Note : Un chapitre pas évident que j'ai beaucoup lu, relu, modifié, remodifié… Je suis plutôt satisfaite du résultat, il me convient comme ça. J'espère qu'il vous plaira !
Chapitre 18 : Ange de mort
Tamao essayait tant bien que mal de se concentrer sur les explications de Lilirara à propos des positions des planètes mais elle angoissait pour le cours de métamorphoses qui suivrait. Elle ne maîtrisait toujours pas l'exercice qu'ils travaillaient depuis plusieurs semaines et craignait que le professeur Tepes ne s'en prenne de nouveau à elle. Pour se rassurer, elle se répétait en boucle que le jeudi précédent il ne lui avait pas fait le moindre commentaire, après s'être montré pourtant d'une extrême dureté le lundi.
Le bruissement des pages qu'on tourne s'éleva autour d'elle et Tamao jeta un regard paniqué à sa voisine de classe.
— Page 53, murmura gentiment Iris.
Tamao tourna hâtivement les pages de son livre. Elle n'avait pas retenu un mot de ce qu'avait dit Lilirara mais ne s'en inquiétait pas trop. Elle avait déjà travaillé les mouvements des astres toute seule deux étés avant.
Brusquement un oiseau de papier s'échoua entre les pages de son livre. Il battit des ailes et essaya de se renvoler mais c'était peine perdue. Intriguée, Tamao déplia délicatement le parchemin et balaya le message en diagonale.
— C'est p-pour toi, murmura-t-elle en glissant le mot à sa voisine.
Une déclaration d'amour. D'après Ajita, Iris en recevait au moins une par semaine. Ajita disait qu'elle avait un club d'admirateurs qui rivalisaient les uns les autres pour lui écrire des poèmes romantiques et essayer d'attirer son attention. « Je ne les ai pas encore entendu glousser, mais ça finira par arriver », prédisait-elle avec humour.
La fin du cours arriva plus vite que Tamao ne l'espérait et c'est avec une boule dans l'estomac qu'elle suivit Iris en cours de métamorphoses. Toujours vêtu dans ce que Jeanne appelait son « look gothique », le professeur Tepes les toisa alors qu'ils entraient dans la salle de classe. Comme à son habitude, Tamao s'assit au fond de la salle, à côté d'Agata, dans le silence le plus absolu.
— Aujourd'hui, commença le professeur Tepes d'une voix rauque, sera une séance de révision. Nous travaillerons une dernière fois la métamorphose de hérissons en pelottes d'épingles et l'animation de statuettes de bois, puis nous reverrons les sortilèges de transfert. Bien qu'ils soient tombés aux examens de l'année dernière et que nous les ayons revus en début d'année, j'ai le sentiment que cela ne peut pas vous faire de mal.
Il eut un sourire en coin que Tamao trouva très sarcastique.
— Tamamura.
Tamao sentit son cœur s'arrêter de battre dans sa poitrine.
— Pouvez-vous nous rappeler, cette semaine, la définition d'un sortilège de transfert ?
Le cœur de Tamao repartit à cent à l'heure et elle se félicita d'avoir révisé. Si elle avait échoué à répondre à cette même question que le lundi précédent, elle aurait passé un horrible moment.
— Un s-sortilège de t-transfert s'applique sur d-deux sujets en même t-temps, bégaya Tamao à mi-voix. Il remplace s-simultané… simultanément… un élément d'un s-sujet par un é-élément de l'autre.
Le professeur hocha la tête d'un air satisfait.
— Et le transfert chez l'un des sujets implique forcément un transfert chez l'autre, ajouta-t-il. C'est bien. Craig, poursuivit-il en se tournant vers Kyle, quelle est la formule pour transformer un hérisson en pelotte d'épingles ?
Le professeur s'étant détourné d'elle, Tamao souffla profondément tout l'air qu'elle avait bloqué dans ses poumons et cligna des yeux.
— Ruben, les hérissons sont dans la boîte sur mon bureau. Nzulu, les statuettes sont sur le deuxième étage à droite de l'étagère du fond. Vous vous chargez de la distribution, ordonna le professeur Tepes.
Iris et Gloria, de Serdaigle, se levèrent aussitôt.
— Commencez à travailler. Je vais passer entre vous pour vous rendre vos devoirs de jeudi dernier.
Tamao déglutit quand Iris posa un hérisson sur son bureau. Elle tira fébrilement sa baguette magique.
Du coin de l'œil, elle vit le professeur Tepes circuler entre les tables. Au moins cette fois-ci, quoiqu'il ait à lui dire, ce serait au milieu du brouhaha ambiant et pas du silence terrible de la dernière fois.
« Courage », s'admonesta-t-elle. « Hao m'a aidée, je ne peux pas avoir une trop mauvaise note. »
Elle tapota son hérisson en murmurant la formule sans succès. Ce dernier ne tressaillit même pas.
— Tamamura.
Tamao se tendit alors que le professeur Tepes se postait devant sa table. À côté d'elle, Agata délaissa sa pelotte parfaitement transformée pour suivre la scène, fixant l'enseignant d'un regard noir.
— Vous ne savez toujours pas métamorphoser un hérisson en pelote à ce que je vois. À défaut de maîtriser la pratique avez-vous au moins fait des efforts sur la théorie. J'attends de vous que vous persevériez dans cette voie.
L'estomac de Tamao se retourna dans son ventre en entendant ces « encouragements ». Il enchaîna sur un triple saut périlleux et lui remonta dans la gorge lorsque le professeur Tepes déposa son devoir devant elle. En encre rouge était tracé, tout en haut du morceau de parchemin, « 18/20 Travail complet et bien structuré ».
Elle relut trois fois l'appréciation et vérifia que c'était bien son nom et son écriture sur le devoir.
— Félicitations, chuchota Agata en lui donnant un petit coup de coude.
— M-merci, s'empourpra Tamao avant d'attraper fébrilement sa copie.
Même avec l'aide de Lyserg, elle n'avait jamais obtenu plus de 14 à un devoir de métamorphoses. Ses notes oscillaient habituellement entre 9 et 12 malgré toute la bonne volonté qu'elle y mettait.
Elle ne parvint sans surprise aucunement à transformer son hérisson, même si Agata lui affirma que les pics ressemblaient plus à des aiguilles qu'avant, et échoua lamentablement à réaliser correctement un sortilège de transfert, mais le léger nuage qui s'était installé dans son cerveau refusait pourtant de se dissiper.
— Ça t'allait bien les oreilles de chat, commenta gentiment Agata lorsque la fin du cours arriva.
— Merci, marmonna Tamao.
Le but était d'échanger la queue d'un chat avec la queue d'un lapin. Elle n'avait aucune fichue idée de comment elle avait réussi son compte.
— Miaou, pouffèrent un groupe de filles de Serdaigle en les dépassant.
— Ne fais pas attention à elles, intervint aussitôt Agata, agacée.
Elle rejoignit ensuite Ajita et Iris qui rangeaient leurs affaires au premier rang et Tamao s'esquiva.
…
Tamao retrouva Jeanne et Lyserg à la bibliothèque. Ce dernier avait fait remarquer que comme il était le parrain — il préférait ce mot à celui de tuteur — de Tamao et que Tamao était la marraine de Jeanne, ce serait comme une réunion de famille.
Ils s'installèrent à une grande table et commencèrent à sortir leurs plumes, encriers et parchemins.
— Au fait, vous avez vu la nouvelle note aux panneaux d'affichage ? demanda Lyserg.
— Pour le club de duels ? Je me suis inscrite, répondit Jeanne. Tamao ne sait pas encore si elle vient aussi.
Ladite Tamao hésita. Son moral ayant considérablement remonté, elle avait bien envie d'y aller, mais appréhendait un peu la présence de Mikihisa. En même temps, ce ne serait pas très différent que lors des cours de défense contre les forces du mal.
— Non, pour le Tournoi des Trois Sorciers.
Jeanne et Tamao levèrent de grands yeux curieux vers Lyserg.
— La première tâche aura lieu dans deux semaines, le samedi après-midi.
Un grand sourire se dessina sur le visage de Jeanne qui paraissait ravie. Tamao l'était bien moins. L'identité du champion de Poudlard avait encore quelque chose d'amer. En croisant le regard de Lyserg, elle comprit qu'il en était de même pour lui.
— Ça aura lieu à quel endroit ? demanda Jeanne, les yeux brillants d'excitation.
— Au stade de Quidditch, d'après la note, répondit Lyserg.
— Je me demande de quel type d'épreuve il va s'agir, fit pensivement Jeanne.
Tamao réalisa qu'elle n'y attachait pas d'importance. De toute manière, quelle que soit l'épreuve, Hao la réussirait haut la main.
— Mais ce n'est pas le moment de penser à cela, reprit Jeanne très sérieusement. Tamao, j'aurai souhaité de l'aide en botanique. Je n'ai pas bien compris ce que nous a expliqué Tarim au dernier cours.
Tamao hocha la tête et répondit aux questions de Jeanne. De son côté, Lyserg se pencha sur la traduction de runes de Tamao, puis peaufina son propre devoir de divination.
Ils travaillèrent ainsi une heure jusqu'à ce que Jeanne se sente enfin totalement en confiance en botanique.
— Merci beaucoup Tamao, fit-elle avec chaleur.
— Avec plaisir, répondit Tamao en sentant de manière inexplicable son cœur battre un peu plus vite.
— Tu souhaites qu'on revoie la métamorphose, Tamao ? proposa alors Lyserg.
— Oh, je… Tepes ne nous a pas donné de devoir. Et la bibliothèque n'est pas très approprié pour la pratique.
— On peut revoir ensemble ton dernier devoir.
— C'est bon, ce n'est pas la peine, dit-elle très vite.
Devant l'air stupéfait de Lyserg, elle se sentit obligée d'expliquer.
— J'ai eu 18, avoua-t-elle.
— 18, s'exclama Jeanne. Félicitations !
Son amie lui prit les mains et lui adressa un sourire resplendissant.
— Tu vois que tu en es capable ! C'est super Tamao, je suis tellement heureuse pour toi !
Jeanne paraissait sincèrement contente. Lyserg, en revanche, fixait Tamao avec perplexité.
— Je me suis fait aider, confia-t-elle.
Lyserg hocha la tête et lui sourit, mais Jeanne en revanche se figea.
— Tu es allée au rendez-vous de Hao, comprit-elle.
Elle avait l'air un peu dépité.
— Ça ne fait rien, se reprit-elle. L'important c'est qu'il ait pu t'aider. Si travailler avec lui te permet d'avoir de bons résultats, c'est une bonne chose.
Le mal était fait cependant. Jeanne avait lâché le nom de Hao devant Lyserg.
Tamao déglutit et risqua un regard du côté du Serdaigle. Son visage s'était fermé.
— Je… j'avais b-besoin d'aide, plaida-t-elle d'une petite voix en baissant les yeux.
— Que veux-tu dire ? demanda-t-il d'une voix sans émotion.
— Les cours… étaient… désastreux, avoua Tamao avec difficulté.
Elle sentit son cœur se comprimer et sa gorge se serrer. Elle n'en avait pas parlé, pas même à Jeanne. Jeanne qui tenait toujours ses mains et les pressait doucement entre les siennes pour lui communiquer son soutien.
— Je… je n'y arrivais pas. Tepes a lu les commentaires de ma copie devant toute la classe et c'était terrible, dit-elle le plus vite possible. Je ne voulais pas accepter son aide mais… je ne voulais pas… revivre ça.
Elle frissonna.
— Et il m'a bien aidé, dut-elle reconnaître en osant relever la tête vers Jeanne et Lyserg.
Son amie lui souriait tendrement mais le visage du préfet était toujours sans expression.
— Est-ce que, commença-t-il, et cette fois-ci Tamao pouvait percevoir toute la colère contenue dans sa voix, vous n'avez parlé que de métamorphoses ?
Tamao cligna des yeux.
— Il ne t'a pas posé des questions sur autre chose ? Il n'en a pas profité pour t'importuner ?
Tamao hésita et le regard de Lyserg flamboya. Sa colère déforma furtivement ses traits.
— Il…
Tamao essaya de se rappeler du mieux possible.
— On a un peu discuté, fit-elle, mal à l'aise. Il m'a demandé quelles étaient les matières que j'aimais et quelles étaient celles pour lesquelles j'éprouvais des difficultés. Et… il a demandé à voir ma baguette.
Et, elle n'en était pas sûre, mais elle s'était demandé… s'il ne cherchait pas à savoir ce qu'elle comptait faire de la mauve douce qu'elle avait cueillie à la nouvelle lune.
— C'est un embêteur, lâcha Jeanne d'une voix enfantine.
Mais pour Lyserg, c'était bien plus d'un embêteur.
— Il voulait voir ta baguette, répéta-t-il. C'est tout ? Rien d'autre ?
Tamao secoua la tête et Jeanne fronça des sourcils.
— Pourquoi est-ce important ? demanda-t-elle. Pourquoi accordes-tu tant d'importance au fait que Hao ait aidé Tamao sur son devoir de métamorphoses ? Est-ce que…
Elle s'arrêta brusquement, écarquilla les yeux et lâcha un « oh ! » étouffé.
— Mais Hao est un embêteur ! Jusqu'à présent il ne fait que nous embêter. Et Tamao ne voulait vraiment pas de son aide ! La première fois qu'il lui a fixé un rendez-vous, elle n'y est pas allée d'ailleurs.
Tamao fixa Jeanne en clignant des yeux, ne comprenant pas l'envolée brusque de son amie. Ses mains avaient lâché celles de Tamao et volaient en tous sens autour d'elle pour exprimer son trop-plein d'émotions.
— Je ne suis pas jaloux, Jeanne, déclara distinctement Lyserg. Mais dites-m'en plus. Tu as vu Hao plusieurs fois ?
— N-non, balbutia Tamao, un peu perturbée par les dernières déclarations de Lyserg. Il voulait me voir mercredi il y a deux semaines. Mais je n'y suis pas allée. On ne s'est vus qu'une fois, mercredi dernier.
— Et le cours désastreux où Tepes t'a humiliée devant toute la classe c'était quand ?
Tamao sentit une pointe lancinante lui traverser la poitrine. Avoir vécu cette humiliation avait été une chose douloureuse. Entendre Lyserg mettre des mots dessus l'était aussi. D'une autre manière.
— Lundi dernier, chuchota-t-elle.
C'était pour ça qu'elle avait accepté l'aide de Hao. Il fallait qu'il comprenne, elle en avait désespéremment besoin. Elle ne pouvait pas retourner en cours sans avoir mieux travaillé et toute seule elle n'y arrivait pas. Lyserg avait dû faire son devoir avec Mathilda, puis avait eu une retenue. Ce n'était pas sa faute, bien sûr, mais il ne devait pas lui en vouloir d'avoir travaillé avec Hao.
— Attends un instant, fit vivement Jeanne. Tu penses que… enfin tu laisses entendre que… Que le fait que Tepes ait été méchant avec Tamao est lié au fait qu'il a su qu'elle n'avait pas révisé avec Hao alors qu'elle aurait pu ? Mais les professeurs ne s'immiscent pas ainsi dans la vie des élèves… et Hao n'aurait pas… et puis même s'il en avait parlé Tepes, d'ordinaire c'est toi qui aides Tamao et… et même si Hao est intervenu car il savait que tu n'étais pas disponible…
— Je n'étais pas disponible parce que Hao ne voulait pas que je le sois, la coupa Lyserg d'un ton sec.
— Hao n'est pas capable de…
Jeanne, qui parlait pourtant d'une voix très ferme, se tut sous le regard de Lyserg. Pour sa part, Tamao sentit du plomb lui tomber dans l'estomac.
Hao était capable d'avoir demandé à Tepes de l'humilier. Hao était capable d'avoir demandé à Kanna de mettre Lyserg en retenue.
— Tu n'as aucune idée de ce dont Hao est réellement capable, assena Lyserg.
Tamao comprit brusquement que la colère de Lyserg n'avait jamais été dirigée contre elle. Mais étonnemment, ça ne la détendit pas. Ce qu'il laissait entendre… c'était tellement énorme.
— Turbin, Kanna, Tepes… ce sont des pions que Hao contrôle à sa guise, poursuivit implacablement Lyserg. Tout ça, le devoir commun de runes avec Matisse, les retenues dispensées par Kanna, le comportement de Tepes… Tout ça… juste pour donner un cours de métamorphoses à Tamao.
Il ne demanda pas « pourquoi ». Tamao le savait. C'était sa vengeance pour lui avoir échappé. Elle s'en était douté pourtant. Elle savait bien qu'il s'était montré trop gentil sur le terrain de Quidditch. Même l'enlèvement de Jeanne finalement n'avait pas été bien méchant. Sans compter qu'elle avait osé lui tenir tête pour la désignation du champion de l'école.
Tamao sentit des larmes lui piquer les yeux. Elle se força à respirer un grand coup et chercha naturellement du soutien du côté de Jeanne. Et se figea sur place.
Jeanne n'avait plus rien de la douce princesse qui la réconfortait, lui souriait, lui racontait sa vie de sa voix charmante et enfantine et riait comme un soleil. Elle était toujours un ange, mais un ange de mort. Ses yeux étaient aussi durs que des rubis, son visage froid comme de la glace. Elle dégageait une aura polaire qui fit trembler Tamao.
— Je vais le tuer, déclara-t-elle d'une voix tranchante.
— Je te suis, lui répondit sombrement Lyserg.
