Scorpius détestait les matins où il se réveillait sans Rose. Il savait que ces matins seraient suivis par de mauvaises journées. Albus aussi, le savait...
- Qu'est-ce que t'as encore fait ? l'accusa lourdement Albus.
- Rien du tout !
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- Mais rien ! Répondit Scorpius.
Albus haussa un sourcil, peu convaincu.
- Crois-le ou non, mais je ne suis pas responsable de toutes les réactions de ta cousine !
- Je crois que tu l'es, au contraire.
- Elle est partie de son plein-chef.
- Je croyais que vous étiez ensemble…
Scorpius manqua de recracher son café et Albus esquissa un sourire amusé.
- Tu croyais quoi ? Que je pensais que les suçons dans ton cou c'était de l'eczéma ? Que je remarquerais pas vos regards lubriques et qu'elle dormait chez nous presque tous les soirs ?
Albus était loin d'être un abruti.
- On n'est pas vraiment ensemble.
- Pourquoi ?
- Parce qu'elle me déteste.
Ca lui faisait vraiment mal de se le dire à lui-même.
- Elle ne te déteste pas et tu le sais.
Il le savait. Quand il posait une main sur son bras, elle se détendait immédiatement. Quand il replaçait une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles, en lançant traîner une seconde de trop son pouce sur sa peau, elle fondait dans ses bras. Rose était douce, ses mots, bruts.
- Pourtant, elle en est convaincue.
- Non, affirma Albus. Elle essaie peut-être de s'en convaincre. Quand t'es partie la semaine dernière, tu lui manquais. Je le sais.
- Écoute, j'en ai marre de marcher sur des œufs avec elle. Je l'aime mais qu'est-ce…
Il s'arrêta d'un coup, réalisant ce qu'il allait dire.
- Ah bah on y est enfin, soupira Albus en tapant dans ses mains. Tu sais quoi Malfoy ? T'as la trouille de Rose Weasley parce que tu l'aimes et ça te fait faire et dire des conneries depuis plus de dix ans.
Scorpius inspira et rebu une gorgée de son café. Il songea au sachets de thé qu'il avait amené avec lui, au cas où Rose viendrait le rejoindre. Il comprit qu'Albus avait raison. Rose avait toujours été là pour lui. C'était elle qui l'avait engueulé, le jour où il avait déclaré vouloir abandonner l'idée de devenir auror, parce qu'il pensait que le passé de mangemort de son père le rattraperait et que personne ne lui ferait confiance. Elle lui avait dit qu'il n'était pas son père, que les gens étaient des abrutis finis et que même s'il était idiot lui aussi, il était assez doué avec sa baguette pour ne pas être un danger public, comme pouvait l'être les « vieux croûtons d'incompétents d'aurors comme Mclaggen et Harris ». Il n'avait pas réalisé à l'époque, et s'était contenté de sortir une blague d'un goût douteux, en lui rétorquant que plusieurs sorcières pouvaient effectivement attester de son talent avec sa « baguette ». Elle avait levé les yeux au ciel, mais sourit.
Quand il rentrait le soir, c'était à elle qu'il voulait parler. Quand elle n'était pas là, il la cherchait. Quand il riait, il se retournait pour voir si elle aussi, elle riait. Quand elle souriait, il voulait savoir si c'était grâce à lui, et quand c'était le cas, il souriait mille fois plus qu'elle.
- Je l'aime.
- Et tu sais, le comble dans toute cette histoire, c'est qu'elle t'aime aussi, mais que t'as sûrement fait quelque chose de mal.
- Non. Pour elle, ce n'est que du sexe.
- Tu sais que non.
Oui, il le savait. Il l'avait toujours su. Ca se voyait dans ses yeux noisettes, quand elle le regardait juste après qu'ils aient fait l'amour. Il le ressentait, quand elle posait sa tête sur son torse, à bout de souffle et aussi comblée que lui. Ca durait deux secondes, mais c'était deux secondes durant lesquelles Rose et lui, agissaient comme des personnes normales, et amoureuses. Ca courrait dans ses veines et dans les siennes. Il y avait un truc entre eux, qui ne s'expliquait pas.
- Pourquoi le problème viendrait forcément de moi ? Grogna Scorpius.
- Parce que t'as jamais eu la décence de comprendre qu'elle craque pour toi depuis nos quinze ans.
Le ton d'Albus était accusateur, froid et Scorpius baissa la tête, coupable. Puis il fronça les sourcils. Depuis si longtemps ? Il ne l'avait jamais vu. Du moins, pas jusqu'à que ce lui, craque aussi pour elle.
- Elle non plus, n'a jamais compris que j'avais le béguin pour elle !
- C'est pas un concours, soupira Albus.
Scorpius se sentait étrangement fatigué.
- Qu'est-ce que je fais maintenant ? Je passe mon temps à essayer de comprendre pourquoi elle me rejette !
- Tu lui as dit, que tu l'aimais ?
- Pour la faire fuir tout de suite après ? On se fréquente depuis six mois et …
Le premier soir, il avait failli lui dire. Ca avait presque glissé d'entre ses lèvres. Un « je crois que suis en train de tomber amoureux ». Puis il s'était dit que c'était ridicule de lui dire, qu'elle fuirait et qu'il valait mieux se montrer prudent, y aller doucement, parce que Rose, elle évitait toutes les situations qu'elle ne maîtrisait pas. Et qui maîtrisait les sentiments des autres à son propre-égard ?
Puis ça lui revint.
Pour se convaincre lui-même, il lui avait dit « Ca ne veut rien dire ». Il ne s'était même pas adressé à elle. C'était plus pour lui, pour se dire que pour Rose, ce qu'ils venaient de faire n'avait peut-être aucune signification, que c'était juste le coup d'un soir, un échange de bons procédés entre deux adultes consentants qui se sentaient seuls. Ces mots, ils étaient pour lui, pas pour elle.
Il avait merdé. Il venait de comprendre que Rose se protégeait depuis le début.
- Ça y est tu viens de tilter? Demanda Albus.
- Je crois.
- Qu'est-ce que tu fais encore ici ? Le bouscula le brun.
Scorpius repoussa sa tasse de café et partit à son tour.
- C'est fou ce qu'un manque de communication peut tout gâcher, commenta Albus en regardant son meilleur-ami passer le seuil de la porte.
