Chapitre 05 – Comme un Lundi
Lundi, lendemain difficile de week-end un peu trop arrosé sur la propriété d'Eustass. Le soleil brillait depuis déjà bien des heures tandis qu'émergeait seulement la tête rousse encore plongée dans son oreiller, d'ailleurs la marque de ce dernier trônait fièrement sur la joue humide, double preuve que le sommeil avait été des meilleurs. Un léger vacarme plus ou moins régulier lui parvenait du rez-de-chaussée, signe qu'il était peut-être l'heure pour lui de se réveiller.
Le week-end avait été des plus festifs, à boire et s'amuser à droite puis à gauche avec les potes de l'un puis de l'autre mais, comme toute chose avait une fin, il était temps de se remuer et de penser à faire autre chose que la fête. Malheureusement.
Un grognement glissa de la bouche pâteuse et deux prunelles rouges ne tardèrent pas à s'ouvrir avec paresse… pour se refermer vivement aussitôt, agressées par la luminosité lui parvenant de la fenêtre.
-« Putain… »
L'édredon vola en direction de la lueur mais, bizarrement, le geste ne suffit pas à faire fuir le soleil mal caché derrière sa fenêtre. Ce salop le narguait, c'était une certitude.
Le punk grogna à nouveau de mécontentement.
-« Fais chier… »
Et, sur un soupir, se leva enfin.
En plus de ce gêneur brillant, tout son être ne se gênait pas pour lui rappeler allègrement ses quelques excès de la veille : sa tête le tournait encore, la nausée le menaçant, ses muscles endoloris de ses frasques criaient à la maltraitance et son cerveau –qui devait très certainement patauger dans les restes d'alcool- réclamait ses heures de sommeil. Même son reflet dans un bout de miroir lui faisait comprendre qu'il avait un peu abusé. Bref, il avait une sale gueule ce matin et se lever était la dernière chose au monde qu'il aurait souhaité faire à cet instant. Ouais, clairement, il aurait apprécié hiberner quelques jours histoire de décuver proprement et en toute dignité dans son antre.
Ah, qu'il était gracieux au réveil. La touffe en fouillis, le regard brumeux, la moue colérique… et la tête dans le coltard.
Il poussa un énième juron quand son pied buta sur ce qui semblait être une clarinette et ne se priva pas pour shooter avec humeur dans l'instrument. Si ce crétin de (co)locataire n'était pas foutu de ranger son bordel, il n'allait pas se priver pour lui faire savoir que c'était à ses risques et périls. La pauvre chose dévala piteusement les escaliers mais il l'ignorait déjà.
Enjambant ses quelques affaires de la veille qui trainaient çà et là, le bougon entreprit de s'habiller vite-fait d'un bas quelconque avant de quitter l'étage en direction de la salle de bain.
Sa petite affaire menée, et le visage un rien débarbouillé et rafraichit, le maitre des lieux se traina paresseusement dans le salon, vers la cuisine et la source des bruits matinaux.
Sur place, comme bien souvent après une fin de semaine arrosée, Killer s'affairait à préparer le nécessaire pour déjeuner. Ils avaient pris le pli depuis un petit bout de temps Killer les ramenait après ces soirées alcoolisées, passait la nuit sur le clic-clac dans le salon, et il le retrouvait à la cuisine avec du café et des tartines à tous les coups au petit matin, frais comme un gardon… tout son contraire quoi.
Le punk leva vaguement la main en guise de salut, trop occupé à bailler tout en tirant sa chaise.
-« Yo.
-Salut Kidd. Café ?
-Ouais. »
Un pote comme Killer, c'était le pied et y en avait pas trois-cents des comme lui. Le mec ne se prenait jamais la tête, vivait sa vie tranquillou, respectait tes silences quand t'avais pas spécialement envie de causer, devinait assez aisément les non-dits et, bon sang, faisait un putain de bon café pour ton réveil qui te donnait la pêche pour les quarante-huit heures à venir. Et ça, pour Kidd, c'était le must pour se réveiller un lundi matin. S'il n'était pas son BFFF -Best Fucking Friend Forever- il pourrait lui faire des avances juste pour cette raison. Son putain de café. Enfin… pas sûr que la rouquine apprécie cette pensée, mais au fond, il s'en foutait bien des états d'âmes de cette foutue radine. Et puis les absents ont tort, n'est-ce pas ?
…
…Était-il réellement en train de s'imaginer draguer Killer parce qu'il faisait un bon café…?
Oula, oula, oula.
Ouais, il avait dû forcer un peu trop sur l'alcool la veille. Finalement, ça n'avait peut-être pas été une si bonne idée de tenter tous ces mélanges…
Avec une grimace, Kidd se servit un verre d'eau et l'avala d'une traite dans le but de réveiller ses pensées dérangées… et grimaça. Ca ne valait absolument pas son café et son ami d'enfance choisit le bon moment pour lui tendre une tasse pleine avec un léger sourire narquois. Il le connaissait bien maintenant. L'eau, c'était carrément pas son truc. Après tout, comme il le dit si bien : « l'eau, ça rouille ! ».
-« L'est quelle heure ? »
Et son regard brumeux allait et venait très sérieusement entre les biscottes et le pain-de-mie, réfléchissant avec intensité à ce qui allait combler le vide de son estomac aujourd'hui.
-« Pas loin de treize heure. »
Ah… Quand même… Fallait vraiment qu'il se calme sur la bibine et qu'il tâche de se reprendre en main le plus tôt poss-…
Oh, des oréos.
Sa main s'empara finalement du paquet entamé. Comme il ne se souvenait pas en avoir acheté, il en déduisit vaguement que ça devait appartenir à Apoo. Tant pis. L'avait cas ranger son bordel, tien.
D'ailleurs…
-« L'est pas là l'autre abruti ?
-Je ne l'ai pas croisé. », et le blond croisa les bras sur son torse, la mine pensive. « Il découche souvent ces derniers temps. Si tu veux mon avis, ce n'est pas bon signe pour ta coloc'. »
Effectivement, cette situation n'était pas inédite ces derniers jours et le maitre des lieux en venait lentement à la même conclusion préoccupante. Sa mine se renfrogna.
-« C'est c'que je commence à me dire…
-Il parait qu'il songe à s'installer avec ses musicos. »
Froncement de sourcils inexistants.
-« Qui t'a dit ça ? »
Haussement d'épaules du blond.
-« Juste des rumeurs.
-Bah, s'il se barre, ça me fera des vacances au moins... », il grommela et croqua rageusement dans son gâteau.
Scratchmen Apoo, son (co)locataire actuel était un chieur de base, il ne comptait plus le nombre de fois où ils s'étaient engueulés justement à cause de son foutoir de musicos-craignos. Mais même s'il ne supportait pas des masses ce gros crétin, Kidd ne se permettait pas de jouer les fines bouches. Ou pas complètement quoi : s'il avait choisi de vivre en colocation, c'est qu'il y avait une raison et si l'idiot se barrait, il allait devoir retrouver quelqu'un fissa pour le remplacer. Entre les nombreux travaux qui restaient à mener, le remboursement du prêt et son petit boulot craignos –et les cours qui allaient reprendre d'ici deux semaines- dur-dur de finir les mois s'il ne pouvait compter sur les mensualités d'un locataire.
Le musicos avait répondu à son annonce et c'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvés à faire la colocation. Rien de plus.
S'il se barrait maintenant, en soi, Kidd aurait sans nul doute la possibilité de trouver un coloc' avant la rentrée vu que beaucoup d'étudiants s'y prenaient en retard pour leurs logements. Mais ça restait une phase qu'il n'appréciait pas. Les gens en général lui cassaient les pieds. Rien que pour l'autre dérangé et ses instruments il avait dû prendre sur lui pour le supporter tous ces mois. Mais alors s'il fallait repasser des auditions comme disait Killer… L'horreur… Entre les fils à maman, les débiles qui se prennent pour des gros durs et les attardés qui étaient venus visiter son palace… Si Killer n'avait pas été présent la plupart du temps, il en aurait claqué trois-quatre en plus de les renvoyer à la case départ d'un coup de pied bien placé et ce, sans toucher vingt-mille berrys.
Merde, mon gâteau…
Son regard presque amorphe suivit mollement les miettes qui tombèrent dans le liquide sombre de sa tasse, oubliant déjà le sujet précédent.
En face, habitué à la mine de déterré-de-lundi-matin de son BFFF, Killer le laissait s'éveiller tranquillement et sirotait son propre breuvage en scrollant d'un air désintéressé sur son portable.
Kidd ne se demandait plus comment il faisait pour être aussi opé' un lendemain de soirée. Déjà de base, son ami d'enfance avait un corps cheaté qui se remettait plutôt bien d'une bonne grosse cuite. Mais en plus, depuis qu'il était avec sa rapiat de rouquine, ce dernier buvait moins –radinerie de la copine oblige- et s'était mis à trouver plus amusant d'être celui qui gardait les clichés souvenirs de ses potes bourrés. Et ce depuis bientôt trois mois.
Autrement dit, Killer avait les pleins pouvoirs sur certains de leur petite bande et le punk voyait bien que cette nouvelle situation convenait davantage au blond que lorsqu'il rampait lui-même au sol –même si ça ne durait pas.
-« Y a du dossier cette fois ? »
Léger soupir d'ennui.
-« Pas de quoi s'arracher les cheveux. »
En fait, il gardait les 'dossiers croustillants' de côté pour la déconnade et n'utilisaient pas ces derniers à mauvais escient… la plupart du temps. L'exception faite lorsqu'un cliché pouvait s'avérer utile pour résoudre certaines affaires. Rien de bien méchant en soi.
D'ailleurs, tandis que le roux s'emparait à nouveau du paquet de biscuit qu'il était bien décidé à engloutir, Killer, lui, sembla s'arrêter sur une photo.
-« Si je te dis 'Foxy' ?
-'Connais pas. »
Le blond lui jeta un regard songeur, penchant la tête.
-« Le 'pote' d'Urouge. » rappela-t-il en mimant des guillemets, sachant qu'il s'agissait plutôt d'une connaissance. « Celui qui a fait un black-out et qui a été retrouvé par les flics deux jours plus tard dans la forêt à la soirée d'anniversaire de Bonney. »
L'image du type fusa direct' dans son esprit.
-« Ah, lui. Ouais c'est bon, j'le r'mets. », fit-il en mâchonnant, quelques miettes s'échappant avec classe de sa bouche. « Y'm'doit cinquante balles.
-Tu vas pouvoir les lui réclamer. » Et il lui tendit son portable. « En triple je dirais même. »
Sur l'écran, ledit Foxy était visiblement bien imbibé et apparaissait sur plusieurs photos où il s'amusait visiblement à décorer de saletés une voiture relativement neuve –celle de Baggy, peut-être ?
Un sourire narquois étira brièvement les lèvres du punk. Enfin un dossier utile.
-« Bon à savoir. »
Il rendit au blond son portable et chacun reprit tranquillement sa petite occupation durant encore une dizaine de minutes.
Au moins il était désormais pleinement réveillé –merci le café !- et, tandis qu'il terminait sa tasse, son ami d'enfance rangeait finalement son téléphone.
-« Je vais y aller. »
Comme d'habitude, passé le déjeuner, chacun avait à faire de son côté. Killer avait surement rendez-vous avec sa rouquine dans la journée avant le boulot et lui-même espérait bien bosser un peu sur ses travaux le temps qu'il en avait encore pleinement l'occasion. Et puis…
Son regard tomba par hasard sur la clarinette qui trainait toujours aux pieds des escaliers.
Ouais, y avait ça aussi à régler.
-« 'Faut qu'je choppe ce débile de Apoo. », nota-t-il plus pour lui-même. « 'Pas envie qu'y m'la foute à l'envers. »
Le regard du blond se tourna vers lui, un instant silencieux.
-« Tu devrais songer à te caser, ça résoudrait définitivement les histoires de colocation. », avant d'ajouter dans un haussement d'épaules. « Ou au moins pour quelques temps.
-T'y mets pas toi aussi. Bonney me les brise déjà à me sortir cette connerie à chaque soirée. Comme si j'avais le temps pour ça. », Grogna-t-il. « Et puis si c'est pour tomber sur des cons c'est pas la peine. »
Bon c'est vrai que jusqu'à présent, le peu de relations du roux avait plutôt mal fini. M'enfin bon, des cons, y en avait à tous les coins de rue et, au final, Kidd était juste… tombé sur plus con que lui, sans doute. Ou quelque chose du genre. C'est vrai qu'il n'était pas un facile à vivre, mais les cas sur lesquels il était tombé jusqu'à présent étaient d'un autre niveau. Il suffisait juste qu'il trouve quelqu'un de sa trempe, voilà tout.
-« Ca te changerait les idées au moins.
-C'est vrai que m'énerver et écraser des gueules d'abrutis sur le bitume ça détend vachement.
-C'est un anti-stress comme un autre. »
Il roula des yeux.
Ah, Killer et sa façon si détachée de voir les choses…
Certes, Kidd aimait bien se défouler directement quand ses nerfs étaient à vif –et beaucoup en avaient fait les frais auparavant- mais ça n'était pas tellement le but non plus s'il se (re)mettait un jour en relation –chose clairement pas prévue pour l'heure. Il avait clairement autre chose à foutre dans l'immédiat et personne ne l'ignorait.
Finalement, son BFFF s'empara de son casque laissé à l'entrée et prit la direction de la porte. Sa main se suspendit au-dessus de la clenche et il se tourna une dernière fois vers lui.
-« Ah, t'as un appel manqué au fait. », lui indiqua-t-il en désignant son téléphone oublié sur la table du salon. « De Moria.
-Et merde, quel chieur celui-là, qu'est-ce qu'il me veut encore ?
-Surement du boulot. », il ouvrit la porte. « Si t'as besoin, n'hésite pas.
-Ouais. Merci pour l'café. »
Ils échangèrent un signe de tête en guise de salut viril et, tandis que le blond s'en allait, Kidd alla s'emparer de son portable avec humeur, ne masquant pas un soupir irrité. A peine la voix nasillarde se faisait entendre, qu'il marmonnait tout en passant une main lasse dans ses cheveux ébouriffés :
-« Ouais, qu'est-ce que tu veux ? »
.
Toujours à Alubarna, à quelques rues de là.
Law regardait sans grand entrain son nouveau patron s'agiter exagérément dans sa conversation téléphonique dans l'arrière salle, à travers la porte vitrée. Moria parlait avec de grands gestes –et surement une bonne pointe d'irritation vu sa tête- faisant soupirer l'étudiant. En même temps, depuis le début de la matinée le géant à la tenue extravagante se battait avec le matériel et il semblerait que des congélateurs aient rendu l'âme dans la réserve.
Pour une première journée, ce boulot était loin d'être le plus captivant en plus d'être assez nul. En fait, à part les explications sur le fonctionnement des lieux, ainsi que le passage des produits à jeter à cause des pannes, il n'avait rien fait d'autre d'un minimum distrayant. Il n'avait fait que ranger des produits à leur bonne place, nettoyer des étagères par-ci et le parquet vieillot par-là histoire de faire genre qu'il était hyper occupé. Une petite poignée de clients avait montré le bout de leur nez, principalement en début et fin de matinée mais depuis plus rien. A midi, resté sur place par flemme, il avait englouti sans grand enthousiaste le sandwich préparé le matin-même et l'échoppe n'avait pas accueilli de client depuis bientôt deux heures. Et là ? Il attendait, appuyé avec ennui sur son manche à balais. Il était censé reprendre à quatorze-heure mais bon, étant sur place, autant essayer de s'occuper. Certes, il aurait pu rentrer pour déjeuner et revenir en bus ou même aller simplement manger ailleurs mais il n'en avait tout simplement pas envie. De toute façon il connaissait trop peu Alubarna et ensuite, il se fichait de cette ville comme de ses premières chaussettes.
L'avantage au moins, se disait-il, c'est qu'un job pareil ne risquait pas de l'assommer, même après les cours à venir. Il y avait tellement peu de travail à faire qu'il pourrait peut-être même travailler ses cours ici si nécessaire. Sinon, pour l'heure, s'il pouvait amasser un peu de berrys sans en fiche une, c'était toujours bon à prendre.
Moria avait tout de même confirmé ses craintes plus tôt dans la matinée : lui et Doflamingo se connaissaient effectivement, et ce depuis des années déjà. Visiblement, le flamant avait flairé les magouilles du vampire –quel genre de magouilles il n'en savait rien- et depuis les deux énergumènes taille-géant aux looks bien exotiques ne pouvaient se piffer. Toutefois, sans que Moria ait plus insisté sur le détail, Law se doutait qu'ils avaient dû conclure une sorte de marché. Ca ressemblerait bien au blond et son nouveau boss avait l'air assez à cran pour accepter pareille condition afin d'éviter de fermer boutique. Bordel, même en dehors de Dressrosa l'influence du flamant rose se faisait sentir… A croire que ce type avait un véritable réseau sur tout le globe.
Un claquement de porte fit tourner son attention tandis que son drôle de patron passait devant la caisse. Les prunelles sombres du grand bonhomme se baissèrent sur l'étudiant.
-« Tu vas tenir le magasin tout seul cet après-midi. »
Cela lui fit hausser un sourcil, sceptique.
Il n'était là que depuis quelques heures et déjà on lui confiait une telle responsabilité ? C'était pas comme si les clients se bousculaient mais, tout de même, il était confiant le vampire.
Et ce dernier ignora la partie explications du pourquoi du comment et poursuivit simplement tout en s'efforçant d'enfiler un manteau ridiculement petit par rapport à sa taille :
-« Kidd doit venir s'occuper des congélateurs qui déconnent dans l'après-midi. Assure-toi qu'il a bien fait son boulot avant qu'il décampe, pas envie de le payer pour des prunes. »
Oh, joie. Le retour du punk malpoli ? Au moins ça allait peut-être être moins chiant si l'énergumène pointait le bout de son nez. Il pourrait le faire tourner en bourrique si vraiment l'ennui persistait…
Tout de même… se faire chier au boulot au point d'espérer s'engueuler avec un type pareil… ouais, il devait être sacrément désespéré.
-« …OK. »
Et l'autre parut se satisfaire de sa réponse. Il prévint toutefois que sa petite course ne serait pas longue avant de trainer sa grande carcasse par la porte d'entrée. Une fois l'individu parti, Law jeta un regard circulaire aux lieux avant de délaisser son balai dans un haussement d'épaules et aller s'installer paresseusement à la caisse.
Tirant son téléphone de sa poche, il scruta l'écran sans réelle motivation. Treize-heure s'affichait et il ne retint pas un soupir. Remarquant tout juste un message de son tuteur, le brun décida de prendre le temps d'y jeter un œil pour cette fois.
Le mot était daté de midi et quart.
« Bon appétit ! J'espère que tout se passe bien pour ton premier jour de boulot ! Je te renvoie l'adresse de l'appartement, tu me raconteras comment sont tes colocataires~ ! »
Un smiley souriant grandement ponctuait le message.
Law roula des yeux. C'était bien Corazon, ça : toujours soucieux de ce qu'il faisait. Il n'était plus un gosse pourtant. Et il avait déjà noté l'adresse, et même scruté longuement le trajet à prendre ainsi que les horaires des bus, mais bon… Corazon restait Corazon et il savait pertinemment depuis le temps que rien ne saurait le changer. Mère poule un jour, mère poule toujours.
Il prit toutefois le temps de lui répondre.
« Ça se passe bien. Et j'ai déjà l'adresse. »
Court et peut-être un peu sobre… comme d'habitude. Il n'était jamais très ouvert en discussion de toute façon. Mais ça suffisait.
Une vibration secoua l'appareil quasi aussitôt.
Encore Cora'.
« Tu sais à quelle heure tu vas rentrer ? Ca ira pour le bus ? Sinon tu dis et je viendrai te chercher. »
« Ca ira, ne t'en fais pas. Et non je ne sais pas à quelle heure je vais rentrer mais je ne compte pas m'attarder là-bas non plus. »
Qui que soient ses colocataires, il désirait juste récupérer son propre jeu de clef afin de commencer à déménager quelques affaires dans la semaine. Pas question de s'attarder plus que nécessaire, d'autant que la seule perspective de partager un logement avec d'autres personnes l'irritait malgré tout. Ca l'ennuyait un peu de ne pas avoir eu en main propre son trousseau mais le directeur n'avait soi-disant pas pu faire autrement d'après le message laissé sur le répondeur et avait confié celui-ci à ceux qui allaient être ses colocs'… L'idée de se retrouver avec trois frangins lui déplaisait déjà.
Nouveau message. Toujours Cora'.
« Sois gentil et souriant, surtout. Tu t'en feras surement des amis, ça serait chouette ! »
Si tu le dis…
Il répondit vaguement et après un dernier message encourageant de la part de son tuteur, le brun soupira… avant que le téléphone ne vibre à nouveau :
« Réunion de la Family ce soir. Ramène à boire 'temps que tu es chez ce raté de Moria. Et pas de l'eau. »
Ah. Ca, ça n'était clairement pas Corazon.
Law grogna et ignora d'abord le message.
Déjà qu'il n'appréciait pas lesdites 'réunions' mais en plus il était hors de question de ramener quoi que ce soit à ce troupeau de tarés.
Qu'il aille au diable.
Une nouvelle vibration le fit grogner à nouveau… et encore une fois après lecture.
« Ignore mon message et tu peux être sûr de dormir dehors. »
… Quel connard.
Et Law trouva le diablotin qui complétait la menace particulièrement semblable à l'expéditeur. La même expression diaboliquement narquoise… Et le même regard fourbe. Tss…
La seule réponse qu'il lui offrit fut un émoticon faisant un doigt d'honneur avant de finalement éteindre et ranger le portable dans sa poche, jugeant que les deux frangins avaient usé son quota de réponse pour la journée –et non, Law n'était pas un fanatique de téléphone, loin de là. Moins on l'ennuyait, mieux il se portait.
Sur ce, l'étudiant jeta un dernier regard en direction de l'entrée –vide- et s'installa finalement plus confortablement. Bon, bah… il avait bien le droit de fermer les yeux dix minutes, hein ? De toute façon les clients ne pouvaient entrer dans la boutique qu'à partir de quatorze-heure et lui-même n'était censé reprendre qu'à cette heure-ci. Ça lui laissait une bonne demi-heure d'ennui devant lui et il ne restait pas tellement de ménage à faire pour l'occuper.
Il avait juste besoin de fermer les yeux quelques minutes…
Un tintement plus tard et une voix bourrue le dérangea.
-« Je vois que ça bosse dur. »
Avachi sur la chaise de bureau, les jambes nonchalamment croisées sur le pupitre devant lui, Law leva paresseusement les paupières pour les poser sur le nouvel arrivant afin de le foudroyer du regard.
Il avait dû s'assoupir en attendant l'heure d'ouverture aux clients... Il avisa le type qui lui faisait face, sa carrure allant jusqu'à lui cacher la lumière et n'eut pas à réfléchir bien longtemps pour remettre ce personnage.
Kidd se tenait là, face à la caisse, touffe flamboyante autant en pétard que la dernière fois, poches sous les yeux et la moue du type qui n'en a pas branlé une du week-end figée sur ses traits. Pas difficile de comprendre que certains avaient dû faire la chouille. L'expression narquoise du punk vis-à-vis de son regard noir suffit amplement à l'éveiller complètement.
Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, un sourire suffisant étira ses lèvres pour faire écho à celui moqueur de son interlocuteur. Il poussa le vice jusqu'à bailler tranquillement tout en s'étirant.
-« Bonjour à toi aussi, Eustass.
-Traffy'. », salua seulement ce dernier, le ton moqueur et le surnom lui fit lever les yeux au ciel. Kidd, lui, ne masquait rien de son amusement quant à son attitude jenfoutiste. « Si Moria te choppe à glander, je ne donne pas cher de ta peau.
-Contrairement à ce que tu sembles croire, mon travail est déjà fait. », répliqua-t-il tranquillement. « Et ta gueule de punk défraichit gâche ma pause. »
Ils s'affrontèrent du regard, rictus aux lèvres.
-« Méfis-toi de la gueule de punk, Princesse. Elle pourrait bien t'en foutre une. »
L'appellation inattendue le fit bugger un instant, sourcil haussé.
Comment il m'a appelé, là…?
Kidd se marra ouvertement devant son air ahuri.
-« Un problème, Princesse ? », et il insistait le crétin. « T'as besoin de ton bisou magique pour te réveiller, peut-être ? »
Ok, là, c'était la guerre. Depuis quand les rôles s'étaient-ils inversés ? C'était à lui de provoquer le punk. Pas l'inverse.
Law reporta son attention sur son interlocuteur et plissa les yeux alors que ce dernier faisait mine de se préparer à l'embrasser comme s'il était la belle au bois dormant. Il voyait déjà mentalement ses grosses lèvres colorées s'avancer vers lui et l'haleine alcoolisée avec. Super. Quel crétin ce type.
Bon, bah, maintenant que celui-ci avait décidé de le faire chier, autant continuer sur leur lancée, hein ?
-« Garde tes distances, je n'ai pas envie de chopper des saloperies tu veux. », fit-il et cela fit d'abord ricaner l'autre, pas le moins du monde atteint. Il poursuivit donc décidant d'emprunter un autre terrain : « Pas étonnant que la boutique tombe en ruine si le dépanneur arrive en état d'ébriété. », ponctué d'un sourire suffisant. « Ca n'est pas sérieux, Eustass… »
-« Je ne suis pas bourré. », et son visage vira lentement au cramoisi. « Et je fais très bien mon travail ! »
Tien ? Avait-il mit la main sur la corde sensible…?
-« Oh, allons, je t'ai vexé, Kiddy ?
-Je t'emmerde. »
La réponse sonnait définitivement comme un grand OUI hurlé à ses oreilles.
Le roux grondait et croisa les bras sur son large torse, la moue subitement fermée.
-« Qu'est-ce qu'il a pété, cette fois ? », s'impatientait le punk.
Visiblement, il savait déjà plus ou moins à quoi s'attendre et la caisse à outils blindée tout juste déposée à ses pieds suffisait à comprendre qu'il avait imaginé toutes les éventualités. Sans doute était-il habitué.
Et le brun lui indiqua du pouce la salle arrière. Cette pièce servait à conserver le rab, comme disait Moria ainsi que des invendus, quelques congélateurs… et du bazar sans rapport avec les marchandises. Bref, pour l'étudiant, c'était juste un bordel non assumé qui s'entassait peu à peu et ça n'avait rien d'étonnant que le matériel déconne vu l'état des choses d'après lui.
-« Congélateurs. »
Et ces simples indications suffirent à soutirer un nouveau grognement au punk. Il ramassa sa boite à outils, la mine toujours renfrognée.
-« Faudra m'expliquer comment ce crétin arrive à exploser le matériel à chaque fois qu'il l'utilise… »
Et Law ne résista pas à l'envie de le railler une nouvelle fois :
-« Qui sait… Peut-être que son dépanneur ne fait pas bien son travail…? »
Bizarrement, chercher son interlocuteur l'amusait. Voir cette masse de muscles grogner et froncer ses sourcils inexistants était un curieux passe-temps appréciable. Du peu qu'il l'avait vu pour le moment, Kidd avait tout du gros bourrin 'tout dans les muscles, rien dans le ciboulot', le genre de mec qui te fout sur la gueule, qu'importe que tu aies quarante gars derrière pour te venger. Et maintenant qu'il avait mit la main sur le point faible du punk, difficile de réprimer l'envie de le titiller davantage.
D'ailleurs, sa réaction ne manqua pas et ce dernier le foudroya du regard instantanément.
-« Va te faire foutre, Trafalgar. »
Touché.
-« Par toi ? Non merci. »
Sifflement irrité.
L'attitude à la fois détachée et provocatrice du brun pouvait l'amuser autant qu'il pouvait sérieusement le faire chier. Peu de gens osaient le chercher ainsi à sa connaissance. D'habitude, sa carrure et ses manières suffisaient à clouer des becs. Là, l'autre n'en avait carrément rien à foutre et ne se gênait pas pour lui tenir tête et même le provoquer. Ca faisait deux fois déjà.
Kidd se laissa même rouler des yeux devant la stupidité de la dernière réplique mais un ricanement lui échappa tout de même. C'était vraiment con comme répartie.
-« T'es vraiment un cas.
-Ca n'est pas moi l'abruti qui a commencé à parler de princesse et de bisou magique. »
Law, susceptible ?
Naaaaaan.
… Bon ok, il l'était. Mais juste un peu.
Law n'aimait pas être traité de gonzesse et Kidd n'aimait pas qu'on remette ses compétences en question donc. Chacun avait pris bonne note de cette petite observation.
Kidd, une fois encore, avait levé les yeux, mais, cette fois ne chercha pas à répliquer. D'ailleurs, ce dernier était bien décidé à aller s'appliquer à ses tâches et le brun le regarda simplement s'éloigner avec son matériel. Le roux avait la démarche ferme de celui qui espère régler des comptes de ce pas et Law eut la nette intuition qu'il était surtout bien décidé à lui prouver que la qualité de son travail n'était pas à remettre en question.
Dans un haussement d'épaules, presque déçu que leur petit échange avait pris fin, Law entreprit donc de reprendre son activité, à savoir : fare niente. Ca, et surveiller l'arrivée de potentiels clients, bien sûr. Désormais les quatorze heures étaient bien passées et peut-être les gens allaient-ils enfin se décider à venir faire deux-trois achats histoire ?
De là où il était, il pouvait entendre l'autre bidouiller à l'arrière. Ses marmonnements réguliers quant au gérant lui parvenaient également et il ne put retenir un nouveau rictus. C'était décidément plus fort que lui… Il lança par-dessus son épaule :
-« Fais bien ton boulot, il parait que je dois vérifier ton travail.
-Tu te fous d'ma gueule…?! », Kidd gueula depuis sa position, le ton clairement outré. « Tu m'prends pour qui ?!
-Je ne fais que répéter les paroles de ton cher tonton, Eustass.
-Ouais, bah y a des tartes qui se perdent si tu veux mon avis ! », il y eut un léger boucan d'objets métalliques tombant lourdement à terre. « T'avise pas de m'faire chier avec mon taff' parce que j'te jure que t'en sortiras pas indemne ! »
Law dut se retenir pour ne pas glousser.
Ouais, décidément, c'était bien trop facile de le faire sortir de ses gonds.
-« Rassure-toi, je n'ai aucune envie de jouer les inspecteurs des travaux fini avec toi. », dit-il après un instant, décidant, cette fois, de mettre fin à son petit jeu. « J'ai des choses plus importantes à faire.
-Y a intérêt, tien ! »
Et celui-ci se remit à grommeler dans sa pièce comme un petit vieux et les sons métalliques étouffés reprirent, signa qu'il avait recommencé à s'intéresser à ses congélateurs.
Au loin, une première silhouette commençait à arriver en direction de la boutique, et Law replongea tout naturellement dans son flegme habituel quand le client franchit l'entrée. Un bonjour sobre suffit à accueillir ce dernier qu'il se mit à suivre du regard sans réel intérêt. Finit les bêtises avec le punk, l'heure était au travail.
Lentement, les sourcils bruns se froncèrent.
Nan, sérieusement… Depuis quand prenait-il plaisir à discuter avec quelqu'un… ?
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Hey, les gens.
Un petit mot pour le confirmer à ceux qui doutent : cette fiction n'est pas abandonnée et n'est pas prête de l'être étant donné le boulot que je fourni dessus derrière. Même si je suis très (trop) longue à sortir un chapitre, ça n'empêche pas le fait que je travaille sur la fic'. J'ai juste cette fichue mauvaise manie d'écrire d'abord les dialogues/chapitres qui m'intéressent et me motivent plutôt qu'écrire normalement, c'est-à-dire : dans l'ordre des choses. J'vous jure, j'ai déjà les conversations complètes pour le chapitre 10 par exemple mais presque rien pour le 6. Tout est NORMAL. LOL.
Bref.
Je tenais également à vous souhaiter à tous un bon courage pour ces semaines difficiles. Le confinement, c'est chiant, mais c'est la meilleure attitude à tenir pour l'heure, alors ne jouons pas les difficiles. Divertissons-nous mutuellement avec nos fanfics, reviews et MP et attendons sereinement que tout cela ne soit plus que du passé.
Force et courage à tous.
A bientôt pour le prochain chapitre ! (ou en review sur une de vos fics, sait-on jamais.)
PS : j'ai relu vite-fait une ou deux fois, j'avoue ne pas avoir trop fait attention aux éventuelles erreurs vu que j'ai pas mal modifié ce chapitre et qu'il ne ressemble plus tellement à ce qui était prévu à la base (en positif). Bref, j'ai pas beaucoup corrigé je crois. My bad. M'enfin, merci d'avoir lu, j'espère que ça ne pique pas (trop ?) les yeux.
Ja nee !
