Chapitre 34 : L'excellente aventure de Drago Malefoy

Avoir la capacité de se transformer en chaton avait fait de lui la risée de son dortoir et attiré beaucoup trop d'attention professorale, mais c'était excellent pour espionner. Il était trop bas pour que les portraits le voient, et il était loin d'être le seul chat du château.

Non pas qu'il soit dans le château en ce moment même. Il faisait beau temps, les arbres commençaient à se garnir de feuilles, et prendre la forme d'un chat permettait bien plus facilement d'éviter de penser à la dernière lettre de son père. Il ne savait pas à quoi son père voulait en venir, à lui rappeler que seuls les forts pouvaient apprendre une magie puissante.

Drago sauta brusquement sur une forme remuant dans l'herbe haute, sentit de la fourrure entre ses pattes, et laissa l'instinct le guider, mordant de toutes ses forces. Encore une musaraigne. Il la renifla, puis lui donna quelques coups de patte. Morte. Bien, pensa-t-il. Il n'était pas faible. Il était un prédateur.

Drago renifla à nouveau la musaraigne, au cas improbable où elle reviendrait à la vie pour le distraire. La musaraigne resta morte.

Il donna un autre coup de patte, faisant rouler le petit corps d'une façon intéressante.

Ce n'était pas comme s'il allait la manger, il avait des standards, mais…

Il donna un coup de l'autre patte, et se remit à chasser.


Ce n'était pas comme si Drago ne pouvait pas ignorer ses instincts de chat s'il le désirait. Sa transformation était complète, parfaite. C'était juste que parfois il n'avait pas particulièrement envie d'être humain. Le chat ne ressentait pas la pression de la même façon, il n'avait pas de buts à atteindre. Une proie à tuer et un endroit bien chaud où dormir, et il était content.

Il était allongé sur son flanc dans l'herbe, haletant, sans entrain pour entamer la longue marche qui le ramènerait au château – il était presque à l'orée de la forêt interdite, même s'il n'était pas à l'ombre des arbres – quand il vit un gros Fléreur roux qui s'éloignait du château avec un air de savoir où il allait.

Bizarre. Drago se leva, s'étira, et le suivit prudemment. C'était un animal horriblement gros, au moins trois fois plus gros que lui, et devoir changer de forme pour se défendre était contraire à sa dignité. Mieux valait ne pas se faire voir.

Drago franchit une petite côte et se plaqua sur le sol, parce que il y avait Sirius Black en train de parler au chat, accroupi à l'ombre d'un vallon, derrière un des premiers arbres de la Forêt Interdite.

Est-ce qu'il pouvait le capturer ? Est-ce que ça pouvait être lui le héros de l'école, pour une fois ? D'un autre côté, est-ce qu'il devait le capturer. Après tout, Sirius Black était censé être un des disciples les plus proches du Seigneur des Ténèbres, qui lui avait fait confiance pour infiltrer les cercles les plus privés de l'autre côté, un secret qui n'avait été révélé qu'à la mort du Seigneur des Ténèbres. Ce n'était pas quelqu'un à contrarier.

Il pourrait recevoir un Ordre de Merlin. Peut-être un Éclair de Feu de la part de son père – et affronter un sorcier adulte aiderait sûrement son père à changer d'avis sur cette idée que Drago devenait faible suite à l'influence pernicieuse de Dumbledore.

D'un autre côté, se précipiter vers une mort certaine était quelque chose de Gryffondor…

Une paire de mâchoires se ferma autour de sa nuque, le soulevant comme un chaton et l'apportant à Sirius Black. Drago se tortilla de panique et de rage, mais surtout de panique.

- Encore toi, dit Black.

Drago s'immobilisa. Encore ?

- Est-ce que tu me comprends ? demanda Black.

Drago se tortilla et se débattit. L'énorme bête rousse le posa par terre et Drago se secoua. Sa fourrure était complètement décoiffée, c'était horrible.

- Les chats deviennent de plus en plus intelligents, dit Black, l'air un peu perdu. Tant mieux. C'était très bien que Drago ne soit pas le seul à se sentir confus. Peut-être qu'il devrait filer en douce, pendant que Black réfléchissait…

Le Fléreur grogna d'un ton menaçant. Drago plaqua les oreilles en arrière, le surveillant d'un air méfiant.

- Mais Pattenrond ne te fait pas confiance. Désolé, le chat, mais je ne peux pas prendre ce risque.

Il avait – il avait un couteau. Non, sans façons.

Après un sursaut de magie encore peu familière, Drago était humain à nouveau ; il recula d'un pas et tira sa baguette d'un même mouvement, la pointant entre les yeux de Black.

- Je vous prie de ne pas bouger, cousin.

- Ces cheveux – Malefoy. Le fils de Narcissa.

- Drago, acquiesça Drago, reculant prudemment d'un autre pas, et ayant une seconde pour sentir quelque chose de poilu entre ses chevilles avant de tomber en arrière.

Un vrai gentleman ne jurait pas. Drago pensa aux pires choses qu'il connaissait, et puis voilà que Black luttait avec lui, et que Black avait sa baguette. Merveilleux.

Black pointa sa baguette vers lui et aboya un mot.

Il ne se produisit absolument rien.

Black secoua vivement la baguette, et il ne se produisit rien non plus.

- Quel est le cœur de ta baguette, gamin ?

Drago leva les yeux de sa baguette pour regarder Black et décida que lui et Black allaient devenir amis. Des cousins devraient être amis.

- Licorne.

- Ah. Je n'ai jamais été doué avec la licorne. Drôle de baguette pour un Malefoy.

- Puis-je la ravoir, s'il vous plaît ? Après tout, je ne peux vous être d'aucune aide sans baguette.

- Tu veux. Aider.

- Oui, certainement. Nous sommes cousins, n'est-ce pas ?

- … tu peux te relever.

- Merveilleux.

Drago se leva et frotta les taches d'herbe de ses robes. Beurk, des problèmes de pouilleux.

- J'ai besoin d'un rat.

- À manger ?

- Non. J'ai besoin du rat de Ronald Weasley.

- Le rat de Ronald Weasley est mort. Il y a eu tout un scandale à ce sujet, il y a deux mois. Il a été tué par ce chat ici présent, je crois.

- Il a falsifié sa mort.

- Le rat a falsifié sa mort, dit Drago, avant de ravaler sa remarque sarcastique devant l'expression de Black. Bien sûr, cousin. Comme vous pouvez l'imaginer, je suis des plus adaptés à la tâche de localiser un… rongeur. Je serai heureux de vous aider, si vous faites quelque chose pour moi.

Drago rajusta son col, et dissimula sa peur sous un masque impassible.

- J'ai besoin que vous voliez un hippogriffe.