Cependant, les semaines et les mois qui suivirent, les soupçons autour de Snape s'épaissirent. Après la deuxième tâche, Karkaroff fit irruption à la fin du cours de potion pour parler à Snape et Harry, trop loin pour entendre, plissa les yeux comme si cela pouvait lui permettre de mieux entendre. Ce Karkaroff ne lui plaisait pas, et qu'il vienne parler à Snape non plus. Que lui voulait-il ? Ils devaient voir Sirius le lendemain, et Harry, entre temps, n'avait toujours rien révélé du geste de Karkaroff à Ron et à Hermione. Peut-être parce qu'il n'avait pas envie que Snape soit coupable. Cependant, devant Sirius, il n'eut d'autres choix que de poser ses doutes. Et après maintes discutions et suppositions, Harry ne se retrouva pas beaucoup avancé. Étrangement, les accusations grossières de Ron, soutenues par Sirius, qui l'avaient un jour amusé, le mettaient à présent mal à l'aise. Hermione, d'ailleurs, sembla s'en apercevoir, mais ne fit aucun commentaire, se contentant de leur rappeler que Dumbledore lui faisait confiance, et que ça devrait suffire pour qu'ils lui fassent confiance en retour. Puis Croupton fut retrouvé dans la forêt, et en courant vers le bureau de Dumbledore, Harry tomba sur Snape.

- Il faut absolument que je vois le professeur Dumbledore ! C'est à cause de Monsieur Croupton... il vient d'arriver... dans la forêt... il demande...

- Potter, ralentissez et articulez.

- Monsieur Croupton ! Dans la forêt ! J'ai laissé Krum avec lui... il a l'air malade où je ne sais quoi, il veut voir Dumbledore... le mot de passe, je dois...

- Le directeur est occupé. Montrez-moi.

- Non, protesta Harry, c'est Dumbledore qu'il veut voir...

- Je suis tout à fait capable de gérer la situation, Potter ! Si vous me permettez !

Harry se demanda vaguement si ça signifiait quelque chose pour lui qu'il ne saisissait pas, ou si ça avait un lien avec son burreau. Il n'y avait pas une seconde, même pas un quart de seconde à perdre à réfléchir.

- Par là !

Et il s'élancèrent à travers le parc, vers la forêt interdite. Pourtant, lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, il ne restait plus personne.

- Je ne comprends pas... je les ai laissé ici... Juste ici !

Snape sortit sa baguette et lança un lumos, scrutant les lieux avec attention.

- La ! S'écria-t-il

Des pieds... des pieds qui appartenaient à... Krum. Snape et Harry se précipitèrent dans le même élan, mais le maitre des potions fut le premier à se pencher sur le jeune homme.

- Stupéfixé.

Il releva la tête et scruta les ombres.

- Vous voulez... vous voulez que j'aille chercher le directeur ?

Une forme argentée jaillit de la baguette de Snape, trop rapidement pour qu'il puisse l'identifier, et courut vers le château.

- Non. Vous restez ici. Et sortez votre baguette. Potter... cette carte... vous l'avez sur vous... ?

Harry secoua la tête.

- Non.

Severus tiqua et Harry l'observa un moment, baguette brandit vers les arbres.

- A quoi vous pensez ? Demanda-t-il enfin.

Snape ne répondit pas, gardant ses pensées pour lui-même. Ils apprirent par Krum que Croupton l'avait attaqué, et le directeur arriva peu après. Souhaitant visiblement parler seul à seul avec Severus, il chargea Hagrid de raccompagner Harry et l'adolescent, à regret, suivi le demi-géant en regardant derrière son épaule. La seule chose que lui répondit Sirius lorsqu'il raconta ce qu'il s'était passé, c'était pour lui reprocher de se promener dans la forêt avec Krum, puis avec Snape. Si l'homme avait quelque chose à voir avec tout ça, il ne voulait pas qu'Harry traîne dans les bois avec lui, ni avec aucun élève de Karkaroff, Krum en premier lieu. Ce qui énerva passablement Harry - il avait passé l'âge qu'on lui dise ce genre de choses, premièrement, et ensuite... Ensuite, Harry en avait marre de cette querelle entre Sirius et Snape, marre d'avoir l'impression de devoir choisir entre l'un et l'autre et marre qu'une partie de lui ne sache pas tout à fait s'il pouvait, ou non, faire confiance à Severus Snape. Ses pires craintes furent confirmées lorsqu'il vit le souvenir dans la pensine de Dumbledore. Il ne dit pas au directeur combien cela l'affecta. L'homme semblait lui faire confiance, quand bien même il avait été mangemort. Harry ne savait plus s'il le pouvait ou non. Il suivit alors le conseil de Sirius et se tint à l'écart du maître des potions. Peu avant la troisième tâche, ceci dit, alors qu'il était sur le point de sortir dans le parc avec Madame Weasley et Bill, ce fut lui qui vint à sa rencontre.

- Potter ! L'interpella-t-il alors qu'il écoutait Bill lui raconter des anecdotes sur Poudlard lorsqu'il y était étudiant.

Ils se retournèrent d'un seul trait, Molly dévisageant le maître des potions d'un air prudent tout en tenant Harry par les épaules.

- Que voulez-vous, Severus ? Demanda-t-elle avant qu'Harry n'ait pu faire quoi que ce soit d'autre que de fusiller l'homme des yeux.

Snape parut se tendre plus qu'il ne l'était déjà, et ses yeux frôlèrent ceux d'Harry.

- Je voudrais m'entretenir avec Potter.

Harry ne cilla pas une seule fois.

- Qu'est-ce que vous me voulez ?

Snape baissa presque imperceptiblement la tête, le regardant plus intensément.

- Je voudrais vous parler de quelque chose d'important, Potter. Et d'urgent. En privé, ajouta-t-il en jetant un bref regard à Molly et Bill.

Harry se tourna vers eux.

- Je reviens. Vous pouvez y aller, je vous rejoins.

Dans un dernier regard inquiet, Madame Weasley tourna les talons à contre coeur et tous deux franchirent les portes du château. Harry resta exactement là où il était. Il s'attendait à ce qu'il y ait une sorte de préambule, quelque chose de silencieux et froid, comme c'était dans leurs habitudes, mais Snape s'avança précipitamment et lui saisit le bras avec une violence peu coutumière.

- Potter, chuchota-t-il avec empressement, ne participez pas à cette troisième tâche ! Dites aux juges que vous vous désistez, que vous êtes malade, que vous ne pouvez pas, peu importe.

Harry le fixa droit dans les yeux, froidement.

- Je ne suis pas malade et encore moins incapable, professeur.

Snape pinça les lèvres, soufflant avec le nez d'un air énervé.

- Je n'ai pas le temps pour ça. Abandonnez, c'est le seul moyen ! Dumbledore ne peut pas arrêter le tournoi, il me l'a dit, et vous êtes le seul à pouvoir vous désister !

Harry secoua la tête, reculant d'un pas. Snape était allé jusqu'à demander à Dumbledore d'arrêter le tournoi pour qu'il ne participe pas ?!

- Si vous êtes venu pour me dire ça, professeur, vous pouvez repartir tout de suite. Je n'ai pas l'intention de me dégonfler. Je ne suis pas un menteur et certainement pas un lâche.

Mais alors qu'il allait partir, Snape le retint avec une sorte d'urgence dans le geste et dans le regard, une sorte de panique qui étreignit le coeur d'Harry pendant une seconde.

- Potter ! Ne faites pas ça. Si c'est l'or ou la gloire que vous voulez, vous l'avez déjà, espèce de crétin !

Harry se reprit, essayant en même temps de récupérer son poignet toujours prisonnier.

- Vous ne m'aurez pas comme ça, Snape, siffla-t-il dans sa colère. Je sais ce que vous êtes. Je l'ai vu dans la pensine. Vous m'avez menti, mais vous ne me tromperez pas deux fois.

Snape devint blafard, mais sembla se reprendre et le retint plus fortement.

- Si vous avez vu, alors vous savez que j'ai été innocenté et que je suis devenu espion sous les ordres de Dumbledore. Je ne vous ai jamais menti. La branchiflore, vous vous souvenez ? J'aurais pu vous empoisonner à n'importe quel moment.

Harry l'examina, fronçant les sourcils.

- Peut-être que vous attendiez le bon moment. Vous l'avez dit vous même, ne laissez pas vos sentiments troubler votre esprit. J'essaye de ne plus commettre cette erreur.

- Vous la commettez en ce moment même ! Bon sang, n'avais-je pas raison pour la coupe du monde ? C'est la même chose ! Vous allez mourir si vous franchissez les portes de ce labyrinthe !

- La confiance que vous avez en moi me bouleverse, professeur...

Malgré ce qu'il essayait de faire croire, la détresse qui émanait du maître des potions le frappait en plein coeur. Mais hors de question de flancher.

- Potter ! Rugit Snape en l'attrapant par les épaules pour le secouer, je ne serais pas là, je ne pourrais pas être là. Il n'y aura personne pour vous sauver la mise, pas même vos amis. Vous serez seul.

Harry garda le silence un moment avant de demander calmement :

- Allez-vous m'expliquer ce qui se passe, professeur ?

Le maître des potions le regarda intensément, puis glissa un coup d'œil aux alentours et baissa la voix.

- Je ne suis pas certain. Quelqu'un ici n'est pas ce qu'il semble être. Les ingrédients volés dans mon bureau sont ceux qu'on utilise pour le polynectar. Si vous ne vous étiez pas montré ce soir-là, je vous aurais certainement accusé, mais je ne pense pas que ce soit vous, même vous n'êtes pas si stupide. Vous m'avez dit que c'était Croupton. J'ignore de qui il prend l'apparence, mais avec votre carte, nous pourrions facilement savoir de qui il s'agit. Potter, le seigneur des ténèbres n'est pas loin, vous le sentez et je le sens aussi. Je pense que vous allez être attaqué pendant la troisième tâche.

- Et qui me dit que ce n'est pas vous ? Répliqua Harry, répétant ce qu'il lui avait dit dans la bibliothèque.

Le visage de Snape se referma, et il n'eut d'autre choix que de laisser Harry s'en aller.

- Je risque ma vie, Potter, ajouta-t-il avant qu'il ne dépasse les portes. Je risque ma vie à essayer de sauver la votre.

Sur ce, il fit volte-face dans un mouvement furieux, laissant Harry immobile et désemparé.

Ainsi qu'il était écrit, Harry participa à la troisième tâche, assista à la résurrection de Lord Voldemort et ramena le corps sans vie de Cédric. Ce fut Snape, en premier, qui comprit que Maugrey était le coupable qu'il cherchait. A l'infirmerie, regarder Sirius partir loin de lui sous les ordres de Dumbledore fut un arrachement auquel il eut du mal à se plier. Mais son coeur se serra sous une toute autre sensation lorsque le directeur demanda sans le prononcer à Snape de jouer son rôle.

- Professeur... lança-il d'un ton enroué par la fatigue avant qu'il ne dépasse la porte, professeur, attendez.

Sirius était déjà parti, mais il y avait du monde dans la pièce, et Harry aurait préféré être seul.

- Il me semble, mon cher Severus, qu'Harry aimerait vous dire un mot, lança Dumbledore pour aider Harry comme l'homme ne s'arrêtait pas.

Snape s'immobilisa et se retourna lentement, un air furieux sur le visage.

- Je n'ai pas le temps pour ça, lança-t-il au directeur sans regarder Harry.

- Nous ferions mieux de les laisser seuls, dit seulement Dumbledore en incitant tout le monde à sortir, et Harry lui en fut reconnaissant.

La pièce se vida et Snape s'avança vers le lit avec une expression de retenue blafarde. Harry devina qu'il n'était déjà plus là, concentré à la tâche à venir. Il était déjà aux pieds de Voldemort, en proie à ses mains de glace, à son souffle blafard.

- Pardonnez-moi. J'ai agi comme un parfait crétin et à cause de moi... à cause de moi Cédric...

Snape ne lui dit pas que ce n'était pas de sa faute, rien de ce genre. Il ne lui mentirait pas, c'était d'ailleurs sans doute le seul. Il se contenta de le regarder soudain intensément, bras croisés devant lui. Harry se força à arrêter de penser à Cédric une minute, pour retenir les larmes contenues qui faisaient beaucoup trop mal à l'intérieur sans jamais couler.

- Professeur, pardonnez-moi. J'aurais dû vous écouter, j'ai pensé... j'ai pensé que vous m'aviez trahi et que vous étiez vraiment un mangemort. Je n'aurais jamais dû douter de vous. Vous m'avez mis en garde cet été, et je ne vous ai pas écouté. Aujourd'hui, j'ai répété mon erreur. Tout est de ma faute... si jamais... si jamais vous y allez et que... vous ne revenez pas... ce sera de ma faute.

Les yeux de Snape semblèrent couler sur lui, sans s'attarder, au risque d'y rester prisonnier et de révéler d'autres secrets. Aucun des deux n'ajouta quoi que ce soit, Snape demeurait muet et froid, et Harry ravala sa salive et ses émotions pour plus tard.

- Professeur, ajouta-t-il avec urgence avant qu'il allait partir, Voldemort... (Snape frissonna à ce nom ) il veut... il veut vous tuer. Vous devez vraiment y aller ?

Snape se retourna vers lui et le transperça d'un regard étrange et impénétrable.

- Oui, Potter, dit-il calmement, je dois vraiment y aller.

Harry n'eut d'autres choix que de le regarder partir, se demandant s'il le reverrai jamais.

Soyez prudent, Snape.


Le soir de l'attaque des détraqueurs, Harry avait eu l'impression de franchir un stade de noirceur. En retournant dans sa chambre ce soir-là, trop épuisé pour songer sérieusement à s'enfuir, bien que l'idée le tourmenta encore, il se sentit profondément trahi. Trahi par ceux qu'il considérait comme sa famille, sa seule véritable famille, et qui le laissaient là. L'esprit embrumée par l'épuisement, écroulé sur son lit, immobile comme la mort, il fixait un point de la pièce sans vraiment cligner des yeux. Il se sentait éteint et vidé, vidé de colère, de peur ou de tout autre sentiment. Harry ne voulaient plus qu'ils viennent. Il voulait rester là, écroulé sur ce lit, son corps se confondant au matelas pour l'éternité. Les heures s'écoulèrent et la maison des Dursley tomba bientôt dans un silence de mort. Harry, apathique, ne dormait toujours pas, les yeux grands ouverts et l'esprit lointain. Il y eut un bruit, pas loin, quoi qu'il n'était pas sur d'avoir bien entendu. Il n'avait pas l'énergie, ni la volonté de bouger. Tout son corps semblait s'être transformé en une masse lourde et douloureuse duquel son esprit s'échappait pour voyager vers des contrées immatérielles englouties par la brume.

- Potter, vous êtes là ?

Il ne réagit pas. Les sons étaient lointains et l'indifféraient.

- Potter ?

Ca se rapprochait, un tout petit peu. Ses paupières ne tressaillirent que lorsqu'une ombre noire lui cacha son champ de vision, déjà sombre à cette heure, qui devint complètement noir. Ses épaules eurent un petit sursaut nerveux mais il n'arrivait toujours pas à bouger. Il produit un son qui ressemblait à un croassement dénué de sens, et l'ombre noire émit une sorte de rire.

- Hé bien, Potter, je n'aurais pas pensé vous trouver avachi de la sorte... où est passé votre énergie revancharde et insolence gryffondorienne ?

Cette voix appartenait à Severus Snape, et Harry ressentit comme un pic d'émotion soudaine, colère, joie, qui s'évanouit presque aussitôt. Il essaya de se redresser, grogna, y renonça, appuyé seulement sur un coude. Ca tournait, ça tournait et il avait envie de vomir.

- Qu'est-ce que vous faites... là...

Sa tête, sanglée par la migraine, ne lui permettait de voir que de façon floue et, à grand efforts, il leva des yeux embués vers la silhouette imprécise devant lui, ne parvenant à trouver ses yeux. Snape sembla s'accroupir à la hauteur du lit et une main saisit son visage, le tournant dans le sens opposé, faisant gémir Harry.

- Qui vous a frappé ?

Harry avait presque oublié le coup de poing que lui avait lancé Dudley plus tôt dans la soirée. Sa tempe, désormais enflée, devait avoir prise une teinte rouge violacée. La main le lâcha, lui permettant de retomber sur le lit et il ferma les yeux, oubliant de répondre. Une main se posa sur son front, puis Harry sentit l'homme s'asseoir sur le lit et des bras l'obligèrent à se redresser en position assise, soutenant son poids qu'il n'était pas capable de soutenir tout seul. Quelque chose de froid rentra en contact avec ses lèvres et la main de Snape vint soutenir l'arrière de sa tête.

- Buvez.

Harry obéit et but avec reconnaissance l'eau plus que bienvenue qui se répandit dans son corps, atténuant un peu le malaise.

- Quelque chose me disait que vous auriez besoin de mon aide, mais je me préparais plus à l'idée de devoir vous empêcher de fuir que de vous trouver dans cet état...

Harry grogna en réponse.

- Mal... tête.

C'était à peine audible.

- Quoi ? Vous avez mal à la tête ?

Il entendit Snape fouiller l'intérieur de sa cape et déboucher une fiole qu'il pressa contre ses lèvres. Harry but sans demander son reste le liquide au goût fort et sucré.

Merci...

Sa voix refusait de franchir ses lèvres et il n'arrivait toujours pas à garder les yeux ouverts. Snape bougea et passa quelque chose de froid sur sa tempe.

- Vous avez mal autre part ?

Harry voulut répondre, mais n'y parvint pas. Mal au dos, pensa-t-il, incapable de savoir s'il l'avait prononcé ou non. Le bras de Snape le soutenait toujours et il y eut un silence, un soupir.

- Allongez-vous.

C'était tout à fait inutile de dire ça car Snape se contenta de le laisser retomber sur le matelas en retenant le poids de son corps quasi inerte et souleva son ample tee-shirt sale et déchiré. Harry était trop épuisée, trop apathique pour réaliser ce qu'il se passait. Il su seulement que des mains se posaient sur son dos et se mettaient à le masser. Elles suivirent le chemin de sa colonne vertébrale et remontèrent jusqu'à ses omoplates, puis les épaules qu'elles englobèrent, manipulèrent vers l'arrière. Harry serra soudainement les dents.

- Aaah !

Les mains s'immobilisèrent un court instant, appuyèrent sur un point défini entre ses épaules.

- Ici ?

Oui. Snape s'assit plus confortablement sur le lit et Harry l'entendit déboucher un flacon, puis étaler un liquide froid et paradoxalement assez brûlant sur le haut de son dos. Les mains reprirent leur travail avec fermeté. Harry gémissaient faiblement, et Snape sans un mot continuait son travail. Peu à peu, les sensations revinrent et son corps se mit à tressauter par endroit, ses mains, ses pieds, ses jambes. Le massage s'éternisait, efficace et précis, s'attaquant à des points et nœuds particulièrement douloureux dont Harry n'avait même pas conscience avant. Il tremblait à présent et, pour la première fois depuis une éternité, un sanglot transperça le silence. Snape ne fit aucun commentaire et continua à le masser sans rien ajouter. Harry, faiblement, puis plus fort, pleurait sous ses mains. Le barrage depuis longtemps dressé cédait au même rythme des douleurs qu'il dénouait une à une, et il continua jusqu'à temps que le jeune homme se fut calmé. Alors, doucement, il remit le tee-shirt à sa place.

- Reposez-vous. On viendra vous chercher sous peu.

Mais alors que le maître des potions se relevait pour partir, une main ferme agrippa son poignet. Il se retourna, surpris. Harry le fixait. Épuisé, vidé, main plus clair que tout à l'heure.

- Partez pas. S'il vous plait. Me laissez pas tout seul.

Snape se dégagea doucement.

- Potter, je dois partir.

Harry le regardait si fixement, les paupières semi fermées, qu'on aurait pu le croire mort.

- S'il vous plait... marmonna-t-il avant de fermer les yeux. Restez... avec moi.

Il tomba endormi avant que Snape n'ait pu dépasser la porte.


Ce fut le bruit caractéristique de la trappe de sa chambre dont les Dursley se servaient pour lui passer la nourriture lorsqu'ils l'enfermaient qui réveilla Harry. Il était allongé dans la même position, tourné sur le côté vers le bord du lit. Il se leva instantanément, encore titubant de sommeil.

- Tante Pétunia, attend ! Lança-t-il à la porte fermée, attend ! S'il te plait, est-ce qu'on peut en parler ? C'était quoi cette beuglante ?

Aucune réponse autre que le silence.

- Je viendrais t'ouvrir après, répondit sèchement la tante Pétunia.

Ca, ça voulait dire qu'elle viendrait lui ouvrir pour un temps défini afin qu'il puisse aller aux toilettes et se laver après qu'elle ait terminé le ménage. Il écouta ses pas s'éloigner, puis attrapa le plateau qu'il posa sur le bureau, contemplant d'un air dépité le morceau de pain rassit et le bol de lait froid. Il soupira.

- C'est tout ce qu'ils vous donnent à manger ?

Il sursauta si fort qu'il bouscula le plateau qu'il tenait toujours d'une main, renversant un peu de lait. Il fit volte face en cherchant fébrilement sa baguette dans les poches du pantalon qu'il portait toujours. Cependant, une fois retourné, il s'immobilisa complètement.

- Professeur Snape ? Demanda-t-il d'un ton incrédule.

L'homme n'était rien de moins qu'allongé sur son lit du côté du mur, redressé sur un coude. Harry resta bouche bée dans une expression fort peu intelligente pendant un moment.

- Professeur qu'est-ce que... qu'est-ce que vous...

Il était difficile de prononcer la phrase " que faites vous exactement dans mon lit, professeur ? " sans paraître extrêmement suspicieux, aussi préféra-t-il se taire. Snape se racla la gorge et s'assit sur le bord du lit en arrangeant ses vêtements froissés dans une tentative, ma foi pas trop mal réussie, de conserver un peu de sa rigidité habituelle. Enfin, il le regarda dans les yeux dans un haussement de sourcil qui, même assis là, sur le bord de son lit défoncé, alors même qu'Harry, debout, le surplombait, lui faisait se sentir extrêmement petit et faible. Il rougit, mais ne détourna pas le regard.

- Finissez votre phrase, Potter.

Il y avait comme un soupçon de défi et d'amusement dans sa voix qui fit naître en Harry quelque chose qu'il ne sut définir et qui le mettait mal à l'aise.

- Qu'est-ce que vous faites. Ici. Dans mon... lit.

Snape ne bougea pas. Son regard, intense, posé sur lui. Il sembla renoncer, ceci dit, à mener plus loin ce qu'il était en train de faire, et soupira en détournant les yeux, observant la désolation de la pièce.

- Vous m'avez demandé de rester, non ?

Le regard d'Harry se voila un instant. Il ne se souvenait pas du tout de...

Reposez-vous. On viendra vous chercher sous peu.

Partez pas. S'il vous plait. Me laissez pas tout seul.

Potter, je dois partir.

S'il vous plait... restez... avec moi.

Harry rougit soudainement et baissa les yeux. Il avait dit à Snape de rester, il avait supplié Snape de rester... Il ne se souvenait pas de grand chose de la soirée de la veille, mais se souvenait très bien d'avoir été massé. La réalité du fait que ce soit par Snape sembla ne le frapper qu'alors. Harry ne pensait pas être capable de pouvoir le regarder un jour de nouveau dans les yeux. Il déglutit difficilement.

- Je suis vraiment désolé de vous avoir demandé ça, professeur.

Sa voix était basse, neutre et sans hésitations. Snape se leva, sans s'avancer cependant.

- De m'avoir demandé quoi, Potter ? De rester ?

Harry se mordit l'intérieur de la joue.

- Ca et le... reste

Il leva les yeux pour croiser momentanément ceux de son impressionnant professeur de potions. Il semblait presque sourire, bien qu'Harry ne sache pas si ce soit sarcastique ou sincère.

- Il est vrai que je m'attendais à tout de votre part, sauf à devoir jouer votre infirmière, mais je suppose qu'il faut s'attendre à tout, avec vous...

Harry ne sut pas très bien quoi répondre à ça. Snape semblait, étonnement, apprécier la situation bien mieux que lui.

- Est-ce que... cette nuit ?

Il y avait deux questions qu'il voulait poser. Pourquoi Snape était-il resté là, avec lui, à dormir dans le petit espace ridicule de son lit. Et deuxièmement, est-ce qu'il l'avait entendu dire quelque chose cette nuit, en cauchemardant. Il se contenta de la deuxième question. Snape resta silencieux pendant quelques secondes.

- Si vous voulez savoir si je vous ai entendu gémir dans votre sommeil, la réponse est oui.

Il s'avança jusqu'à lui, l'obligeant à se mettre sur le côté, pour aviser d'un air dégoutté le plateau qu'on venait de lui servir. Il ne fit cependant aucun commentaire, bien que l'expression sur son visage révéla tout de son avis réel, ce qui gêna Harry encore plus.

- Pour répondre à la question que vous n'avez pas le cran de me poser, ajouta-t-il en regardant le morceau de pain décrépit dans une grimace, la vérité est que, comme d'habitude, il m'a fallu prendre le rôle que personne d'autre n'aurait pris si je n'avais pas été là.

Le coeur d'Harry se serra. Sirius devrait être là, Sirius. Pas Snape. Il baissa les yeux.

- Bon, s'exclama Snape en se tournant vers lui, j'ai bien peu de devoir vous laisser, Potter. Ne mangez pas ça, au fait.

Harry hocha stupidement la tête.

- Professeur ! S'exclama-t-il avant qu'il ne disparaisse, merci !

Mais il n'était pas sûr que Snape l'ait entendu.

Plus tard en fin d'après midi, Harry reçut la visite d'un hiboux grand duc accompagné d'une chouette plus petite mais robuste qui lui portèrent un gros morceau de pain, un bon quart de jambon sec ( qu'il reconnut comme être celui de Poudlard ), du chocolat, et une pleine bouteille de jus de citrouille. De quoi tenir quelques jours de plus. Il n'y avait rien, aucun mot, aucune indication. Mais Harry n'eut pas besoin de deviner longtemps l'identité du destinataire. Au milieu du paquet, il y avait une fiole de potion de sommeil sans rêves. Et Harry s'écroula au pied de son bureau, la fiole de potion à la main, des larmes acides lui brûlant le coeur sans qu'aucune ne coula sur ses joues. Des larmes de joie, de douleur, des larmes qui voulaient dire. " C'est Snape. Pas Sirius. "


Voilà pour ce 15ème chapitre :-)

Le confinement a du bon lol !

Je rappelle à celles et ceux qui pourraient penser que Snape ne ferait jamais ça que tout cela n'est qu'une vision provoquée par Snape lui-même, qui a fait un long chemin avant de s'accepter et d'accepter Harry dans sa vie pour ce qu'il est vraiment, et qu'il souhaite se racheter. C'est donc l'esprit d'un Snape mature qui a déjà traversé tous ces doutes confrontés à celui d'un Snape qui n'a pas encore fait ce chemin. Je pense personnellement qu'en ces circonstances, Snape agirait de la sorte. Je pense qu'il a toujours été très tendre et très protecteur avec Lily, avant que James ne vienne troubler leur complicité. C'est le genre d'homme qui peut paraître très méchant, sombre et insultant, mais en réalité pas du tout comme ça.

En fait, je trouve au Snarry une ressemblance flagrante avec le Reylo, pas vous ?

Bonne journée !