PROMPT : Problématique
1994
Severus avait été ravi que Pomfresh ne lui demande de la suivre. Il cachait son inquiétude pour le jeune garçon, surtout aux yeux d'Albus qui semblait vouloir toujours exacerber son ressentiment en rappelant en permanence la ressemblance du garçon avec James Potter. Il n'y avait pas un jour où le Directeur ne lui rappelait pas ses pires souvenirs de Poudlard en évoquant l'arrogant Gryffondor.
Il s'en était fallu de peu pour qu'il ne tombe dans le panneau et ne se venge des humiliations infligées par les Maraudeurs sur un gosse qui ne les avait même pas connu… et il le regrettait terriblement.
Le Maître des potions était toujours surpris de la confiance presque aveugle que lui portait Harry. Lorsqu'il le fixait de ses yeux bien trop verts, il avait l'impression de voir Lily face à lui, et cette sensation lui tordait l'estomac. Harry semblait inconscient de son trouble et de ses démons. Et alors qu'il était en état de choc, vulnérable, il lui donna l'occasion de rentrer dans sa tête, de lire directement ce qui s'était passé dans son esprit.
Severus hésita, craignant ce qu'il allait voir. Le Gryffondor venait de lui confirmer que Voldemort était de retour après tout. Il savait qu'il pourrait être appelé à n'importe quel instant désormais.
Avec un soupir, il prononça la formule pour entrer dans l'esprit de son élève.
Legilimens.
Les premières images étaient complètement désordonnées. Il se vit donner un cours de potion, sévère, dominant ses élèves. Il vit un placard sombre, minuscule, oppressant. Il vit un cimetière désert, puis Diggory tomber, mort après avoir été touché d'un rayon vert parfaitement identifiable dans le dos.
D'un coup, les choses devinrent plus claires. Severus réussit à calmer l'afflux d'images, et à comprendre un peu mieux ce qu'il voyait.
Il eut le droit à un résumé de l'enfance de Harry, misérable. Des coups et des humiliations, bien loin de l'enfance dorée que Dumbledore lui avait fait le récit à l'envi. Il s'était attendu à l'arrivée d'un nouveau James Potter arrogant et sûr de lui. Au lieu de quoi, Harry lui ressemblait bien plus qu'il n'avait pu l'imaginer.
Il ressentit sa joie lorsqu'il avait découvert qu'il était un sorcier - malgré le fait que son oncle ne cesse de le traiter de monstre - et sa fascination pour le monde magique. Son nouveau monde désormais.
Il ignora les souvenirs de Poudlard - Severus ne tenait pas à voir comment Harry le voyait. S'il avait commencé à apprécier le gamin, il était désormais décidé à s'investir bien plus pour l'aider, comme il aurait du le faire depuis le départ si Dumbledore n'était pas intervenu…
Le maître des potions arriva au moment de l'entrée du labyrinthe. Sans surprise, il découvrit que c'était Harry qui était venu au secours de l'élève de Beauxbâtons et qui avait neutralisé l'attrapeur Bulgare victime de l'Imperium. Il vit également qu'il était venu au secours du Poufsouffle, et Severus grogna malgré lui en voyant que Harry lui avait proposé de partager la victoire.
L'ombre de James Potter disparut complètement, et Severus se rendit compte que si physiquement Harry ressemblait à son père, il n'avait véritablement rien en commun avec le prétentieux sang-pur héritier de la maison Potter qui lui avait fait vivre un enfer.
Il découvrit l'arrivée dans ce fameux cimetière et il se raidit en reconnaissant les lieux. C'était le cimetière de Little Hangleton, et Voldemort avait vécu dans un Manoir à proximité.
En voyant Queudver arriver il se crispa davantage et découvrit comment Cedric Diggory était mort. Severus pensa brièvement qu'il allait devoir parler à son père pour lui raconter précisément la mort de son fils. Amos Diggory aurait probablement besoin de savoir ce qui s'était passé pour faire son deuil en paix…
Il assista à la renaissance de Voldemort et il nota son apparence reptilienne avec une grimace de dégoût. Le Mage Noir avait été bel homme avant… Le changement était pour le moins surprenant. Il avait beau savoir que Harry était à ses côtés, sain et sauf, il ne pouvait que se crisper en imaginant qu'il avait été face au Seigneur des Ténèbres. Ce dernier n'était pas vraiment connu pour son humanité, et il était à prévoir qu'il n'hésiterait pas à tenter de tuer le gamin qui l'avait envoyé pendant plus de dix ans dans le néant.
Severus sentit son cœur se serrer en voyant Harry lever sa baguette, prêt à se battre. Il assista médusé à la formation du dôme lumineux qui isolait les deux combattants.
Le maître des potions eut un sursaut qui faillit le faire sortir brutalement de l'esprit de Harry en voyant apparaître le couple Potter, sous forme fantomatique.
Il ne perdit pas un mot de ce qui fut dit. Aussi bien à Voldemort - que Lily appelait Thomas - qu'à Harry.
Découvrir que James Potter, autrefois favori de Dumbledore, conseillait à Harry de se méfier de son mentor et de ne pas lui révéler les évènements du cimetière déclencha une sonnette d'alarme dans son esprit.
Cette mise en garde ne faisait que confirmer les soupçons qu'il avait envers le Directeur de Poudlard. Il avait constaté depuis longtemps qu'Albus ne s'embarrassait pas de sentimentalisme pour atteindre ses objectifs : il n'hésitait pas à sacrifier des alliés pour réaliser ce qu'il avait décidé ce qui faisait de lui un sorcier aussi dangereux que Voldemort.
Apprendre qu'il y avait un mystère autour de Voldemort et de Harry Potter n'était pas surprenant en soi : il n'oubliait pas que Harry avait été désigné arbitrairement par une prophétie, et il avait lui même contribué à son destin en rapportant le contenu de cette dernière à son Maître tant d'années auparavant.
Il se sentait toujours aussi coupable, bien qu'il fut arrivé à la conclusion que s'il n'avait rien dit, Dumbledore se serait débrouillé pour que le contenu de cette prophétie ne finisse par arriver aux oreilles de Voldemort.
Une larme coula sur la joue de Severus lorsque Lily le désigna digne de confiance à son fils, et il nota dans un coin de son esprit qu'il devait aider le gosse à trouver une boîte à musique.
Stupéfait, Severus se rendit compte que Voldemort lui-même offrait une trêve à Harry - être dans la tête du gamin lui permettait de comprendre le Fourchelang -, et lui permettait de retourner à Poudlard sain et sauf. Comme si les paroles de Lily avait ramené un peu d'humanité dans le cœur sombre du Mage Noir.
Il ne put s'empêcher de secouer la tête - légèrement admiratif - lorsque Harry malgré le danger se débrouilla pour ramener le corps de Cédric avec lui. L'héroïsme de ce foutu Gryffondor finirait par devenir un jour problématique, il en était certain.
Délicatement, le maître des potions sortit de la tête de Harry en se jurant qu'il l'aiderait, même si ce devait être la dernière chose qu'il ferait.
