Chapitre 35 : Tout le monde ment

Ce fut, bien sûr, beaucoup plus compliqué que ça, mais avoir un objectif secondaire fut très efficace pour convaincre Black que Drago était prêt à coopérer avec un meurtrier en cavale. Drago ne put s'empêcher de repenser aux explications de son père, deux étés plus tôt.

(L'astuce est d'avoir plus d'un objectif secondaire).

L'explication de Black quant à la raison pour laquelle il voulait le rat était tout aussi réjouissante. Drago se sentait tout ragaillardi en imaginant l'expression de Weasley quand il apprendrait qu'il avait dormi avec un Mangemort. Pourquoi Pettigrow ne les avait pas tous trucidés dans leur sommeil, par contre, il ne comprenait pas… de toute évidence Pettigrow était un lâche, et donc inutile.

Drago redressa ses épaules et prit une grande inspiration. Il avait donné à Black quinze minutes pour quitter le vallon, si Black avait le moindre bon sens. Très bien, en avant pour le spectacle… après un instant de réflexion, Drago déchira sa manche, comme si elle avait été arrachée pendant une bataille. Une expression horrifiée et apeurée, les yeux grands ouverts, essoufflé comme s'il avait couru tout du long… les traces sur ses robes et ses cheveux en bataille ajoutaient encore à l'effet. Il défit son col, il n'aurait pas pensé à le redresser s'il avait été une victime innocente…

Il frappa comme un fou à la porte du bureau de Rogue.

- Professeur Rogue ! Monsieur, je viens de voir Sirius Black près de la forêt !

Faire son devoir et signaler les intrus à son Directeur de Maison : fait.

Avoir l'apparence de quelqu'un qui a survécu à un combat avec un meurtrier : fait.

- Où ? demanda son professeur, se levant d'un bond, une lueur fiévreuse dans les yeux.

- Près de l'orée de la forêt – j'étais en train de m'exercer à ma transformation, j'ai couru tout le retour. Monsieur, il est fou, il a passé une éternité à me faire un discours ridicule comme quoi il avait été trompé et n'avait jamais servi le Seigneur des Ténèbres et qu'il devait trouver un animagus rat appelé Peter Pettigrow…

- Il y a combien de temps ?

- J'ai fait tout le trajet en courant, monsieur, assura Drago, titubant pour parfaire l'effet.

À sa grande joie, son Directeur de Maison sembla sur le point de lancer un juron.

- Avez vous besoin d'aller à l'infirmerie ?

- Non, monsieur ! Je vais bien, promis. J'ai réussi à reprendre ma baguette, ajouta-t-il, parce que ça donnait une allure martiale et fière au combat, et pas du tout comme s'il s'était fait maîtriser par un chat.

- Entrez et asseyez-vous, dit son professeur d'une voix douce. Je vais vous chercher un philtre calmant et vous allez me dire tout ce qui s'est passé. Black aura filé, mais je vais envoyer un message aux gardes.

- Oui, monsieur, dit Drago. Le philtre calmant était une bonne idée, même s'il n'en but qu'une petite gorgée et prétendit boire le reste. Il ne voulait pas perdre le contrôle de sa parole. C'était un travail délicieusement délicat. Le professeur Rogue sortit, et Drago resta tout seul à considérer son témoignage.

Il n'avait aucune raison pour cacher quoi que ce fut au professeur Rogue, donc il ne le ferait pas. Il pouvait dire tout ce qui s'était passé – à part le moment des faits, les circonstances, le plus gros de ce qu'il avait lui-même dit, et ses plans pour Black. La vérité, toute la vérité, et rien que la vérité.

- Venez, Drago, dit le professeur Rogue sur le pas de la porte. Il n'y a pas de raison pour que vous vous répétiez, donc nous allons aller voir le professeur Dumbledore ensemble.

- Il ne va pas retirer de points, hein ? Je crois que je devrais en recevoir pour mon héroïsme.

Le professeur Rogue lui sourit.

- À votre place, je ne me ferais pas trop d'espoir. Son favoritisme pour ses Lions est trop important pour espérer grand-chose, mais nous devons faire notre devoir pour assurer la capture de Black.

- Je me disais – professeur, je peux en parler à mon père moi-même, s'il vous plaît ? Vous n'avez pas besoin de le contacter. Je n'ai pas été blessé, seulement surpris.

- Et comment avez-vous réussi cet exploit ?

Drago sourit.

- Avec mes talents oratoires, monsieur. Je pense que vous auriez été fier.

- Je suis heureux que vous soyez en sécurité. La prochaine fois, pourquoi ne pas laisser les folles aventures aux Gryffondor ? Même s'il leur arrive un accident, nous pouvons bien en perdre quelques uns. Ils ne nous manqueront pas.

Drago rit.

- Je n'ai aucune envie de le rencontrer à nouveau, monsieur. C'est juste que depuis que j'ai été blessé au bras au début de l'année, mon père s'inquiète pour ma santé. Je ne peux pas lui causer d'inquiétude.

- Tout à fait compréhensible. C'était une blessure effroyable, dit le professeur Rogue d'un ton grave.

- Vraiment horrible, confirma joyeusement Drago.

- Et l'effet perturbateur sur les cours de Rubeus Hagrid était un effet secondaire totalement imprévisible.

- Je ne veux pas dire du mal d'un professeur, monsieur, dit Drago de sa voix la plus sincère, celle qui décrochait toujours un sourire – voilà. Lui savait ce qu'il voulait dire, et le professeur Rogue savait ce qu'il voulait dire, mais aucun d'eux ne le dirait. C'était merveilleux.

Le professeur Rogue était vraiment le meilleur professeur au monde. Drago commença à ralentir le pas quand il approchèrent du bureau du directeur.

- Monsieur Malefoy, le directeur ne va pas vous mordre.

- Il m'a fait tout un discours sur le fait d'être un animagus responsable, dit doucement Drago, les yeux fixés sur la porte du bureau. Comme si j'étais un criminel qui l'avait fait pour – pour voler des montres.

- Pourquoi avez-vous tenté ce sort ? Je croyais votre intérêt pour les Potions tout à fait sincère.

- … je suis désolé, monsieur. J'aime les Potions. Vous allez sûrement penser cela juvénile…

- Cela peut être pardonné. Je vous prie, dites-moi.

- Potter m'a mis au défi de le faire, monsieur. En première année.

- Cela est… un défi très dangereux. Vous auriez pu mourir, ou être perdu.

- Vous savez que je n'ai rien de bon à dire de lui, mais dans ce cas c'était de l'ignorance, pas de la malice. Il ne sait pas comment ça marche. Pourquoi ont-ils pensé qu'ils devraient laisser des Moldus élever une personne de bon sang magique – il aurait pu être grandiose, monsieur.

- En effet. Avez-vous repris votre calme ? Je ne pense pas que vous puissiez partager une telle pensée avec le directeur.

- Oui, monsieur. Je suis prêt maintenant.