Note : Un autre chapitre pas évident que j'avais en tête depuis longtemps mais que j'ai retouché de nombreuses fois. Dites-moi ce que vous en pensez ! :D
Chapitre 19 : Affaires de famille
— Hao !
Il lui semblait bien qu'il n'avait jamais entendu prononcer son prénom d'une aussi exquise façon. C'était un véritable cri du cœur !
Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait interpeler aussi grossièrement. Macchi très récemment avait fait de même, au sujet de ce devoir de runes qu'il avait eu la gentillesse de lui arranger avec Lyserg. Cependant ce n'était que de l'énervement qui perçait dans la voix de Macchi, or il y avait quelque chose de beaucoup plus fort dans celle de Jeanne. Une immense colère.
C'est une forme de passion, pensa-t-il avec cynisme.
— Jeanne, salua-t-il en se retournant, faisant rouler son prénom avec délice dans sa bouche. Alors, tu as salué Marco pour moi ?
Elle dévalait les grands escaliers, les yeux rougeoyants de rage, les poings serrés. Ses longs cheveux blancs tranchaient sur sa robe de sorcière noire. Derrière elle venait Lyserg, le visage fermé. Et encore derrière, les joues empourprées, Tamao.
Il n'était pas difficile de deviner la raison de cette brusque colère. Lyserg était plutôt perspicace, dès lors qu'on lui mettait dans les mains les pièces du puzzle.
Ainsi, la petite Jeanne était dans tous ses états car il avait enguirlandé sa petite amie. Cette fois-ci, elle allait définitivement le considérer comme un « méchant », s'amusa-t-il.
Dans l'esprit de Jeanne, il revoyait Tamao, allongée sur son lit, les yeux rouges et bouffis, les cheveux défaits, les épaules secouées de sanglots. La vision lui serrait le cœur et décuplait sa colère. Comment avait-il osé ?
Boris avait vraiment fait du bon travail, nota distraitement Hao en se coupant des pensées de Jeanne, trop intenses pour qu'il soit prudent de garder le contact. Certes Tamao n'était pas très difficile à faire pleurer, mais tout de même…
— Tu n'as qu'à aller le saluer toi-même, riposta Jeanne. Mais je ne suis pas là pour ça.
C'était intéressant, cette manière qu'elle avait d'essayer de récupérer le contrôle. De rester froide et fière dans sa colère. De ne pas se laisser emporter. Lyserg y parvenait bien mieux qu'elle. Mais cela faisait déjà six ans qu'il était un habitué de la colère.
Il y avait trois années de cela encore, il ne savait pas se contrôler. Il lui jetait des regards noirs à tout bout de champ et d'horribles grimaces se peignaient sur son visage à chaque fois qu'il lui adressait la parole. Mais il avait mûri et depuis qu'il était devenu préfet il affectait l'indifférence, l'ignorant soigneusement.
— Et pour quoi es-tu là, dans ce cas ? lui demanda-t-il d'un air nonchalant.
Comme s'il ne le savait pas.
Autour d'eux un cercle avait commencé à se former.
Jeanne n'avait pas très bien choisi son champ de bataille. En réalité, elle n'y avait bien sûr pas réfléchi une seule seconde. Ce qui lui serait dommageable. À créer un esclandre au milieu du grand hall, les professeurs allaient forcément s'en mêler. Et ce serait à son désavantage à elle.
— Ne t'approche plus de Tamao, claqua la voix de Jeanne.
Ça venait du fond du cœur.
Hao haussa un sourcil.
— Je ne vois pas trop ce que tu as à me reprocher, fit-il d'une voix ennuyée. Il me semble que mon aide lui a été plutôt bénéfique.
— Ton aide ? coupa Jeanne d'une voix polaire. Je n'appelle pas tes manigances de l'aide.
— Peut-être peut-on demander à l'intéressée ? proposa aimablement Hao. Combien as-tu eu au devoir que nous avons travaillé ensemble, Tamao ?
Il vit les lèvres de la jeune fille trembler.
— Ne lui adresse plus la parole, fit Lyserg d'une voix dure en s'interposant, masquant Tamao à sa vue.
— Il me semble pourtant qu'elle est la première concernée dans cette affaire, fit remarquer Hao en feignant l'incompréhension.
Il vit la machoire de Lyserg se contracter et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
— Ah la la, tout ça pour si peu…
Cela dut être la provocation de trop pour Jeanne car elle tira sa baguette. Hao éclata de rire.
— Ne me force pas à te jeter un sort, se moqua-t-il, sans pour autant s'emparer de sa propre baguette. Ce n'est pas comme si tu pourrais répliquer.
— Je n'ai qu'à t'en lancer un en premier, répliqua la première année avec applomb.
— Envie d'une retenue, Jeanne ? demanda Hao d'une voix doucereuse.
— Ne joue pas à ça, répliqua-t-elle. Lyserg aussi est préfet.
— Je ne suis pas préfet, déclara simplement Hao. Je suis préfet-en-chef.
Il lui adressa un sourire calculé et la vit frémir. De rage sans doute.
— Ce n'est pas parce que tu es le champion de Poudlard que tu peux te croire tout permis ! arriva-t-elle cependant à lui rétorquer d'une voix contrôlée.
— Que se passe-t-il ici ?
Du côté de la salle des professeurs, la foule d'élèves s'écarta pour laisser passer Rakist et Marco. Hao s'en réjouit intérieurement, cela allait pimenter la partie.
— Je crois que Maxwell-Lasso n'apprécie pas que j'aide Tamamura à travailler ses métamorphoses, répondit Hao d'une voix sarcastique.
Les yeux de Jeanne s'embrasèrent quand il énonça son nom complet. Son vrai nom, celui qui figurait sur ses papiers d'identité, pas celui sous lequel elle avait demandé à être inscrite à Poudlard. Des murmures se répandirent parmi les élèves.
— Et ça mérite que vous vous donniez en spectacle ? demanda Rakist, clairement contrarié de la révélation lâchée par Hao.
— Non, pas vraiment, répondit ce dernier. Mais c'est dans le tempérament de certaines de faire des esclandres.
— Je ne serais pas ici si tu t'étais occupé de tes affairess. Tamao ne t'a rien demandé alors laisse-la tranquille, cracha Jeanne, venimeuse.
Elle n'arrivait pas à se contrôler si bien que ça.
— Qu'est-ce que je disais… se moqua Hao en levant les yeux au ciel d'un air fatalise. Il paraît que c'est de famille, ajouta-t-il d'un air docte, comme s'il citait une étude.
— Surveille tes paroles, le rabroua aussitôt Marco.
— Je devrai ? répliqua-t-il Hao, sceptique.
— Manquer de respect à un professeur est punissable, assena Marco, l'air sévère, en avançant d'un pas.
— Alors à un directeur n'en parlons pas ! s'amusa Hao.
Jeanne, Lyserg et Marco paraissaient outrés. Malheureusement pour ce dernier, il ne pouvait pas le punir et il le savait. Hao ne dépendait pas de son autorité.
— Quelles sont les sanctions à Poudlard ? fit Marco d'une voix difficilement contrôlée en se tournant vers Rakist. Vous donnez des retenues comme à Beauxbâtons, il me semble.
— Hao Asakura est mon élève, déclara sobrement Rakist. Si sanction il doit y avoir, elle est de mon ressort.
— Il me semble qu'une sanction est appropriée, répliqua Marco d'une voix crispée. Ton élève m'a manqué de respect.
Hao leva une nouvelle fois les yeux au ciel. Cela fit enrager un peu plus Marco mais lui-même trouvait cela plutôt correct. Plus que d'éclater de rire, en tous cas.
— Je ne crois pas, non, répondit doucement Rakist. Hao parlait d'ordre général.
Ils échangèrent un bref regard qui signifiait « bien sûr » et Hao rigola doucement.
— Ah la la, Maxwell, reprit-il en reportant son regard sur Jeanne et en insistant sur son nom tronqué. À douze ans, tu n'es pas un peu grande pour ça, ajouta-t-il en appuyant sur le dernier mot.
Éclat brillant dans les yeux de Jeanne. Colère. Humiliation. Impuissance.
Ils ne pouvaient répliquer ni l'un ni l'autre. Touché coulé !
Sur une dernière œillade en direction de Tamao, toute tremblante en haut des marches, il tourna les talons, se fraya un passage parmi les élèves qui s'écartèrent en toute hâte et se dirigea vers la Grande Salle. Il croisa Sâti en sens inverse, suivie par ses deux assistantes, et Hao se fit la réflexion qu'elle ne serait pas de trop pour aider Marco à retrouver son calme après leur altercation.
