Note : Rien de spécial à partager avec vous ce soir, alors je vous souhaite juste une bonne lecture ! ^^


Chapitre 17 : Source de tensions

Jeanne relut trois fois le parchemin accroché au panneau d'affichage avec des yeux brillants. Damuko avait bien dit que le professeur de défense contre les forces du mal projetait d'ouvrir un club de duels, mais maintenant, avec cette annonce, cela prenait une dimension très concrète. Il fallait absolument qu'elle en parle à Tamao. En espérant que ça l'aidera à prendre confiance en elle et que ça lui changera les idées. La jeune fille avait eu une mauvaise mine toute la semaine, mais ne voulait pas expliquer ce qu'il s'était passé. Jeanne avait tenté le mercredi matin de lui demander si c'était à cause de ses soucis de lundi qu'elle était déprimée, mais cette simple mention avait rempli les yeux de Tamao de larmes alors elle n'avait pas insisté.

Toute la semaine passée, Jeanne avait été abordée par des élèves dont elle ne connaissait pas toujours le nom qui venaient lui demander de confirmer sa parenté avec le directeur de Beauxbâtons. L'exemple le plus marquant en date était un élève parmi un groupe de septième année qui l'avait interpelée la veille entre son cours de potions et d'enchantements. Petit, brun et trapu. Elle l'avait reconnu de vue pour l'avoir déjà aperçu aux côtés de Chocolove, donc elle présumait qu'il s'agissait d'un Poufsouffle, mais rien n'était moins sûr car Chocolove avait tendance à parler, et surtout écouter, un peu tout le monde.

— Hey Maxwell, c'est vrai que tu préfères Poudlard à Beauxbâtons ?

Il avait un certain accent que Jeanne avait eu du mal à identifier. Espagnol ? Portugais ? Brésilien ?

Elle avait été prise au dépourvue par cette entrée en matière, mais avait rapidement reconstitué son masque habituel.

— Oui, avait-elle acquiescé en joignant les mains.

Le septième année avait semblé ravi.

— Pourquoi ? avait-il enchaîné.

— Je préfère l'ambiance et la bonne entente entre les élèves de Poudlard, avait répondu un peu mécaniquement Jeanne.

Ce n'était pas la première fois que la question lui était posée ces derniers jours. Elle espérait qu'une fois que cela aurait fait le tour de l'école, on cesserait de le lui demander.

— C'est sûr que vu les têtes de Beauxbâtons, eux ils ne doivent pas rigoler tous les jours, ricana un camarade du septième année, un arabe au nez pointu. Ils sont tellement…

— Hautains ? Méprisants ? proposa une fille aux grands yeux verts à ses côtés.

— J'allais dire qu'ils avaient un caractère exécrable, reprit son condisciple.

— Pourquoi dites-vous cela ? demanda innocemment Jeanne.

La fille et le garçon haussèrent les sourcils et ce fut son premier interlocuteur qui répondit.

— On partage certains cours avec eux et ils sont assez pénibles. Et bla bla bla ils ne font pas comme ça à Beauxbâtons, bla bla bla Poudlard c'est n'importe quoi, bla bla bla Beauxbâtons c'est tellement mieux…

— On sait bien, le coupa la fille, que le Tournoi des Trois Sorciers est censé favorisé les échanges entre les différents établissements de magie. Mais ils sont assez agaçants.

— Sous prétexte qu'ils viennent du privé, ils seraient mieux que tout le monde, commenta le garçon arabe.

Jeanne n'était pas tellement surprise. Les professeurs à Beauxbâtons avaient dû leur tenir un discours très motivant sur l'importance de faire honneur à leur école et de se surpasser. À Beauxbâtons, on ne visait pas moins loin que l'excellence et la discipline y était bien plus stricte qu'à Poudlard.

— Ceux de Gandhara ne sont pas comme ça, commenta la fille. Je m'entends bien mieux avec eux.

Ses camarades approuvèrent par des hochements de tête.

— En tous cas, s'exclama le brun, t'inquiète pas qu'on va leur faire ravaler leurs caquets à ces vantards !

Il ponctua sa déclaration en tapotant la tête de Jeanne. Prenant sur elle — certes elle était petite, elle n'avait que douze ans, mais c'était quand même plutôt humiliant — elle afficha un air interrogateur et poli.

— Elle n'est peut-être pas au courant, commenta la fille à l'intention de son condisciple en jetant un regard en coin vers Jeanne.

— De quoi ne suis-je pas au courant ? demanda-t-elle aussitôt.

La fille poussa un soupir et l'espagnol-portugais-brésilien grimaça. Ce fut l'arabe qui s'avança vers elle pour l'informer.

— Il y a déjà eu quelques escarmouches au sujet de laquelle de nos deux écoles étaient la meilleure, et comme tu es la seule à avoir fréquenté les deux établissements, tu fais un peu office de juge impartial. Enfin de notre point de vue, nous élèves de Poudlard. Pour certains de Beauxbâtons, tu es partie car tu n'avais pas le niveau.

Jeanne se crispa.

— Mais… j'ai eu les meilleurs résultats de mon année et…

Elle avait un peu de mal à mettre de l'ordre dans ses pensées et encore plus à parler. C'était tellement… méchant !

— Ne t'inquiète pas, la rassura la fille. On a bien pris ta défense.

Elle lui adressa un clin d'œil et les deux garçons ricanèrent.

— Le chaudron de celui qui a dit ça a très accidentellement explosé et je crois qu'il est toujours à l'infirmerie.

Nouveaux gloussements de la part des septième année.

Jeanne les regarda avec des yeux éberlués.

Ils l'avaient défendue. Ils ne la connaissaient pas plus que ça, mais ils avaient voulu la défendre face aux mauvaises langues de Beauxbâtons.

La violence était l'arme des faibles, c'était mal et tout ça, mais Jeanne se sentit malgré tout étrangement émue.

— Hey, tu pleures ? s'alarma l'espagnol-portugais-brésilien, son accent deux fois plus prononcé à cause de la panique.

— N-non je…

Jeanne renifla sans réussir à retenir ses larmes. Elle était toujours si émotive…

— Ne t'inquiète pas, lui dit la fille gentiment en lui tendant un mouchoir. Aucun élève de Poudlard ne les laissera dire du mal de toi. Quelle que soit sa maison.

— Ouais ! Tous unis contre les têtes dures de Beauxbâtons ! renchérit son camarade brun.

Derrière eux, l'arabe au menton pointu sourit pour marquer son approbation.

Jeanne plongea la tête la première dans le mouchoir offert.

— Merci, déclara-t-elle avec une voix maîtrisée en se redressant, bien que des larmes lui coulent toujours sur les joues. Ce que vous me dites me touche beaucoup. Je ne pensais pas… je ne pensais pas trouver un tel soutien.

Les trois septième année lui adressèrent de grands sourires.

Bien sûr après un tel épisode, Jeanne était arrivée en retard en cours d'enchantements, mais le professeur Chrom l'avait gracieusement épargnée d'une remarque, lui souriant simplement en lui désignant sa place de la main.

Si savoir que les élèves de Poudlard prenaient son parti face à Beauxbâtons avait quelque chose de réconfortant, savoir qu'elle était devenue sans le vouloir le fer de lance de l'école contre l'académie avait cependant quelque d'inquiétant. De très inquiétant même, quand elle croisa le regard sombre de Marco au petit-déjeuner le samedi matin. Si la rumeur selon laquelle elle préférait Poudlard lui était parvenue… Certes il devait s'en douter. Certes elle avait après tout choisi Poudlard. Certes elle avait réaffirmé ce choix. Mais ce devait tout de même être douloureux. Surtout après la trahison de Rakist.

Mal à l'aise, Jeanne prit la décision d'aller parler à son père dès la fin du petit-déjeuner, et faillit oublier de discuter du club de duels à Tamao.

— Au fait, fit-elle en se levant, tu as vu le parchemin accroché dans la salle commune ce matin ? demanda-t-elle à son amie.

— C'est une super idée ce club ! répondit à sa place Horo-Horo, assis en face d'elles. Moi j'ai bien l'intention de m'inscrire. Il faut que je demande à Yoh s'il a l'intention de faire de même, ce serait une bonne occasion de prendre ma revanche !

Jeanne ne lâcha pas Tamao des yeux, mais cette dernière touillait son chocolat chaud sans la regarder.

— J'ai vu, dit-elle lentement. Mais je ne sais pas si j'irai.

— J'aimerai bien y aller, répondit Jeanne. Ça me ferait plaisir que tu viennes aussi.

Se rappelant que le professeur de défense contre les forces du mal et l'investigateur de ce club était Mikihisa Asakura, le tuteur de Tamao, Jeanne n'insista pas plus. Elle espérait cependant de tout cœur que la balance pencherait en sa faveur.

— Je voudrais aller parler à… tu sais, termina-t-elle à voix basse, n'osant pas dire tout fort qu'elle s'entretenait en privé avec le directeur de Beauxbâtons.

Il n'y avait pas de mal à ça, mais elle ne voulait surtout pas passer pour une fille à papa. Elle avait déjà expérimenté l'année passée et ça ne s'était pas bien fini.

— On se retrouve pour manger ? demanda-t-elle d'une voix plus claire.

— J'ai un devoir à faire avec Ajita pour Namari ce matin. Je mangerai probablement avec elle.

Jeanne ne put s'empêcher de marquer sa déception.

— Mais nous pouvons manger ensemble ce soir, proposa Tamao à la place.

Son sourire retrouvé, Jeanne hocha vigoureusement la tête.

— À ce soir alors, salua-t-elle avant de s'éclipser.

Le malheur voulut que sur le trajet pour se rendre à l'aile attribuée à la délégation de Beauxbâtons, elle croisa un groupe de sixième et septième année. Un groupe de Serpentard, à en juger par leur meneur charismatique dont les lèvres s'étirèrent en la voyant.

Jeanne tenta de passer son chemin sans leur prêter attention, la tête haute, mais Hao sembla en avoir décidé autrement car il délaissa son groupe pour la suivre jusqu'au couloir sud du troisième étage.

— Il paraît que tu as besoin de te faire consoler par des septième année, attaqua-t-il directement.

Pas d'entrée matière subtile pour aujourd'hui, on dirait.

Jeanne serra les dents. Il avait donc assisté ou entendu parler de cet épisode de la veille où elle n'avait pas pu retenir ses larmes.

— Tu veux un câlin ?

Jeanne le foudroya du regard. Que n'aurait-elle pas donné pour lui faire ravaler son sourire narquois !

— C'est amusant, tu ne trouves pas ? poursuivit-il comme s'il commentait le temps qu'il faisait. Que tu sois à la fois la source du rapprochement entre les deux écoles et l'objet des tensions.

Il s'arrêta et Jeanne l'imita inconsciemment. Qu'avait-il dit ?

— Passe le bonjour à Marco de ma part.

Et sur un sourire, il avait tourné des talons et était parti, la plantant là avec ses questions plein la tête.

Comment savait-il qu'elle allait voir Marco ? Pourquoi appelait-il ce dernier par son prénom ?

Quant à ce qu'il avait dit avait juste avant… cela avait du sens, quand elle le décortiquait. Après tout, Rakist lui avait dit que c'était grâce à elle que le Tournoi des Trois Sorciers avait lieu, et les classes supérieures des deux écoles semblaient se faire la guerre en l'utilisant comme principal sujet du débat. Mais pourquoi lui parler de ça brusquement, en plein milieu d'un couloir, sans même prendre la peine de dire ni bonjour ni au revoir !

Finalement elle allait l'y mettre, dans la boîte des méchants.

Et aussi… devait-elle vraiment passer le bonjour à Marco de sa part ?

Marco était tendu. Jeanne ne le voyait pas à sa posture bien droite et son air sévère, mais à sa tête très légèrement penchée en avant et à sa main qui, par deux fois déjà, avait remonté ses lunettes sur l'arrête de son nez.

— Je suis toujours content de te voir, déclara-t-il d'une voix un peu plate.

Jeanne se trémoussa sur son siège, mal à l'aise. Les deux fois précédentes, lorsqu'elle était venue le voir, ils avaient discuté debout, l'un près de l'autre. Mais cette fois-ci, il lui avait proposé de s'asseoir dans le siège en face de son bureau. Pire, il avait pris place derrière ledit bureau.

Jeanne avait l'impression de se revoir, quelques mois plus tôt, en train de justifier avec son dossier sa décision d'aller étudier à Poudlard. Elle avait passé des heures à préparer cet entretien, récoltant tous les avis positifs sur Poudlard, les résultats moyens obtenus pour les B.U.S.E. et les A.S.P.I.C., les certifications et qualifications de chaque professeur, l'excellente réputation de l'école… Elle était même allée chercher dans des livres moldus des études sur les bienfaits de la rupture du cordon familial et de la vie en internat pour l'épanouissement des jeunes. En faisant fi des diverses études tout aussi sérieuses qui tendaient plutôt à en témoigner les méfaits.

— Marco, décida-t-elle de se lancer d'une voix ferme. Je sais qu'il y a une certaine rivalité qui semble être apparue entre les élèves de Beauxbâtons et de Poudlard en classe. Et qu'il y a aussi certaines rumeurs qui circulent à mon propos.

— Oui, j'en ai également entendu parler, admit-il.

Et le fait qu'il réajuste une nouvelle fois ses lunettes ne présageait rien de bon.

— Je ne sais pas à quel point la vérité a pu être déformée… Mais je tiens à t'assurer que j'ai toujours la même affection pour vous. Vous êtes ma famille. Cela n'a rien à voir avec le cadre scolaire dans lequel je me sens le mieux.

Voilà, c'était dit. De cette voix douce et calme et ferme qu'elle utilisait toujours, avant. Avant que n'apparaisse ce sentiment d'excitation fou qui lui tordait les entrailles à chaque cours, à chaque heure, à chaque minute passée à Poudlard.

Pour cet entretien avec Marco, elle était redevenue cette autre elle, celle de Beauxbâtons. Plus sage, plus calme, plus polie. C'était ce qu'elle avait dit à Tamao. Et si elle l'avait dit, c'était parce que ça lui venait du fond du cœur.

Marco resta silencieux derrière son bureau, semblant hésiter.

Alors Jeanne, dans toute sa générosité, se leva, contourna le bureau et enlaça son père, passant les deux bras autour de son buste.

— Je vous aime, murmura-t-elle dans un élan.

Et comme si ces quelques mots brisaient toutes les barrières, Marco la serra fort dans ses bras puissants en lui assurant que lui aussi. Toujours.