'est compris ?! Et cette fois-ci, ajouta-t-il avant de disparaître, envoyez la foutue lettre que vous voulez m'écrire, au lieu de la laisser traîner sur votre bureau !

Ce soir là, le garçon dans le placard s'endormit avec comme un vide en moins, comme une sensation indéfinissable de chaleur dans sa poitrine. Pour une fois, Harry Potter n'était pas seul. Quelqu'un s'était soucié de savoir s'il allait bien, et peu importe que ce soit Severus Snape.


En ce début d'année, Snape avait l'air plus tourmenté qu'auparavant et ne prêta pas vraiment attention à Harry. Cependant, les cours de potions se déroulèrent normalement, ou plus exactement, extraordinairement paisiblement. Ou peut-être que Snape avait vraiment d'autres choses à faire que de le tourmenter, et dans tous les cas, Harry en était reconnaissant, car il put, au grand étonnement de Ron et d'Hermione, suivre normalement un cours de potion et même poser quelques questions auxquelles Snape, plus étonnant encore, répondit sérieusement.

Ce n'est qu'après que Ron eu refermé derrière lui les rideaux de son baldaquin, emportant son dernier espoir d'être compris par la personne par qui il n'aurait jamais pensé être trahi, que la décision le traversa comme une décharge électrique. Il se rua sur sa valise, saisit sa cape d'invisibilité et sortit du dortoir des gryffondors. A travers les couloirs du château à la chaleur rassurante, Harry descendit jusqu'à la froideur des cachots. Il savait que Snape ne dormait pas et la rapidité avec laquelle le maître des potions ouvrit la porte, brusquement, s'apprêtant à crier après quelqu'un de plus grand que lui, lui donna raison. Cependant, il réalisa que son visiteur nocturne n'était visiblement pas celui auquel il s'attendait et il le dévisagea, une expression de franc agacement et de colère sur le visage.

- Potter ?! Qu'est-ce que vous faites ici à une heure pareille ?!

Harry le regarda droit dans les yeux, pris une grande inspiration et lâcha d'un seul coup :

- Je n'ai pas mis mon nom dans la coupe de feu !

Il avait parlé vite, comme s'il s'adressait à Ron, qui venait de lui fermer le rideau au nez, et non à Snape, qui venait de lui ouvrir la porte. Le maître des potions, raide, ne prit pas la peine de lui adresser le moindre rictus malveillant, mais son regard lançait des éclairs.

- 10 points de moins pour être sorti de votre dortoir en pleine nuit, Potter.

Harry s'apprêta à répliquer quelque chose, fronça les sourcils, puis finalement se força à respirer profondément.

- Vous devez me croire, je n'ai pas mis mon nom dans cette coupe !

Il y avait quelque chose, dans l'expression de Snape, comme de la déception.

- J'aurais dû m'en douter, bien sûr, que vous chercheriez à tout prix un moyen de faire parler de vous, exactement comme votre paternel avant vous !

Harry s'apprêta à répliquer mais parvint à garder son calme.

- Pourrions-nous laisser mon père en dehors de ça, s'il vous plaît ? Professeur, vous aviez raison pour la coupe du monde et je ne vous ai pas écouté et….

Snape le dévisageait d'un air hautain qui le retint de simplevous m'aviez dit de venir vous voir s'il y avait un problème, hé bien, il y en a un, il y en a un maintenant...

Harry se tut soudain. L'éclat qui traversa les yeux de Snape n'augurait rien de bon. Comme s'il le mettait au défi de continuer sur ce terrain-là, et Harry réalisa qu'il pensait avoir été manipulé. Severus Snape, le terrifiant maître des potions qui le tourmentait depuis sa première année ici quand il ne décidait pas, pour une raison qu'Harry avait toujours du mal à saisir, de lui sauver la vie, pensait avoir été manipulé par lui. Il croyait réellement qu'il avait mis son nom dans cette coupe, réfléchissant à un moyen aux mêmes moments, sans doute, où il se montrait si attentif en cours de potion, et peut-être même pensait-il qu'il avait fait ça dans le but exact de se le mettre dans sa poche. Car qui avait Severus Snape dans sa poche... une expression d'horreur se peignit sur le visage d'Harry. La colère de Snape, là tout de suite, semblait au delà des mots.

- Professeur, vous devez me croire, s'il vous plait, je n'ai jamais voulu participer au tournoi, je ne voulais pas... vous... pour... gagner... ou... quoi que ce soit...

La colère de Snape, palpable, l'empêchait d'aligner deux mots cohérents. Mais il le regardait dans les yeux. Pour la première fois, il avait l'air si fragile, et si jeune, qu'Harry en fut choquée. Et il se demanda par qui le terrible Severus Snape avait été manipulé auparavant, ou jusqu'où s'était-il permis de s'enfoncer lui-même, pour trembler ainsi à cet instant, muet pour la première fois devant lui.

- Je sais que vous pensez que j'ai mis mon nom dans cette coupe et que j'ai fait semblant d'être gentil avec vous pour avoir votre aide pour gagner le tournoi, mais c'est complètement faux, je n'ai jamais...

Pour toute réponse, Snape sortit la lettre de sa poche, qui se déchira magiquement juste devant son nez, pleuvant à ses pieds alors que la porte se refermait violemment, comme le rideau de Ron, et Harry se sentit plus seul que jamais.

Quelques mois plus tard, en sortant de la salle de bain des préfets avec l'oeuf, Harry vit le nom de Mr Croupton traîner autour du bureau de Snape. L'instant d'après, cape d'invisibilité sur le dos, il descendait aux cachots. L'instant d'après encore, le trou de la marche avalait sa jambe.

- Rusard ? Qu'est-ce qui se passe ?

- C'est Peeves, professeur. Il a jeté cet oeuf dans l'escalier.

- Peeves ? Peeves n'aurait pas pu s'introduire dans mon bureau...

Entre les bavardages mêlés et furieux de Snape et Rusard, au prix d'un effort considérable, suant de peur, la jambe bloquée dans le trou de la marche, se sentant plus que jamais vulnérable et conscient que ça pouvait lui coûter très cher, Harry rabattit la cape. S'il voulait gagner la confiance de Snape, c'était maintenant ou jamais.

- C'était Monsieur Croupton, dans votre bureau.

La vision de Snape et de Rusard sursautant d'un seul élan aurait pu être vraiment comique si Harry n'était pas en pareille situation. Le regard acéré de Snape fut le premier à se poser sur lui, aminci par un éclat mauvais.

- Potter... susurra-t-il, tient tient...

- Élève hors des dortoirs ! Rugit Rusard qui avait l'air encore plus heureux de cette prise que s'il s'était agit de Peeves, cette fois je te tiens, sale petit garnement...

- Monsieur Croupton, dites-vous... qu'avez-vous pris dans mon bureau, Potter ?!

Oups, Harry n'avait pas pensé à ça. Un instant terrifiant, il vit Snape et Rusard, en même temps, s'approcher de lui avec l'envie manifeste de l'assassiner sur place, alors qu'il était bloqué dans l'escalier, la jambe avalée dans un trou. Il essaya en vain de se dégager, trop tard. Les deux silhouettes menaçantes étaient déjà sur lui.

- Je vais en parler au directeur, Potter ! Vous aurez une retenue ! Une semaine entière de retenue pour le tapage que vous venez de causer ! Vous avez fouillé le bureau d'un professeur, vous serez renvoyé, sale petit voleur !

- Rusard !

Harry ne sut pas, sur le moment, ce qui agaçait plus Snape, lui ou Rusard, pas plus que lui-même ne savait lequel des deux étaient le plus surpris, Snape ou lui-même, qu'il coupe le concierge dans un si bel élan de violences sympathiques à son égard.

- Vous serez bien aimable, Rusard, de me laisser gérer les choses à partir de maintenant. Je sais ce que j'ai à faire avec Potter, merci bien.

Le concierge parut vouloir répliquer, mais le regard de Snape l'en empêcha.

- Laissez-nous, maintenant, ajouta froidement Snape, et rendez-moi cet oeuf.

L'homme obéit, au grand désarroi de Harry qui n'avait pas du tout envie de se retrouver seul avec le directeur de serpentard en pareille situation. Ceci dit, ce n'était pas Rusard qui allait se plaindre à quiconque si Snape l'assassinait. Il leva les yeux vers l'homme qui le dominait de toute sa hauteur, une grimace de douleur et d'effort sur le visage alors qu'il essayait en vain de se hisser hors du trou. Snape eut un rictus de triomphe et de jouissance à peine dissimulée, et pendant un instant, Harry regretta réellement d'avoir été assez stupide pour faire une chose pareille.

- Professeur... je vous promets... j'étais à la salle de bain des préfets, et...

Il se rendit compte qu'il n'avait pas le droit d'y être non plus, mais décida que ce n'était pas si grave et, d'ailleurs, Snape ne sembla pas y réagir plus que ça. Il l'écoutait paisiblement, comme une araignée écoute les gémissements de sa proie prise au coeur de la toile.

- ... vous savez, pour l'oeuf, continua Harry. Il faut l'ouvrir sous l'eau, c'est Cédric qui m'a dit d'aller là-bas pour réfléchir, et en sortant, j'ai vu sur la carte... Mr Croupton... dans votre bureau... je voulais juste... professeur, vous pourriez m'aider ?

- La carte ? Demanda Snape qui se semblait s'intéresser qu'à ce qui l'arrangeait.

Il se désintéressa d'Harry pour regarder autour de lui et tomba immanquablement sur la carte dont il se saisit aussitôt, posant l'oeuf par terre, semblant se rappeler d'un seul coup la carte particulièrement pratique que Harry possédait. Il l'examina un instant, et une lueur traversa ses yeux sombres.

- Croupton... murmura-t-il.

Et carte à la main, baguette dans l'autre, il dévala les marches pour courir dans l'autre sens, ignorant les "mais, professeur, non, at tendez" de Harry, sans aucun doute à la recherche du point " Bartemius Croupton" que le vacarme avait sans doute allerté et qui devait s'enfuir, à présent.

- PROFESSEUR ! Hurla Harry, désespéré, en le voyant disparaître au bout du couloir.

Il jura tout seul, essayant de s'extirper une fois de plus et ne parvenant qu'à enfoncer un morceau de bois dans sa jambe, déchirant sa robe de sorcier. Il gesticula et gesticula encore, en vain, jusqu'à s'arrêter, essoufflé, renonçant. Snape finirait bien par revenir, espérait-il, en remettant la cape sur lui comme un automatisme de défense, la seule dont il pouvait se permettre actuellement, privé de baguette et de mouvements. Il ne bougea pas quelques longues minutes plus tard lorsque Snape revint sur ses pas, ne le regarda même pas, à vrai dire, même si, avec la cape, l'homme ne pouvait de toute façon pas le voir. Il l'entendit seulement s'arrêter au bas des escaliers, puis regarder la carte, et monta les quelques marches qui les séparaient avant de soulever la cape d'invisibilité. Bras croisés, Harry lui lança un regard furieux. La douleur faisait briller ses yeux, mais il ne demanda aucune aide en fusillant Snape du regard. L'homme parut amusé un quart de seconde. Puis d'un coup de baguette, il dégagea la jambe d'Harry qui poussa un soupir de douleur et de soulagement mêlés et se pencha pour l'aider à se relever. Harry n'accepta son aide que parce qu'il n'avait pas le choix mais se dégagea aussitôt.

- Alors, vous l'avez retrouvé ? Lança-t-il, acerbe, en récupérant sa cape, sa baguette et son oeuf.

- Il a réussi à s'enfuir, siffla Snape qui semblait avoir du mal à avouer une telle défaite. Pourquoi vous être montré, Potter ? Demanda-t-il au bout d'un moment. Vous auriez simplement pu rester caché. Ca aurait été plus dans vos habitudes...

Harry le fusilla à nouveau du regard en reprenant sa carte d'un geste vif. Parce que je suis pas un enfoiré contrairement à vous ?

- Parce que je voulais savoir pourquoi Mr Croupton fouillait votre bureau ?

Snape eut un soupir désespéré.

- Vous auriez du venir me trouver, Potter, pas y aller vous-même !

- Parce que je suis sensé savoir où sont vos quartiers !

- Vous auriez dû venir me trouver en premier lieu !

- J'ÉTAIS BLOQUE PAR CETTE FOUTUE MARCHE !

Ils cessèrent tous les deux de parler et Harry lui jeta un dernier regard dégoûté avant de se retourner pour monter les marches en claudiquant.

- Potter.

La voix tonitruante de Snape le rattrapa et, une main sur la rampe d'escalier, il se retourna d'un air "quoi, encore ?!" persuadé que Snape allait lui reprendre la carte.

- Suivez-moi.

Il resta exactement là où il était.

- Si vous voulez bien m'excuser, professeur, ma jambe me fait un peu mal et j'aimerais beaucoup...

- Comme tout le reste du château, le coupa Snape, l'infirmière dort à cette heure-ci. Et comme, de toute évidence, je suis réveillé et que, je le sais, vous n'irez pas la voir de toute façon, suivez-moi avant que je ne change d'avis.

En bas des marches, il le dévisageait avec intensité et Harry, stupéfait, le dévisagea en retour. C'était pendant ces brefs moments hors du temps qui le laissaient, par la suite, encore plus désemparé, qu'il ressentait ce je-ne-sais-quoi vis à vis de l'homme. Quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'homme monstrueux qui le tourmentait le reste du temps. Quelque chose qui, loin de lui faire peur, le rassurait étrangement. Quelque chose de plus fort que lui qui le fascinait et le poussait, à chaque fois, à faire le mauvais choix et à se laisser embarquer une fois de plus dans la toile dangereuse que l'homme tissait autour de lui. Il soupira, par principe, et descendit en claudiquant le reste des marches pour suivre Snape dans son bureau.

- Asseyez-vous.

Il obéit et s'assit sur un banc en regardant l'homme fouiller dans ses armoires et revenir vers lui avec un flacon opaque et plus épais que les autres qu'il déboucha. D'un coup de baguette, il tira une chaise et s'assit en face de lui.

- Relevez votre robe et votre pantalon, Potter.

Harry s'exécuta en silence, relevant sa robe et son pantalon déchirés. Il y avait des traces rouges bleutées à l'intérieur de la cuisse et quelques entailles plus profondes dû à son acharnement pour se sortir de la. Sans un mot, Snape lança un accio silencieux vers l'étagère et l'armoire déjà ouverte, qui lui fournirent un autre flacon au liquide incolore et un linge blanc qu'il imbiba avant de le passer sur la plaie. Harry, qui ne s'y attendait pas, sursauta lorsque le liquide brûla la peau à vif.

- Aie ! Ca fait mal !

Snape lui jeta un regard. Harry lui lança un coup d'oeil alors qu'il revenait à sa tâche et contracta la jambe pour ne plus faire de mouvements brusques, pas plus qu'un seul son ne franchit de nouveau ses lèvres. Il se mit à inspecter la pièce, réfléchissant. Qu'était venu faire Croupton ici ? De toute évidence, voler quelque chose... mais il n'osa pas demander à Snape s'il savait de quoi il s'agissait. Ca ne brûlait plus, mais Harry était trop perdu dans ses pensées pour remarquer que sa plaie avait presque disparue. Snape appliquait quelque chose de plus épais et de plus frais et il ne sut pas à quel moment exactement il ferma les yeux. C'était le milieu de la nuit, il était fatigué, et des mains chaudes et habiles massaient l'intérieur de sa cuisse et de son genou. Ca faisait du bien... beaucoup de bien... A vrai dire, personne ne l'avait jamais touché comme ça et ici, ni plus ni moins, et comme ça faisait du bien, il se laissait simplement aller à la sensation sans réfléchir plus que ça.

- Potter, je vous serais gré de ne pas vous endormir dans ma salle de classe, dit alors Snape et Harry, arraché à son presque demi-sommeil releva la tête instantanément.

Il avala sa salive. Snape se redressait, rebouchant les flacons. Harry se leva un peu brusquement, prenant rapidement ses affaires. Mais Snape, de toute façon, ne le regardait pas, toujours préoccupé par la présence de Croupton dans son bureau ou autre chose. Les joues en feu, Harry se détourna rapidement.

- M... merci beaucoup, professeur.

Et sans attendre de réponse, il s'enfuit dans le couloir et attendit d'avoir mis quelques étages entre eux avant de s'arrêter, essoufflé, contre un mur. Il mit sur lui sa cape d'invisibilité. Mais même sa cape d'invisibilité ne pouvait cacher la bosse proéminente entre ses jambes, ni la brûlure intense qu'il ressentait à cet instant. Il n'avait jamais ressenti ça, ou rarement, très brièvement. Si des filles lui plaisaient, il n'avait jamais pensé à aller plus loin, ni eu l'envie d'ailleurs, à vrai dire Harry n'était pas un garçon qui pensait beaucoup à ces choses-là. On ne lui avait pas vraiment expliqué comment ça marchait, et il n'avait jamais voulu le savoir trop non plus, ayant d'autres choses en tête. Etait-il normal ? Non, ce n'était sans doute pas normal de sortir du bureau de Snape dans cet état. Il attendit que ça passe, trop honteux pour essayer une autre méthode. Personne ne devrait jamais savoir qu'Harry Potter, cette nuit-là, avait eut une érection à cause de Severus Snape.


La deuxième tâche approchait à grands pas et, contrairement à ce qu'il voulait bien faire croire, Harry n'avait toujours pas trouvé comment respirer sous l'eau pendant une heure. La veille au soir, il se retrouva à la bibliothèque avec Ron et Hermione à chercher un sort impossible et, malgré leurs efforts, aucun d'eux ne trouvèrent quoi que ce soit. Harry dû en vain continuer seul, puis quitter la bibliothèque sous les ordres de Mme Pince pour y revenir peu après. La cape d'invisibilité sur les épaules, ce qui devait lui donner une allure bizarre, à la lueur de sa baguette, il cherchait désespérément entre les rayons sombres de la bibliothèque. Un sort, n'importe quoi, il lui fallait absolument... Le bruit soudain de la porte d'entrée le fit sursauter et il poussa un bref cri de surprise, sa cape tombant de ses épaules. Il tomba à quatre pattes pour la ramasser en vitesse et alors que les pas s'approchaient, il eut le temps d'éteindre sa baguette et de disparaître sous la cape. Le livre ouvert, tombé à quelques pas de lui, inaccessible. Les pas ralentissaient, jusqu'à s'arrêter devant son rayon, à à peine quelques mètres, et Harry leva les yeux avec horreur pour découvrir la haute silhouette de Snape. Il ferma les yeux tandis que le maître des potions s'avançait pour ramasser tranquillement le livre tombé à terre, qu'il examina un instant.

- " Sortilèges de transformations physiques " lut-il à haute voix. Hum, ajouta-t-il, dubitatif, après un instant de silence.

A la grande surprise d'Harry, il reposa le livre sur le bord d'une l'étagère et fit demi tour. Harry l'entendit parcourir les rayons, puis les livres.

- Non, non, pas ici, hum... Potions... ingrédients... herbes magiques...

Il retourna dans le rayon où Harry se cachait, recroquevillé contre l'étagère, et chercher un instant à travers les pages d'un air attentif.

- Ah ! Voilà ! Branchiflore ! "Herbe magique poussant près des côtes d'Ecosse, La branchiflore permet de respirer sous l'eau. Son effet, bien que temporaire, permet d'obtenir pendant environ une heure les branchies, les nageoires, les doigts palmés, la peau et tous les attributs d'un poisson adaptés au milieu aquatique "

Il referma le livre d'un coup sec et regarda dans sa direction.

- Étonnant, ce qu'on apprend sur les herbes et leurs extraordinaires capacités en cours de potions, Potter.

La respiration courte, Harry enleva lentement la cape et dévisagea en retour son professeur de potion qui arborait un air goguenard.

- Comment... comment vous saviez que...

Il ne termina pas sa phrase. Il avait trop de questions, et il n'était pas sûr d'être tout à fait en droit de les poser.

- Désolé d'être rentré dans la bibliothèque en pleine nuit, professeur.

Snape haussa un sourcil.

- Hum hum.

Harry rougit et baissa les yeux. L'amusement évident dans les yeux de Snape était plus malaisant encore que sa malveillance habituelle.

- Pour... euh... vous avez fait exprès de... comment vous avez fait pour...

Snape croisa les bras et s'adossa contre l'étagère.

- Je suis navré de vous dire que vous n'êtes pas discret, Potter. Ni pour roder la nuit dans la bibliothèque, ni pour faire croire à tout le monde que vous avez déjà résolu votre petit problème.

Harry se releva et rangea " Sortilèges de transformations physiques " à sa place.

- Tel que je vous connais, ajouta Snape, vous seriez capable de vous noyer dans le lac pour prouver que vous êtes le meilleur.

Harry soupira. Il était trop fatigué pour protester.

- Je n'ai jamais mis mon nom dans cette coupe.

Snape ne répondit pas tout de suite. Il le dévisageait intensément.

- Non, en effet.

Harry se tourna vers lui, estomaqué.

- "non, en effet" ?! Vous vous foutez de ma gueule ?!

- Langage, Potter !

Harry ne s'excusa pas pour autant. Points serrés, il le dévisagea, furibond, pendant quelques secondes.

- Bien, merci pour votre truc de Branchiflore, là. Mais, vous voyez, j'ai aucune branchiflore sous la main et on est pas vraiment près de la mer, là, alors...

Il le dépassa rapidement, mettant la cape sur ses épaules.

- Potter, attendez !

A contre coeur, le jeune homme se retourna. Snape remit le livre à sa place et s'avança vers lui en fouillant dans sa poche. Il en ressortit un bocal contenant quelque chose de gluant à l'aspect peu engageant.

- De la branchiflore. Avalez-là avant de rentrer dans le lac. Un mot à qui que ce soit, Potter...

Harry le regarda, éberlué, et prit le bocal qu'il lui tendait.

- Euh... non, bien sûr que non, je ne dirais rien. Pourquoi... ?

- Vous m'avez prévenu quand vous auriez pu rester caché et au risque, de toute évidence, d'être accusé vous-même. Ainsi, nous voilà quittes. Maintenant, disparaissez de ma vue, Potter, vous devez vous préparer pour la deuxième tâche dans à peine quelques heures !

Harry hocha vigoureusement la tête, le précieux bocal entre les mains.

- Merci, professeur.

Puis, alors qu'il se dirigeait à grand pas vers la porte de la bibliothèque, il s'arrêta net.

- Quelle est la première chose que vous m'aillez dites, à notre premier cours ?

Un doute soudain, léger et dérangeant. Snape leva la tête vers lui et plissa les yeux.

- De quoi parlez-vous ?

Harry se retourna lentement.

- Quelle est la première chose que vous m'ayez dites, professeur, à notre tout premier cours ? Répéta-t-il avec un calme blanc.

Il y eut un instant de flottement.

- Dois-je comprendre que vous avez plus confiance en moi qu'en un substitut de ma personne ? Je suis flatté, Potter...

- Professeur, s'il vous plait. Quelqu'un dans cette école a mis mon nom dans la coupe, quelqu'un qui veut me voir mort. Quelqu'un qui pourrait facilement voler dans votre bureau de quoi fabriquer du polynectar pour me donner du poison en se faisant passer pour vous.

Il y eut comme un éclat de fierté quelque part sur le visage de Snape, qui disparut aussitôt. A la lueur de la lune, par les vitraux de la bibliothèque, ils se dévisagèrent intensément.

- Qui vous dit que ce n'est pas moi ? Susurra lentement Snape.

Harry avala sa salive, et recula d'un pas.

- Parce que... parce que...

- Parce que je vous aidé quand vous en aviez besoin ? Parce que je suis venu vous voir cet été afin de m'assurer que vous alliez bien ? Parce que j'ai gagné votre confiance ?

Il haussa un sourcil, baissant légèrement la tête. Sa silhouette sombre se détachant à la lumière blafarde avait quelque chose de puissant et d'impressionnant. Harry recula encore et lâcha d'un ton incertain :

- Dumbledore...

Il avala sa salive, ferma les yeux un instant et repris d'un ton plus sûr :

- Vous m'auriez déjà tué.

Snape eut l'air satisfait.

- Ne laissez jamais les sentiments troubler votre esprit, Potter. Vous ne pouvez pas vous permettre de perdre contre le seigneur des ténèbres parce que, comme votre imbécile de père, vous avez fait confiance à la mauvaise personne.

Harry l'examina, ne sachant pas très bien comment prendre la chose.

- Je ne peux pas vous faire confiance, alors ?

Snape s'avança jusqu'à lui et sourit, un sourire machiavélique, sarcastique et jouissif. Il savait qu'il le dominait, à cet instant, il le savait. Alors, sans rien ajouter de plus, il le dépassa et lança d'une voix presque douce avant de partir :

- " Harry Potter, notre nouvelle célébrité ".

Harry se retourna lentement, indécis, le bocal et la cape d'invisibilité entre les mains. Faisait-il confiance à Snape ?

Le lendemain matin, Harry Potter avala la branchiflore pour disparaître dans les méandres du lac sous le regard impénétrable de Snape.