Lucy ne pouvait plus supporter l'attente. Trois mois. Cela faisait trois mois qu'on lui avait volé ses amis. Trois mois qu'ils étaient bloqués sur Earthland, sans pouvoir rentrer au Royaume Céleste prendre des forces. Elle savait que Loki était resté bien plus longtemps, mais il se punissait lui même. La situation était différente aujourd'hui. Tous les jours elle se demandait s'ils allaient bien, combien de temps ils allaient pouvoir tenir encore, s'ils lui en voulaient. Quelle question. Bien sûr qu'ils lui en voulaient. Tout était de sa faute. C'était elle qui les avait perdus.
Et ça la tuait petit à petit.
Elle ne mangeait quasiment plus, et n'avait pas eu une nuit entière de sommeil depuis bien longtemps. Lorsqu'elle était seule, elle ne dormait pas du tout. Natsu venait lui tenir compagnie parfois, mais il avait récemment réalisé que Lisanna était son âme-soeur, et avait du mal à s'éloigner d'elle. Alors elle lui avait dit qu'elle allait bien, et lui avait demandé de prendre soin de Lisanna. Elle ne pouvait pas dormir avec Gray non plus. Elle se réveillait tremblante, les lèvres bleues si Natsu n'était pas la pour la réchauffer. Erza avait été chargée de veiller sur Fairy Hills, et particulièrement sur Wendy, et ne pouvait donc pas passer une nuit à l'extérieur. Gajeel lui tenait souvent compagnie, mais il finissait toujours par partir. Alors elle passait ses nuits à regarder le plafond, et se flageller sur ce qu'il s'était passé, sans pouvoir fermer l'oeil.
Un jour, alors que la fatigue lui étreignait le coeur à tel point qu'elle avait du mal à respirer, elle réussit à se traîner jusqu'à chez Gajeel. Il était plus de trois heures du matin, mais lorsqu'il ouvrit la porte, il ne lui fit pas de remarque. Il se contenta de l'attirer à l'intérieur de chez lui et de l'allonger dans son lit, avant de s'y installer à son tour et de l'attirer dans ses bras. Lucy ferma les yeux et put enfin respirer. Une larme lui échappa et elle se colla davantage au Slayer. Quelques minutes plus tard, alors qu'elle dormait profondément, Gajeel lui caressa tendrement les cheveux, incapable de se retenir. Elle avait l'air à bout de forces, et il ne pouvait pas le supporter. Sa compagne était forte, et n'abandonnait devant rien. Elle n'avait pas abandonné lorsqu'il l'avait violemment battue du temps de Phantom. Elle n'avait pas abandonné lorsque Laxus avait tenté de prendre la guilde, ni lorsqu'elle était restée coincée sur Edolas. Mais une petite voix lui disait qu'elle était entrain de baisser les bras, et il ne pouvait pas laisser faire ça.
Lucy cligna des yeux, et vit la chambre de Gajeel inondée de soleil. Elle frôla la clé d'Horologium, et celui-ci lui apprit que l'après midi était presque terminé. Elle avait dormi toute la journée, se rendit-elle compte. Elle n'avait pas aussi bien et aussi longtemps dormi depuis des semaines. Elle était plus en forme, et un peu moins déprimée aussi, et c'était grâce au Slayer. Elle leva le visage vers Gajeel et caressa tendrement sa joue, avant de déposer un petit baiser sur ses lèvres. « Merci, Gaj » murmura-t-elle avant de se lever, ne remarquant pas l'oeil rouge qui la suivit du regard tel un rapace. Elle alla dans la cuisine et commença à préparer le dîner. Elle lui devait bien ça. Lily arriva peu de temps après.
« Lucy, tu es enfin réveillée. Je commençais à m'inquiéter »
« Tu savais que j'étais là Lily? » Demanda-t-elle surprise.
« Oui, Gajeel me l'a dit ce matin. Il a aussi prévenu la guilde lorsqu'il est sorti t'acheter à manger, pour ne pas qu'ils s'inquiètent et envoient une équipe à ta recherche. Il avait senti que tu dormirai longtemps ».
« Oh. »
Elle ne sut pas quoi dire d'autre. C'était extrêmement délicat de la part de Gajeel d'avoir prévu à manger et d'avoir prévenu leurs amis. Un petit sourire étira ses lèvres. Elle entendit des pas et leva le regard vers le Slayer. Il avait eu le temps de tout faire le matin, et était revenu se coucher avec elle. Pour ne pas la laisser seule. Elle ne savait pas comment elle le savait, mais elle en était persuadée. Elle le connaissait et savait que, derrière sa carapace, se trouvait un homme prévenant et capable de douceur et d'attention. Elle lui sourit et déposa une montagne de nourriture dans une assiette pour lui, avant de se servir.
Gajeel observa son assiette et se retint de grogner. Elle ne mangeait pas assez. Au moins elle mangeait, pensa-t-il pour apaiser son dragon, qui tournait en rond à l'idée que sa compagne ne prenait pas soin d'elle. Il ouvrit un placard, et sortit quelques morceaux de métal, qu'il ajouta à l'assiette sous l'oeil amusé de Lucy. Lily, lui, mangeait tranquillement son kiwi, sans faire attention à eux. Gajeel eut le temps de finir son assiette, alors que Lucy n'avait pas encore avalé la moitié de la sienne. Il grogna et lorsque Lucy leva les yeux de son assiette, ou elle poussait la nourriture dans les coins, il lui ordonna d'un ton sec de manger. Elle écarquilla les yeux, surprise par cet accès de colère. Lorsqu'elle ne fit aucun mouvement pour finir son assiette, il lui prit la fourchette des mains, attrapa de la nourriture et lui tint devant la bouche. Les yeux de biche de Lucy se posèrent à nouveau sur lui et elle rougit. Cependant, elle ouvrit la bouche et accepta d'être nourrie.
Elle n'en revenait pas. Gajeel était entrain de lui donner à manger comme à une enfant. Il fallait dire qu'elle ne mangeait quasiment plus, elle le savait. Elle avait perdu du poids, et ses vêtements étaient tous un peu grands pour elle, mais elle s'en moquait. Elle voulait juste retrouver ses clés. Mais le fait de voir Gajeel, ce Dragon Slayer si renfermé lui donner à manger lui fit un choc. Lorsque l'assiette fut vide, il prit leur vaisselle, les sourcils froncés, et l'amena à l'évier ou il la lava avec des gestes brusques. Lucy grimaça lorsqu'elle entendit une assiette cogner contre l'évier mais ne dit rien, Et Lily décida qu'il était temps qu'il s'éclipse. Elle attendit qu'il ait fini pour se lever et s'approcher de lui.
« Je suis désolée… Je sais que je suis difficile à vivre depuis ce jour là. Je n'essaie pas de te rendre la vie dure… Je suis juste… Je suis tellement triste » finit-elle dans un sanglot.
« Bunny… » soupira-t-il. Il se tourna et l'attira dans ses bras. « Je veux pas te faire culpabiliser. Tu as le droit d'être triste. J'veux juste que tu prennes soin de toi. Tu ressembles à un zombie, et j'peux pas le supporter. Il faut que tu manges, que tu dormes. Comment tu veux avoir assez de force pour botter le cul de ces enfoirés sinon? ».
« Je sais… Mais je n'arrive pas à dormir seule. Je n'arrête pas de penser à ce jour-là, à ce que j'aurais pu faire… ».
« Ça sert à rien d'y penser. On peut rien y changer, Bunny, sinon je l'aurais déjà fait. Et si tu n'arrives pas à dormir seule, viens me voir ».
« Je ne peux pas t'embêter toutes les nuits, Gajeel… »
« Tu m'emmerdes pas Bunny. Je te dis pas de venir toutes les nuits à 3 heures du mat'. Je te dis de venir ici pour dormir ».
Lucy recula sa tête pour l'observer, surprise. Il venait de l'inviter à partager son lit, sa maison, toutes les nuits. Son coeur se mit à cogner contre sa cage thoracique. Ils s'étaient beaucoup rapprochés, elle le savait, mais Gajeel avait toujours été quelqu'un d'assez renfermé, et le fait qu'il lui ouvre son intimité de cette façon lui serra le coeur. « D'accord » répondit-elle doucement. Une telle chose de la part de Gajeel ne se refusait pas. Elle ne voulait pas qu'il se renferme. Et puis… après la nuit qu'elle avait passé dans ses bras, elle ne pouvait pas refuser. Il posa une main sur sa tête et déposa un baiser dans ses cheveux. « Viens, j'ai quelque chose à te montrer ».
Il la guida à travers la maison jusqu'à la porte de son atelier, qu'elle regarda, intriguée. Il ne lui avait jamais montré cette pièce. Il ouvrit la porte et la fit entrer, avant d'allumer la lumière. Au centre de la pièce trônait une bibliothèque en acier, qu'il avait fabriquée pour elle. Elle écarquilla les yeux et tourna la tête vers lui pour être sûre, et il hocha la tête. « Je t'avais promis ».
Lucy se mordit la lèvre, touchée, et avança jusqu'au meuble. Elle n'aurait jamais pensé qu'il lui ferait vraiment. Ses doigts glissèrent doucement sur le métal froid, avant de tomber sur quelque chose. Elle s'approcha, doucement, pour pouvoir voir, et retint un sourire en voyant un petit dragon. Elle perdit cependant son sourire lorsque ses yeux continuèrent d'étudier le meuble, et qu'elle aperçut un lion, un bélier, un aigle, un cheval ailé… Elle mit une main devant sa bouche et ne put empêcher les larmes de venir. Ses yeux passèrent sur toutes les étagères, et son coeur accéléra. Il avait gravé ses constellations. Ils étaient tous là. Une main se posa à côté de la sienne, et elle leva les yeux vers Gajeel. « J'ai fait ceux que tu as déjà, mais j'ai laissé la place pour faire tous ceux que tu auras dans le futur ».
Elle se jeta dans ses bras et se serra si fort contre lui qu'il manqua de tomber. Elle ne savait pas quoi dire. Il avait du y passer tellement de temps… Il savait les clés qu'elle avait, et avait laissé des trous pour celles qu'elle n'avait pas. Il avait du faire des recherches aussi, pour savoir comment les graver, combien d'espaces vides laisser… C'était le plus beau cadeau qu'elle avait jamais reçu. Elle prit son visage en coupe et pressa ses lèvres contre les siennes dans un baiser mouillé. « Merci. Merci, merci, merci » dit-elle entre deux baisers. Elle ne pourrait jamais lui faire comprendre la valeur de ce cadeau. A quel point elle était heureuse.
La main de Gajeel glissa de son dos à sa nuque sans même qu'il ait à faire un geste conscient, et il la rapprocha de lui pour pouvoir l'embrasser. Il pressa ses lèvres contre les siennes et laissa échapper un petit gémissement, ses sens inondés par la blonde. Elle était tout ce qu'il s'était imaginé et plus encore. Lucy sentit son coeur bondir dans sa poitrine, prêt à s'échapper, lorsqu'elle entendit ce son. Et lorsque la langue du brun vint caresser ses lèvres, lui demandant l'entrée avec passion, il s'arrêta un temps de battre, avant de repartir au galop. Elle ouvrit la bouche en un soupir, et Gajeel l'envahit immédiatement, frottant sa langue contre la sienne, la goûtant enfin.
Il n'arrivait pas à y croire.
Enfin, après des mois d'attente, elle était là, dans ses bras, le laissant l'embrasser comme si c'était leur dernier jour sur terre. Il sentit la langue de Lucy frotter à nouveau contre la sienne, et faillit perdre pieds. Juste ce petit geste timide suffisait à le mettre à genoux. Il était assoiffé de ses baisers, et pouvait facilement dire qu'il ne s'en lasserait jamais. Il ressentait à la fois la passion et l'apaisement. Il se sentait enfin entier. Elle était son évidence, et il ne pouvait que prier pour qu'elle ressente elle aussi cette connexion qu'ils partageaient. Il lécha tendrement sa lèvre, et y déposa des petits baisers pour qu'ils reprennent leur souffle. Il ne se détacha cependant pas d'elle, de peur que la magie du moment soit brisée et qu'elle réalise ce qu'elle était entrain de faire. C'était elle qui s'était rapproché de lui, et il ne la laisserait plus s'éloigner.
Il glissa sa deuxième main dans le bas de son dos et la rapprocha davantage de lui, leurs lèvres se connectant à nouveau. Il voulait être patient, tendre, mais il avait trop attendu. Ses instincts étaient à cran et lui criaient de la marquer d'une façon ou d'une autre. De la réclamer sienne. Il pencha sa tête et l'envahit davantage, suçotant sa langue, mordillant sa lèvre. Il n'avait jamais partagé de baiser aussi bouleversant. Il était ruiné. Aucune autre femme ne pourrait jamais arriver à la cheville de Lucy, et il n'avait aucune envie de laisser la chance à une autre femme. Il la serra plus encore contre lui, la poitrine de la blonde s'écrasant contre son torse. Il reçut un gémissement en retour, et les mains de Lucy glissèrent dans ses cheveux, lui griffant le cuir chevelu. Lucy laissa échapper un soupir de plaisir, et son contrôle lâcha.
Il grogna et se retourna pour la coincer contre le mur, une cuisse entre ses jambes, la surprenant. Il rompit le baiser pour la laisser reprendre sa respiration, et descendit ses lèvres dans son cou, l'embrassant, la mordillant. Ses mains se posèrent sur ses hanches et il caressa la peau entre son short et son haut du bout des pouces. Lorsqu'elle ne résista pas, il glissa ses mains dans son dos, sous son tee-shirt, avide de caresser sa peau. Comme il s'y attendait, elle était douce, et chaude sous ses doigts, et ne lui donnait que plus envie de l'embrasser. Il remonta ses baisers jusqu'à ses lèvres et prit sa bouche avec passion, la goutant, caressant sa langue, la suçotant, pressant sa cuisse contre son entrejambe. Il pouvait sentir l'excitation de Lucy, et lui même pouvait sentir la chaleur dans son ventre et plus bas. Mais ce n'était pas le moment, pas encore. Alors, au bout de quelques minutes, il ralentit le rythme, laissant toute la tendresse qu'il éprouvait à son égard passer dans le baiser. Puis, enfin, il s'éloigna, pantelant, après avoir mordillé sa lèvre une dernière fois. Sa main vint prendre le visage de Lucy en coupe, et il posa son front contre le sien, tentant de lui faire comprendre sans le lui dire à quel point il l'aimait. A quel point il avait besoin d'elle.
Lucy avait les yeux fermés, le souffle court, et le coeur qui menaçait de s'enfuir à tout instant. Elle avait du mal à croire à ce qu'il venait de se passer. Bien sûr, elle y avait déjà pensé, avant, lorsqu'elle l'observait et se disait qu'il était un des hommes les plus séduisant de la guilde, ou bien lorsqu'il faisait preuve d'une telle tendresse à son égard que son coeur ne pouvait s'empêcher de battre plus fort. Mais le baiser n'était pas anodin. Il avait été chaud, sensuel, passionné, tendre. Intime. Ce n'était pas un baiser échangé entre deux amis, pas même entre deux amis amants. Non. C'était le genre de baiser qu'on échangeait avec une personne spéciale, avec sa moitié. Elle avait des sentiments pour Gajeel, elle le savait. Des sentiments forts. Mais avec tout ce qu'il se passait, elle n'avait pas voulu s'y attarder. Elle ne pourrait pas être heureuse tant que cette histoire ne serait pas terminée, et elle ne voulait pas prendre le risque de perdre Gajeel. Il était bien trop important pour elle. Il méritait d'elle qu'elle se concentre entièrement sur lui, comme il le faisait pour elle, et elle en était incapable tant qu'elle serait séparée de ses clés.
Elle ouvrit les yeux et l'amour qu'elle vit dans les yeux de Gajeel lui donna envie de pleurer.
Ses yeux s'embuèrent, et elle glissa tendrement sa main sur sa joue avant de déposer un baiser chaste sur ses lèvres. Il ouvrit la bouche pour parler mais Lily entra dans la pièce, les appelant, le ton urgent. Gajeel laissa tomber sa main mais ne s'éloigna pas d'elle, comme s'il n'en était pas capable. Il n'avait plus l'intention de se cacher. Si Lily remarqua la position dans laquelle ils étaient, il n'en dit rien. Il s'approcha d'eux, l'air grave, et prit la parole.
« Master a appelé. Ils les ont trouvés ».
« Lu-chan » appela une voix lorsqu'ils entrèrent dans la guilde. Levy vint immédiatement enlacer son amie, ne faisant pas de commentaire sur le fait qu'elle était arrivée avec Gajeel. Elle avait bien remarqué qu'ils passaient beaucoup de temps ensemble, et elle était heureuse pour eux. Ils méritaient d'être heureux, et même si elle avait un petit pincement au coeur en réalisant que Lucy avait réussi à percer la carapace de Gajeel alors qu'elle même n'avait jamais réussi à le faire, ce pincement passa rapidement. Elle adorait Lucy, et elle aimait beaucoup Gajeel. Ils prendraient soin l'un de l'autre, et elle savait qu'ils pouvaient être les plus heureux du monde ensemble.
« Levy! Lily nous a dit qu'ils les avaient trouvés? Ils sont ou? Qu'est ce qu'il s'est passé? » Demanda Lucy avec urgence. Levy savait à quel point perdre ses clés avait été un choc pour la blonde. Elle lui avait confié se sentir indigne de confiance, que ce soit la confiance de ses clés, ou de ses camarades de la guilde, ce qui avait profondément choqué son amie. Elle avait tenté de lui faire comprendre que c'était ridicule, que personne ne lui en voulait et ne lui en voudrait jamais, et que ses esprits ne lui en voudraient pas non plus, mais elle savait qu'elle ne l'avait pas convaincue. Elle ne pouvait rien faire d'autre que regarder son amie sombrer dans la déprime jour après jour, et elle se détestait parfois de ne pas réussir à lui faire voir que tout le monde l'aimait, et que rien ne changerait ça.
« Je ne sais pas! Master nous a tous appelé en disait qu'on avait la localisation de la guilde qui vous a attaqué. Je crois qu'il se prépare à entrer en guerre ».
