Cinder : concernant ta première review, je suis en train de modifier mes plans pour l'avenir de Narcissa, donc je ne sais pas encore pour son mariage, mais le fait d'avoir été reine lui donne plus confiance en elle : elle sera plus proactive que dans le canon. Pa sau point d'être une pro-Rogue Bellatrix, toutefois.
Lupinette : contente que tu aimes !
MERO Julie : merci beaucoup pour ta review !
Bien sûr, un simple échange de sorts ne suffisait pas à déterminer le prochain monarque de Serpentard et encore moins à assurer la pérennité de son règne. Le reste de la semaine fut un intense moment de recrutement de la part des parties intéressées qui dépassait largement l'entendement de Severus. Narcissa, Rabastan et Artémis avaient seuls l'expérience pour le faire, les deux derniers l'ayant acquises en tant que membres des branches principales de leur maison respective. Regulus affichait un soutien fervent mais principalement informulé à sa cousine, visiblement dépassé par la situation. Aussi perdus qu'eux, Phoebe et Orphée tentaient de ne pas effectuer un faux pas devant les inquisitions évasives d'interlocuteurs s'essayant à la subtilité. Au groupe des futurs mangemorts, Severus s'en tint au prudent argument du sang partagé par sa grand-mère maternelle, la rumeur se chargeant d'informer Narcissa de cette affiliation. Venant d'une des branches de la famille dont on évitait de parler, Severus ne fut pas très surpris qu'elle ignore leur cousinage éloigné.
Si cette information avait fait son chemin plus vite, elle lui aurait sans doute épargnée une course-poursuite dans les couloirs, après que cinq partisans de Rowle lui aient tendu une embuscade le jeudi soir. La puissance des Black dans les années 1970 était telle que la configuration qu'avait choisie Narcissa rendait les membres de son groupe inattaquable, étant tous cognats de la famille Black. Severus, en revanche, était le fils d'un moldu et d'Eileen anciennement Prince, que tous n'assimilaient pas immédiatement à la fille de Lycoris, et en conséquent ne réalisaient pas que Severus était le petit-neveu de l'actuel Seigneur Black. Arcturus Black pouvant être ou ne pas être disposé à le reconnaître comme parent, Severus s'était abstenu de mentionner cette relation. Le clamer n'aurait fait qu'indisposer le Seigneur Black s'il ne voulait pas le reconnaître, un des nombreux suicides sociaux possibles dans le monde sorcier qu'Eileen Prince avait pris le temps de lui détailler avant sa première année. Ses tenues de seconde main auraient de toute manière jeté le doute sur une telle déclaration, en particulier sur la plus importante partie, qu'Acturus le considère effectivement comme un parent. Severus s'était donc contenté de soutenir que malgré son nom moldu, sa mère était une sang-pur née dans la maison Prince. Le désaveu de celle-ci avait été facile à deviner pour les Serpentards.
Severus supposait qu'il avait dû sembler être la seule possibilité de contre-attaque magique aux partisans de Rowle qui perdaient du terrain verbal. Il lui avait semblé si évident d'être un Black qu'il avait oublié qu'à cette époque, peu connaissaient cette relation qui ne le protégeait donc pas des assauts. Seul l'instinct lui avait fait jeter un bouclier qui avait arrêté le premier sort venant de sa droite, esquiver celui qui arrivait de sa gauche. Il n'avait pas perçu celui qui l'avait frappé à revers, jusqu'à ce que la douleur explose dans son dos en une longue balafre. La souffrance l'avait momentanément aveuglée et dans un réflexe il avait fait jaillir un lasso de feu de sa baguette. Deux cris de douleurs avaient émergé des mouvements de son bras avant que ses yeux de découvre les cinq visages qui l'entouraient. Un cri gémissant sortait de la bouche de celui étendu à terre dont le lasso avait percuté le visage, McNamara penchée à son chevet. William Orpington serrait son bras armé contre son torse. Deux autres baguettes étaient pointées sur lui, Moon maintenant un bouclier, Travers tentant de l'atteindre. Seule son expérience de duelliste avait empêché que ce soit le cas : un sorcier inexpérimenté serait resté figé sous la douleur, tandis qu'un combattant savait devoir présenter une cible mouvante.
Severus esquiva un nouveau sort au prix d'une douleur lancinante dans le dos et lança le lasso dans la direction de Travers. Le bouclier de son comparse l'arrêta. En une fraction de seconde, les longues années d'embuscades par les maraudeurs puis chez les mangemorts lui permirent d'analyser la situation : la douleur dans son dos et le sang qui coulait lentement de la plaie, les sorts qu'il aurait pu utiliser mais qui auraient été difficiles à expliquer, l'absence de témoins pour les remarquer exceptés ses attaquants, l'idée de la complexité de la situation une fois qu'il les aurait vaincus mais ne serait plus en état de dissimuler ce fait. Cette fraction de seconde lui suffit à prendre sa décision : lançant quelques coups de lasso pour les distraire, il recula lentement jusqu'à atteindre une intersection, puis fuit dans un couloir adjacent. Il était déjà trop doué et trop nombreux étaient ceux qui l'avaient remarqué.
Le bruit de pas précipités le fit se jeter dans une alcôve. Deux de ses attaquants passèrent devant lui. Un repulso en envoya Travers s'assommer contre un mur. L'autre se retourna et Severus para le maléfice que lui envoyait Moon avant de répliquer par un stupéfix. Un sort manqua de peu son bras, le forçant à reprendre couvert dans l'alcôve que dissimulait la statue d'une sorcière bossue. Un coup d'œil lui apprit qu'Orpington avait suivi plus lentement ses deux comparses et venait de le prendre à revers. Le sort que Severus lança dans sa direction le manqua mais le força à se cacher derrière le buste de Paracelse. Un brusque silence envahit le couloir. Severus jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de la sorcière bossue : les deux sorciers avaient chacun pris couvert de part et d'autre de sa cachette.
Il profita de l'occasion pour évaluer son état. Ses vêtements humides collaient désagréablement à son dos, lui apprenant que la plaie n'était pas une simple écorchure. Il n'aurait pas le temps d'attendre qu'ils fassent le premier geste. N'ayant pas de potions sanguines sur lui, il se contenta de quelques sorts de soins grossièrement dirigés vers la plaie. Ni Orpington ni son acolyte ne semblaient décidés à bouger. Severus allait prendre l'initiative quand la forme de la statue attira son attention. Il savait que celle-ci dissimulait l'un des nombreux passages secrets de Poudlard, et une évasion parfaite pour lui. L'exclamation outrée d'un de ses attaquants lui apprit que sa manœuvre n'était pas passée inaperçue. Severus se tapit dans une des zones d'ombre du passage et attendit la figure qui se glissa dans l'embrasure juste avant que la statue ne reprenne sa place. Severus l'abattit d'un stupéfix sans lui laisser le temps de réagir. Un lumos révéla le visage paisible de Tarquin Moon. Sa baguette pointée dans sa direction, des bruits l'informant qu'Orpington tentait d'ouvrir le passage de l'autre côté, Severus hésita un instant. La douleur lançait son dos, mais la jeunesse des traits l'empêchait d'oublier qu'il ne s'agissait que d'un élève. Utiliser une Flamme Infernale dans ce contexte était déjà exagéré, y ajouter un homicide lui serait plus préjudiciable qu'autre chose. Des cordes jaillirent de sa baguette pour aller entourer le corps qu'un levicorpus dissimula au détour du passage, hors de vue. Retournant à son point d'embuscade, il réactiva le mécanisme et neutralisa tout aussi facilement Orpington avant de léviter le troisième larron avec ses deux prisonniers et de refermer le passage.
L'effort avait rouvert ses tentatives pour diminuer la plaie et il doutait que les deuxièmes soient meilleures que les premières. Par mesure de précaution, il quitta le passage par son autre entrée, dissimulée par une tapisserie au quatrième étage, et se dirigea aussi rapidement qu'il pouvait le faire sans augmenter le saignement vers l'infirmerie. Sa tête tournait légèrement et il n'était certainement plus en état de se battre. Le passage était cependant peu connu et McNamara l'attendait probablement de l'autre côté si elle voulait continuer le combat. Il ne s'attendait nullement être percuté à une intersection alors qu'il débattait des mérites et dangers d'un sortilège de désillusion. Le choc l'envoya à terre. Réflexivement il pointa sa baguette dans la direction où se tenait le maladroit, le timbre du « merde, Rogue ! » l'informant qu'il ne s'agissait certainement pas d'un ami. Sirius Black agrippa son bras avant qu'il n'ait le temps d'ajuster son angle.
-Holà Servilus, qu'est-ce que tu manigances à cette heure ? lui lança-t-il.
Severus maudit sa déveine de tomber sur les maraudeurs en ce moment. Après un été loin de Poudlard que Black avait passé avec les parents qu'il exécrait et les discours de Potter dans le train, il anticipait une farce de bienvenue des plus vicieuses et les avait consciencieusement évités.
-C'est du sang ? vint la réalisation horrifiée de Potter.
Severus leva les yeux pour le voir examiner une tache sombre sur ce qui semblait être une cape d'invisibilité. Cela expliquait la collision. Black perdit son air arrogant à cette question, réalisant peut-être que si Severus avait été en état de se battre, il les aurait probablement déjà attaqués. Les yeux écarquillés de Potter derrière ses lunettes rondes emplirent son champ de vision, et deux mains se mirent à inspecter l'avant de son pull. Severus le repoussa :
-Si cela ne vous gêne pas, Potter, cracha-t-il en tentant de se redresser, j'ai à faire autre part.
-Tu devrais aller à l'infirmerie, offrit Pettigrew.
Il était brusquement apparu dans son champ de vision et ne semblait pas savoir plus que les autres comment réagir à cette situation inattendue. Sa baguette était encore mollement pointée dans sa direction, preuve qu'il avait lui aussi attendu un affrontement.
-Où croyez-vous que j'allais, cornichon sans cervelle ? rétorqua Severus tandis qu'un souffle choqué sortait dans la bouche de Potter.
Le visage de Pettigrew se ferma. Potter montra le sang qui maculait la main qu'il avait posé dans son dos. Un air indéchiffrable sur le visage, Black demanda :
-Il y a une succession à Serpentard en ce moment ?
Le rire rauque de Severus répondit aux regards surpris de ses deux comparses :
-Qui l'eut cru, le plus consanguin est le moins idiot.
-Sirius, aide-moi, on le porte à l'infirmerie, coupa Potter.
-C'est Rogue, souligna celui-ci.
-On se fiche que ce soit Rogue, on ne va pas le laisser se vider de son sang.
Black ne dû pas esquisser un geste, puisque Potter reprit rapidement la parole, se tournant vers son deuxième comparse :
-Peter ?
-Je dirais qu'il peut s'y rendre seul, finit par répondre celui-ci en désignant Severus qui se relevait en s'appuyant sur un mur.
-Très bien ! lança colériquement Potter
Un bras s'enlaça autour de ses épaules et il vint le soutenir sous une aisselle.
-Je n'ai pas besoin de vous, siffla Severus entre ses dents.
-Ferme-la et marche.
Après quelques pas chancelants où il dû admettre en son for intérieur qu'il n'arriverait probablement pas à sa destination pourtant proche sans sa béquille, il reprit la parole :
-Ce n'est pas une dette de vie. Si vous ne m'aviez pas percuté, je serais déjà à l'infirmerie.
-C'est ça qui te préoccupe, s'étonna Potter. Tu devrais plutôt t'intéresser à y arriver vivant.
Après quelques pas, dans cette configuration surréaliste, il reprit la parole :
-C'est fréquent dans les successions de Serpentard ?
-Les blessés ou les morts ?
-Les deux.
-Les premiers. Les seconds sont assez rares.
-Pourquoi y participer alors ?
-Pourquoi ? Pourquoi ? Je peux mourir parce que des idiots pensent que c'est amusant de jeter les gens du sixième étage. Je peux mourir si mon père à la main trop lourde un soir où il rentre ivre. Pourquoi ne pas mourir pour quelque chose que j'ai choisi, pour une fois ?
Il se tut, regrettant les propos qui s'étaient échappés de sa bouche. Il ne voulait pas en dire autant à qui que ce soit, et encore moins à Potter. Il ne savait pas si c'était l'étrangeté de la situation ou la perte de sang qui lui avaient fait prononcer ces mots, mais il était sûr de ne pas vouloir s'épancher davantage sur le sujet. Ses yeux se fixèrent obstinément sur la porte de l'infirmerie au bout du corridor.
-Tu es un bâtard, finit par déclarer calmement Potter.
-Mes parents étaient mariés depuis sept mois à ma naissance, répliqua automatiquement Severus.
Sa vision se brouillait et mettre un pied devant l'autre demandait trop de concentration pour penser ses réponses ou des insultes appropriées.
-Traîner Lily dans une situation à ce point pourrie.
-Lily est trop bien pour moi. Et pour toi, ajouta-t-il après une seconde en vacillant. Et pour tout le monde dans ce bâtiment.
-C'est probablement la chose la plus censée que tu ais dite de la soirée, Servilus, répliqua Potter d'un ton calme en ouvrant les portes de l'infirmerie.
Un cri aigu se fit entendre. Severus leva la tête pour voir Poppy penchée sur un autre patient, McNamara au chevet de celui-ci. Il semblait qu'ils finissent tous là. Poppy jeta un œil dans leur direction et se précipita vers eux, préparant un lit d'un coup de baguette.
-Et, Rogue, ajouta Potter avant que Poppy ne s'empare de lui, le transport c'est pour les six étages.
Severus n'était même pas sûr qu'il ait réellement prononcée cette phrase, mais l'idée que James Potter puisse faire preuve d'une quelconque bonté à son égard était tellement étrange qu'il ne pensait pas l'avoir inventée. Elle l'arrangeait et c'était le plus important. La situation était suffisamment complexe sans y ajouter un autre facteur. Les successions de Serpentard impliquant régulièrement des visites à l'infirmerie et étant plus violentes que celles de Serdaigle, maison à laquelle Poppy avait appartenue, Severus n'aurait pas été étonné qu'elle ait calculé précisément que ce début d'année avait un certain nombre de patients potentiels. Elle ne sembla pas troublée outre-mesure – bien qu'elle fît abondamment savoir son déplaisir à leur condition – qu'aucun de ses deux patients pour duel ne veuille dire qui les avait attaqués, où qu'ils épient les gestes de l'autre. Severus, particulièrement, était inquiet : la plaie qui lui barrait le dos le confinait dans son lit tandis que Bulstrode n'était que défiguré et pouvait parfaitement tenter quelque chose. Severus ignorait comment celui-ci était retournée dans les faveurs de Rowle, sans doute en parvenant à faire passer la remarque de Parkinson pour une tactique de déstabilisation. Que Poppy leur ait enlevée leurs baguettes respectives ne faisait rien pour le rassurer, même si elle avait laissé à chacun une sonnette enchantée reliée à son bureau.
Severus pensait qu'elle n'avait pas davantage été trompée par le brillant numéro rhétorique de Slughorn ou qu'elle croit un seul instant à ses promesses de chercher les coupables. Il en eu la confirmation lorsque Regulus et Orphée passèrent prendre des nouvelles et repartirent avec la localisation de trois otages. Négligeant son habitude de travailler dans son bureau dont elle conservait la porte ouverte, elle vint s'installer sur un des lits le temps de la visite, apparemment absorbée dans des parchemins. N'importe quel Serpentard aurait cependant reçu le message qu'elle surveillait les deux visiteurs pour s'assurer qu'ils ne fassent pas un détour du côté de Bulstrode. La même chose se produisait chaque fois que McNamara venait. Severus aurait donné beaucoup pour savoir ce qu'ils se disaient mais un sort d'écoute sans baguette était hors de sa portée.
Severus avait cependant des inquiétudes plus pressantes à régler. Si Poppy et Slughorn étaient disposés à laisser la situation se résorber d'elle-même, les Gryffondor n'avaient jamais eu de succession de ce genre et n'en avait jamais compris la violence. Essayer d'expliquer à Albus que le phénomène était typique des Serpentards et n'avait rien à voir avec une résurgence mangemorte n'avait eu que peu de succès la première fois, aussi Severus se résigna-t-il à davantage de suspicions quand il se réveilla le samedi matin avec un visiteur à son chevet.
Severus ne l'avait vu que de loin depuis son arrivée. Les robes bariolées le rendaient aisé à distinguer mais il n'avait jamais eu l'occasion d'interagir avec lui. Pas qu'il l'ait souhaité : Albus avait été une figure de mentor mais aussi une chaîne dont Severus s'était affranchi depuis des décennies et qu'il avait encore moins envie de retrouver que le Seigneur des Ténèbres. Il n'y avait aucune nostalgie à avoir devant le visage contemplatif du directeur que Severus connaissait assez bien pour y déceler de la méfiance. Elève, il n'avait eu l'occasion de le rencontrer qu'une fois, après la désastreuse pleine lune où il avait croisé Lupin, et cette rencontre s'était achevée par un vœu de silence qu'il avait quasiment été contraint de prendre. Un vœu nécessitait le libre accord, mais Severus ne voyait pas beaucoup de cet assentiment dans la pression de deux familles nobles et de l'homme le plus estimé de Grande-Bretagne placée sur les épaules d'un adolescent sans soutien, choqué et que l'on avait entouré comme un coupable. Non, à cet âge Severus n'avait eu aucune sympathie pour le directeur, cette distante figure qui prenait quasiment systématiquement le parti des maraudeurs. Et les doutes qu'il décelait dans le regard en apparence bienveillant du directeur l'amenait à penser que cette antipathie était réciproque.
-Monsieur le directeur, déclara-t-il d'un ton qui pouvait relever soit du salut, soit de la question.
Il ne comptait certainement pas lui rendre ce duel verbal facile. Un instant il se demanda quel personnage il devrait jouer. N'importe quel élève se serait senti impressionné et vaguement sur la défensive d'être devant un tel homme, mais l'être trop ne ferait qu'attirer les soupçons. Paraître maîtriser toute la conversation aurait le même effet.
-Ah, monsieur Rogue, mon deuxième visiteur de la journée, le salua Albus d'une voix joviale.
Severus n'esquissa pas un regard vers Bulstrode qui était probablement le premier visiteur, impliquant qu'Albus pouvait être au courant du responsable de sa défiguration. Ce bluff ignorait l'âge réel de Severus qui savait pertinemment que tous les événements qui entouraient les successions étaient assez répréhensibles pour qu'un accord tacite existe entre toutes les parties de ne pas les mentionner. Si Bulstrode avait mentionné la Flamme Infernale, Severus pouvait tout aussi facilement lui renvoyer le sort de coupe qui lui avait lacéré le dos, situation qui n'arrangerait ni l'un ni l'autre. Severus attendit qu'Albus reprenne la parole mais le directeur laissa s'éterniser le silence, apparemment nullement gêné par celui-ci, attendant visiblement que Severus lâche une information incriminante.
-Vous désiriez quelque chose, monsieur le directeur ? finit-t-il par demander, sachant qu'un adolescent aurait probablement rompu le silence.
-Ah oui, pardonnez les absences d'un vieil homme, mon garçon, je venais prendre des nouvelles des patients.
Severus ne put qu'hausser un sourcil incrédule devant le fossé qui existait entre ce qu'Albus estimait être ses capacités de comédien et ce qu'elles étaient réellement.
-Pardonnez ma surprise, monsieur le directeur, se reprit-il pour justifier son geste, mais je suis un visiteur fréquent et c'est la première fois que j'entends parler de cette habitude.
-C'est davantage une escapade impromptue qu'une habitude et je crains que la gestion de cet établissement ne me laisse pas assez de temps pour la réitérer régulièrement. Toutefois, ce début d'année se révèle assez agité : vous êtes la cinquième personne admise pour duel de Serpentard et je ne peux m'empêcher de me demander si ces conflits internes ne seraient pas une suite des affrontements des Embrumes. En tant que directeur, j'aimerais m'assurer que la situation ne dégénère pas en un combat au sein de cette école.
Severus garda son visage placide, bien que se demandant si Albus avait évoqué les Embrumes comme une nouvelle excuse ou s'il recherchait des informations sur les deux phénomènes. Il afficha un air légèrement perdu :
-Excusez-moi, monsieur, mais quel rapport est-il censé y avoir entre les Embrumes et Serpentard ?
Albus le dévisagea un moment, se demandant sans doute s'il devait croire à sa confusion, puis répondit :
-Principalement un de mes anciens élèves récemment rentré au pays qu'on m'a mentionné comme le meneur de l'insurrection. Un jeune homme très charismatique qui avait beaucoup d'ascendant sur sa maison quand il était encore un étudiant. Certains de vos camarades ont peut-être mentionné quelque chose en ce sens ?
Albus croyait-il réellement qu'il allait se livrer à une dénonciation qui l'impliquerait malgré la tournure de phrase qu'il avait adopté ? Il était vrai qu'il n'avait jamais compris les Serpentards, reconnut Severus, il était en conséquent possible que le directeur pense pouvoir obtenir des informations ainsi. Après quelques secondes, Severus secoua la tête :
-Je ne me rappelle rien de tel, mais j'évolue dans un cercle d'amitié assez restreint.
-Ce cercle comprendrait-il à tout hasard messieurs Moon, Orpington et Travers ?
Severus fronça les sourcils avant de répondre :
-Orpington est en cinquième, non sixième année maintenant, non ? Et Travers le nouveau préfet en chef ? Je suis désolé, mais je n'arrive pas à mettre un visage sur Moon. J'ai dû parler quelques fois à Orpington, mais je n'ai jamais vu Travers que dans le cadre de ses fonctions de préfet. Pourquoi ces trois noms en particulier ? Monsieur le directeur, ajouta-t-il.
Les yeux perçants d'Albus le disséquaient avec acuité sous leur fausse candeur et Severus ne put retenir un bref sentiment de peur inattendu face à cette expression qu'un autre aurait manqué. Albus était une bête assoupie qu'il ne fallait pas réveiller, et celle-ci le contemplait derrière ces lunettes dorées, se demandant s'il valait sa rage. Albus pouvait tout à Poudlard, et autant que le Seigneur des Ténèbres au-dehors. Brusquement, un sourire bienveillant fendit son visage :
-Oui, je crois que vous êtes plutôt ami avec mademoiselle Evans, si je ne me trompe ? Une remarquable élève, Filius me parlait hier encore…
Severus suivit avec attention la suite de la conversation, mais elle ne contenait rien d'aussi piégeux que son début. Le regard attentif ne quitta toutefois pas les yeux glaçants d'Albus – non, Dumbledore, Dumbledore la figure menaçante de ses études et non le mentor de son professorat – peu importe l'innocence qu'il tentait d'insuffler dans ses réponses. Il fut soulagé quand la paperasse rappela le directeur à son bureau. L'après-midi même, il livra la localisation de ses otages à Regulus et Orphée puis s'attaqua aux devoirs que Lily lui avait apporté. Wilkes et ses comparses s'étaient prudemment abstenus de le visiter. Les futurs mangemorts tenaient apparemment à rester neutre afin de conserver de plus larges possibilités de recrutement une fois la succession achevée. Shafiq observa la même réserve et les soutiens de Narcissa étaient tous occupés à affermir leur position.
Le relatif calme de son séjour à l'infirmerie fut interrompu par deux mains serrant sa gorge. Cette soudaine pression sur ses voies respiratoire le réveilla brusquement. Paniqué, il se débattit, les mains qu'il porta à sa gorge ne parvenant pas à détacher celles qui y étaient déjà placées. Le visage balafré de Bulstrode se dessinait dans la pénombre de la nuit, illuminé par un clair de lune. Son premier mouvement réflexif ayant échoué, Severus tenta de le repousser avec un peu de magie sans baguette. Bulstrode lâcha brusquement prise, ses ongles égratignant son cou tandis qu'il était projeté en arrière. Avalant quelques goulées d'air, sa main trouva la sonnette de Poppy qu'il activa convulsivement. Le retour de Bulstrode lui fit lâcher la sonnette pour engager une brève lutte qu'il perdit rapidement.
-Elle ne viendra pas, siffla son attaquant en serrant de nouveau sa gorge. C'est si facile de trouver des Sommeils sans rêves ici.
Cette phrase éveilla quelque chose dans la panique de son esprit et plutôt que de faire de nouveau usage de magie sans baguette, ses deux mains se refermèrent sur les poignets de Bulstrode et il aspira. Les yeux de celui-ci s'écarquillèrent :
-Qu'est-ce que tu fais ? Arrête ça !
Les mains avaient lâché leur prise mais Severus maintenait toujours son étau. De la buée sortait de la bouche de Bulstrode et le gel qui étreignait ses poignets serpentait lentement sur ses avant-bras et ses mains. Bulstrode suppliait désormais, incapable de se défendre contre les assauts mentaux à pleine force d'un détraqueur. Une faible proie qui avait cru pouvoir s'en prendre à lui. Sa forme s'affala sur son lit, gémissant de manière incontrôlable et tentant de se libérer par des mouvements convulsifs que seule sa force de détraqueur empêchait de réussir. Severus ne s'arrêta pas. Ce ne fut que quand Bulstrode sembla au bord de l'évanouissement, toute lutte depuis longtemps cessée, que Severus cessa d'aspirer. Il le hissa à portée de souffle, une main agrippa son menton, et contempla les yeux terrifiés de Bulstrode. Celui-ci avait visiblement comprit quel genre d'hybride il était et ce qui pourrait lui arriver si Severus franchissait les quelques centimètres qui les séparaient d'un baiser. Severus laissa l'instant s'éterniser, se délectant de la peur qui émanait par vague de sa proie avant de le repousser brusquement. Bulstrode s'affala bruyamment à terre en un désordre de membres.
Severus massa sa gorge, grimaçant à la douleur qui en rayonnait. Utiliser son héritage détraqueur avait probablement été une erreur stratégique. Le faire avec une telle ampleur était sûr de laisser des traces visibles sur Bulstrode que Poppy ne manquerait pas de constater le lendemain. Ses yeux songeurs se posèrent sur le dos de sa proie qui se trainait péniblement jusqu'à son lit. Dumbledore avait malheureusement déjà ses soupçons et une autre disparition ne ferait qu'augmenter ceux-ci. Son bluff final ne laissait aucun doute sur sa nature, mais il croyait que la peur si évidente de Bulstrode rendrait ses souvenirs illisibles. Il passa le reste de la nuit à regretter qu'Albus soit à ce point à côté de la plaque pour soupçonner une nouvelle purge – tous ceux qui connaissaient un peu l'histoire récente de la royauté de Serpentard sachant que c'était l'accession de Tom Riddle au trône qui avait au contraire arrêté celle-ci, il est vrai au prix de quelques victimes pro-Grindelwald.
Bulstrode était le patient le plus évident pour Poppy, et quand elle s'approcha à son tour de lui il sut aussitôt qu'elle avait également comprit ce qu'elle avait soupçonné ces derniers jours. Severus n'avait pas manqué les froncements de sourcils qui avaient accompagné les sorts d'évaluation toujours plus avancés qu'elle avait glissé au milieu de ceux de soin. Il guérissait moins vite qu'un humain, ce qui devait tôt ou tard attirer l'attention d'un guérisseur compétent. La définition même de Poppy. Severus n'avait pas vu si loin quand il avait fait son chemin vers l'infirmerie ou qu'il s'était lancé dans les intrigues de sa maison. Ce séjour avait rendu une révélation nécessaire, même s'il aurait préféré qu'elle n'ait pas lieu avec une preuve de ses capacités, de sa dangerosité. Il ne pouvait plus être évasif, paraître légèrement perplexe devant ces changements comme il l'avait prévu. Il en savait assez pour faire ces dégâts et pour ne pas l'alarmer il devait en savoir assez pour se contrôler en présence d'élèves. Sans cela, il ne donnait pas cher de sa place à Poudlard. Poppy était cependant l'une des meilleures personnes qui puisse le découvrir. Il avait passé assez de temps à l'infirmerie et elle était assez neutre pour ne pas automatiquement le penser l'agresseur. Il ne doutait pas qu'elle réaliserait également qu'il aurait pu faire depuis longtemps ce qu'il avait fait cette nuit et qu'il n'avait jamais utilisé son héritage contre les maraudeurs, pourtant responsables de nombreuses visites. Poppy avait accepté un loup-garou, elle pouvait accepter un détraqueur, avait été sa conclusion.
Restait à présenter la situation de manière convaincante. Il écarta le drap qui dissimulait les marques sur son cou. Il vit les yeux de Poppy se rétrécir à une vue qu'il savait impressionnante – guérir lentement avait aussi des effets positifs – et sa baguette s'agita aussitôt en sorts de diagnostiques, avant que son regard ne balaye la sonnette à terre, les draps froissés et la flaque d'eau laissée par la glace fondue.
-Qui allez-vous prévenir ? interrogea-t-il d'une voix aphone qui n'avait rien de simulé.
La baguette continua de s'agiter et une partie de la douleur résiduelle quitta sa gorge.
-Je vais informer votre chef de maison que deux de ses élèves ont tentés de s'entretuer, le reste dépendra de vos explications.
Poppy n'était pas aveugle, elle manquait juste l'autorité pour réagir à ce qu'elle découvrait, aussi les visites de début d'année que faisait parfois Severus dans son infirmerie étaient restées sans conséquence pour Tobias. Commencer son récit par cette enfance était une tentative évidente de manipulation, mais attendue d'un adolescent de seize ans. Il parla doucement de la faim et de ces tentatives pour l'oublier en imaginant absorber la tristesse ambiante de la maison de l'Impasse du Tisseur. De la glace qui avait accompagné la première fois où il avait fait reculer son père et de son incompréhension devant les paroles décontextualisées que celui-ci avait prononcé. Quel âge ? Sept ans, supposait Severus. Un âge raisonnable pour de la magie accidentelle et Severus ne présentait pas autrement son héritage détraqueur. La peur dans le regard de sa mère qui lui avait fait jurer de ne jamais recommencer et Severus avait globalement obéit puisqu'il aimait sa mère. Mais des fois Tobias lui faisait trop peur et cette glace bienveillante venait à son secours. Il avait lentement compris l'anormalité de ce qu'il faisait, même pour un sorcier, alors il avait caché cette capacité une fois à Poudlard. Il avait trouvé les livres de la bibliothèque et prononça le mot. Détraqueur. Poppy ne frémit pas. Le silence infranchissable de sa mère devant ses interrogations, juste une légère tension dans sa mâchoire. Pas un mot, pas un nom. Le livret de famille qu'il avait trouvé dans un tiroir, et les sept mois seulement qui séparaient le mariage de ses parents de sa naissance. Neuf mois après le départ de sa mère du monde magique, alors en pleine guerre civile. Il tut le fait qu'il était né prématuré à huit mois, que c'était avec de la magie accidentelle qu'il avait parfois repoussé Tobias et que l'espoir que Tobias n'ait pas été son père avait été écrasé par une potion d'ascendance.
Puis il parla de la nuit dernière, de sa panique si semblable à celle de son enfance, de la glace qu'il avait appelé à son secours. Bulstrode n'était pas comme Tobias : c'était un sorcier. Il ne s'était pas immédiatement reculé et jamais Tobias n'avait tenté de l'étrangler. Alors Severus avait continué, renforcé pour le faire lâcher et quand cela avait été le cas, il avait voulu lui faire aussi peur qu'il avait eu peur. S'il aurait embrassé Bulstrode ? Une grimace de dégoût répondit à Poppy, comme si l'idée d'embrasser Bulstrode avait été le plus répugnant de la soirée, comme s'il n'avait pas compris quel sens elle avait donné à ce mot. Avait-il jamais fait usage de la glace contre un autre élève avant ce jour ? Un énergique non. Il savait comment étaient traités les créatures magiques et n'avait aucune envie de subir davantage d'exclusion.
L'histoire était semble-t-il assez bonne pour retenir Poppy d'aller révéler son hybridité à tout le monde sorcier. La seule contrepartie qu'elle posa fut une visite mensuelle tant que durerait sa scolarité. Severus accepta : Poppy était une Serdaigle et lui un sujet de recherche unique.
