A/N : A croire qu'il aura fallu que je sois en confinement pour poster un nouveau chapitre... Mais le principal c'est qu'il soit là, non ? :D

On arrive sur la fin, alors il y a encore pas mal de révélations dans ce chapitre. Comme d'habitude, pour celles qui me suivent depuis longtemps et qui sont miraculeusement encore dans les parages, je vous conseille vivement de relire les derniers chapitres pour vous remettre dans le bain.

Merci pour vos reviews, vos lectures et merci aux anonymes qui ont commenté et à qui je n'ai pas pu répondre !

Le titre de ce chapitre vient d'une chanson de Dire Straits, parce que je n'avais toujours pas mis de chanson de Dire Straits (oui, maintenant qu'on arrive sur la fin, j'en profite pour caser mes groupes préférés tant qu'à faire). Bonne lecture !


Chapitre 34 : When it comes to you

OoOoOoOoO

How come I always get a hard time

Honey when it comes to you?

You only get one life, this I know

I wanna get my licks in now before I go

OoOoOoOoO

Les rues de Pré-au-Lard sont bondées alors que je me fraye un chemin vers les Trois Balais. C'est le dernier week-end à Pré-au-Lard de l'année - le dernier de ma scolarité - et tout le monde semble vouloir se faire une provision de bonbons de chez Honeydukes pour l'été, boire une dernière Bièraubeurre entre amis ou simplement profiter du soleil de juin pour se promener dans les rues.

Évidemment, pour l'occasion, les mesures de sécurité sont aussi drastiques que celles des banques dans les films de braquage. Les Aurors ne laissent plus rien au hasard, surtout dans des lieux aussi fréquentés que Pré-au-Lard : scrutoscopes à chaque coin de rue, glaces à l'ennemi remplaçant certaines vitrines de façon aléatoire, capteurs de dissimulation... Des Aurors ont également été déployés dans toutes les artères centrales ; leurs baguettes à la main, ils surveillent les alentours d'un regard perçant. J'en ai même vu un avec un oeil bleu électrique qui tournait dans son orbite, je suis prête à parier qu'il pouvait voir derrière sa tête, ça m'a foutu les chocottes. A mon avis, il y a aussi d'autres Aurors en déguisement qui déambulent dans la foule, mais ils sont assez doués pour ne pas se faire remarquer.

Bref, c'est pas le bon jour pour faire quelque chose d'illégal. Non pas que je fasse souvent des trucs illégaux, mais avec tous ces Aurors aux airs soupçonneux autour de moi, j'ai presque l'impression d'être une terroriste en puissance.

Après avoir été ralentie par un groupe de gamines qui marchaient à la vitesse de dindes unijambistes, je parviens devant l'entrée des Trois Balais.

- Ciao Lucia.

Je sursaute, la main sur la poignée de la porte. Mon oncle sort de l'ombre dans laquelle il était dissimulé. Son chapeau habituel lui recouvre le visage mais j'aperçois en-dessous ses yeux noirs qui pétillent et un large sourire éclaire mon visage.

- Giorgio ! Je ne m'attendais pas à ce que tu sois… à l'heure, dis-je en italien.

- L'Angleterre déteint sur moi… soupire-t-il avec un petit sourire. Il n'y a plus aucune table de libre là-dedans, ça te va si on va ailleurs ?

Je hausse les épaules.

- Comme tu veux.

Il rabat son chapeau sur la tête tout en me faisant galamment signe de passer devant. Je m'engage à nouveau dans la rue et il marche à côté de moi d'un pas nonchalant mais rapide.

- Tu veux aller où ? je lui demande.

- On m'a parlé d'un endroit… Le sanglier rôti ou quelque chose comme ça.

- Tu veux parler de la Tête de Sanglier ? dis-je avec une grimace éloquente. C'est un repaire de gens louches et d'alcooliques…

- Parfait, ça a l'air charmant.

Je lui jette un oeil perplexe, ne sachant pas s'il blague ou pas. En fait, il n'a pas l'air d'avoir vraiment écouté, il n'arrête pas de jeter de petits regards discrets partout autour de lui. L'espace d'un instant, je me demande si ça n'a pas quelque chose à voir avec la présence des Aurors dans le village. Il a quelque chose à se reprocher ou quoi ?

Un peu inquiète, je reste silencieuse jusqu'à ce qu'on arrive devant la Tête de Sanglier, à l'écart de la rue principale. A l'intérieur, il fait sombre et il flotte une vague odeur de transpiration dans l'air. Trois gobelins jouent aux dés sur une table ronde, deux sorciers à l'air louche discutent à voix basse près d'une cheminée et une silhouette encapuchonnée boit un verre au comptoir. J'ai l'impression d'être autant à ma place ici qu'un neurone dans le cerveau de Potter.

Giorgio me guide vers une table à côté de la fenêtre. De là, on peut voir la rue sans être vu. Encore une fois, je me demande pourquoi Giorgio tient à se cacher, mais avant que je puisse formuler une question, il me demande galamment, comme si on était en terrasse au bord de mer et pas dans un pub hyper glauque :

- Bièraubeurre ?

- Plutôt un thé à la citrouille s'il-te-plaît.

- Je ne suis pas sûr qu'ils servent ça ici, dit Giorgio en jetant un regard embêté vers le barman.

Avec sa longue barbe grise et ses cheveux broussailleux, on dirait que le barman s'est coincé la tête dans des barbelés et qu'il a dû tirer vraiment très fort pour s'en extirper. Appuyé contre le comptoir, il est occupé à sculpter une figurine en bois avec un canif et ne semble porter aucune attention aux petits sachets que viennent d'échanger discrètement les deux sorciers près de la cheminée.

Je détourne prudemment les yeux, au cas où ils me prendraient pour un témoin gênant et qu'ils voudraient me supprimer.

- Bièraubeurre, alors.

Giorgio va commander au comptoir et, heureusement pour moi, ne me laisse pas seule trop longtemps. Les deux chopes qu'il pose sur la table débordent de bière et des gouttelettes tombent déjà sur le bois de la table - au moins, il est généreux ce barman. Giorgio, lui, n'a toujours pas enlevé son chapeau. Faut dire que la mode ici semble plutôt pencher du côté des têtes couvertes... Je rabats furtivement mes cheveux devant mon visage, faisant de mon mieux pour me fondre dans le décor.

Quelle idée de venir dans ce bar louche alors que la moitié des Aurors d'Angleterre sillonnent les rues du quartier… Si on me voit sortir d'ici, je risque de me retrouver sur une liste de personnes suspectes, de mafieux potentiels, ou que sais-je encore. Les deux sorciers près de la cheminée m'ont tout l'air de tremper dans des trafics pas nets.

- Je rentre en Italie à la fin du mois, lance Giorgio tout à trac.

- Quoi ? je m'exclame, mon attention soudainement reportée sur mon oncle. Alors ça y est, tu as fini ton travail ici ?

Giorgio se gratte le nez et jette un oeil nerveux par la fenêtre, où vient de passer une vieille sorcière à l'air renfrogné.

- Disons que la suite est au-delà de mes capacités, dit-il. J'ai encore quelques affaires à mettre en ordre, mais ça ne devrait pas me prendre plus d'une semaine ou deux.

Je hoche la tête, brûlant de demander en quoi consistent ces affaires. Mais je sais d'expérience que si je veux obtenir des informations de Giorgio, il vaut mieux passer par des questions détournées.

- Donc tu vas reprendre ton travail en Italie ?

- Pas tout de suite, dit Giorgio en prenant une gorgée de Bièraubeurre. Je vais prendre un peu de repos avant, en profiter pour passer du temps avec la famille, me ressourcer…

Je fais une grimace.

- Tu parles d'un repos…

Giorgio a un sourire indulgent.

- Disons que ça fait longtemps que je n'ai pas écouté ta grand-mère me raconter ses problèmes, il faut que je me rattrape si je veux pouvoir garder mes parts dans son héritage, dit-il malicieusement.

Il a beau dire, je sais très bien que ses motifs ne sont pas aussi intéressés. Pour une raison que je n'ai jamais saisie, Giorgio met un point d'honneur à conserver de bonnes relations avec notre famille moldue.

Pour ma part, je me sens plus proche de Barry que de mon vrai petit frère. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens accordent autant d'importance à la famille, des gens avec qui ils n'ont parfois aucun point commun si ce n'est d'avoir le même mec mort comme ancêtre. C'est l'un des rares sujets sur lesquels Giorgio et moi ne sommes pas d'accord. Je bois une gorgée de Bièraubeurre, le temps de réfléchir à un autre sujet pour ne pas relancer cette discussion que nous avons déjà eue maintes et maintes fois.

Malheureusement, c'est le moment que choisit cet "autre sujet" pour passer devant notre fenêtre, sous la forme d'un Remus Lupin et d'un Peter Pettigrow qui traînent la patte, menés énergiquement par un Sirius Black qui a son air de chien foufou. Je le connais cet air, c'est quand il a une idée stupide en tête et que rien ne pourra le détourner de cette idée. J'en ai souvent fait les frais.

Je me redresse instinctivement sur ma chaise, passant une main nerveuse dans mes cheveux, avant de me rendre compte qu'on ne peut pas nous voir par la fenêtre depuis l'extérieur. Les trois lascars passent leur chemin sans nous apercevoir donc, mais Giorgio, lui, n'a rien manqué de la scène. Il me fixe d'un regard perçant et je plonge le nez dans ma chope pour cacher mon embarras.

- A en croire le rouge sur tes joues, tu n'as toujours pas quitté ce guignol, grommelle-t-il mécontent.

- C'est pas un guignol, dis-je avant de me mordre la langue.

Giorgio me jette un regard qui oscille entre l'irritation et la pitié. Je ne peux pas m'empêcher d'essayer de le défendre. De nous défendre.

- Je crois qu'on est vraiment ensemble maintenant, dis-je en me redressant, presque avec fierté. Presque comme pour dire à Giorgio "Tu vois, j'avais raison de m'accrocher, c'est une vraie histoire".

Mais Giorgio ne fait que froncer davantage les sourcils.

- Comment ça, tu crois ?

- Ben…

- Tu veux dire que vous n'avez toujours pas eu une vraie discussion là-dessus ?

- Ben…

Disons que ces derniers temps, nos seules discussions se résument à des chamailleries sur l'oreiller et à des "on se voit ce soir ?"... Mais il est hors de question que j'évoque ma toute nouvelle vie sexuelle devant Giorgio. Il serait capable de fracasser la vitre pour poursuivre Sirius et lui jeter un sort d'émasculation. Chose que je n'ai pas, mais alors pas du tout, envie de voir arriver.

- Lucia !

Je sors brutalement de mes pensées égarées vers les parties intimes de Sirius. Giorgio me regarde d'un air sévère. Je me mets à bredouiller, encore plus rouge :

- Non mais… Je ne sais pas… Il m'a fait comprendre qu'il restait avec moi par envie, tu vois ? Et pas par obligation. Et puis, on se voit plus souvent. Et mieux. Je veux dire, plus… librement. Enfin… je ne sais pas, des fois je me dis que peut-être… Peut-être qu'il pourrait m'aimer aussi ? Non…?

Je me mords les lèvres, embarrassée. J'en ai encore trop dit, si j'en crois le regard de Giorgio. C'est toujours comme ça quand je n'ai pas le temps de réfléchir à ce que je raconte. Il se pince l'arête du nez entre les doigts avec un soupir exaspéré.

- Comment veux-tu que je le sache, Lucia ? C'est à lui que tu dois le demander, pas à moi, nom de Dieu !

Je me recroqueville sous son regard.

- Plus facile à dire qu'à faire… dis-je à mi-voix.

Mon air de chien battu doit avoir suscité la compassion de mon oncle, car sa voix est plus douce quand il reprend.

- Je sais… Mais ça dure depuis trop longtemps. Et ça ne te rend pas heureuse. Je n'aime pas te voir comme ça.

Je hausse les épaules. Il a tort, je suis plus heureuse que je ne l'ai jamais été. Mais d'un autre côté, cette histoire m'a aussi rendue plus malheureuse par moments que ce que j'aurais cru possible.

- Et si sa réponse me rend malheureuse ?

Il y a un moment de silence. Enfin, il y aurait eu un moment de silence si le sorcier encapuchonné au comptoir n'avait pas lâché un rot bien gras au même moment.

- A vos souhaits, dit distraitement le barman.

- Rien ne rend plus malheureux que de rester à jamais dans l'incertitude, lâche en même temps Giorgio.

Il repose sa bièraubeurre sur la table avec un bruit sourd.

Il me soule, Giorgio, quand il a raison.

OoOoOoOoOoO

- Sirius, il faut qu'on parle.

Je prends une grande inspiration et rassemble tout mon courage pour continuer :

- Rien de grave, mais ça fait quelques temps que je me pose des questions. Sur nous deux. Tu sais, sur le fait qu'on soit ensemble. Enfin, je ne dis pas qu'on est ensemble pour de vrai hein… même si, bon, tout le monde pense que c'est le cas, non ? Mais les gens ne savent pas tout, heureusement d'ailleurs parce que sinon on serait mal… Bref, tout ça pour dire… quoi déjà ? Merde, j'ai perdu le fil.

Les deux mains posées sur le lavabo, je pousse un soupir devant mon reflet dans le miroir. Je suis dans les toilettes de Mimi Geignarde, au deuxième étage. C'est le seul endroit où je suis sûre que personne ne viendra me déranger dans mes tentatives de déclaration d'amour. A part Mimi Geignarde elle-même, mais elle est trop occupée à essayer de se faire vomir dans une cuvette pour écouter ce que je raconte.

- Bon, reprenons... Sirius, il faut qu'on parle. Ca va faire cinq mois qu'on est ensemble mais moi, ça fait sept ans que je t'aime. Ouh là non, c'est beaucoup trop direct. Je vais le faire fuir.

Je me passe une main dans les cheveux.

Mauvaise idée, ma main s'est bloquée dans un noeud. Je m'arrache quelques cheveux en essayant de la décoincer puis tâche de reprendre le cours. Sauf que maintenant, j'ai à peu près la même coiffure que le barman de la Tête de Sanglier.

- OK, nouvel essai. Sirius, il faut qu'on parle... Pourquoi je commence comme ça, déjà ? Ca va lui faire peur. Il va croire que je suis enceinte. Et que je veux le garder. Et après, il va se sentir obligé de rester avec moi pour le bébé !

- Le bébé ? s'exclame Mimi Geignarde en surgissant de l'évier devant moi. Tu as un bébé ? Vite, noie-le dans la cuvette avant qu'il ne soit trop tard ! Viiiiiiiite !

Elle avance son visage si près du mien que je manque de tomber en reculant instinctivement.

- Bon sang, Mimi ! dis-je, une main sur le coeur. Arrête de me faire des frayeurs comme ça !

Elle recule d'un air boudeur pour s'asseoir sur le rebord de l'évier.

- Laury Feece a eu un bébé elle aussi, elle était en sixième année. Je te dis pas le scandale que ça a fait quand son père est venu la chercher à Poudlard. On ne l'a plus jamais revue.

Mimi glousse comme si ce souvenir était source de réjouissance.

- Bien fait pour elle, elle s'était moquée de mes boutons une fois, continue-t-elle d'un air carnassier. Mon seul regret, c'est qu'elle ne soit jamais revenue à Poudlard, du coup je n'ai pas pu la hanter comme les autres.

- C'est heu… vraiment dommage, Mimi, dis-je, ayant appris à mes dépens à ne pas la contrarier. Mais je suis sûre qu'elle l'a regretté toute sa vie. Et rassure-toi, je ne suis pas enceinte.

- Ah ? fait Mimi, déçue. Dommage, ça aurait fait un peu d'animation. On s'ennuie tellement ici, personne ne vient jamais me voir… Personne ne veut voir Mimi Geignarde, la binoclarde, le laideron… Je suis morte après tout, alors qui se soucierait de moi ?

Elle se met à pleurer bruyamment entre ses mains et j'en profite pour m'éclipser discrètement de ses toilettes. Avant, j'essayais de la consoler, mais je me suis vite rendue compte que ça ne servait à rien, elle ne fait que répéter les mêmes rengaines.

Et puis, j'ai mes propres malheurs sur lesquels me concentrer et les miens, ils ont le mérite d'être d'actualité.

Oui, j'ai décidé de suivre les conseils conjugaux de mon oncle et de déclarer ma flamme à Sirius. Enfin, déclarer ma flamme… Disons plutôt : réussir à exprimer que j'ai des sentiments plus ou moins amoureux envers lui sans le faire fuir comme une araignée devant un Basilic sanguinaire. Et, accessoirement, sans passer pour une midinette désespérée. Tout en restant romantique, dans l'idéal. Mais pas trop cul-cul non plus. Avec une touche d'humour, sans pour autant donner l'impression de me payer sa tête. En gardant un mélange de simplicité et de sérieux. Sans oublier, bien sûr, de ne pas trop rougir et de rester sexy en toutes circonstances.

Bref, un jeu d'enfant.

Plongée dans mes pensées, je marche vers la salle de DCFM, mon cours de cet après-midi, sans regarder où je vais. Ce qui devait arriver arriva : je trébuche sur quelque chose et m'étale par terre.

Pile à ce moment, le groupe des Serpentards de mon année me dépasse en se foutant de ma gueule. J'ai un sens du timing incroyable, c'est fou.

- N'oublie pas de récurer un peu le sol tant que tu y es, lance Rosier bien fort, faisant rigoler ses chers camarades.

Je me relève aussi rapidement que possible, les joues rougies, faisant de mon mieux pour les ignorer. Mais je ne rate pas la baguette que Snape remet discrètement dans la poche de sa robe, un demi-sourire satisfait aux lèvres, tandis que le groupe s'éloigne... J'examine attentivement le sol, mais je ne vois rien qui aurait pu me faire trébucher.

Je rejoins la salle de DCFM avec un sentiment de malaise et d'humiliation, qui s'estompe à moitié quand je vois arriver Sirius tout échevelé de sa course, avec ses trois comparses, une seconde avant que la cloche ne sonne le début du cours.

Il a toujours ce talent inné de réussir à détourner mes pensées par sa simple présence.

Mais ce n'est que quand je reçois un petit mot, sous une forme d'origami non identifié, que l'incident disparaît complètement de mon esprit, remplacé par une bulle de joie qui pétille dans ma poitrine.

"James a entraînement ce soir, on se voit ?

Ton loukoum en sucre.

PS : c'est censé être une chouette."

Et sa chouette en origami a beau être moche, j'ai beau ne pas aimer les loukoums et encore moins le fait de savoir qu'il me propose ça parce que "James a entraînement ce soir", je réponds "OK" sans la moindre hésitation.

Si bien que je passe le reste du cours de DCFM à re-travailler ma déclaration d'amour à Sirius. Giorgio a raison. Ca n'a que trop duré. Il est temps que je mette fin à cette mascarade et que je suive ce que me dit mon coeur, même si ça me terrifie. Il faut que je sache ce qu'il ressent vraiment pour moi, s'il peut y avoir quelque chose d'autre que ça. Et pour ça, c'est à moi de prendre les choses en main.

C'est ce soir. Ca doit être ce soir. Ce sera ce soir.

OoOoOoOoO

Sirius est en retard.

Rien de surprenant, il est toujours en retard. Mais quand même, le jour de notre Grande Discussion, il aurait pu faire un effort. C'est un grand soir, après tout. Ce soir, je fais le grand saut !

Seul problème, je n'ai toujours pas décidé de quelle manière j'allais le faire, ce grand saut. Je ne sais absolument pas ce que je vais lui dire.

Pour ma défense, c'était pas facile de travailler sur un scénario en DCFM, avec Potter-la-commère qui n'arrêtait pas de loucher sur mon parchemin d'un côté et de l'autre, Pettigrow qui sortait de ses narines des crottes de nez de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Et pendant le dîner, j'ai été distraite par la dernière question existentielle en date de Barry : "Qu'est-ce qu'il se passe si tu es un Animagus vache et que tu manges de l'herbe juste avant de te retransformer en humain ?".

Ce qui est, je dois dire, une question pas si inintéressante que ça, sachant que l'estomac humain ne peut théoriquement pas digérer de l'herbe. Il faudra que je la pose à Sirius, un de ces jours. C'est-à-dire, un jour où je n'aurai pas prévu de lui ouvrir mon coeur. Si tant est qu'il y ait encore des jours où je le reverrai après ça, vu qu'il y a quand même de grandes chances que ça le fasse courir vers la porte plus vite que des premières années à la fin d'un cours d'Histoire de la Magie.

Le bruit de la trappe qui se referme me fait violemment sursauter sur mon fauteuil.

Par les ongles de pied de Merlin, Sirius arrive !

Crotte crotte crotte, déjà ? Mais il est à peine en retard de 15 minutes ! Je n'ai pas eu le temps de préparer mon discours, moi ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire, nom d'une acromantule désartibulée ?

Oh mon Dieu, il est là, je vois ses pieds, ses jambes, puis son corps tout entier qui descend l'escalier en colimaçon menant à ma salle cachée sous la tour d'Astronomie. Il saute les deux dernières marches d'un bond gracieux, atterrissant pile en face de moi, de plus en plus recroquevillée dans mon fauteuil à mesure qu'il approche.

C'est l'heure. C'est maintenant. Si je ne le fais pas ce soir, je ne le ferai jamais. Il va falloir y aller au feeling. Ca tombe bien, l'improvisation c'est ma meilleure qualité...

Mon Dieu, ça va être une catastrophe, je vais me ridiculiser, il va me rire au nez ou pire, me regarder avec pitié et m'ignorer pour le restant de ses jours...

- Salut ma petite fée à la pâte d'amande, dit Sirius gaiement.

Salut mon amour, tu es particulièrement beau aujourd'hui. Enfin, comme tous les jours, mais je ne peux pas m'empêcher de me faire cette réflexion à chaque fois que je te vois. C'est con l'amour hein ? Au fait, toi aussi tu m'aimes ?

- Salut, dis-je.

Posant ses mains sur les accoudoirs du fauteuil, Sirius se penche vers moi pour m'embrasser.

Je devrais lui dire à quel point j'aime l'embrasser, ce serait un bon moyen de lui faire comprendre mes sentiments non ? Un truc du genre : chaque baiser de toi est comme un papillon qui prend son envol dans l'immensité du ciel. Ou bien : tes lèvres ont la douceur d'un pétale de rose et tes baisers le piquant de ses épines.

J'ai lu ça dans La magie de l'amour : recueil de poèmes d'une sorcière bien aimée, ça avait l'air d'être une référence en la matière. Mais le fait que le nom de James Potter était inscrit dans la liste des emprunts sur l'exemplaire de la bibliothèque me fait sérieusement douter...

- Ca ne va pas ?

Toujours appuyé sur les accoudoirs de chaque côté de moi, Sirius me regarde d'un air inquiet.

- Si, si, très bien, pourquoi tu dis ça ? dis-je d'une voix étrangement aiguë.

Je fais en sorte de plaquer un sourire sur mes lèvres, mais ça doit plus ressembler à une grimace qu'autre chose car son froncement de sourcils s'accentue.

- Parce que tu ne m'as pas engueulé quand je t'ai appelée ma petite fée à la pâte d'amande, ça ne te ressemble pas…

Il examine mon visage sous toutes les coutures, comme à la recherche d'un sort qu'on m'aurait jeté.

- J'ai peut-être trouvé ça romantique…? dis-je en me mordant la lèvre.

L'espace d'un instant, la surprise se peint sur le visage de Sirius.

Puis, il se redresse et éclate de rire.

- Ha ha ha, pas mal, tu as failli m'avoir !

Il secoue la tête, amusé, et s'écroule lourdement sur le matelas qui nous fait office de lit.

Mince, tentative d'approche n°1 ratée. Je ne suis pas crédible en romantique. En même temps, faut dire que ma petite fée en pâte d'amande, c'est vraiment naze.

- Blague à part, je suis crevé, j'ai dû passer par des tas de passages secrets pour échapper à Rusard, souffle Sirius en retirant ses chaussures à l'aide de ses pieds.

Il les envoie bouler de l'autre côté de la pièce d'un geste négligent du pied.

- Il avait mis sa chatte à faire le guet à l'angle du couloir de notre salle commune, le coquin, continue-t-il. Et cette saleté de bestiole a le don de me sentir arriver à des kilomètres à la ronde… Ca doit être à cause de mon Animagus, elle doit sentir le chien en moi même quand je ne suis pas transformé.

Il se cale plus confortablement sur le lit, allongé sur le dos les mains derrière la tête, fixant le plafond d'un air songeur.

Il faut que je trouve un moyen d'amener la conversation vers quelque chose de plus sentimental que la chatte de Rusard. Je me racle la gorge :

- C'est vrai que ton odeur est très… heu…

Enivrante ? Grisante ? Excitante ?

Sirius tourne brusquement la tête vers moi, les sourcils levés.

- Très quoi ?

- Très… particulière, dis-je enfin.

Il fait une moue vexée.

- Tu trouves que je pue ?

- Non ! je m'exclame. Non, je veux dire que… elle est reconnaissable, quoi. Elle a quelque chose de… particulier. Enfin, quand on la connaît. Et j'imagine que la chatte de Rusard doit bien la connaître, depuis le temps…

Oh non, je suis repartie sur la chatte de Rusard ! Faut que je me sorte de là. Je sens censée parler de sentiments !

Je prends une grande inspiration, rassemblant mon courage.

- Mais… mais… mais pas autant que moi je la connais, finis-je dans un souffle.

Je détourne les yeux, les joues rouges. Ca y est, c'est dit, j'ai lancé quelque chose… et je le regrette déjà. Je n'aurais pas dû commencer par lui avouer que je connais son odeur par coeur, il risque de me prendre pour une folle !

- En tout cas, elle a pas traîné à alerter Rusard, deux minutes après je l'ai entendu derrière moi, poursuit Sirius de son habituelle voix désinvolte. J'ai dû faire un détour par un passage secret qui mène vers la Volière pour le semer, tu sais celui qui te fait monter par une échelle. J'aurais perdu moins de temps si j'avais eu la Carte du Maraudeur, mais Peter en avait besoin pour aller aux cuisines ce soir.

OK, inutile de paniquer, en fait il a rien capté cet idiot. Je ne sais pas si je dois en être soulagée ou agacée… Maintenant, je dois tout recommencer.

A moins qu'il ait compris où je voulais en venir et qu'il ait fait exprès de ne pas saisir ma perche parce qu'il ne veut pas parler de ça ?

- Et James ne veut plus me prêter sa Cape d'Invisibilité depuis que je m'en suis servi pour me faufiler derrière la table des profs au dîner, continue Sirius avec une moue boudeuse. Il a bien ri pourtant quand je lui ai raconté que je m'étais mis derrière McGonagall pour faire des pets avec ma bouche.

Il pouffe de rire à ce souvenir.

- T'aurais vu la tête de Slughorn à côté, il regardait McGonagall comme s'il ne l'avait jamais vue. Et McGo, elle, elle fusillait Hagrid du regard ! C'était génial.

A présent, il rigole à gorge déployée. Comment vous voulez que je parle de sentiments à un mec qui se marre en me racontant des histoires de pet ? Je suis pas aidée, aussi !

- Bref, c'était juste une petite blague de rien du tout, reprend Sirius. Mais James a eu peur que je me fasse griller, et depuis, il dit que je suis pas assez mature pour porter la responsabilité de sa cape ! N'importe quoi… Il veut juste la garder rien que pour lui, histoire de pouvoir tripoter Lily sans qu'on le voie…

Il a un vague sourire mi-exaspéré, mi-attendri, puis il se retourne vers moi avec un air malicieux.

- En parlant de ça, tu veux pas lâcher ce vieux fauteuil et venir par ici ? Ou je vais finir par croire que je pue vraiment…

Il me fait une moue de chien battu, mais je vois bien à ses yeux pétillant qu'il n'en pense pas une miette. Allongé sur la tranche, sa tête reposant sur son coude, il trace des petits cercles sur le drap avec son index en me regardant, des mèches de cheveux tombant devant ses yeux. Irrésistible.

Je suis debout avant même de m'en rendre compte, attirée par lui comme un papillon par la lumière. Son sourire s'élargit alors que je le rejoins sur le matelas. Ma tête vient se loger d'elle-même sur le haut de son torse, dans le creux à la jointure de son épaule. Je respire son odeur, sa chaleur, son corps, tandis que ses bras se referment autour de moi et que son pouce vient caresser doucement mon épaule.

Et là, elle arrive. Cette sensation, unique au monde, d'être enfin à ma place, de ne jamais vouloir être ailleurs qu'ici, à vivre cet instant. Cette sensation qui me manque dès que je ne l'ai plus, à laquelle je pense lorsque je suis seule dans mon lit, celle que je recherche inconsciemment dans mon sommeil dès que je dors avec lui.

Je la respire à plein nez, cette sensation, je l'emmagasine, j'en fais des réserves.

C'est elle qui me donne la force de prononcer, enfin, les mots fatidiques.

- Sirius...

- Hmm ?

Son autre main, qui descend tortueusement le long de ma hanche, me déconcentre.

Pense à ce que tu dois dire, Lucy. Tu dois parler sentiments. Ne te laisse pas distraire !

Ma gorge se serre.

- Je voudrais te parler de quelque chose...

- Ah oui, quoi donc ? fait-il distraitement.

Sa main, cette sale traîtresse, s'arrête dans le bas de mon dos et se glisse sous mon pull, allant à la rencontre de ma peau nue. J'essaye de ne pas penser aux petits frissons qui me parcourent et me rendent hypersensible au moindre toucher de sa part.

- Je… de...

Et crotte, sa main vient de descendre jusqu'à mes fesses. J'ai très chaud, tout d'un coup. Se tournant légèrement, Sirius se met face à moi et sa bouche trouve tout naturellement la mienne.

Après une courte séance de roulage de pelles avec supplément mains baladeuses, Sirius se recule légèrement et murmure, un demi-sourire aux lèvres :

- Pardon, tu voulais dire…?

Pantelante, j'essaye de retrouver mon courage mais c'est peine perdue. Tout ce à quoi j'arrive à penser maintenant, c'est à lui, ses yeux brûlants, ses baisers brûlants, son corps brûlant… Je n'ai plus qu'une envie, c'est de brûler avec lui.

Je sors le premier truc qui me passe par la tête.

- Je voulais te demander ce qui se passait si quelqu'un mangeait de l'herbe en étant sous une forme de vache Animagus.

Sirius a un petit rire, presque silencieux, et que je trouve délicieusement sexy tandis que je sens sa poitrine se soulever sous mes mains. Il me fait basculer sous lui et ses cheveux retombent follement de chaque côté de son visage alors qu'il se penche doucement vers le mien.

- Cette question existentielle peut bien attendre un peu, non ? murmure-t-il tout contre mes lèvres.

Je hoche la tête. Mes sentiments aussi peuvent bien attendre un peu, me dis-je avant de lever la tête pour aller à la rencontre de ses lèvres.

Je crois bien que je viens de signer l'échec de ma tentative de Grande Discussion, mais là, tout de suite, alors que je me fonds dans les bras de Sirius, je n'en ai absolument rien à faire.

OoOoOoOoO

Ma deuxième ouverture arrive avec le week-end. Je profite du soleil printanier pour proposer à Sirius une séance de révisions dans le parc. Rien de très romantique dans une séance de révisions, je vous l'accorde, mais je compte sur le fait qu'on se retrouve dans un lieu public pour ne pas être distraite par… d'autres préoccupations. Histoire de ne pas répéter le précédent échec.

D'accord, et j'avoue que je comptais aussi sur le fait que Sirius décline mon invitation, comme il le fait généralement dès que j'emploie le terme "révisions", pour pouvoir reculer encore une fois le moment fatidique. Mais une fois n'est pas coutume, il accepte de me rejoindre après le déjeuner.

J'ai eu toutes les peines du monde à me débarrasser de Barry, qui voulait absolument m'aider à réviser grâce à son nouveau passe-temps favori, l'hypnose à travers les fientes d'oiseaux, et qui ne voyait pas en quoi la présence de Sirius l'empêchait de se joindre à nous - surtout qu'il adore Sirius depuis que celui-ci lui a offert une feuille du Saule Cogneur. Au final, j'ai suggéré à Hagrid que Barry adorerait voir son tout récent élevage d'oeufs de crabes de feu et bim, Hagrid s'est empressé d'inviter Barry à prendre le thé chez lui.

Un bon prétexte, le soleil, un lieu public, pas de Barry, juste Sirius et moi : toutes les conditions sont réunies. Pas d'excuse, donc, pour m'échapper une nouvelle fois. Celle-là, c'est la bonne. Et cette fois, je ne me laisserai pas dévier de mon objectif ! Je vais l'avoir, ma Grande Discussion.

Assise sous mon deuxième arbre préféré du parc (le premier, un peu plus loin, étant occupé par une horde de troisièmes années enragés jouant au Frisbee à dents de serpent), je fais semblant de lire un manuel de Métamorphose tandis que je prépare dans ma tête mon plan d'attaque. Le plus important, c'est de ne pas le laisser mener le jeu comme la dernière fois. C'est moi qui dois le guider là où je veux l'emmener. Et, dès que je sens la moindre ouverture, je fonce telle une Gryffondor, c'est-à-dire sans réfléchir - si je commence à réfléchir, c'est foutu.

Le problème, c'est que Sirius tarde à arriver (pour changer) et que ça me laisse le temps de réfléchir à tout ce qui pourrait mal se passer. Sirius, dégoûté, qui me repousse. Sirius, déçu, qui met fin à notre relation en se rendant compte que je suis comme toutes les autres. Sirius, hilare, qui se moque ouvertement de moi. Sirius, nonchalant, qui raconte tout à ses amis. Sirius, victorieux, qui se vante d'avoir ratatiné Potter à leur pari. Sirius, désolé, qui me tapote l'épaule avec pitié en me disant que mes sentiments ne sont pas réciproques…

Un sac tombe lourdement à mes pieds, me faisant sursauter.

- Désolé, j'ai un peu traîné, je suis passé par les cuisines, dit Sirius en s'asseyant face à moi dans l'herbe.

Profitant du temps printanier, il a troqué son uniforme de Poudlard pour des vêtements plus légers, ne gardant qu'une cape de sorcier dans le dos. Les manches de son pull sont relevées sur ses avant-bras et il a défait les premiers boutons de la chemise qu'il porte en-dessous, ce qui lui donne un air débraillé qui s'accorde parfaitement avec sa nonchalance naturelle. Il dégage tellement de magnétisme que je me sens ridicule dans la robe que j'ai enfilée pour essayer de me faire belle.

Inconscient de l'effet qu'il me fait, Sirius se met à fouiller dans son sac et en sort un sachet de bonbons au miel.

- J'ai trouvé ça au fond d'un placard, dit Sirius en jetant le sachet entre nous. Je me suis dit que ça mettrait un peu d'animation dans tes révisions… Une bonne réponse, un bonbon !

Trop chou !

- Tu me prends pour quoi, au juste, une souris de laboratoire ?

Je m'assène aussitôt une claque mentale. Je suis censée lui avouer mes sentiments, pas l'agresser parce qu'il m'emmène des bonbons !

Heureusement, Sirius, en bon habitué, ne semble pas vexé pour un sou.

- Lucy la souris, ça sonne bien, remarque-t-il malicieusement.

Oh non, pas un nouveau surnom ridicule !

- Bon, tu as pris quoi pour réviser ? je demande pour changer de sujet.

- Rien du tout, il fait bien trop beau pour réviser, répond Sirius avec un geste désinvolte de la main. D'ailleurs, merci de m'avoir proposé de te rejoindre, sinon je me serais fait embarquer de force par Lily et Remus dans les ténèbres de la bibliothèque, brrr… James et Peter n'ont pas eu la chance de s'en sortir, paix à leurs âmes.

Il lève les bras au ciel dans un geste dramatique.

Génial, j'adore n'être qu'un prétexte pour échapper à son pire cauchemar, la bibliothèque.

- Mais t'inquiète, je vais être super sage ! promet Sirius avec un sourire d'ange, se méprenant sur la cause de mon air renfrogné. Je vais me mettre là et faire comme si je n'existais pas pendant que tu travailles.

Joignant le geste à la parole, il se faufile sous mon bras pour poser sa tête sur mes jambes, s'allongeant confortablement sur l'herbe avec ma cuisse comme oreiller.

Bien sûr, comme si j'allais réussir à réviser dans ces conditions… Heureusement que ça ne faisait pas partie de mes intentions initiales.

Machinalement, je passe ma main dans les cheveux de Sirius tout en songeant à la manière d'amener le sujet qui me préoccupe. Il ferme les yeux tandis qu'un petit soupir de satisfaction s'échappe de ses lèvres. Je ne peux pas m'empêcher de sourire, attendrie. C'est vraiment un chien jusqu'au bout des ongles, il adore se faire caresser les cheveux.

- Au fait, je n'ai pas répondu à ta question de la dernière fois sur les Animagi, dit-il comme si son esprit avait suivi le même cheminement que le mien.

Je rougis en repensant à la scène.

- Tu ne viens pas de dire que tu n'allais rien dire pendant que je travaille ? fais-je remarquer.

Sirius lève sur moi des yeux faussement indignés.

- Alors, de un, tu n'as pas encore commencé à travailler. De deux, c'est une question de Métamorphose donc ça compte dans les révisions. Et de trois, tu veux la réponse ou quoi ?

Je retiens un sourire. En vrai, je suis curieuse de le savoir.

- OK, vas-y je t'écoute.

Sirius repose sa tête sur mes jambes, se calant confortablement avant de commencer ses explications.

- En fait, le cas m'est déjà arrivé, mais à l'envers.

- Comment ça ?

- Et bien, tu sais qu'il est déconseillé aux chiens de manger du chocolat ?

Je hoche la tête. Un jour, quand j'étais encore enfant, ma tante Cinzia m'avait enguirlandée pour avoir donné un bout de gâteau au chocolat à son épagneul. J'avais beaucoup pleuré après, j'ai cru que j'avais tué son chien (j'adorais déjà les chiens à l'époque, tiens donc...).

- Bon et bien, moi je ne le savais pas, poursuit Sirius sombrement. Une nuit, en cinquième année, je suis allé aux cuisines sous ma forme d'Animagus parce que j'avais un petit creux et il restait des Souaffles au chocolat sur la table. Forcément, je me suis jeté dessus et j'ai tout mangé. Autant te dire que le retour jusqu'à la salle commune fut… douloureux. Rusard a dû passer la matinée à nettoyer les traces de vomi que j'ai laissé partout.

J'hésite entre grimacer de dégoût et pouffer de rire en imaginant la scène. Il a vraiment le chic pour dire des trucs répugnants et quand même réussir à rester sexy. C'est vraiment injuste.

- Ca a commencé à aller mieux quand je suis revenu à ma forme humaine, une fois de retour au dortoir. J'ai eu mal au ventre toute la nuit, mais le lendemain tout était revenu à la normale.

- Donc... ça veut dire qu'une fois que tu retrouves ta forme humaine, ton organisme parvient à gérer ce que ton corps d'Animagus ne pouvait pas, déduis-je.

- Oui, confirme Sirius. En tant qu'humain, je pouvais digérer du chocolat. Je suppose que c'est la même chose dans le cas inverse…

- Si on mange de l'herbe sous une forme d'Animagus herbivore, il vaut mieux rester sous cette forme jusqu'à ce qu'on ait fini de la digérer car l'organisme humain n'en est pas capable, conclus-je.

- Tout juste !

Je note cette information dans un coin de ma tête, me rappelant de la rapporter à Barry. Mais bon, c'est bien beau tout ça, mais ça ne m'aide pas du tout dans mon projet de Grande Discussion ! Comment je peux enchaîner là-dessus moi maintenant ?

Hmmm voyons voir…

"Tu es si intelligent, Sirius, c'est l'une des choses qui m'a fait craquer chez toi !" Ouais ou comment passer pour une groupie écervelée...

"S'il t'arrive encore une fois de manger du chocolat en étant un chien, je serais là pour te soigner et pour essuyer ton vomi, mon amour." Bof, si on pouvait éviter de reparler de vomi…

Ou alors, tout simplement : "Tu sais, ce n'était pas réellement la question que je voulais te poser l'autre soir…"

- … Et comme tu as donné une excellente réponse, tu as gagné un bonbon ! enchaîne Sirius, inconscient du débat qui se joue dans mon cerveau.

Il étend le bras et plonge la main dans le sachet à côté de lui, en sortant un bonbon sous la forme d'un pot de miel miniature. Je n'ai pas le temps de réagir que Sirius saisit mon bras et applique le bonbon sur mon poignet, comme si c'était un tampon.

- Oh, une souris ! s'exclame-t-il ravi en admirant mon poignet. Si ça, c'est pas un signe !

Stupéfaite, je baisse les yeux sur mon poignet où se dessine en effet les contours d'une petite souris aux traits dorés, pas plus grosse qu'une phalange, qui se met à gambader joyeusement sur mon avant-bras en faisant frétiller ses moustaches.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Ben, des peaux-de-colle ! fait Sirius comme si c'était une évidence. Tu connais pas ? Tiens, goûte.

Il me tend le petit pot de miel, que je mets prudemment dans ma bouche. Un goût sucré et fondant me titille la langue et je fais tourner le bonbon dans ma bouche avec délice.

- C'est bon hein ? fait Sirius en plongeant à nouveau sa main dans le paquet. Mais ça ne m'étonne pas que tu ne connaisses pas, c'est une vieille marque, je ne crois pas que ça se vende encore. Mon oncle Alphard m'en ramenait souvent quand j'étais petit, ça agaçait ma mère parce que je m'amusais à tamponner les invités avec. Je me rappellerai toujours de la tête qu'avait le père de Rosier avec une fleur sur la joue...

Il a un sourire carnassier à ce souvenir. Quant à moi, comme à chaque fois que le nom de Rosier est évoqué, un sentiment de malaise s'empare de moi et me fait frissonner sans que j'en comprenne la raison. Instinctivement, je préfère changer de sujet.

- Et ça change de dessin à chaque fois ?

- Ouaip. Tiens, regarde.

Il sort un nouveau pot de miel et se tamponne le dos de la main. Cette fois, c'est un coeur traversé d'une flèche qui se dessine en traits dorés sur sa peau.

Cela me ramène brusquement à mes préoccupations premières.

- Oh, regarde tu m'as brisé le coeur… fait Sirius en portant sa main à la poitrine d'un air tragique.

La perche ne pourrait pas être plus belle. Les phrases se bousculent dans ma bouche, je n'ai plus qu'à choisir…

"Est-ce que ça veut dire que tu ressens quelque chose pour moi ?"

"Tu sais, toi aussi tu peux me briser le coeur sans le savoir."

"Je ne te briserai jamais le coeur, Sirius… je t'aime trop pour ça."

Ce n'est pas difficile, ce sont de simples phrases, des phrases vraies, et elles ne sont même pas si niaises que ça. Mais rien ne sort de ma bouche. Pas un mot. Je reste juste là, silencieuse, la main dans les cheveux de Sirius, la peur au ventre. La peur que, dès que je dirai quelque chose qui ne soit pas ironique, quelque chose de sincère, je ne mette fin à cet instant. Et à tous les instants qui auraient pu avoir lieu après celui-ci. Je n'ai tout simplement pas le courage de prendre ce risque.

Un contact soudain sur mon front me sort de ces dures pensées. Sirius me regarde en se retenant de rire, un nouveau "peau-de-colle" à la main.

- Hé, je crois que tu as un bonnet de père Noël sur la tête, fait-il remarquer l'air de rien.

Je porte instinctivement la main à mon front. Le fumier, il m'a tamponnée sur le visage ! Et moi qui réfléchissais à la meilleure manière de lui dire que je l'aimais… Il y a clairement deux salles, deux ambiances, ici.

Ni une ni deux, je bondis vers le sachet de bonbons pour lui rendre la pareille. Mais il me voit venir à trois kilomètres, le fourbe, et n'a aucun problème à bloquer mon bras au-dessus de son visage, avant de se contorsionner en riant pour se mettre hors de ma portée. Je lui saute dessus, déterminée à le coincer, et on se met à se battre comme des chiffonniers dans l'herbe.

Je vous épargne les détails croustillants, vous vous doutez bien de la façon dont ça s'est fini… Une petite séance de roulage de pelles dans les règles, qui a pris fin brusquement quand j'ai reçu un frisbee à dents de serpent sur les fesses, courtoisement envoyé par la bande des troisièmes années qui jouaient un peu plus loin.

Bref, je suis rentrée avec une marque de morsure sur les fesses, des "peaux-de-colle" partout sur le corps et le visage et en ayant, une fois de plus, complètement raté ma Grande Discussion avec Sirius.

OoOoOoOoO

Une semaine et une dizaine d'occasions manquées après, le bilan reste le même : je n'ai toujours pas réussi à parler de mes sentiments à Sirius.

Sérieusement, comment ils font dans les romans d'amour pour trouver le bon moment, les bonnes choses à dire, la bonne attitude pour que ça ait l'air aussi naturel ? Ils arrivent toujours à avoir un timing parfait, genre après avoir sauvé l'autre des griffes d'un ver-de-terre géant ou juste avant que l'être aimé ne monte dans l'avion qui l'emmènera à l'autre bout du monde.

Ici, personne ne prend l'avion et le seul truc géant c'est le calamar, qui semble préférer se prélasser dans son lac plutôt que de prendre Sirius en chasse, ce sale égoïste.

En plus, j'ai l'impression que le timing n'est jamais de mon côté ! Il y a toujours un truc qui vient déjouer mes tentatives, ou alors je suis trop subtile et Sirius ne capte pas où je veux en venir ou pire, il croit que je blague. Des fois, je me demande comment ça se fait qu'on le considère comme l'un des élèves les plus brillants de l'école…

Certes, je dois avouer que je n'ai pas fait beaucoup d'efforts non plus… C'est vrai quoi, c'est pas pour rien que ça fait six mois que je fais tout pour lui cacher que je suis amoureuse de lui. C'est beaucoup plus confortable ! Ca me permet de profiter de lui, sans avoir à prendre de risque ni à m'exposer.

Sauf que dans moins d'un mois, tout ça sera fini. On aura tous les deux quitté Poudlard ; lui rejoindra les rangs de ceux qui combattent Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, tandis que moi, je partirai loin de tout ce bazar pour découvrir le monde. Et Giorgio a raison : je ne pourrai pas partir l'esprit libre si je reste dans l'incertitude. Je dois savoir. Je dois savoir s'il y a un minimum de réciprocité à mes sentiments ou si tout ceci n'aura été qu'un grand jeu pour lui. Sinon, comment vais-je pouvoir tourner la page et vivre ma vie ? Il faut que je sache.

Pour une fois, il faut que j'arrête d'être lâche.

Alors, ce soir, c'est décidé. Oui, je sais, ça fait trois fois que je me répète, mais je jure sur la tête de l'épagneul de ma tante Cinzia que cette fois-ci, je ne m'évaderai pas ! Quoique, depuis le temps, il doit être mort l'épagneul de ma tante… Peu importe, c'est l'intention qui compte.

Je sors d'une séance de yoga-sorcier qui m'a vidé la tête, me laissant me concentrer sur un unique but : avouer mes sentiments à Sirius. J'ai même préparé un plan qui, pour une fois, est déconcertant de simplicité.

Phase 1 : trouver Sirius grâce à ma montre gousset.

Phase 2 : lui dire que j'ai besoin de lui parler et l'entraîner dans un endroit isolé.

Phase 3 : ne pas l'embrasser, ne pas le laisser parler et ne pas attendre avant de prononcer mon discours, qui tient en quelques mots : "Sirius, je suis amoureuse de toi."

OK, c'est un peu brutal, mais on ne peut pas dire que la subtilité m'ait beaucoup souri ces derniers temps, alors allons-y à la Gryffondor ! Ca aura au moins le mérite de lancer la discussion.

En vrai, je suis pas du tout sereine, et je suis en train de trembler tout en suivant l'aiguille de ma montre qui m'indique la localisation de Sirius, mais je fais de mon mieux pour ne pas y penser, me répétant les formules toutes faites de mon livre de yoga :

Ne demeure pas dans le passé,

Ne rêve pas du futur,

Concentre ton esprit

Sur la magie de l'instant présent.

J'avoue que je ne vois pas où est la magie dans cet instant présent, mais peu importe, je me rapproche de Sirius à chaque pas et, en même temps, de mon inexorable destin.

Quoi, vous trouvez que j'en fais trop ? Ca se voit que vous avez jamais marché vers votre propre mort !

Mais comme dirait Bouddha : "Tout bonheur en ce monde vient de l'ouverture aux autres, toute souffrance vient de l'enfermement en soi-même".

Oui, moi non plus je ne vois pas le rapport. Oh là là, c'est mauvais signe ça, quand je me mets à raconter n'importe quoi, ça veut dire que je commence à paniquer…

Non, Lucy, concentre-toi, tu peux le faire !

Argh, mon Dieu, c'est Sirius devant moi. Je viens de finir la phase n°1, trouver Sirius ! Il est là, en train de marcher. Bon. OK. C'est quoi déjà la phase n°2 ? Faire demi-tour en courant ? Lui grimper sur le dos en criant "Hue, Cannabis, hue" ? Faire semblant de m'évanouir pour qu'il me fasse du bouche-à-bouche ?

Non, non c'est pas ça ! Par les coquillettes au beurre de Merlin, je vais foutre tout mon plan en l'air !

OK, OK, calmons-nous. On respire. Caaaaaalmement. On pense à ses chakras. Voilàààààà. Oui, oui, même celui à côté de l'anus. Tous les chakras, j'ai dit. Très bien. De la méditation naît la sagesse, comme disait Bouddha.

Maintenant, reconcentrons-nous sur l'instant présent.

Tout va bien, Sirius ne m'a pas vue puisque je suis dissimulée par un sortilège de Désillusion, c'est vraiment pratique ce sort. Il marche devant, dos à moi, en compagnie de Potter-la-commère, avec qui il semble plongé dans une discussion passionnante - probablement sur l'endroit où Potter a égaré les quelques cellules grises qui peuplent son cerveau.

Ne me laissant pas le temps de reculer, je presse le pas pour les rejoindre. Ils sont presque arrivés à l'entrée de la salle commune de Gryffondor, je dois intercepter Sirius avant qu'il n'y entre afin d'entamer la phase 2 de mon plan.

Je ne suis plus qu'à un mètre d'eux. Je tends le bras pour attraper celui de Sirius, m'apprêtant à retirer mon sort de Désillusion dans le même temps quand je me fige soudain.

Je viens d'entendre mon prénom sortir de la bouche de Potter. Ils sont en train de parler de moi. Mon bras retombe lentement le long de mon corps tandis que, instinctivement, je tends l'oreille à leur conversation, retenant ma respiration pour ne pas qu'ils me remarquent.

Quoi ? Ce n'est pas de l'espionnage, vu qu'ils parlent de moi ! J'ai tout à fait le droit d'écouter ce qu'ils racontent, je suis la première concernée.

- Je te dis juste que ce n'est pas honnête, Patmol, est en train de dire Potter posément.

- Et moi, je te dis que ce n'est pas ton problème, répond Sirius sur un ton agacé que je ne l'ai jamais vu employer sur Potter avant.

- Bien sûr que si, c'est mon problème ! C'est à cause de moi que tout ça a commencé, c'est moi qui t'ai défié de la faire tomber amoureuse de toi, rappelle Potter. Et tu as parfaitement réussi, bravo, je t'ai dit mille fois que tu avais gagné. J'ai même reconnu officiellement ta victoire devant toute la salle commune en disant toutes les conneries que tu m'as forcé à dire.

Mon coeur fait un petit bond dans ma poitrine. Cela confirme mes déductions : Potter a bel et bien reconnu la victoire de Sirius et le pari est terminé depuis un bon moment, ce qui veut dire que Sirius ne reste pas avec moi pour cette raison. C'est déjà une petite victoire, non ?

Malgré moi, je continue à marcher silencieusement derrière eux pour garder l'oreille sur leur conversation, espérant en entendre plus sur ce que pense Sirius de moi. Je sais que c'est dangereux de les écouter, ils pourraient me remarquer à tout instant (mes sorts de Désillusion ne sont pas infaillibles, sans compter leur fichue carte…), mais c'est plus fort que moi. J'ai l'impression d'être affamée de la moindre bribe d'information.

- Je me souviendrai toujours de ce moment où tu as déclaré que j'étais l'homme le plus charmant du monde et que personne n'était capable de me résister, dit Sirius avec un large sourire moqueur.

Potter se renfrogne. Ils arrivent au niveau de l'entrée de leur salle commune et Potter s'arrête brusquement, tirant Sirius par le bras pour ne pas qu'il entre tout de suite, n'ayant visiblement pas fini la discussion. Je me fonds contre un mur à proximité, espérant que les ombres suffiront à dissimuler la forme de mon corps.

- Quoi encore ? soupire Sirius, visiblement contrarié par l'insistance de son ami.

- Pourquoi tu continues avec Lucy, alors ? demande Potter sans détour. Pourquoi continuer à profiter d'elle alors que tu as déjà gagné ? C'est parce que tu ne sais pas comment arrêter les choses ou… parce que tu ressens des choses pour elle, peut-être ?

Mon souffle se bloque. Elle est là, la question. Celle que je suis censée poser à Sirius. Le destin l'a fait pour moi. Ou plutôt, Potter, mais je préfère croire que je dois quelque chose au destin plutôt qu'à Potter-la-commère. Je suis tiraillée entre l'envie de partir en courant par peur de la réponse et une curiosité malsaine, brûlante, obsessionnelle qui me cloue sur place.

Ayant Potter pile en face de moi, je distingue nettement ses yeux qui se sont mis à briller. Ce type est un incorrigible romantique, en fait. Il attend presque autant que moi que Sirius lui réponde que oui, il ressent des choses pour moi. Qui eut cru que la passion de Potter pour les commérages me serait aussi utile un jour ?

Sirius, lui, lâche un soupir exaspéré.

- Tu ne veux vraiment rien entendre quand je te dis que ce ne sont pas tes affaires ?

Pour toute réponse, Potter croise les bras d'un air buté.

Je ne sais pas si je dois l'embrasser ou lui jeter un Incendio.

J'ai l'impression d'être dans un tribunal, sur le banc des accusés, attendant le verdict qui décidera soit de ma condamnation à perpétuité soit de ma libération. L'espoir se mélange à l'angoisse, formant une boule de stress qui ne cesse de grossir dans mon ventre.

Nouveau soupir de Sirius.

- Argh, tu sais que je déteste ces conversations mièvres, je pensais en avoir terminé avec ça quand tu t'es enfin mis avec Lily, mais t'es devenu pire qu'avant, maugrée-t-il. On est vraiment obligé de faire ça ici et maintenant ?

Potter lui renvoie son air buté.

La boule de stress est devenue si grosse qu'elle prend désormais toute la place. Cette attente est inhumaine, je n'en peux plus, balance le morceau Sirius ! Peu importe ce que tu vas dire, il faut que je sache !

- OK, OK, capitule Sirius en levant les bras. Tu me fais culpabiliser quand tu me regardes comme ça. Pfff… qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Pourquoi je continue avec Lucy alors que j'ai déjà gagné… Ben, je sais pas, c'est juste que je vois pas pourquoi ça s'arrêterait.

Mon coeur fait un unique bond dans ma poitrine, je crois que je n'ai jamais été aussi pendue aux lèvres de quelqu'un dans ma vie.

- C'est juste que… tout est simple avec Lucy, tu vois ? poursuit Sirius en se passant la main dans les cheveux, cherchant ses mots. C'est pas comme les autres filles avec qui ça devient toujours compliqué au bout d'un moment. Là c'est l'inverse, c'était compliqué au début mais maintenant, tout roule, on s'entend bien, on ne se prend pas la tête… Elle ne me parle pas de sentiments tout le temps, elle ne va pas me faire la tête parce que j'ai oublié de lui dire bonne nuit ou que j'ai fait un truc de travers… On apprécie d'être l'un avec l'autre, on se voit quand on en a envie, je ne vois pas pourquoi je devrais arrêter sous prétexte que ça a commencé par un pari. Tu avais raison, ça m'a permis de penser à autre chose qu'à ce qui se passe dehors et ça fait du bien de pouvoir se changer les idées. T'as réussi ton coup, Cornedrue, félicitations !

Il lui adresse une tape sur l'épaule, comme si ce geste "viril" permettait de contrebalancer ses mots.

Je respire un peu mieux. On est loin d'une déclaration d'amour, mais il ne me trouve pas comme toutes les autres, il apprécie passer du temps avec moi… C'est bon signe, non ?

Je peux vivre avec ça.

Potter a un faible sourire.

- OK, donc tu es bien avec elle, déduit-il. Mais tu l'aimes ?

Potter, espèce de poil d'anus de putois ! Argh ! Pourquoi il faut que tu poses cette question ? On aurait pu s'arrêter là ! Je ne veux pas savoir ! Enfin, si, je veux savoir ! Mais non ! Mais si ! Mais non ! Mais…

Sirius rigole. Mon coeur s'est définitivement arrêté de battre. Je vais mourir.

- Sacré Cornedrue, t'es vraiment un romantique incorrigible ! Je plains Lily qui doit supporter ça au quotidien.

Potter lui tire la langue.

- Jaloux, dit-il. N'empêche que t'as pas répondu à ma question.

Oui et moi je suis en apnée depuis tout à l'heure, alors s'il-vous-plaît bougez-vous sinon je vais mourir d'asphyxie là, dans ce couloir, et personne ne me verra à cause de mon sort de Désillusion et on ne retrouvera mon corps que dans cent ans, lorsque la poussière se sera accumulée dessus et alors, tout le monde aura oublié qui je suis, et je sombrerai dans l'oubli et le néant.

- Pfff, t'es chiant, souffle Sirius. Les choses ne sont pas si simples qu'entre toi et Lily, tu sais ? Je n'ai pas besoin d'être amoureux pour être bien avec quelqu'un ! Et je n'ai pas le loisir de tomber amoureux en ce moment. J'aime la relation qu'on a tous les deux, même si je ne sais pas très bien comment l'appeler, ce n'est pas de l'amour comme ce que tu as avec Lily. Je ne veux pas avoir ça, c'est... c'est trop, tu vois ? Donc arrête de me parler d'amour et de grands sentiments et laisse-moi vivre ça à ma façon, OK ?

Potter répond quelque chose, je vois sa bouche qui s'ouvre, je vois son bras qui touche l'épaule de Sirius, mais je n'entends rien. Il y a comme un bruit sourd dans mes oreilles qui bloque tout. Et des mots qui résonnent. Pas amoureux. Pas de l'amour. Pas de grands sentiments. Alors c'est quoi, Sirius putain ? C'est quoi ?

Mes yeux se brouillent de larmes au moment où je réalise ce que c'est.

C'est juste une illusion. Juste une putain d'illusion. Ca l'a toujours été et il n'y aura jamais rien d'autre.

Je sens mon sortilège de Désillusion se dissiper, comme une image qui saute sur l'écran d'une télévision, et je remarque à peine les deux Gryffondors rentrer dans leur salle commune alors que je me laisse glisser par terre contre le mur.

Tous mes espoirs anéantis.


A/N de fin : Je ne m'expliquerai pas plus sur les paroles de Sirius, des explications sont à venir dans le prochain chapitre... qui devrait arriver assez vite j'espère, parce que je suis rendue à la moitié. En attendant, je suis curieuse de connaître vos réactions et vos avis sur ce chapitre (et notamment la dernière scène), alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !