PROMPT : Bonté divine
1994
En rejoignant Poudlard pour sa quatrième année, Harry était un peu plus serein. Grâce à Severus, il avait pu faire innocenter son parrain. Drago lui avait montré qu'il était un ami à cette occasion, en convainquant son père d'intervenir en faveur de l'héritier Black. Sirius était désormais libre, et enfin, Harry n'aurait plus à aller chez les Dursley en théorie.
L'adolescent était certain que ce serait son dernier été malheureux, son dernier été sans manger à sa faim.
Dumbledore avait protesté, puis tempêté, mais aussi bien Harry que Sirius étaient restés campés sur leurs positions. Par ailleurs, ils avaient été soutenus par Severus Rogue - qui même s'il clamait qu'il détestait toujours autant Sirius Black oubliait sa rancœur pour veiller aux intérêts de Harry.
Le Survivant, l'élu que Dumbledore s'employait à façonner échappait à son contrôle.
Harry adorait son parrain plus que tout. Il était sa toute dernière famille à ses yeux, le lien ténu qui le rattachait à ses parents.
Cependant, Sirius n'était pas une figure paternelle comme se l'imaginait Dumbledore. Le jeune garçon avait trouvé un homme qu'il appréciait comme un père avant même de connaître son parrain. Et quoi qu'en pense ce dernier, il ne changerait d'avis pour rien au monde.
De façon tout à fait surprenante, le petit brun aux yeux verts s'était attaché à son professeur de potions. Qu'il soit bourru, sarcastique, partial voire parfois gratuitement mauvais, Harry l'appréciait et le respectait. Son avis comptait beaucoup pour lui, et le moindre signe de reconnaissance venant de l'homme en noir emplissait le garçon de joie.
Il lui était reconnaissant d'avoir aidé à innocenter Sirius, d'avoir pris parti pour lui pour qu'il ne retourne pas chez les Dursley, et d'être présent, dans l'ombre.
C'est ainsi que sans arrières pensées il prit part à la liesse générale qu'amena l'évènement de l'année : la coupe des trois sorciers.
Il applaudit avec le même enthousiasme que ses camarades l'arrivée des autres écoles participantes. Il se laissait distraire comme les autres par l'agitation qui avait envahi Poudlard.
Pour la première fois, il se sentait insouciant. Comme les autres enfants de son âge.
Dans la première lettre qu'il envoya à Sirius, il lui confia qu'il se réjouissait de passer une année tranquille, sans pierre philosophale, sans Basilic ou sans parrain mystérieux évadé d'Azkaban.
Les premières semaines semblèrent confirmer ses espoirs. Il ne se passait rien d'inhabituel, et il en était ravi. Dumbledore avait installé la coupe de feu dans la Grande Salle pour y recevoir les noms des participants au tournoi, et le Gryffondor prenait plaisir à regarder le ballet des étudiants les plus âgés, qui venaient déposer leurs noms dans la coupe avec un léger sourire gêné.
Le soir de la nomination des participants, Harry souriant, applaudissait à tout rompre lorsque Cédric Diggory fut proclamé Champion de Poudlard. Tout semblait terminé et la foule des élèves commençait à se disperser quand la coupe se ralluma d'une lueur verdâtre avant d'expulser un morceau de parchemin que Dumbledore attrapa au vol, l'air pensif.
Minerva à ses côtés hoqueta et laissa échapper deux mots.
- Bonté Divine !
Impassible, Dumbledore riva son regard bleu sur Harry, et l'appela d'un ton neutre.
- Harry Potter.
Chancelant, Harry se leva et regarda autour de lui, attendant que quelqu'un ne le rassure en lui disant que c'était une erreur ou qu'il apprenne que ce n'était qu'une blague stupide. Mais les regards hostiles qu'il rencontrait lui tordirent les entrailles.
En avançant vers Dumbledore, Harry croisa le regard sombre du maître des potions et lui jeta une œillade pleine de détresse. Le maître des potions fronça les sourcils et il approcha des Directeurs des trois écoles, qui se disputaient pour déterminer si Poudlard avait triché ou non.
Mécontent, Dumbledore le fit entrer dans la petite salle où avaient disparu les trois précédents champions. Perdu Harry regarda autour de lui, et Cédric lui fit un petit signe d'encouragement. Visiblement ils allaient s'affronter mais le Poufsouffle ne lui en voulait pas.
Le Directeur se pencha sur Harry et posa ses mains sur ses épaules, serrant un peu trop fort. Harry grimaça, aussi bien à cause des paroles que des gestes de l'homme.
- Comment as tu fait cela ? Pourquoi ? Stupide gamin à vouloir l'attention !
Rogue intervint, froidement. Il ne regarda pas Harry, mais il stoppa le Directeur dans sa diatribe furieuse.
- Il me semble Albus, que Potter n'est pas l'élément le plus brillant de Poudlard. Êtes-vous en train de dire que vous n'avez pas veillé à la sécurité et que n'importe quel autre cornichon aurait pu duper vos soit-disant protections ?
Dumbledore s'empourpra et s'écarta à pas raides. Puis il renifla.
- Mes protections étaient parfaites. Il faut croire que ce jeune homme a bénéficié d'une aide extérieure.
Rogue plissa le nez et secoua la tête mécontent.
- Et bien disqualifiez-le. Si vraiment il a triché ça sera la punition idéale que de l'empêcher de participer.
- Impossible ! Mettre son nom dans la coupe équivaut à signer un contrat magique. Dès lors que le nom a été choisi, les candidats sont tenus d'aller jusqu'au bout des épreuves.
Harry intercepta le léger signe de tête de Rogue, qu'il prit comme un signe d'encouragement. Il soupira et se frotta les yeux puis il leva les yeux sur l'assemblée qui le détaillait comme s'il était une bête étrange. Lorsqu'il prit la parole, il se rendit compte que sa voix n'était pas assurée et que surtout elle le faisait paraître beaucoup plus jeune qu'il ne l'était.
- Mais je n'ai pas les connaissances pour... faire ce qui est attendu de moi !
Les adultes haussèrent les épaules, répétant que c'était un contrat magique, tandis que ses camarades d'infortune semblaient revoir leur position de champion, comprenant que ce n'était pas un jeu.
Un peu plus tard, comme il se promenait dans les couloirs déserts avec un air abattu, Harry décida de ne pas vraiment participer. Il suivrait les consignes mais ne ferait rien pour gagner, bien au contraire.
La veille de la première épreuve, Drago vint le voir pour parler avec lui. Sans le savoir, il redonna au Gryffondor l'envie d'en découdre et il apaisa sa déception d'avoir été abandonné par Ron. Son ami ne lui pardonnait pas de se retrouver une fois de plus sous les feux des projecteurs sans lui.
Il ne gagnerait peut être pas, mais il allait tenter de rendre fière sa maison en faisant son maximum pour avancer. Et il parvint à se convaincre que ce pourrait être une aventure passionnante épique. Quelque chose qu'il serait fier de raconter un jour.
