Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.

Avertissement : cette histoire est la suite directe du Temps des gardiens.


Le temps du renouveau

Chapitre 35

An 2012

Avant que Sephiroth ne puisse réagir, l'épée noire se matérialisa devant lui. Flottant à hauteur de son visage. Il n'avait plus qu'à tendre la main pour s'en emparer. La gemme d'ambre brillait à la lumière des lampes.

Il la fixa, le cœur étreint par une angoisse qu'il ne comprenait pas. Il avait le sentiment que le choix qu'il s'apprêtait à faire serait irréversible.

Alors qu'il fixait l'arme, son esprit fut traversé par un souvenir, l'image d'un bouclier tout aussi sombre, lui aussi orné d'une pierre d'ambre. Un bouclier qu'il avait eu en main, qu'il avait reçu pour sa protection, dans une autre existence, très lointaine.

Il se souvint d'avoir posé la main sur la pierre et de l'avoir senti palpiter comme un cœur qui bat.

Prenant une profonde inspiration, il effleura la gemme d'ambre et la sentit pulser. Les pulsations étaient rapides, bien trop rapides, comme les battements frénétiques du cœur d'un être bouleversé.

Des larmes qu'il ne parvenait pas à réprimer se mirent à rouler sur ses joues.

Il ne se souvenait pas de tout, mais il se souvenait de cela, de cette vérité, de ce qu'était vraiment l'épée.

Il enlaça l'épée avec précaution, appuyant sa joue contre la pierre.

"Tu es cruel... me faire cette proposition alors que je ne me souvenais pas... ne tiens tu toujours pas à la vie ? Je te l'ai dit combien de fois au cours de nos existences passées ? Ton existence compte autant que la mienne..."

Vincent le rejoignit et le considéra avec surprise, étonné par ses larmes et sa façon de tenir l'arme, presque comme s'il enlaçait un amant.

- Sephiroth, ce n'est pas ce que tu crois... nous ne te trompions pas... se risqua t'il à , allons en parler avec lui...

Sephiroth ne bougea pas.

- Il est inutile de retourner à la chambre, il n'y est plus. Il est ici. Murmura t'il.

- Ici ? S'étonna Vincent.

- Oui. Il ne me donne pas l'épée, il est l'épée. La pierre d'ambre, c'est son âme. La retirer reviendrait à l'arracher de son corps.

Vincent sentit un frisson d'angoisse l'agiter. Il fixa l'épée que tenait Sephiroth avec un mélange d'horreur et de fascination.

- Il t'aime à ce point... murmura t'il. Comment puis-je espérer l'égaler ?

- Ce n'est pas une compétition ! S'emporta Sephiroth. Ne lui fais pas insulte de la sorte !

Vincent baissa les yeux, honteux.

- Karion, tu veux bien reprendre forme humaine ? Appela Sephiroth. Je crois qu'il est plus que temps.

L'épée lui échappa et disparut dans une brume sombre, le corps nu de Karion se matérialisa devant eux. Son visage trahissait son émotion. Pour la première fois depuis leur réunion, Sephiroth l'avait appelé par son prénom.

Sephiroth sourit et lui tendit les bras.

- Viens, Ji'y'ah, je ne me souviens pas de tout, mais je me souviens de ton amour et du mien.

Karion laissa échapper un bref sanglot et se précipita entre les bras tendus.

Ji'y'ah. Jih'yen'ah, cœur ambré, le surnom qui était sien jadis.

Il y avait si longtemps que son amant ne l'avait pas nommé ainsi.

Sephiroth l'embrassa avec tendresse, puis se tourna vers Vincent. Dégageant l'un de ses bras, il le tendit vers son autre amant.

- Ne reste pas à l'écart, viens. Appela t'il doucement.

Vincent se rapprocha avec lenteur, fasciné par la façon dont ils s'étaient retrouvés, et craignant d'être de trop.

La main de Karion caressa son visage avec tendresse.

"Tu ne seras jamais de trop." assura t'il.

- Et toi non plus. Ajouta Sephiroth. Mon aïeul m'a commandé de venir avec mon compagnon, je crois qu'il va devoir se faire à l'idée que j'en ai deux, et ceux qui veulent nous rencontrer également.

Karion et Vincent le fixèrent avec des yeux ronds.

"Comment cela ?"questionna Karion.

- Qui veut nous rencontrer ? Ajouta Vincent nerveusement.

- Je n'en ai pas la moindre idée, Hiyu a parlé d'un conseil, sans doute composé de dragons. Je vais avoir besoin de vous.

Il sourit devant leurs expressions alarmées et les attira un peu plus près de son torse.

- Mais pour l'heure, la personne qui doit nous emmener n'est pas encore arrivée, et elle attendra que nous ayons refait connaissance.

Il les entraîna sans attendre vers la chambre.

Karion et Vincent se laissèrent faire sans protester. Même lorsqu'il les poussa sur le lit avec autorité.

Debout devant eux, les poings sur les hanches, il les dévisagea avec une fausse sévérité.

- Kadaj m'a informé que vous avez eu une poussée de fièvre. Je tiens à m'assurer que vous ne risquez pas de faire une rechute.

Karion et Vincent échangèrent un regard, puis sourirent et Karion entreprit de dévêtir Vincent, sans plus se préoccuper de Sephiroth.

Bientôt, Vincent fut lui aussi nu et se livra aux mains de Karion avec docilité. L'homme à peau brune, reprit son exploration du corps offert avec application.

Au bout d'un moment, réalisant que ses deux amants ne faisaient plus attention à lui, Sephiroth fronça les sourcils.

- Vous n'êtes pas en train d'oublier quelque chose ? Demanda t'il avec un peu d'humeur.

Deux regards se tournèrent vers lui, l'un rouge et l'autre ambré, exprimant la même innocence simulée.

- Je ne crois pas. Répondit sobrement Vincent.

- Moi non plus, tu nous as demandé de te prouver que nous ne sommes plus fiévreux. Il se trouve que nous le sommes encore, cela ne se résout pas seul, nous ne pouvons rester ainsi, et il n'y a que peu de remèdes à ce genre de fièvre... ajouta Karion, un peu plus prolixe sur le sujet.

- Et je suis censé faire quoi ? Questionna Sephiroth.

Les deux autres échangèrent un regard. Ils percevaient clairement le début de frustration de Sephiroth, mais ils n'entendaient pas lui donner satisfaction trop vite, pas après la façon dont il les avait regardé un peu plus tôt. Qu'il soit revenu à de meilleurs sentiments n'excusait pas tout, loin de là. Ils voulaient le punir un peu du mal qu'il avait failli causer, même s'ils admettaient qu'il ne l'avait pas fait volontairement et qu'il avait su se rattraper. Ils ne voulaient pas être trop durs envers lui pour autant, seulement le taquiner un peu, le faire languir quelques instants.

- Seulement regarder ? Se risquèrent ils à dire.

Sephiroth fit la moue et secoua la tête. Il n'était pas du tout disposé à se plier à leur volonté. Les deux autres étaient bien trop complices, il se devait de s'imposer face à eux. S'il ne protestait pas sans tarder ils continueraient à le tourmenter et il n'avait aucune envie de l'endurer une seconde de plus.

- Je ne crois pas, non, je crois que je vais devoir m'assurer de votre état de façon plus radicale.

Il entreprit de se dévêtir.

- Ce qui veut dire me rapprocher et être en mesure de ressentir toute trace de fièvre.

Une fois déshabillé il se coula sur le lit, se glissant entre ses deux amants.

Vincent et Karion l'entourèrent aussitôt.

Sephiroth remarqua très vite qu'ils étaient parfaitement accordés. Leurs gestes étaient en harmonie, comme s'ils n'étaient qu'un seul homme dans deux corps.

Sephiroth se laissa emporter par les sensations qu'ils éveillaient en lui.

Si ses précédentes expériences avec d'autres avaient su le combler, il réalisait qu'elles n'étaient rien comparé à ce qu'il ressentait à présent.

Retrouver celui qui avait été son amant dans de nombreuses vies le comblait, mais avoir en plus Vincent avec eux était tout aussi important pour lui. Alors qu'ils se laissaient aller sur les draps, leurs corps alanguis et les sens apaisés, il enlaça ses deux compagnons. Il avait besoin de les sentir contre lui encore.

Vincent et Karion se nichèrent contre lui sans se faire prier. Il sentit leurs têtes s'appuyer sur ses épaules.

Il referma les yeux, savourant le poids pesant sur son corps. C'était à la fois plaisant et rassurant. Il y puisait un indéniable réconfort.

Même s'il expérimentait une relation à trois pour la première fois, Cloud ne leur ayant pas laissé le temps de parvenir à trouver leur équilibre, il avait la sensation que cela était la chose qui leur manquait.

Non qu'il n'aurait pas été heureux avec Vincent pour seul compagnon. L'immortel aux yeux rouges le comblait totalement, seulement il avait avec Karion un long passé commun qu'il n'entendait pas renier. Il ne se souvenait pas encore de tout, mais le peu de souvenirs qu'il avait retrouvé lui suffisait. Il savait que l'homme à peau brune lui avait toujours été fidèle.

Vincent et Karion échangèrent un regard en le sentant s'endormir. Ils étaient soulagés qu'il ait accepté aussi vite et aussi bien qu'ils soient désormais ensembles. Cela leur donnait confiance en l'avenir. Quoi qu'il puisse arriver, ils feraient face tous les trois.

Ils joignirent leurs doigts sur le ventre de Sephiroth avant de fermer les yeux eux aussi et de se laisser entraîner par le sommeil.

oOo

Kael se tourna vers Minerva. La déesse le regardait avec un mélange de regret et de réprobation.

- Je sais... ce qui va suivre ne te plait pas, mais nous ne pouvons pas l'éviter. Soupira t'il. J'ai essayé de repousser l'échéance et tu le sais. Je ne peux rien faire de plus. Je ne peux pas attenter à l'existence d'un être que Gaïa elle même a pris le temps de ramener à la vie.

- Je t'avais prévenu que cela était une erreur d'exaucer le souhait de Chaos, de prendre cet être pour modèle pour son corps humain. Même si vous avez fait en sorte qu'ils ne soient pas identiques, les ressemblances sont bien trop nombreuses. Cela va être préjudiciable à l'avenir. Cet être a toujours attiré la convoitise, comment crois tu que ceux qui en ont après lui réagiront lorsqu'ils comprendront que ton fils est comme lui ?

- Nous aviserons si cela se produit. Pour l'heure aucune divinité avide ne traîne dans les parages. Aucune qui sache ce qu'il en est du moins.

- Et quand cela se produira ? Demanda Minerva avec humeur.

- Quand cela se produira, si cela se produit, je crois que nous ferons face, pour les protéger tous, comme nous l'avons toujours fait. Répondit Kael. Celui que tu te refuse à nommer mérite bien d'être protégé à son tour.

- Il n'a pas été conçu dans ce but. Maugréa Minerva.

Le regard de Kael étincela. Il s'efforça de garder son calme. S'emporter contre Minerva n'arrangerait pas ses affaires et pourrait nuire aux intérêts de celui dont il était question.

- Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire. Répondit il en se détournant. Je ne veux pas m'engager dans un débat avec toi, je sais d'avance que nous ne parviendrons pas à nous entendre sur ce point.

- Kael...

- Non Minerva. Je ne veux pas. Ma nature est et sera toujours plus proche de la sienne que de la tienne. Je ne dis pas que je le comprends totalement, mais je sais mieux que toi ce qu'il est et ce qu'il peut ressentir. Je sais ce que c'est d'être utilisé et laissé de côté à cause de mes origines.

Minerva secoua nerveusement la tête. Même si cela n'était pas faux, elle ne parvenait pas à accepter qu'il parle ainsi.
- Kael, il est bien plus ancien que nous, que tous ceux que nous connaissons... sa véritable nature...

- Sa véritable nature est bénéfique et tu le sais. Coupa Kael. Même s'il a été condamné, à plusieurs reprises pour ses actes qui enfreignaient les règles, il ne l'a jamais fait dans un but mauvais. Ses actes ont toujours été motivés par le désir d'aider ou de sauver. Tu ne le vois comme une menace que parce que tu ne le connais pas.

- Tu ne le connais pas d'avantage ! S'agaça Minerva.

- Non, en effet... je n'ai jamais eu l'honneur de le contempler sous sa véritable apparence, mais j'espère le pouvoir un jour.

Minerva souffla d'irritation et secoua la tête.

- Et tu es aussi d'accord avec cette idée saugrenue qu'ils se rendent sur le territoire des dragons ?

- Oui. Je trouve cette idée excellente en vérité. Ils y seront obligés de se confronter à des êtres qui peuvent les aider à s'accepter totalement.

- Cela pourrait leur coûter leur humanité. Objecta Minerva.

- Leur... humanité ? Répéta Kael sombrement. Mais à quoi juge t'on de l'humanité ? Tu peux me le dire ? Je suis curieux d'entendre ce que tu as à dire à ce sujet.

Minerva ne répondit pas.

Kael n'insista pas, il n'avait aucune envie de partir dans une discussion déplaisante. Il préférait s'éloigner, ce qu'il fit sans attendre.

Tout en marchant à grandes enjambées sans véritable but, dans un couloir qu'il ne regardait même pas, il s'efforçait de réprimer la sourde angoisse qui le taraudait depuis un moment déjà. De repousser l'impression déplaisante que son père n'était pas loin.

Il ne savait que trop que cela n'était pas de l'ordre du possible. Chronos n'était probablement plus, il avait du être englouti par Cronos, ou n'était pas loin de l'être et ce dernier n'était pas encore en mesure de briser les scellés qui le retenaient loin de cet univers.

Sans doute s'imaginait il cela parce que son père lui manquait toujours autant... qu'il avait terriblement envie de le revoir, même si cela n'était que brièvement. Il souhaitait tant pouvoir lui parler à nouveau, et lire dans son regard qu'il faisait sa fierté. Qu'il n'était pas une déception pour lui, qu'il avait agi ainsi que Chronos l'espérait, qu'il était devenu celui que son père voulait qu'il soit.

Il n'aurait probablement jamais cette chance, mais, parfois, dans ses moments de faiblesse, il se plaisait à imaginer leurs retrouvailles. Les bras forts de son père autour de son corps, son regard sans âge plongeant dans le sien, approbateur et satisfait, sa voix grave et calme s'adressant à lui.

Il se prit à tendre la main, comme si cet espoir était une réalité et cilla nerveusement, avant de laisser retomber son bras.

Chimères que tout cela... pas même une possible réalité. Il n'était plus temps de rêver, il était temps d'agir et d'observer.

Observer... oui... observer encore, agir un peu, si peu... bien peu en regard de ce qu'il rêvait d'accomplir. Parce qu'il y avait des règles et qu'il n'était pas disposé à les enfreindre, du moins, pas pour le moment. Un jour peut être, si la situation devenait désespérée...

oOo

De là où il se trouvait Arieh ne perdait pas une seule seconde des événements en cours. Il avait assisté avec satisfaction aux actes de Sephiroth et de Vincent. Savoir l'un de ses protégés en sécurité auprès d'eux le comblait. Même s'il n'avait jamais eu goût pour les relations à plusieurs, bien qu'ayant eu plusieurs compagnes au cours de sa vie précédente, il avait toujours eu qu'une seule femme à ses côtés. Il était fidèle à sa façon.

Que Karion accepte une relation différente ne le surprenait pas vraiment, il avait examiné Vincent et compris ce qu'il en était.
Il était plus soucieux des manières de la déesse locale. Minerva risquait de poser problème par la suite. Elle n'était pas d'un abord facile, avait bien changé au cours des ans.

L'enfant rieuse et généreuse qu'il avait rencontré dans un lointain passé avait visiblement laissé place à une femme plus dure. Il espérait que cela n'était pas du à ce qu'il avait fait alors... Non, ce que celui qui lui avait laissé ses souvenirs et ses pouvoirs avait fait...

Il ferma les yeux, les sourcils froncés, et se prit la tête à deux mains.

Son esprit s'embrouillait encore... le fardeau des souvenirs de celui à qui il devait d'être encore en vie pesait lourd en lui, il primait parfois avec les siens. Tout se mélangeait dans sa mémoire, à tel point qu'il ne savait plus trop où il en était, qui il était vraiment...

Celui qui l'avait choisi pour accomplir ce qui devait être fait avait il mesuré l'impact que cela aurait sur lui au final ? Avait il su qu'il peinerait à rester lui même ? Qu'il en viendrait à se confondre avec lui par moment ? L'avait il prévu ou était-ce quelque chose qui échappait à ses prévisions ?

L'esprit de sa compagne caressa le sien, l'aidant à reprendre le contrôle. Il la remercia avec gratitude.

"Merci ma douce... sans toi, je ne sais pas si je parviendrai à tenir bon..." soupira t'il en se laissant tomber dans un fauteuil.

Il rouvrit les yeux et se frotta les tempes.

Il était inquiet, malgré sa force et sa puissante volonté, parviendrait il à résister ou la personnalité de celui qui lui avait fait confiance prendrait le dessus sur la sienne, jusqu'à la remplacer totalement ? Disparaîtrait il, pour laisser place à une copie du Dieu disparu ?

Tout son être se révoltait à cette idée.

Lorsqu'il avait été approché par le Dieu, qu'il avait prêté l'oreille à ses propos, entendu sa proposition, il était encore très jeune, il avait été séduit par ce qu'il entendait. Pouvoir vivre plusieurs vies, avoir des pouvoirs exceptionnels... qui n'en aurait pas rêvé ? Il était aussi un adolescent bouleversé à l'époque, dont le meilleur ami était entre la vie et la mort et qu'aucun médecin ne parvenait à sauver. Un ami dont on lui avait annoncé le décès prochain, ce qu'il refusait obstinément. Il était alors un garçon révolté, prêt à tout pour que vive son meilleur, pour ne pas dire son seul ami. Il n'avait pas hésité longtemps, il avait accepté l'offre, il était devenu le réceptacle du Dieu, en quelque sorte sa sauvegarde.

Ce Dieu, qu'il ne nommait jamais, se savait menacé, il était prévoyant, il avait donc agi pour préserver une partie de son être en lui. Une part qui attirerait le reste de son essence lorsque ce qu'il redoutait se serait produit.

Cela avait du avoir lieu, puisque, peu à peu, l'essence du Dieu se mêlait à la sienne.

Il comprenait à présent qu'il avait peut être été dupé, que l'offre était trop belle et qu'il allait devoir payer le prix de sa naïveté.

Un sourire tout d'abord amer, puis satisfait, se dessina sur ses lèvres.

Après tout, quelle importance ? Il avait eu une belle et longue vie, il avait construit un véritable empire, aimé de nombreuses femmes, jusqu'à trouver sa compagne idéale, eu des enfants, en avait adopté d'autres... il était mort comblé et revenu à la vie, tout aussi déterminé qu'avant. Il avait débuté une autre existence, différente de la première et cela l'avait conduit jusqu'à ce monde.

Si cela devait s'y terminer, s'il devait disparaître au profit du Dieu, alors, qu'il en soit ainsi. Il n'avait rien à regretter, il avait eu plus que sa part dans l'existence et il s'effacerait avec la certitude que son être poursuivrait un dessein grandiose.

Il l'espérait du moins, ce serait décevant que de disparaître pour que s'accomplisse quelque chose de médiocre.

Il laissa échapper un rire et, tendant la main, se servit un verre de vin, qu'il vida d'un trait.

Pour l'heure, il était toujours conscient, il était toujours présent et il pouvait profiter de la vie, il entendait donc le faire. Il ne s'opposerait pas aux desseins du Dieu, mais il résisterait le plus possible pour en être acteur, ou du moins spectateur.

N'avait il pas gagné ce droit en offrant son corps en réceptacle au Dieu ?

Il se cala confortablement contre le dossier de son siège.

Que pouvait il faire en attendant que vienne l'heure d'agir selon la volonté du Dieu ou de lui laisser la place ? Pouvait il se mêler à la population de ce monde à nouveau ? Il l'avait fait par le passé, avant de sombrer dans un long sommeil, afin de planter quelques graines sur ce sol hostile.

Il avait si fort la tentation d'aller voir ce qu'elles avaient donné...

à suivre