Le Discours du Gryffondor

Après un court instant d'hésitation, les deux Serpentards entrèrent dans la maison des Evans.

Une douce odeur de cuisson arriva à leurs narines. Drago sourit. Il adorait la cuisine du Gryffondor. Elle ne valait certes pas celle d'un elfe de maison mais elle était bonne aussi. Il se dirigea immédiatement vers la cuisine pour trouver Harry penché sur une planche de travail à trancher des morceaux de viande pendant que des oignons brunissait dans une poêle et qu'il y avait une sauce rouge ... de la tomate à l'odeur ... qui chauffait doucement, ainsi qu'une autre casserole avec de l'eau tout simplement.

« Des spaghettis ? » demanda le brun avec un sourire.

« Des pennes mais oui, » répondit Harry sans lever les yeux de son travail. « Avec une autre viande pour changer. Du boeuf. Il n'y avait plus de haché dans le frigo. »

Rapidement, il mit les morceaux de viande rouge dans la poêle et s'empara ensuite d'une râpe à fromage et d'un bloc d'emmental. Il resta silencieux sans regarder les deux Serpentards. Drago ne fut même pas sûr que son ami avait conscience de la présence de Severus. Ce dernier restait silencieux alors qu'il regardait le jeune homme s'atteler à la cuisine. Il remarqua ses gestes vifs et précis, ses regards réguliers vers la nourriture qui cuisait lentement.

Finalement, Severus et Drago s'assirent à la table de la salle à manger. Ils restèrent dans un silence tendu. L'atmosphère était étrangement étouffante.

« Thé ou café ? » fit finalement le Survivant d'une voix abrupte.

« Harry ? » fit Drago.

« Snape ? Thé ou café ? »

« Café, si vous avez, » répondit ce dernier après un instant de silence.

Finalement, il avait très bien remarqué la présence du Maître des Potions. Rapidement, une tasse de café arriva devant l'homme alors qu'une autre de thé fut glissée devant le brun. Rapidement Harry servit les assiettes une fois le repas prêt et les présenta devant les deux Serpentards avant de sortir dans le jardin. Il ne voulait pas être en présence de Snape. Et il n'avait pas faim de toute façon. Toute cette journée lui avait mis une boule au ventre.

Severus, en voyant cela, pinça les lèvres et se prépara à se lever avant d'être arrêté d'un geste par son filleul.

« Non, laisse. Il ne pourra rien manger de toute façon. Il est incapable d'avaler quoi que ce soit quand il est en colère ou qu'il est ... »

Le plus âgé soupira.

« Je ne le savais pas si sensible. Un vrai Poufsouffle ! »

« Je ne le savais pas non plus avant cet été. Il a toujours su cacher qui il était pour se protéger, même de ses amis, Sev. Laisse lui le temps de se calmer. »

« Sauf que je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, Drago. Avec le Lord ... »

« Mange d'abord, après on verra. Il faut qu'Harry se calme. La dernière fois qu'il s'est énervé, et encore ce n'était que sur des Moldus, il en a assommé un d'un coup de poing. Et il t'a mis une sacrée droite tout à l'heure alors ... Juste ... Laisse le se calmer, d'accord ? »

Le Maître des Potions accepta d'un hochement de tête en soupirant avant de commencer à manger. Il prit les quelques premières bouchées avec précaution, doutant des compétences culinaires du Gryffondor. Il fut surpris de constater que le repas était en réalité délicieux. Drago pouffa doucement, amusé.

« J'ai fait la même tête que toi la première fois. »

« Comment peut-on être aussi nul en potions et excellent en cuisine ? » demanda Severus.

Il nota directement le visage sombre de son filleul à cette question.

« Drago ? »

« En un mot, Dursley, » répondit le Sang-Pur. « Soit il faisait une nourriture 'parfaite', soit il n'avait rien à manger. Et encore, seulement s'ils étaient satisfaits de son travail ou s'il n'avait pas fait de, je cite, 'sa monstruosité' en parlant de la magie. Franchement, avec le recul, je peux comprendre pourquoi il n'a jamais fait d'effort en potions vu comment tu l'enseignes aux Gryffondors. Surtout à lui. Chaque cours avait son lot de sarcasmes et de remarques non constructives et humiliantes. La plupart font un blocage je pense. Harry est de ceux-là. Mais tu sais, il n'est pas si mauvais quand il s'applique. Il faut juste lui laisser la possibilité de se concentrer. »

Severus regarda un instant son filleul alors qu'il réfléchissait à ses propos. Et de ceux dans le parc. Alors Potter était un Serpentard. Un serpent parmi les lions ... Il termina son assiette tout à ses réflexions. Quand il eut fini, il fut surpris de voir Drago s'en emparé pour la laver ... D'autant plus à la main ! Drago Malfoy faisait quelque chose à la moldue !

« Ne fais pas cette tête, Severus. J'ai bien été obligé d'apprendre certaines choses. Et ce n'est pas si mal au final. Ce temps que je passe à faire ça, cela me permet de réfléchir ... de manière différente. Et puis, je préfère faire la vaisselle qu'essayer de cuisiner quelque chose. Harry est bien plus doué dans ce domaine même si c'est à cause de ... »

Le Sang-Pur laissa sa phrase en suspens alors qu'il jetait un oeil par la fenêtre avant de retourner à sa vaisselle. Severus alla alors jeter lui aussi un coup d'oeil par la fenêtre et observa Potter s'occuper des plantes qui avaient contre toute attente survécu. Il fut contraint d'admettre que même là, le Gryffondor faisait du bon travail. Un travail parfait, il pourrait dire. Mais la perfection était-elle due à un conditionnement ? La peur et l'esclavage en seraient-ils la cause ?

Il soupira et sortit pour rejoindre son ancien élève dans le jardin malgré les protestations de son filleul. Il n'avait pas vraiment le temps de jouer et il préférait éviter d'attirer des ennuis aux deux hommes par sa présence. Il fallait percer l'abcès maintenant et avancer. Cela allait être le plus dur pour lui mais pour qu'ils survivent, Severus n'avait pas le choix.

« Potter, » dit-il d'une voix neutre. « Il faut que nous parlions. »

« Pourquoi ? » demanda le Gryffondor en lançant un regard plein de colère à l'homme. « Pour que je vous laisse me rabaisser et m'humilier encore ? Pour vous entendre me dire que je suis faible et ignorant ? Que je suis un stupide Gryffondor qui attend qu'on lui serve tout sur un plateau encore et encore ? Si c'est cela, vous pouvez tout aussi bien garder votre salive ! J'ai des choses plus importantes à faire et songer que d'écouter vos sarcasmes et votre haine ! »

« Comme faire la cuisine ou le jardinage ? » demanda Severus en relevant un sourcil.

« Cela a le mérite de me calmer les nerfs et de réfléchir ! » siffla le jeune homme. « C'est un excellent échappatoire ! Bien mieux que de martyriser de pauvres élèves apeurés et sans défense ! »

Le Maître des Potions pinça les lèvres mais ne répliqua pas. Ce n'était que la vérité. Il faisait cela. Il l'avait toujours fait. Il ne fit que regarda le jeune homme retourner à son parterre de fleurs et arracher les mauvaises herbes. Il le vit faire très attention aux lys alors qu'il s'afférait autour.

« C'étaient les fleurs préférées de votre mère, » dit Severus au bout d'un instant.

« Des liliacées. » Le Gryffondor hocha la tête. « Je m'en suis douté en arrivant ici. Et son prénom est gravé sur le bois. Tante Pétunia en avait aussi. Il est juste derrière vous. Je me demande ... » Il soupira. « Pourquoi Tante Pétunia n'a jamais voulu de lys dans son jardin ? Ce sont des fleurs magnifiques. A la place, c'étaient toujours des tulipes et des bégonias. »

« Peut-être que les lys lui rappelaient votre mère et que votre tante ne le supportait pas. »

« Comme elle ne me supportait pas moi mais me tolérait juste parce qu'elle n'avait pas le choix. Moi et mes yeux verts. Je ne ... Je ne comprends plus rien. J'ai toujours cru qu'ils me détestaient ... qu'ils me faisaient tout cela parce que j'étais un monstre à leurs yeux ... mais leurs gestes sur la fin... Tante Pétunia qui me donne la clé de la maison et l'adresse de l'Impasse du Tisseur. Mon oncle qui n'a pas cessé de nous regarder dans la voiture quand il pensait que je ne voyais pas. Dudley qui posait des questions sur le monde magique et ses créatures malgré le tabou ... J'ai l'impression ... j'ai l'impression qu'ils l'ont senti. Ils ont enfin compris... »

La voix du Gryffondor était à peine plus élevée qu'un murmure dans le calme de la nuit tombante. Severus regardait le dos du jeune homme. Les épaules étaient baissées, presque comme s'il se sentait vaincu. Il ne s'attendait pas à ce que le jeune homme se mette si facilement à nu. Pas devant lui... Pas comme ça. Pourtant il le faisait. Certes, il ne le regardait pas en face mais ...

« Compris quoi, Potter ? » demanda-t-il.

« Que je ne vais pas revenir. »

« Potter ? »

« Ne me faites pas de votre 'Potter' comme si vous vous attendiez à ce que je survive à cette guerre ! Je sais pertinemment que j'ai aucune chance ! Je sais bien que je vais devoir l'affronter. Mais je ne pourrais jamais gagner ! Tout ce que je peux faire, c'est faciliter le travail en détruisant les horcruxes parce que je connais son secret. Moins de personnes seront au courant, plus simple ce sera de les retrouver car il ne se doutera de rien. Et quand j'aurais détruit le dernier horcruxe, je le signalerai à tout le monde avant de marcher dignement vers Voldy-Face-de-Serpent. Je pourrais tenir un peu devant lui mais je ne me leurre pas. Il est bien plus fort et plus expérimenté. Je vais mourir de sa main parce que je ne suis qu'un sorcier sans expérience... »

Le Gryffondor se leva et se tourna pour faire face au Maître des Potions.

« Mais au final, vous serez heureux. Vous parmi tous les autres, vous aurez enfin ce que vous souhaitez. Voir la fin des Potter et vous aurez votre revanche sur mon père comme vous l'avez toujours souhaitée. »

Le jeune homme se dirigea vers la maison en silence, la tête basse. Severus avait le coeur serré par ce discours si mature et si défaitiste à la fois. Il n'aurait jamais cru l'entendre de la bouche de ce Gryffondor en particulier. Et encore moins se sentir aussi mal par rapport à cela. Il tendit la main et la posa sur l'épaule du jeune homme.

« Tu ne sais rien de ce que je veux, Potter, » dit-il d'une voix contrôlée. « Absolument rien. »

« Dans ce cas, éclairez-moi, Snape. Parce que du plus loin que je me souvienne, vous n'avez fait que me haïr et je n'ai toujours eu que l'impression que j'étais de trop. Plus d'une fois, vous avez souhaité mon renvoi, que je disparaisse. Et maintenant que cela va arriver, vous me sortez le contraire ! Pourquoi ? Pourquoi un tel revirement de situation ? »

Severus détourna le regard de ces yeux si verts pour les poser sur les fleurs de lys.

« Pour elle, » murmura-t-il. « Je fais ça pour elle. »

Le Gryffondor jeta un regard sur le parterre de fleurs de lys.

« Pourquoi ? Qui était-elle pour vous ? » demanda-t-il, légèrement curieux.

« Elle était tout pour moi, Potter. Elle était absolument tout. Ma meilleure amie, ma seule véritable amie quand j'étais jeune. » Severus soupira alors qu'il prononçait la suite. « J'ai fait un jour une erreur et je l'ai vue s'éloigner de moi pour tomber dans les bras de votre père. Je n'ai plus jamais osé la revoir, j'avais honte de ce que j'avais dit. Ce que j'avais osé lui dire. Et quand la prophétie est tombée, vous désignant vous, je suis revenu pour la protéger. J'ai demandé à ce que vous soyez tous cachés. J'aimais ta mère plus que tout au monde, plus que ma propre vie. Si tu n'avais pas été là, si tu n'avais pas survécu et que la menace avait été complètement détruite cette nuit d'Halloween. Je l'aurais probablement déjà rejointe. Toi seul m'a poussé à rester en vie. Pour te protéger. Pour elle. »

Il reporta son regard onyx sur le jeune homme et plongea dans ses yeux émeraudes si expressifs. Les yeux de Lily.

« Tu es tout ce qui reste d'elle. »