Bonsoir !
J'espère que vous allez bien, que vous êtes sagement chez vous.
! La suite de mon histoire mérite le warning donc, voilà vous êtes prévenues :) !
J'ai essayé d'être au plus proche de la réalité! Comme toujours les personnages ne m'appartiennent pas , S. Meyer, merci encore pour tout!
Je vous retrouve à la fin, bonne lecture !
Chapitre: 8
J'avais encore passé une nuit difficile, je pris deux cafés, un dans ma cuisine ce matin et un autre sur la route. Bohemian Rhapsody de Queen jouait dans les enceintes de la voiture. Je me regardais dans le rétroviseur en me garant. J'avais vraiment une mine affreuse ce matin. J'avais opté pour une tenue bleue trois pièces sans cravate, de magnifiques cernes et mes cheveux en bataille complétaient mon look.
J'étais en colère contre moi-même de ne pas avoir fait plus attention aux détails sur mes cadavres, la fatigue ou l'inattention nous avaient fait perdre du temps, si j'avais eu tout mon esprit peut-être que j'aurais pu voir que les dossiers ne convenaient pas. Je m'en voulais d'avoir fait cette erreur mais elle était faite.
J'arrivais dans le quartier chic Nob Hill. Je devais vérifier un suicide, une petite broutille qui ne devait pas prendre beaucoup de temps. Je fus étonné de voir mon frère et l'agent Swan, peut-être que c'était une affaire de col blanc et qu'il fallait le FBI pour superviser l'enquête sur le suicide.
Je salua Emmett d'une tape virile sur l'épaule et fit un signe de tête à l'agent spécial Swan. Tout les deux m'emboîtèrent le pas.
— Drôle de coïncidence ce suicide non? Dit Emmett pour faire un peu la conversation dans l'ascenseur.
— P'tête qu'elle a eu des remords et que finalement elle s'est rendue compte que c'était pas très très honnête ce qu'elle faisait?
Je regardais attentivement l'agent Swan qui semblait être perdue dans ses pensées en répondant.
— Mais de là à se suicider? Elle aurait pu quitter le pays ou trouver refuge chez une personne ayant le bras long… Poursuivait Emmett.
— En tout cas, je vais faire travailler vos méninges, enfin surtout ceux de l'agent Swan, pour toi Emmett, je pense qu'il est trop tard! Fis-je un brin taquin.
L'agent Swan esquissa un sourire, j'avais remarqué qu'elle ne parlait pas beaucoup, elle avait cette façon de mordiller sa lèvre inférieure quand elle était pensive, je m'étais déjà fait la remarque. Je secouais discrètement la tête avant de regarder ailleurs.
On entra dans le salon, une petite odeur de brûlé se faisait sentir. Je regardais la scène comme à mon habitude avant de commencer, c'était un peu mon rituel, j'analysais toujours visuellement pour m'immerger et peut-être déceler des indices par-ci par là et ensuite, je me mettais au travail.
J'identifiais l'endroit d'où provenait l'odeur de brûlé, il y avait une jolie cheminée qui trônait fièrement au milieu du mur,je pouvais voir le train de vie que pouvait mener cette femme, tout respirait la réussite, sur les murs au dessus de la cheminée se trouvaient des photos de rencontres; des poignées de main serrées entre grands pontes. Le salon était luxueux, décoré avec goût mais terriblement impersonnel. Tout était d'un blanc immaculé, un joli bouquet de Lys blanc était posé en évidence sur la table du salon, pour compléter cette décoration soignée.
Je m'accroupis vers le foyer pour regarder, les cendres étaient encore chaudes, on pouvait y voir beaucoup de papiers carbonisés, sur le côté, quelques morceaux avaient échappés à la fournée. On pouvait y voir de nombreux tableaux avec des chiffres, sûrement des relevés de comptes ou des bilans comptables. Je prenais délicatement les morceaux afin de les mettre dans les pochettes hermétiques pour que la labo puisse analyser ce qu'il restait.
Je tournais ensuite les talons, je me dirigeais vers mon frère et l'agent Swan qui parlaient avec un policier de la SFPD.
— Vous êtes le légiste? - Je me présentais avant de le laisser poursuivre - Inspecteur Bennett, suivez moi je vais vous montrer le corps.
Je le suivais, on se dirigeait vraisemblablement vers le bureau de la victime. Je passais devant le policier afin de faire mon tour d'horizon. Cette pièce était quasi similaire au salon, elle était d'un blanc immaculé elle aussi. Il y avait ses diplômes bien mis en évidence sur le mur devant le bureau, comme pour lui montrer sa propre réussite professionnelle à chaque fois qu'elle s'installait à son bureau.
Je repérais le corps, il était avachi sur le bureau, la tête reposait sur une feuille, en regardant de plus près, c'était une lettre d'adieu, expliquant son geste. Elle avait les poignets en sang, la lame de rasoir gisait sur le sol, le sang tâchant le tapis blanc sur lequel était posée la chaise. Un verre de vin était posé sur le bureau. Je tournais autour du corps méticuleusement, il n'y avait pas d'ecchymose, je touchais le corps, rigidité maximale, on pouvait donc déjà dire qu'elle était morte dans un laps de temps entre 6 heures et 12 heures. Ses mains étaient manucurées. Pour moi, l'examen extérieur était bien avancé quand l'agent Swan me posa ses questions.
— Donc la victime boit une verre de vin avant de s'ouvrir les veines, laissant une lettre d'adieu?
— Affaire bouclée alors? Ajouta Emmett.
— Mmmmh, pas si vite, comme vous avez dit agent Swan, tout porte à croire que ce soit un suicide d'une personne qui en avait « gros sur la conscience », mais ça - je fis des gestes avec mes mains pour montrer le décor - c'est une mise en scène pour nous amener à cette conclusion. En réalité – je m'approchais du corps pour compléter mes dires, ma tête était à la même hauteur que celle de la victime – vous sentez cette odeur?
Emmett et l'agent Swan se rapprochaient de la victime, humant, cherchant l'odeur dont je parlais. Emmett me regardait confus,l'agent Swan quant à elle, fronçait les sourcils, comme si cette odeur lui était familière sans pourtant pouvoir mettre un nom dessus.
— Quel point commun ont les pêches, prunes, cerises, et les abricots…? Dis-je souriant.
— Euuh ça se mange!
— Oui mais encore Emmett… Riais-je.
— Ils ont des noyaux?
— Vous chauffez agent Swan… Mon sourire s'élargit.
— Mmmmh, je donne ma langue au chat…
— L'amande amère, qui est l'odeur caractéristique du…
— Mais bien sur du cyanure ! Me coupa Emmett qui souriait comme un enfant à qui on avait promis une récompense pour la bonne réponse.
— Exactement, donc je pense qu'en plus des examens, l'analyse de ce verre nous indiquera clairement l'utilisation de ce poison. Mais au vue de ces petites tâches rosées sur la peau, de l'odeur d'amande, je pense qu'on est sur la bonne voie. Je finissais mes premières constatations.
— Vous pensez que ce n'est pas possible qu'elle ait pu se suicider au cyanure?
— J'en doute, on n'a pas retrouvé de fiole à côté du corps, et les entailles aux poignets ont été faites post mortem. Je doute qu'elle ait choisi deux moyens de se suicider, surtout qu'elle n'aurait pas eu le temps de s'entailler les veines, sachant que seulement 200 mg de cyanure peut tuer en moins d'une minute.
J'entendais Emmett et l'agent Swan parler à côté de moi pendant que je continuais mes prélèvements et de finir mon rapport avant la levée du corps. Je m'approchais d'eux pour leur donner les quelques documents que j'avais pu sauver dans la cheminée.
— Belly Bean, tu crois qu'on la fait taire parce qu'elle en savait trop?
— Je crois que c'est plus qu'évident qu'elle cachait des choses, vu qu'elle a visiblement brûlé des preuves. - Je regardais un peu plus attentivement les morceaux de documents que Cullen nous avait donné, ça ressemblait à des relevés de comptes.- Je pense surtout qu'elle avait peur des répercussions sur sa réputation et celle de son agence.
— Il va falloir qu'on demande à son assistante si elle peut nous fournir son emploi du temps.
Je vis l'agent Swan acquiescer, elle avait toujours cet air songeur. J'avais pu remarquer qu'elle avait toujours les sourcils un peu froncés, ce qui lui donnait un air renfrogné que l'on pourrait caractériser de « mignon ». T'es pas bien mon p'tit père, depuis quand tu t'intéresses à l'agent Swan et à ce que pourraient dire ses sourcils. Ma conscience avait décidé de me sermonner. J'étais vraiment fatigué si je me laissais aller à ce genre d'observation.
Je remballais tout mon matériel dans ma mallette de travail, j'étais encore « déguisé » de ma tenue de médecin légiste sur le terrain. Je m'approchais du camion médical pour donner mes précieux prélèvements, après avoir pris des photos de la scène et du corps. Je pouvais enfin enlever ma tenue. Je disais à mes assistants que je les rejoindrai à l'institut et qu'ils pouvaient commencer les analyses sans moi.
Mon frère et l'agent Swan m'avaient rejoint dehors.
— Voilà, c'est fini de mon côté, je vais aller rejoindre Alfred de ce pas…
L'agent Swan esquissa un sourire, en me regardant de nouveau, elle ne se doutait pas que je n'avais pas raté sa réaction, pensant qu'elle l'avait bien camouflé.
— Alfred ? t'as un nouvel assistant Ed?
— On peut dire ça comme ça … J'avais dit ça en souriant à l'agent Swan de toutes mes dents avec un petit air complice. Cette fois-ci , elle ne cachait plus son sourire. Emmett nous regarda, perplexe mais ne chercha pas à comprendre.
Je m'installais au volant de ma Mustang en leur faisant un signe de la main avant de démarrer la voiture.
J'arrivais en un temps record à l'institut, les limitations de vitesse n'ont jamais été vraiment mon fort. Je remerciais mes assistants d'avoir préparé la table d'autopsie et d'avoir réuni les pièces sur une autre table à côté.
Je me préparais un café, pour me remettre les idées en place, j'allumais ma platine. Pour mes autopsies, j'aimais écouter du classique. Les notes de Clair de lune de Debussy résonnaient. Je me félicitais d'avoir installé de très bonnes enceintes afin d'apprécier la musique à sa juste valeur.
J'allais me laver soigneusement les mains avant de pénétrer de l'autre côté de la pièce. Généralement, mon bureau était coupé en deux par une immense cloison amovible. D'un côté, mon bureau, avec Alfred et ma bibliothèque, ainsi qu'un divan pour mes nuits blanches, que je passais de temps en temps à l'institut. Et de l'autre, ma salle d'autopsie, froide et baignée de lumière. Il y avait ce mélange de javel et de formol qu'on utilisait pour la désinfection qui flottait dans l'air. C'était un peu incommodant pour les personnes qui n'avaient pas l'habitude mais on ne le dit jamais assez, ce qui est littéralement et physiquement saisissant, c'est que les corps sont plus ou moins altérés avec des odeurs plus ou moins désagréables. Des conditions difficiles parfois mais ce qui nous anime c'est surtout le désir de retrouver les causes du décès.
Je n'y faisais plus trop attention avec le temps, j'avais deux tables en acier éclairées par des lampes chirurgicales, et il y en avait d'autres dans l'autre salle. Une autopsie pouvait durer entre une et huit heures voir plus, tout dépendait des lésions.
Je passais ma blouse, mon bonnet, j'enfilais mes gants de protection et baissa ma visière, pour me protéger des projections. Une fois, en ouvrant l'estomac d'une victime en stade de décomposition avancée, le contenu des viscères avait giclé sur la visière, ce qui me valut un nettoyage scrupuleux pour ne pas perdre d'éléments pour l'analyse.
Je commençais par faire des prélèvements sous les ongles, sur les cheveux, peut-être qu'il y avait une présence d'ADN sous ses ongles ou sur les mains. Je nettoyais le visage, elle était parfaitement maquillée, mais rien ne semblait démontrer une quelconque lutte. Je constatais avec étonnement la présence du tatouage en forme d'allumette derrière son oreille droite. J'avais vu ce tatouage trois fois maintenant. La première fois sur Irina Grace, à l'intérieur du poignet, la deuxième fois sur Mike Newton, sur l'épaule il me semble, il fallait que je relise son dossier pour en être certain et sur cette femme.
J'arrêtais mon examen pour enregistrer mes constatations sur un magnétophone de poche. Une fois la victime soigneusement mise à nue, je demandais à mon assistant de ranger les vêtements dans des scellés pour les analyses. Je notais consciencieusement les vêtements, au cas où il y aurait une perte des preuves, mon rapport détaillait scrupuleusement ce qu'elle portait.
Je regardais la victime, je commença mes crevées; des incisions profondes au niveau des muscles pour pouvoir mettre en évidence des hématomes sous cutanées ou/et intramusculaires que je pouvais ne pas avoir vu en examen externe. Puis, après une grande respiration, je m'imprégnais de la musique et minutieusement j'ouvris le torse, j'analysais les organes avant de les enlever pour les examiner, les disséquer et les peser.
En allant vers les voies aériennes, plus précisément vers la trachée pour examination et dissection, je fronçais les sourcils.
Enfin, je découpais la boîte crânienne. Après le prélèvement de tout ce qui pourrait me servir pour les analyses toxicologiques, je refermais le corps en le reconstituant pour qu'il puisse rester à disposition de l'enquête. Je refermais le tiroir de la chambre froide.
J'enlevais tout mon attirail, pour aller me laver les mains puis je m'installais à mon bureau pour rédiger le rapport de l'autopsie. Je notais les informations personnelles complètes de la victime, les informations concernant le décès et l'autopsie. Ensuite, je joignais le compte-rendu du déroulement et des circonstances du décès et enfin la description des examens internes et externes avec mes commentaires sur chaque organe puis je listais les analyses réalisées pour ajouter les résultats dès que je les aurais. Je pense qu'ils confirmeront ma thèse du cyanure et que les entailles post mortem n'étaient là que pour camoufler le meurtre en suicide.
Je pris mon téléphone pour appeler Emmett.
— Em, est ce que vous pourriez passer avec l'agent Swan, j'ai fini l'autopsie et j'aimerais vous parler de quelque chose.
Je raccrochais songeur. Wagner accompagnait mon esprit, je m'allongeais sur mon divan, le temps que mon frère et l'agent spécial arrivent, je lus un article d'une revue scientifique qui parlait de l'autopsie virtuelle; la virtopsie.
Je savais que de nos jours, on l'utilisait de plus en plus. Elle permettait l'examen non invasif des cadavres par des technologies d'imagerie médicale. J'étais rêveur à l'idée de la pratiquer car c'était une technique redoutablement rapide et reproductible qui évite de disséquer un cadavre dont la religion ou les membres de la famille refusent l'autopsie. On peut aussi examiner des corps carbonisés ou en décomposition avancée. C'était vraiment une grande avancée. En plus, à l'instar des autopsies conventionnelle, où on ne peut « ouvrir » qu'une fois le cadavre, la virtopsie permet de revoir le corps à chaque besoin comme il est « scanné en 3D ». L'article parlait aussi de son efficacité pour calculer les trajectoires de balles.
Je regardais McCarty qui venait de raccrocher, d'après ce que j'avais compris de sa conversation, il était avec Cullen. Je l'interrogeais du regard, McCarty avait l'air perdu dans ses pensées.
— McCarty, je te parle ouhou!
Il cligna des yeux plusieurs fois, comme pour se reconnecter à la réalité. Il me sourit, McCarty était redevenu ce grand gaillard aux airs enfantins.
— Pardon Belly Bean, je réfléchissais… Ed nous attend à l'institut, il a fini son autopsie.
Je n'étais pas dupe à son changement d'humeur, mais ne dis rien, après tout, cela ne me regardait pas tant que McCarty faisait son travail correctement.
Je montais dans le SUV, il alluma le contact, sur le chemin, McCarty n'avait pas arrêté de chanter Buffalo Soldier de Bob Marley en accompagnant les paroles avec une petite danse improvisée. Je ne pus réprimer un sourire moqueur, McCarty avait le don particulier de mettre un peu de positif dans votre vie. Et je dois dire que pour rien au monde je ne changerais de binôme, McCarty était le côté lumineux et j'étais le côté obscur de la force si je peux dire. Je souriais de nouveau à la comparaison, en imaginant McCarty en Chewbacca.
En arrivant, je me dirigeais directement vers le bureau du Docteur, connaissant son emplacement suite à ma dernière visite.
La porte était entrouverte, il était allongé sur son divan, endormi mais gesticulant, marmonnant des choses incompréhensibles, il était à priori en train de rêver, et ce rêve au vu de ces soubresauts ne devait pas être plaisant. Une fine pellicule de sueur avait pris place sur son front. McCarty s'approcha de son frère, l'air inquiet mais visiblement pas surpris, comme si il avait l'habitude de ce genre de comportement chez son frère.
Le docteur se réveilla en sursaut, il lui fallut bien cinq minutes pour reprendre ses esprits.
« C'est… c'est jamais agréable de rêver qu'on tombe d'un immeuble » expliqua-t-il dans un petit sourire forcé, il avait l'air perdu. McCarty avait l'air grave mais ne commenta pas. Cullen se leva, alla jusqu'à son lavabo pour s'asperger le visage d'eau. Il revint comme si de rien n'était. On pouvait penser que cet épisode était anodin mais au silence pesant de McCarty, j'avais l'impression que ça cachait plus et que c'était un secret de famille bien gardé. Encore une fois, cela ne me regardait pas et si Cullen faisait des mauvais rêves, je ne pouvais rien y faire.
Il se racla la gorge, sa voix paraissait plus grave qu'à l'accoutumée.
— Je vous ai demandé de venir parce qu'il y a quelque chose que je voulais vous montrer.
Curieuse, je me rapprochais du bureau de Cullen, McCarty était toujours silencieux mais il avait repris son air habituel.
Il se déplaça, sortit une poche de scellée où se trouvait une capsule métallique. Il enfila des gants, dévissa le haut du tube, puis en sortit un parchemin qu'il déroula. Il nous donna des gants aussi avant de nous faire passer le parchemin. On pouvait y lire :
Comme le sceptique trouve la certitude,
et transforme en paix son angoisse
lorsque le vrai à ses yeux se découvre,
ainsi changeais-je et me voyant sans crainte,
mon guide s'engagea sur la falaise
et je suivis ses pas vers la hauteur.
La superbe, l'envie et l'avarice
sont les trois étincelles qui ont
embrasé les coeurs.
Luxuria, Gula, Avaritia, sont déchus,
Mais quid des autres?
Vous pauvres pêcheurs,
Vous échapperez-vousdu purgatoire?
Entendez le chant du cygne, levez les yeux vers les cieux,
car votre enfer sera mon paradis.
Lasciate ogni speranza, voi che'ntracte
McCarty et moi restâmes perplexes devant ce message,pour briser le silence, le Docteur Cullen prit la parole,
— J'ai trouvé ce message dans la trachée lors de l'autopsie, une personne a introduit ce tube post mortem pour nous laisser ce message. Cette personne, sûrement le tueur, connaît bien la Divine Comédie, il y a des passages de l'Enfer et du Purgatoire, et le texte en italien…
— « Laissez toute espérance, vous qui entrez… » Soufflais-je, comme si il ne fallait pas crever cette bulle solennelle.
— Oh vous parlez italien? Remarqua le Docteur
— Oui c'était une de mes langues vivantes quand j'étudiais. Je me raclais la gorge un peu mal à l'aise de parler de mon palmarès.
Il me souriait complice.
— Donc cette personne nous fait un signe en citant Dante… Je réfléchissais à tout allure, il avait parlé des péchés capitaux… Il y en a sept, l'orgueil, l'avarice, la gourmandise, la paresse, l'envie, la colère et la luxure.
Une lumière s'alluma dans mon cerveau, je regardais le Docteur Cullen qui visiblement avait compris plus vite que moi.
— Vous avez compris agent Swan ?
— Attendez attendez les tourtereaux – Je grognais au surnom que nous avait donné McCarty – Je ne comprends pas un mot de ce que vous dites.
— En une phrase McCarty, on a affaire à une personne qui apprécie la symbolique les sept péchés capitaux. Il nous a dit leur nom en latin, Luxuria, Gula et Avaritia. Superbia ou la superbe dans la Divine Comédie, Acedia, Invidia, Ira complètent le tout.
Les quelques pièces de puzzle se mirent en place dans ma tête, je continuais frénétiquement, comme prise par une soudaine poussée d'adrénaline.
— Mmmmmh, si je résume bien, on a trois victimes, deux d'entre elles étaient droguées. Elles ont toutes les trois le même tatouage à des endroits différents. Si on part du principe des péchés… Prenons Newton, qui était un bon vivant, atteint d'obésité, son péché pourrait être la gourmandise…
— Irina, la première victime, par son travail d'escorte serait la luxure. Continua Cullen
— Et Fanning alors ? Demanda McCarty dérouté.
— Je pense que Fanning serait la « superbe », l'orgueil, elle se sentait peut-être intouchable et elle serait donc punie pour avoir agit ainsi?
— Les deux premières victimes ont été tuées dans une fenêtre de trois jours, la troisième au bout de 48heures. Donc il monte en puissance, il doit se sentir au dessus des lois et il a de l'avance sur nous ce qui doit le galvaniser. Si on suit mon idée, alors nous avons très peu de temps avant la prochaine victime. Poursuivis-je.
Je frappais la table en bois du poing, ce qui les fit sursauter. Je rageais, je détestais une chose par dessus tout, c'était d'être distancée. Je n'aimais pas la tournure que prenait l'enquête, ni ce jeu morbide auquel on devait « jouer » pour faire plaisir à un psychopathe.
— On va te laisser Ed, on a du pain sur la planche avec l'enquête et puis avec ce que tu viens de nous donner, on doit aller informer l'chef !
Après avoir salué le Docteur, on remonta dans le SUV, la découverte de Cullen rebattait les cartes. Maintenant qu'on avait un lien, on n'avait pas de profil, pas de revendication et encore bien des questions sans réponse.
On arriva au bureau, Eleazar nous attendait pour le compte-rendu, une fois fait, on était revenu à nos postes. McCarty avait l'air perdu et moi j'étais songeuse, on avait bien compris l'urgence de la situation et plus j'y réfléchissais, plus il me fallait l'aide de mon mentor à Quantico: Garrett Pace. J'avais suivi une formation à la BAU ( Behavioral Analysis Unit) pour étudier les sciences comportementales. Je l'appellerais ce soir, pour le moment, Eleazar nous avait dit de poursuivre notre enquête sur « Marcus ».
Rosalie était d'une grande aide, elle échangeait beaucoup avec le DEA pour ne louper aucun indice. Après avoir vu quelques profils de chefs ou de bras droit qui pourraient convenir, on éliminait souvent les pistes. Ce Marcus était un fantôme.
McCarty en fin de journée a eut la bonne idée de renforcer l'observation des trafics d'amphéts, méths, peut-être que notre fantôme sortirait de l'ombre mais il était encore trop tôt pour le cerner.
Pendant une pause café, je laissais mon esprit vagabonder. Avec tout ça, je n'avais pas eu le temps de refaire une soirée avec Tanya et Vicky, Alice me manquait mais elle était toujours en train de virevolter entre les capitales puis avec l'affaire, j'avais l'impression que le temps m'échappait. Si on a un tueur en série qui se ballade, il va falloir réagir au plus vite mais les indices étaient minces et ça me révoltait d'être menée en bateau par un tueur. De plus, on sait très bien que les tueurs en série ont la côte auprès des médias. Ils font toujours sensation, la presse a toujours eu un faible pour ce genre d'histoire, pour eux, c'était du pain béni.
En parlant de presse, je devais informer Angie pour Fanning, je pense que l'agence va faire un communiqué assez rapidement mais comme le « suicide » s'était produit dans son appartement, on a pu contenir les informations et éviter une vague de fakenews. Mais je sais par expérience, que l'on ne pourra pas contrôler la situation trèp longtemps et que ça me laissait la journée tout au plus pour tenir Angie au courant et lui laisser l'exclusivité. Eleazar devait parler à notre responsable de la communication pour voir ce que l'on allait dire aux médias. Il avait gardé en tête de rester assez vague et de ne surtout pas parler du message. Qu'il ne fallait seulement parler de la découverte du corps sans vie de Fanning et que tout portait à croire que c'était un suicide. Moins le public en sait mieux on se portera, on risquerait de créer une vague de panique et/ou de curieux.
Depuis combien de temps n'avais-je pas pris le temps pour moi? D'avoir une vie amoureuse ou une vie tout court? Je souriais mélancoliquement, c'est pas maintenant que je présenterais mon futur mari à Renée, ma mère. Parfois, j'enviais un peu la relation entre Rosalie et McCarty, ils avaient su trouver un équilibre et ils avaient au moins une personne sur qui s'épauler en cas de baisse de moral ou autre.
Après j'étais aussi consciente qu'avec mon métier, je ne pouvais pas me laisser aller et je me renfermais un peu. J'avais eu quelques histoires amoureuses mais ça n'avait jamais duré, parce que pour le moment il était hors de question que je m'engage.
Je songeais depuis un certain temps à prendre un chaton pour combler ma solitude, j'avais toujours aimé les chats mais je n'avais jamais eu l'opportunité d'en avoir un. J'avais eu un chien mais il préférait ma mère alors je lui avais laissé de bon cœur, pensant qu'il serait plus heureux avec un grand jardin.
Je soupirais en finissant mon café, décidément je ne devais pas me laisser aller à penser, je repartais à mon poste pour finir ces affaires d'escroqueries aux assurances. Au moins, je serais sûre de finir une affaire aujourd'hui.
Après une longue journée, c'est éreintée que je partais du bureau, j'avais souhaité bon courage pour le dîner à Rosalie. Je passais commande chez un traiteur Mexicain que j'aimais bien, je triais mon courrier rapidement.
En attendant ma livraison, j'allumais mon ordinateur pour me documenter sur les chatons disponibles, j'en repérais deux, trois qui pourraient me plaire mais il fallait surtout que je contacte les propriétaires pour organiser une visite, j'avais lu que c'était surtout le chaton qui nous choisissait. Je décidais de remettre à plus tard ce projet.
J'appelais Tanya, notre conversation porta sur l'affaire en cours, son travail et puis la grossesse de Vicky. Je lui promis de venir les voir, même si avec Tanya, on se croisait souvent comme elle était procureur.
Je mangeais ma nourriture en pensant à Garrett, mon mentor à Quantico, je voulais l'appeler après mon dîner, lui et moi nous n'étions pas très conventionnels pour les heures d'appels. L'émission que je regardais d'un œil se termina, je fis la vaisselle et un brin de toilette avant de l'appeler. J'étais tombée sur sa messagerie alors je lui laissais un bref message lui disant que j'avais besoin de son avis.
Je portais mon mug de tisane sur ma table de chevet et je relisais mes notes, je n'arrivais pas à cerner le profil de la personne qui commettait ces crimes. Voyant que mes yeux se fermaient petit à petit, je me mis au lit en me disant que peut-être demain serait un autre jour et que j'aurais un peu plus d'indices.
Le lendemain, je me réveilla avant que le réveil ne sonne, j'avais fait des rêves étranges. Je pris une douche rapide mais relaxante. Je descendis dans la cuisine pour prendre mon petit-déjeuner, j'allumais la radio et croquais dans une tartine en buvant mon café.
Une fois fini, je décidais d'aller à pieds au bureau, je contemplais la ville, j'aurais aimé être photographe et capter des instants de vie mais je n'avais pas le temps pour cette passion. J'arrivais près des bureaux, cigarette à la main, quand j'aperçus McCarty qui buvait son café. Je m'approchais de lui pour le saluer quand son téléphone sonna. Il raccrocha puis se tourna vers moi pour me dire.
— Belly Bean, on doit aller à la Cathédrale Grace, on vient de trouver un cadavre.
Nous arrivions finalement à la cathédrale, une rubalise avait délimité la scène pour que les touristes, badaux et autres ne viennent pas piétiner la scène. On fut reçu par le doyen de la cathédrale, Le révérend Austin Marks,il se tenait sur un des prie-dieu, priant. Il releva la tête vers nous, la tristesse pouvait se lire sur ses yeux mais il y avait aussi de l'espoir, sûrement sa foi lui avait donné la réponse qu'il souhaitait, que son ami était au paradis.
— Agent spécial Swan et McCarty, nous sommes désolés pour votre perte, est-ce que l'on peut vous poser quelques questions? On ne sera pas très longs.
L'homme de foi fit un signe de la tête, il gardait ses mains jointes autour de son chapelet.
— Est-ce vous qui avez trouvé le corps, vers qu'elle heure l'avez vous trouvé?
— Effectivement, j'ai trouvé Monsieur l'évêque… fort heureusement, la cathédrale n'était pas encore ouverte, il devait être aux alentours de 7 heures, 7 heures et demi.
— Avez-vous reçu des menaces ? Quelque chose d'inhabituel vous reviendrait-il en tête ?
— Non… non pas du tout, la cathédrale est très connue, nous sommes un lieu où règne la joie, la compassion et l'entraide. Je ne vois vraiment pas qui pourrait lui vouloir du mal…
— Je vois, et sa femme, avez-vous eu vent de problèmes conjugaux… ?
— Oh non Sheila et Monsieur l'évêque s'entendaient très bien, Sheila est professeur de Théologie à l'université et ils étaient très complices.
— Très bien, merci Révérend, nous allons pas vous importuner plus longtemps, je vous laisse ma carte, si jamais il y a des détails qui vous reviendraient, n'importe quoi, appelez-moi.
— Merci, je prierais pour vous.
J'hochais la tête avant de partir, j'allais rejoindre le médecin légiste qui était le Docteur Cullen, il avait du être appelé quelque temps après nous.
Là un spectacle assez glaçant me fit face, l'autel d'ordinaire soigné avait été transformé en tableau macabre.
Voilà :D Comme d'habitude, venez discuter pour me faire part de vos avis, juste pour taper la discute ou pour je ne sais quoi
J'ai fait quelques recherches sur le révérend/ l'évêque et du coup, dans la religion anglicane, il y a des doyens, des évêques, révérends et tout ça, c'était un peu confus mais c'est comme ça que j'ai pu traduire en tout cas. Donc "mon évêque" se traduirait par Right Reverend Bishop voilà voilà pour la petite parenthèse !
Prenez soin de vous, encore plus ces temps ci, j'espère que vous êtes bien confinés et si jamais vous devez travailler, que vous soyez dans les métiers de la santé, postes, banques, éboueurs, dans les services alimentaires, dans une entreprise, ménage, et tout les autres que je n'ai pas mentionné, merci à vous pour ce que vous faites et courage!
On se retrouve si tout va bien la semaine prochaine avec la suite!
