Bonjour tout le monde ! Ca faisait un petit moment qu'on n'a pas posté, à cause de multiples raisons personnelles, mais heureusement qu'un des points positifs du confinement est qu'on peut davantage se consacrer à notre histoire ! Ou procrastiner sur la vie universitaire, au choix.
On espère que vous appréciez toujours autant l'histoire et voir les personnages évoluer, car on n'a pas prévu de s'arrêter héhé !

N'hésitez pas à nous laisser des commentaires, que ce soient des remarques, des questions, ou même juste un +1 si ça vous fait plaisir, parce que vos retours veulent dire énormément pour nous. Et puis, pourquoi ne pas profiter du confinement pour relire notre histoire en parallèle des livres de Rowling ? Qui sait, vous pourriez remarquer des détails dans certains chapitres... ;)

Bonne lecture, et plein d'amour sur vous !


Susan

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Quelques jours ont passé depuis l'incident du cours de Défense Contre les Forces du Mal. Je pensais auparavant que cette matière avait un nom particulièrement dramatique, mais plus le temps passe et plus je me rends compte que les "forces du mal" ne sont peut-être pas qu'une simple expression... Entre les Basilics tueurs et les créatures qui te mettent face à ton pire cauchemar, merci mais non merci ! Heureusement que j'aime passionnément la magie, parce qu'il y a de quoi rendre son tablier, comme dirait mon père.

Je n'ai pas reparlé de ce qui s'est passé à Erell, surtout de ce qu'elle m'a révélé. Même si je fais de mon mieux pour lui changer les idées et être disponible, je me sens assez impuissante. Je lui ai conseillé d'aller voir Madame Pomfresh, pour lui parler ou prendre une potion revigorante. Même si elle avait l'air d'aller mieux après avoir discuté avec le professeur Lupin, elle a toujours l'air un peu ailleurs – enfin, il faut dire qu'en étant débordée avec les BUSEs, le Quidditch et notre rôle de Préfètes, ça doit être assez épuisant aussi. Mais Rose dit que ça l'occupe et que ça lui permet d'oublier l'incident.

- Alors, Susan, toujours la tête dans les nuages ? me demande Ewan en s'installant à côté de moi pour se servir du porridge. Merci d'avoir insisté auprès de Chourave pour garantir une salle de musique au club, c'est vraiment sympa !

- Pas de quoi, dis-je en souriant, même si je ne peux plus venir, je fais toujours partie du club dans mon cœur !

- Ah, mais si Susan pouvait se dédoubler elle le ferait, plaisante Tyler qui tartine un toast en face de moi.

- Ce serait bien pratique, je l'avoue ! dis-je en soupirant. Je ne sais pas comment Cedric fait pour cumuler le Quidditch et le poste de préfet, rien que l'idée de devoir faire une ronde ce soir me fatigue d'avance !

- Ça fait quatre ans qu'il attend ça, je suis sûr que Donnovan c'est pareil, je comprends même pas comment ils n'ont pas encore déteint sur toi tous les deux ! me raille Tyler.

- Sac à gargouilles ! s'exclame soudain Kellan Roy un peu plus loin à la table.

Un hibou vient de lâcher un journal sur son petit-déjeuner, ce qui fait exploser de rire la plupart des Poufsouffles autour de nous. Ewan attrape le journal d'un mouvement agile tandis que Kellan bougonne en époussetant sa robe de sorcier. Il a à peine besoin de le déplier pour que l'on comprenne que Black fait toujours la une. Je frissonne en le voyant rire dans sa photo en noir et blanc, j'ai l'impression que ses yeux me fixent comme s'il allait s'extirper du papier pour m'attraper.

- En voilà un qui pourrait bien réussir à se dédoubler, dit sombrement Ewan. Ma mère dit que le seul moyen de s'échapper d'Azkaban, c'est quand on vient vous chercher de l'extérieur... impossible de s'en sortir tout seul de l'intérieur. Et je n'imagine pas que qui que ce soit ait envie de voir ce monstre en liberté.

- Tu veux dire que tu penses qu'il s'est dédoublé pour s'ouvrir lui-même sa cellule ? dis-je avec incrédulité. C'est possible de faire ça ?!

- Et pourquoi pas ? On peut faire des choses incroyables avec la magie. Et si c'était possible, c'est pas les professeurs de Poudlard qui nous l'apprendraient de toute façon...

J'aperçois Tyler secouer la tête, l'air de dire "mais n'importe quoi".

- C'est sûr que des quadruplés à la place des jumeaux ou deux Harry Potter, ça serait beaucoup trop à gérer, je plaisante.

- Apparemment ils ont failli l'attraper il y a quelques jours, dit Ewan en fronçant les sourcils. Il aurait été aperçu à Aberdeen... encore un échec cuisant pour l'Auror Kingsley Shacklebolt...

- J'aimerais pas être à sa place, grimace Kellan. Être chargé de pourchasser Sirius Black... C'est non seulement dangereux mais en plus il doit avoir une pression terrible.

- ...plusieurs témoins affirment avoir vu Black à Aberdeen, d'autres à Newcastle. D'autres encore maintiennent l'avoir aperçu du côté de Londres ou de Birmingham. La chasse se poursuit aux quatre coins du pays... vous voyez, ma théorie du dédoublement n'est peut-être pas si bête que ça, déclare Ewan en haussant les épaules.

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Je repense à cette discussion pendant le cours de Botanique. Le dédoublement ne doit pas pouvoir être possible selon la loi de Gamp... pas de création de vie, même à partir de soi. Mais les légendes de Golems existent, après tout. Ce n'est pas un vrai dédoublement, mais ça y ressemble. Je secoue la tête : impossible de créer un Golem en prison.

- Tout va bien ? me demande George en prenant un pot devant moi.

- Oui, oui, je réfléchissais, désolée, dis-je en me reconcentrant sur mon croquis de belladone.

- C'est l'affaire Black qui vous perturbe autant en ce moment, Erell et toi ?

- Hein ? Non, non, pas du tout, ne t'inquiète pas, j'avais juste la tête ailleurs !

Je lui adresse un sourire évasif avec un petit geste de la main pour lui signifier de ne pas s'inquiéter. Ils ont peut-être entendu des rumeurs concernant l'incident, mais ils ne savent rien de plus que la crise de panique. Quelque part, j'aimerais bien leur en parler pour qu'ils comprennent, mais je n'en ai pas envie – ce n'est pas à moi de le faire. Et je ne veux pas qu'il s'imagine que je panique à cause de Black, ce serait ridicule ! George hausse les épaules et tente de rempoter sa bouture, puis pousse un soupir exagéré.

- Fred, j'ai compris : c'est le début de la fin, elles sont en train de devenir des Préfètes-zombies !

- Quelle horreur ! s'exclame l'intéressé en lâchant sa truelle dans un élan dramatique. Si seulement maman nous avait laissés enfermer Percy dans la pyramide, il n'aurait pas pu les contaminer !

- Vous êtes vraiment les pires frères, dis-je en riant.

- Et encore, on n'avait pas eu le temps de l'envelopper de bandelettes, fait George.

- C'est pas de notre faute, il nous avait fait subir un débat avec le guide pour savoir comment le sphinx avait réellement perdu son nez, c'était insoutenable !

Je les écoute me raconter des anecdotes que j'ai déjà entendues mille fois, mais qui me font toujours autant sourire. Ils sont vraiment heureux d'avoir pu revoir leurs deux grands frères, ça s'entend.

- Charlie nous a même donné des conseils pour l'équipe cette année, grâce à ça Dubois ne tarit pas d'éloges à notre sujet, pouffe Fred. Je pense qu'il est presque prêt à nous masser les pieds et les épaules à chaque fin de séance tellement il est déterminé à gagner !

- Tu veux dire qu'il ne vous brutalise pas cette année ?

- Si, mais avec amour, rétorque George doctement. On est des "batteurs imbattables", de toute façon !

- Fais attention, si vous gonflez autant des chevilles, vous risquez d'avoir des difficultés à voler, et la coupe nous reviendra encore plus facilement, me moque-je.

Mais, deux jours plus tard, à l'entraînement de Quidditch, je déchante totalement. Cedric a beau faire de son mieux, les recrues de cette année restent des débutants. A part Tyler et moi qui avons gardé nos postes de Gardien et de Poursuiveuse, et Cedric qui bien sûr reste Attrapeur, il n'y a que des nouveaux de troisième et quatrième année. Sauf Phoebe Brooke, une élève de sixième année prête à balancer des Cognards sur les Serpentards – et particulièrement sur son ex-petit copain Adrian Pucey, si j'ai bien compris.

- Phoebe, tu as beaucoup de force de frappe, mais il va falloir que tu travailles ta précision. Vous allez faire un exercice entre Batteurs : espacez-vous d'environ vingt balais, et faites vous des passes à l'aide de votre batte en essayant de bouger le moins possible. Holt, tu vas me faire une série d'échauffements précis sur les déplacements rapides d'un but à l'autre, et dans dix ou quinze minutes, vous ferez un exercice tous les trois. Les Batteurs, vous enverrez des balles à l'aide de votre batte dans les anneaux, et Holt tu essaieras de les attraper. Quant à vous les Poursuiveurs...

Cedric nous explique qu'il va nous faire travailler sur sa spécialité, les virages rapides et serrés, et nous fait aussi faire plusieurs exercices sur notre dynamique de groupe. Je me sens un peu rouillée et un peu déstabilisée par le fait que Jude n'est plus ma coéquipière, mais au fur et à mesure de la séance je sens qu'on progresse bien. La patience de Cedric est sans limite, et elle fait ses preuves !

- Bravo, tu gères comme capitaine ! je le félicite en lui donnant un petit coup sur l'épaule sur le chemin des vestiaires.

- Merci, répond-il humblement, mais c'est vous qui faites le gros du travail. Je pense que si on continue comme ça, on pourrait bien donner du fil à retordre aux autres maisons !

- Je commence à hésiter entre la gloire ou rester en vie, dis-je en riant. J'ai peur que Dubois nous réduise en cendre s'il perd cette année.

- Il est trop bon joueur pour ça, et puis, ou serait l'intérêt de la coupe s'il n'y avait pas d'enjeu ? me demande-t-il avec malice.

Je le sens quand même un peu soucieux, mais je n'insiste pas. Il faut dire que face au trio Flint, Dubois et Erell... il y a de quoi s'inquiéter.

- Par contre, je me demande ce que Flint nous réserve, lâche-t-il enfin. J'ai l'impression qu'il risque de changer le calendrier à cause de son Attrapeur...

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Tu n'as pas entendu le jeune Malefoy se plaindre de sa blessure au bras ces derniers temps ?

- Si, ça me dit vaguement quelque chose, mais pourquoi changer le calendrier ?

- Apparemment, la blessure que lui a infligée l'hippogriffe d'Hagrid est très sérieuse, mais Flint n'a pas refait de sélection... Je pense qu'il va en profiter pour échanger leur place soit avec nous, soit avec les Serdaigles pour le premier match contre les Gryffondors.

- Ça veut dire qu'il faut qu'on soit prêts éventuellement pour octobre ? je m'exclame avant de baisser la voix pour que le reste de l'équipe ne nous entende pas. Mais on ne le sera jamais !

- Il faudra bien, c'est un scénario à envisager. C'est pour ça que je voulais demander ton avis : si j'augmente les sessions d'entraînement, est-ce que ça te paraît exagéré ou pas ?

Je prends un moment pour réfléchir. Je sais qu'il me demande ça par rapport à notre rôle de Préfets, puisque j'ai déjà quelques punitions d'élèves à surveiller et à cause des tours de ronde. Mais il doit faire tout ça aussi, si ce n'est plus. Et on n'est vraiment pas au point niveau Quidditch. Je pousse un long soupir.

- Non, ce n'est pas exagéré, au contraire, on va en avoir besoin. En plus, Gryffondor a la meilleure équipe de l'école. Ça fait trois ans qu'ils jouent tous ensemble, c'est un gros avantage.

- Et ça ira, pour travailler ?

- J'essaierai de réguler ma procrastination en m'avançant sur mon travail pendant que je surveille les autres copier des lignes, dis-je en plaisantant. Ce sera moins une perte de temps. Ou alors, je peux demander à Erell et Emma de me faire un emploi du temps de travail personnel ?

- Ça pourrait effectivement fonctionner, rit-il avec soulagement. Bon, en tout cas ça me rassure, on va pouvoir constituer une vraie bonne équipe rapidement si on augmente un peu le rythme. Je ferai peut-être des entraînements particuliers selon les emplois du temps des nouveaux.

- Fais attention à toi aussi quand même, ménage-toi un peu... Je n'ai pas envie que mon capitaine d'équipe fasse un malaise en plein match ou en pleine ronde!

- On dirait Tyler, sourit-il en entrant dans une cabine pour se changer.

Je regarde la porte de sa cabine pendant un instant : Cedric est du genre à s'acharner au travail, j'ai peur qu'il en fasse trop... Je devrais sans doute en parler avec Tyler. Pendant que j'enfile ma robe de sorcière – le nouveau déodorant magique que j'ai acheté sur le Chemin de Traverse marche du tonnerre ! – je me rappelle l'histoire de l'hippogriffe. A cause de la griffure de Malefoy, Hagrid n'a même pas pu nous faire cours sur ces créatures, à mon plus grand désespoir. J'aurais tellement aimé monter sur un hippogriffe ! Bon, leur bec m'aurait sûrement terrifié, mais quand même, c'est autre chose que les Veracrasses et les Croups... Pauvre Hagrid, il doit avoir le moral dans les chaussettes en ce moment. Ce serait bien de lui rendre visite bientôt. Ça ferait sans doute même du bien à Erell, ça lui changerait les idées.

Je lui propose ce plan de visite lorsque je la rejoins dans la bibliothèque pour travailler sur notre parchemin de Potions à rendre pour le prochain cours. Elle travaille déjà à une table en compagnie d'Emma et Rose.

- C'est une bonne idée, approuve-t-elle avec un sourire, on pourrait même passer chercher des gâteaux aux cuisines. L'entraînement s'est bien passé ?

- Oui oui, ça va ! Cedric est un super capitaine, je pense qu'on va réussir à progresser assez pour avoir un niveau correct. Surtout qu'on est trois vétérans.

- Ça ne m'étonne pas, répond Erell en hochant la tête gravement. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais heureusement que Davies est dans mon équipe, si je n'avais eu que des nouvelles recrues ça aurait sans doute été plus compliqué...

- Tu m'étonnes ! En vrai, chapeau de cumuler les deux postes, tous les deux, je sais pas comment vous faites !

La plume d'Emma, à droite d'Erell, casse soudain. Étonnée, je tourne la tête vers elle, mais Erell n'y prête pas attention. Emma peste à voix basse, les joues rouges, comme si je l'avais surprise en train de cambrioler le bureau de Flitwick.

- Vous pourriez parler moins fort, siffle-t-elle, c'est tellement crispant que j'en ai cassé ma plume.

- Tiens, en voilà une autre, fait Rose en lui tendant une plume pour briser la tension. Emma, tu pourrais me redire ce que tu as écrit pour les propriétés de la poudre de pierre de lune ? Je suis aussi perdue avec le sirop d'hellébore...

Rose me fait un petit signe discret de laisser tomber et m'adresse un regard d'excuse. Je la remercie d'un signe de tête, même si le comportement d'Emma m'agace fortement.

- Bon, du coup, on se dit qu'on ira voir Hagrid samedi ? je reprends à voix plus basse.

- Après mon entraînement, ça me va, approuve Erell. On n'aura qu'à se retrouver dans le parc.

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L'un des avantages de notre emploi du temps, cette année, c'est de terminer la semaine avec Divination. Bon, pour certains, c'est pénible parce qu'ils préféreraient rentrer à la salle commune, mais moi ça me donne l'illusion de travailler tout en ne me prenant pas la tête. C'est par-fait. J'en deviens presque impatiente de voir les lunettes en culs-de-bouteille de Trelawney. Enfin, c'est peut-être aussi parce que j'ai quelques questions à lui poser par rapport au livre que j'essaie de lire depuis quelques jours. La Projection du Corps Astral, de Septima Flottenlair. Je suis tombée dessus en flânant dans la bibliothèque, ou en procrastinant selon le point de vue, et j'avoue que j'ai été attirée par la couverture sertie de pierres précieuses et le dessin de couverture. Il représente une silhouette de laquelle semble s'extraire un corps de fumée.

De ce que j'ai pu lire, l'être fantomatique qui se détache de la silhouette représente une forme de l'âme qui se détache du corps, mais je n'arrive pas à savoir s'il s'agit d'une fantaisie inspirée de la magie comme on peut en trouver dans les librairies Moldues. Je n'ai pas osé demander à mes amis ou aux autres professeurs de peur qu'il ne me prennent pas au sérieux... s'il y a bien une professeur qui m'écouterait à ce sujet, c'est elle. En arrivant devant la trappe, enfin, plutôt dessous, je commence à me demander si je ne me fais pas des illusions avec ce "corps astral". C'est sans doute aussi fumeux que n'importe quelle explication que Trelawney pourrait m'en donner... non ? Pourtant, si Dumbledore l'a engagée, c'est bien parce qu'elle doit en connaître un rayon, même si sa pratique laisse à désirer. Enfin je suppose. Rah, c'est sans doute inutile que je lui en parle, c'est idiot. Je tapote nerveusement le livre qui me préoccupe à l'intérieur de mon sac.

- Tu stresses, Susan ? me demande gentiment Emily Maple, une camarade de Poufsouffle. Tu sais, on n'a pas d'interrogation surprise avec Madame Trelawney, il ne faut pas s'inquiéter.

Je me tourne vers elle, un peu déconcertée, puis mes neurones se reconnectent et je lui réponds en souriant que c'est sympa de sa part de s'inquiéter, mais que je ne suis pas plus stressée que ça. Elle m'offre un regard compatissant, semble hésiter puis met sa main sur mon épaule en signe de réconfort, avec un sourire franc. Je me sens rosir légèrement alors qu'elle retourne discuter avec son amie Bonnie. Marrant, je viens seulement de remarquer à quel point sa nouvelle teinture acajou allait vraiment bien à son visage. Rose et Erell arrivent juste au moment ou le professeur Trelawney ouvre sa trappe.

- Prêtes à replonger dans l'exploration de nos rêves ? je leur demande en soupirant, avant de m'affaler dans mon fauteuil.

- Tu parles, fait Rose à voix basse, je suis en binôme avec Helen, j'ai pas intérêt à dire n'importe quoi si je ne veux pas être en première ligne des potins !

- Bon courage, je lui murmure avec un petit geste d'encouragement auquel elle répond par une moue désabusée. Tu sais quoi Erell, je suis contente d'être en binôme avec toi.

Elle me sourit, mais elle semble un peu préoccupée. Je garde contenance, et lâche avec un détachement apparent.

- Ça va ?

- Hm ? Oui, oui, ça va... C'est juste que, comment dire, le thème de cette année ne m'enchante pas royalement. J'aurais préféré continuer à inventer n'importe quelle bêtise sur les cartes du ciel, en plus ça nous faisait réviser l'astronomie...

Je comprends qu'elle n'a pas dû faire des rêves agréables ces derniers temps. Tu m'étonnes.

- Au contraire, on peut encore plus inventer n'importe quoi, elle ne pourra pas le vérifier, dis-je en tentant de lui remonter le moral. Ceci dit, pas plus tard que cette nuit j'ai rêvé d'un truc de fou : j'étais complètement fascinée par des vortex lumineux et des aurores boréales qui apparaissaient dans le ciel ! Et y avait aussi des étoiles filantes qui laissaient une traînée arc-en-ciel. Et je ne savais pas si je devais m'enfuir ou pas, j'avais l'impression qu'elles allaient m'offrir un pouvoir magique maudit si j'étais touchée par leurs radiations. Mais c'était énorme ! Vraiment trop beau.

- Je crois que c'est pas au professeur Trelawney mais à Madame Pomfresh que tu devrais raconter tout ça, fait Erell avec un sourire.

- Bonjour, chers élèves, fait soudain la voix éthérée de Trelawney. Comme je vous l'ai expliqué la dernière fois, nous allons continuer de travailler sur les rêves, puisque je pressens que vous aurez sans doute à interpréter un songe lors de l'examen des BUSEs.

- Heureusement que c'est au programme de l'année, ironise Erell en levant les yeux au plafond.

- Mais aujourd'hui, nous n'utiliserons pas le merveilleux manuel d'Inigo Imago – eh oui, mon cher M. Lautner, pas besoin de sortir L'Oracle des Rêves de votre sac, je vous ai évité cette peine de justesse...

Je pouffe de rire, car je sais pertinemment que Tyler n'a pas acheté le manuel cette année et qu'il comptait suivre sur celui de son binôme Tony Belley.

- Mon troisième œil me pousse à vous faire une séance quelque peu... particulière, poursuit la professeur sans se départir de ses manières mystiques. Je sais que plusieurs d'entre vous ont eu des rêves particulièrement fertiles cette nuit, et c'est pour cela que je souhaite qu'un ou une volontaire vienne les raconter à la classe, qui se chargera ensuite d'en soulever le voile.

- Sans nous aider du livre ? demande Emily d'un air inquiet. Mais euh... On ne doit pas encore être capables de maîtriser les bases, si ?

- Laissez parler votre intuition, jeune fille, éveillez votre sixième sens ! Je suis sûre que vous réussirez à saisir le sens profond des rêves de votre camarade...

Elle lance un regard à la ronde, comme pour chercher le valeureux volontaire qui improvisera ses prémonitions. Evidemment, tout le monde est recroquevillé sur son fauteuil, sauf Tony Belley qui est fasciné par le feu de cheminée. Le regard de Trelawney s'attarde sur notre table, et Erell me lance un regard un peu paniqué. Je prends une grande inspiration, puis lève la main fébrilement.

- Oui, Miss Smith ? Vous souhaitez vous porter volontaire ?

- Tout à fait, j'ai fait des rêves assez... surprenants, et j'aimerais les soumettre à votre interprétation, professeur.

- Ce sera une interprétation collective, chère enfant. Placez-vous dans ce fauteuil, devant, et prenez un petit temps de méditation pendant que nous relions nos énergies et ouvrons nos âmes pour accueillir vos rêves.

Super, me voilà en plein cours de théâtre, en fait ! Je me lève en contenant une grimace, tandis que Trelawney intime aux élèves de se prendre par la main pour former une "chaîne d'énergie". Elle tient fermement la main droite de Tyler et la main gauche de Rose, qui ont une expression presque écœurée. Heureusement que la professeur ferme les yeux, sinon elle me verrait me retenir de rire. Enfin, jusqu'à ce qu'elle me dise :

- Allez-y, Miss Smith. Le flux d'énergies est propice !

Je déglutis avec difficulté. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer ?! Je me tourne vers Erell, qui a l'air d'être à la fois désolée et en même temps sur le point d'exploser de rire. La revoir en meilleure forme me redonne courage, je n'ai qu'à raconter des trucs bêtes. J'expose donc le rêve plein de vortex et autres aurores boréales fascinantes, d'étoiles filantes qui laissent des traînées arc-en-ciel, en rajoutant par-ci par-là quelques détails inventés sur un rendez-vous chez Madame Pieddodu avec des amis et d'autres péripéties :

- … la décoration changeait totalement, c'était tout bleu et orange ! Je crois qu'il y avait aussi des bougies volantes qui tournaient tout autour de moi. Euh... mais, oui, j'étais toujours attirée par les visions lumineuses que je voyais par la fenêtre. Voilà voilà.

J'entends un léger rire étouffé, mais je n'arrive pas à déterminer si c'est Erell ou Tyler car je garde mes yeux fixés sur le visage de Trelawney. Cette dernière finit par ouvrir les yeux. Elle a l'air un peu déçue que je me sois arrêtée.

- Bien, eh bien... c'est un début, bon début Miss Smith. J'aurais souhaité, peut-être, un peu plus de détails et d'élaboration, mais nous reviendrons à vous plus tard. Qu'avez-vous donc perçu, chers enfants ?

A mon tour de cacher mon hilarité devant le mutisme de mes camarades. Faut dire que je ne les ai pas aidés. Tony et Emily tentent de baragouiner quelques réponses, en rapport avec l'éveil de l'esprit à "l'au-delà", mais Tyler ne manque pas de faire une blague :

- Je pense surtout que Susan a bu du Whisky Pur Feu ou de l'Essence de Folie hier soir !

- M. Azelos, vous brouillez les ondes de la divination, dit le professeur Trelawney d'un ton plus sec qu'à l'accoutumée. Miss Maple, vous avez entièrement raison, les aurores boréales sont le signe d'un don de vision, tout comme les arcs-en-ciel sont la liaison entre les mondes...

- Susan aurait donc un don de voyance, professeur ? demande Erell avec tout le sérieux possible qui puisse contenir son hilarité.

- Mais très certainement, Miss Donnovan, ce rêve démontre une véritable affinité avec les voies obscures de la destinée ! Nous ne pouvons qu'espérer que les étoiles filantes, qui prédisent la réalisation d'un souhait, soient le signe que Miss Smith réussira à accomplir cette liaison entre notre monde et l'Au-delà...

- Mais, et les bougies ? fait Rosalie d'un ton faussement innocent pour continuer à la faire parler. Je n'arrive pas à les interpréter, professeur.

Tandis qu'ils se retiennent tous de rire en écoutant ses explications abracadabrantes sur ma découverte de la raison de je-ne-sais-quel conflit et l'approche de je-ne-sais-quel autre danger mortel imminent, je reste plongée dans mes pensées. C'est peut-être le moment de lui poser des questions sur la projection astrale, non ? Si je fais passer ça pour un rêve, ça peut même la faire parler jusqu'à la fin de l'heure. Les autres penseront qu'il s'agit d'une invention de ma part et ne me prendront pas trop au sérieux. Il faut juste que j'arrive à faire passer ça pour un rêve... Je repense à la couverture sertie de pierres précieuses du livre de Septima Flottenlair, à l'illustration du corps fantomatique, pour faire venir l'inspiration.

- … et si nous passions à quelqu'un d'autre ? Miss Donnovan, peut-être ?

- Professeur ! je m'exclame avant qu'Erell n'ait le temps de répondre. Je viens de me souvenir... je crois que j'ai rêvé que je dormais, et...

- Poursuivez, chère enfant ?

- Je dormais dans mon rêve, chez mes parents, et comment dire, je me... séparais de mon corps ? Je pouvais me voir de l'extérieur, vous voyez, mais pas comme quand on change de perspective dans un rêve, c'était vraiment comme si je sortais de mon corps et que j'étais une sorte de fantôme... Mais je n'étais pas inquiète, parce que je savais que je pouvais rentrer dans mon corps, vous voyez ? Comme si je m'étais scindée en deux, avec un corps physique et...

- Un corps astral, murmure-t-elle.

Bingo ! Elle sait donc ce que c'est ! Enfin, loin de moi l'idée que Trelawney soit un puits de science, mais... j'ai vraiment envie d'en savoir plus à ce sujet.

- Est-ce que vous pourriez nous en parler, professeur ? je demande avec espoir. J'ai tenté de consulter un livre de Septima Flottenlair à ce sujet, mais il était peu explicite... J'espérais que vous pourriez nous en dire plus.

- Bien sûr, très chère, répond-elle flattée mais plus pâle qu'avant. C'est une branche de magie peu maîtrisée en Occident, voyez-vous, qui croise les domaines de la Métamorphose et de la Divination... Elle permet au sorcier ou à la sorcière de sortir de son corps physique pour n'être plus que sous forme psychique, et le place dans un entre-deux entre le monde des vivants et... le monde des morts.

Pour une fois, nous sommes réellement captivés par son ton outrageusement dramatique.

- Il faut un grand pouvoir magique et surtout un grand don pour l'art de la Divination, ajoute-t-elle en fusillant du regard Tyler qui fait semblant de toussoter.

- Professeur, si le corps astral relie la Métamorphose et la Divination, pensez-vous qu'avec le professeur McGonagall...

- Hélas, ma pauvre chérie, Minerva ne possède pas un troisième œil... assez ouvert pour nous permettre d'enseigner ensemble quelque chose d'aussi délicat que la projection du corps astral.

- Et vous ? demande Erell, qui a l'air d'avoir compris que je ne parlais pas vraiment d'un rêve.

- Miss Donnovan, ce serait me confier bien trop de responsabilités, fait Trelawney en replaçant dignement son châle par-dessus son épaule. Car, mes chéris, ne vous y trompez pas : il s'agit d'un art terriblement mortel pour qui ne sait s'y prendre ! Un corps et une âme ne peuvent vivre longtemps séparés... Et malgré votre rêve prometteur, vos auras ne sont pas suffisamment éveillées.

- Et, une dernière question, professeur..., dis-je en posant enfin la question qui me brûlait les lèvres. Est-il possible de manipuler des objets du monde physique tout en étant sous forme psychique ?

- Danger, catastrophe ! souffle-t-elle les yeux écarquillés. Gare à celui qui s'aventure à briser les jonctions entre les mondes, car les conséquences seront terribles !

Un silence suit ses paroles, bientôt entrecoupé par le son de la cloche qui sonne la fin du cours. Comme à la fin d'un film, tout le monde ramasse ses affaires, prêt à s'en aller. Je retourne chercher ma cape et mon sac posés sur mon fauteuil. "Briser les jonctions entre les mondes". Elle n'a pas dit que c'était impossible. Je suis toute surexcitée à l'idée qu'il est possible de s'évader ne serait-ce qu'un moment de son corps physique. Ça doit être une expérience dingue ! Un tourbillon de questions m'empêche presque d'entendre que Trelawney nous donne pour consigne de tenir un journal de nos rêves. Est-ce qu'on a la même forme que notre apparence physique ou est-ce qu'on est juste une espèce de lumière qui bouge ? Est-ce qu'on peut voir des choses qu'on ne voit pas dans le monde réel ? Le corps astral, c'est genre notre "âme" ? A quel point est-ce que l'on peut s'éloigner de notre corps sous cette forme ? Genre, si je suis dans les dortoirs, est-ce que je peux aller jusqu'à la Forêt...

Une sueur froide me fige un instant, et j'entends vaguement Erell me demander si ça va. Je hoche la tête, tandis que Rose et Erell s'apprêtent à se diriger vers la trappe. J'avais oublié la présence des Détraqueurs tout autour du château. Les Détraqueurs aspirent l'âme des corps, non ? Est-ce qu'ils pourraient sentir une âme sans corps ? Ça pourrait être dangereux... à moins que... Une pensée vient de s'imposer à mon esprit : et si Sirius Black avait réussi à s'enfuir de cette manière ? Ewan n'a peut-être pas complètement tord avec son idée de dédoublement... Alors que nous arrivons toutes les trois à la trappe, la voix de la professeur résonne dans notre dos :

- Si vous souhaitez faire l'expérience du voyage astral, mes chéries... ouvrez vos chakras !

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- Et tu dis que ce Jason Rathbones est resté coincé dans le trou de l'escalier une bonne quinzaine de minutes avant que tu ne le retrouves ? fait Hagrid avec un rire guttural.

- Oui, en plein milieu de la ronde il m'a dit qu'il fallait que je l'attende parce qu'il avait entendu un bruit suspect, alors qu'en fait il voulait juste se dépêcher d'aller aux toilettes... résultat, il s'est coincé le pied dans la marche farceuse avant que j'aille voir ce qu'il se passait. Il m'a fichu une de ces frousses, j'ai cru qu'il s'était vraiment fait attaquer par quelque chose !

- Mais il ne t'a pas appelée ? je demande entre deux hoquets de fou rire.

- Non, il avait trop honte, soupire Erell en levant les yeux au ciel. Résultat, on a perdu au moins cinq minutes avant de le sortir de là... et lui a failli en perdre la moitié de son pantalon.

Hagrid et moi redoublons d'hilarité.

- Heureusement que Peeves n'est pas tombé sur lui à ce moment-là, il n'aurait pas fait long feu ! je m'exclame.

- Maintenant que tu le dis, c'est peut-être aussi pour ça qu'il ne m'a pas appelée à la rescousse, fait Erell d'un air songeur.

- Pfiou, ça me fait du bien de rire comme ça, dit Hagrid avec un grand sourire malgré ses yeux humides. Depuis l'accident avec le jeune Malefoy...

Erell et moi échangeons un regard. C'est encore un sujet sensible, ça se sent. J'ai toujours de la rancœur envers Malefoy de nous avoir privé des cours sur les hippogriffes – certes, ils ne sont pas au programme des BUSEs, mais un ou deux cours ç'aurait été vraiment chouette !

- Fred et George nous ont raconté ce que Ron leur a dit, c'est un accident, certes, mais si j'ai bien compris Malefoy n'a pas respecté les consignes de sécurité, dis-je prudemment. Il ne faut pas s'en vouloir, Hagrid, c'est un garçon assez... vantard, il a sans doute voulu faire le malin et ça s'est retourné contre lui.

- Mais son père est très influent, frissonne Hagrid. L'année dernière, c'est lui qui...

Sa phrase reste en suspens, mais nous avons compris ce qu'il voulait dire. C'est à cause du père de Malefoy qu'Hagrid s'est retrouvé emprisonné injustement, et ce sale gosse ne s'est pas privé de s'en vanter. Je sens la colère gonfler dans ma poitrine. Comment est-ce possible d'être aussi mesquin et cruel ?

- Je risque de perdre le poste que le professeur Dumbledore m'a si généreusement confié, gémit-il.

- Ne vous en faites pas, Hagrid, fait Erell d'une voix ferme. Mon père travaille au Ministère, et il est heureusement plus respectable et respecté que Mr Malefoy. Si je lui expose la situation, il pourra intercéder en votre faveur, Lucius Malefoy ne pourra pas vous priver de ce poste.

- Et le père de Cedric travaille au Département de... de quoi déjà, Erell ?

- Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, enchaîne-t-elle en hochant vigoureusement la tête. Vous ne serez pas renvoyé, Hagrid, je vous le garantis ! Tant que vous ne recevez pas de courrier du Ministère, ne baissez pas les bras. Vous pouvez compter sur nous !

- Vous êtes gentilles, dit-il en écrasant une larme. Surtout, je ne supporterais pas qu'ils touchent à une plume de Buck... Vous voulez le voir ? Il profite des derniers jours de soleil dans le potager.

J'acquiesce avec joie, ce qui agrandit son sourire. Mais une fois arrivée dans le potager, je n'en mène pas large. Il est quand même beaucoup plus grand de près que ce que je pensais. Erell commence à se courber devant la créature, et je l'imite avant de croiser le regard de Buck. Je n'ose pas relever la tête avant que Hagrid nous lance un joyeux "Vous pouvez relever la tête, Bucky est content d'avoir de la visite !". Il est déjà à côté de lui et lui gratte la mâchoire inférieure avec affection. L'hippogriffe semble apprécier, puisqu'il se laisse faire volontiers, les yeux mi-clos.

- Approchez, approchez, n'ayez pas peur ! Depuis que les autres hippogriffes sont partis, il s'ennuie, le pauvre...

Il semble réprimer un sanglot, et nous fait signe de venir vers lui. Il nous montre comment le nourrir et où le caresser. Son visage est illuminé par une passion communicative tandis qu'il nous explique tout ce qu'il sait de Buck et des hippogriffes. Erell et moi sursautons à chaque fois que la créature s'ébroue ou tape du sabot, mais c'est beaucoup plus passionnant que les cours qu'il nous donne en Soins aux créatures magiques... S'il pouvait retrouver cette passion au lieu du stress pour nous parler des Croups, ce serait fantastique ! Parce qu'à part le détail de la queue, j'ai vraiment l'impression de m'occuper d'un banal chien... La conversation finit par dériver vers les autres cours.

- Les professeurs Rogue et McGonagall sont de plus en plus stricts, et même le professeur Flitwick commence à s'y mettre aussi, je soupire. C'est pourtant dans longtemps, ces foutus examens !

- C'est pour votre bien, fait Hagrid d'un ton plus que convaincu. Et le professeur Lupin, comment sont ses cours ?

- Très différents de ceux du professeur Lockhart, s'esclaffe Erell. Je pense qu'il est aussi compétent que le professeur Lockhart était incompétent.

- C'est dire ! rit Hagrid de bon cœur.

- Alors maintenant tu admets vraiment que Lockhart était une vaste fumisterie ? dis-je avec un sourire fourbe.

- Je l'ai toujours admis, j'avais simplement du respect envers son titre de professeur, répond Erell d'un air faussement indigné avant de me tirer la langue.

- Ça ne me surprend pas que Remus Lupin soit un bon enseignant, dit Hagrid l'air songeur. Il a toujours été très bon élève. Je l'aurais plutôt imaginé en Botanique, peut-être, ou en Sortilèges... c'était un jeune garçon très calme, sauf quand il était entraîné par ses amis pour faire les quatre-cents coups...

- Vous l'avez connu élève à Poudlard ? demande Erell, étonnée et curieuse.

- Bien sûr ! Il était élève la même année que le professeur Rogue, et le professeur McGonagall était déjà jeune professeur, sourit Hagrid en arrangeant quelques plantes du potager. Quand je vous vois toutes les deux avec les jumeaux Weasley, vous me faites souvent penser à leur bande, Lupin, Potter, Black et...

Hagrid se relève soudain, les joues écarlates comme à chaque fois qu'il en a trop dit ou pas assez. Il pose sa large main devant sa bouche, les yeux écarquillés.

- Black et Potter ? souffle Erell. Comme... Sirius Black et Harry Potter ?

- Je ne... J'ai du travail à faire pour les cours de lundi, je dois y aller. Oubliez ce que je vous ai dit et rentrez donc au château, je suis sûr que vous avez aussi beaucoup de travail à faire ! Des Préfètes qui passent leurs BUSEs, et qui viennent discuter un samedi après-midi, ce n'est pas sérieux. Nous nous reverrons en cours, dépêchez-vous de rentrer réviser !

Ainsi congédiées, nous rentrons au château totalement abasourdies.

- Le professeur Lupin était ami avec Black ?! je répète, incrédule. Et Black était à Poudlard ?

- C'est peu surprenant, dit Erell en fronçant les sourcils. C'est la seule école de sorcellerie du Royaume-Uni, et toute la grande famille des Black est passée par Poudlard. Ce qui m'intrigue, c'est qu'encore une fois cela tourne autour de la famille Potter...

- En même temps, le pauvre Harry a concentré toute l'attention des mages noirs alors qu'il n'était qu'un bébé... Et Black était un proche de Tu-sais-qui, non ? S'il connaissait son père, il doit être mêlé de plus ou moins loin à l'assassinat des Potter.

- En tout cas, je ne sais pas qui était le quatrième, mais la bande n'a pas dû faire long feu si l'un d'entre eux s'est rallié à Tu-sais-qui, qu'un autre est mort et que le dernier est aujourd'hui professeur remplaçant de DCFM...

.

Les jours passent et s'enchaînent, avec leurs lots de devoirs à rendre, d'élèves à surveiller, et de rondes à effectuer avec Preston Jones et Carrie Printon. Je ne sais honnêtement pas lequel des deux je préfère comme binôme : Preston n'arrête pas de parler, ce qui est sympa la première heure mais devient vite gonflant, tandis que Carrie est muette comme une tombe, ce qui devient aussi très vite pesant. Mais bon, ce n'étaient que nos premières rondes, ça s'équilibrera sans doute avec le temps ? J'ai quelques doutes pour ma prochaine ronde avec Carrie Printon, on est de garde le soir d'Halloween... Percy nous a bien précisé que nous avions le droit de participer au banquet, mais qu'à partir de vingt-deux heures nous devions assurer assurer "im-pé-ra-ti-ve-ment" notre tour de garde. J'ai essayé de faire une blague en demandant si c'était impératif même si on n'avait pas encore terminé notre flan, mais ça ne l'a pas fait rire du tout, j'ai même cru qu'il allait me réduire en miettes. Je me demande vraiment comment l'humour s'est distribué aussi inégalement dans la fratrie Weasley.

Quoiqu'il en soit, le 31 octobre, c'est aussi la première sortie à Pré-au-Lard, et ça c'est vraiment chouette. J'ai dû rappeler aux Poufsouffles de troisième année de bien prendre leur attestation. Heureusement, personne ne l'avait perdue et personne n'avait oublié de la faire signer, je n'ai eu à consoler personne ! C'est donc avec joie que je laisse tous les tracas de la vie scolaire derrière moi pour aller à Pré-au-Lard avec Erell, Fred et George samedi.

- Aaaaaah j'ai si hâte d'aller manger aux Trois Balais et de voir Madame Rosmerta ! je m'exclame, totalement surexcitée de sortir enfin du château.

- Tellement ! renchérit Erell. Mais d'abord on a plein de choses à faire, il faut que je passe absolument chez Scribenpenne et puis chez Derviche et Bang...

- … et Honeydukes, évidemment, je rajoute avec un clin d'œil.

- Personnellement, intervient Fred, j'ai prévu de passer toute la journée chez Zonko, il faut que je refasse mon stock de boules puantes.

Erell et moi échangeons un regard complice en nous mordant les lèvres pour ne pas rire. C'est à cause d'un subtil larcin de notre part que Fred n'a plus de boules puantes... pour le plus grand bonheur de nos narines.

- A ta place, je prendrais plutôt des Bombabouses, ça pue autant mais au moins c'est marrant quand ça explose, dis-je d'un ton faussement innocent.

- Mais oui, t'es un génie Susie !

- Heureusement que nos Parfaites Préfètes sont là pour nous souffler des idées de bêtises, dit George en riant.

- Oh, il faut absolument que je rachète de la nourriture à Artemis ! s'exclame Erell. D'autres hibous ont picoré dans sa réserve, et en plus comme l'hiver arrive, mieux vaut en avoir plus que pas assez.

- Je pourrais prendre des croquettes spéciales pour mon chat aussi, c'est une bonne idée ! Ce sera son cadeau d'Halloween.

- D'ailleurs, en parlant de chats, est-ce que ça arrive que Kuroi attaque les animaux des autres élèves ? fait George en fronçant les sourcils comme s'il se souvenait de quelque chose.

- Normalement non, pourquoi ? Quand il était plus jeune, ça lui arrivait de courir après les rats de quelques élèves de Poufsouffle mais il n'en a jamais attaqué au point de les croquer ou les griffer. Ça ressemblait plutôt à un jeu.

- Je crois qu'ils sont éduqués à faire la différence entre les familiers des autres sorciers et les animaux sauvages à la Ménagerie Magique, intervient Erell. C'est un critère obligatoire du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, il me semble, pour la cohabitation des familiers.

- Pourquoi tu me demandes ça ? Mon chat a attaqué le rat de quelqu'un ? je demande, un peu inquiète.

- Non, non, pas le tien, celui d'Hermione, me rassure-t-il. Il a essayé de croquer Croûtard l'autre jour, et j'ai l'impression que c'est pas la première fois.

- Cette boule de poils orange a dû rater quelques sessions de dressage à la Ménagerie, ironise Fred. Avec sa face toute écrabouillée, là...

- Attendez, c'est qui Croûtard, déjà ?

- Le rat de Ronnie, me répond George. Enfin avant c'était celui de Percy, mais depuis que Ron est entré à Poudlard, il le lui a refilé avec joie.

- Moi qui pensais que Croûtard était le seul meilleur ami de Perce, dit Fred avec un sourire roublard.

- Et tu es sûr que le chat d'Hermione ne cherchait pas simplement à s'amuser ? reprend Erell.

- Et comment, grimace George, tu vois ce bleu ?

Il pointe du doigt son coude, effectivement meurtri.

- J'ai essayé d'attraper cette bestiole mais il était acharné, il n'y a que quand Hermione l'a attrapé dans ses bras qu'il s'est calmé.

- George est un grand blessé, il s'est sacrifié pour sauver Ronnie d'une sacrée crise cardiaque, pouffe Fred tandis que son frère essaie de lui envoyer un coup de pied.

- Boh, après tout, c'est un chat, ce n'est pas très surprenant que malgré son dressage il ait envie de chasser les souris, dis-je d'un ton dégagé.

- Hm hm, fait Erell d'un air à moitié convaincu. Ron pourrait éventuellement prendre une cage pour Croûtard quand il le sort de son dortoir ?

- Croûtard dans une cage ? Hahaha, crois-moi, on a essayé, rit Fred. Les combats les plus mémorables de Percy jusqu'à ce jour, je pense.

George nous explique que Croûtard devenait complètement cinglé dès qu'on essayait de le mettre dans une cage, quelle que soit sa taille : il se mettait apparemment à tourner dans tous les sens, à couiner en continu, à griffer et mordre tout ce qu'il avait sous la main – enfin, sous la patte. Mais j'ai vite oublié l'histoire en arrivant à Pré-au-Lard. On passe un temps fou chez Zonko et j'en ressors avec un savon sauteur pour faire une blague aux filles du dortoir, et des ballons lumineux increvables pour me faire pardonner en redécorant la chambre. Chez Honeydukes, Erell et moi dévalisons presque le magasin – j'ai assez de Suçacides et de Fizwizbiz pour tenir jusque Noël je pense – et je craque même pour un joli haut chez Gaichiffon.

Le ventre plein après notre passage aux Trois Balais, nous remercions chaleureusement Madame Rosmerta qui dit aux jumeaux qu'elle a croisé leur petit frère, qui d'après elle est "adorable, mais affreusement timide ! Sa charmante copine a été obligé de passer commande pour lui.". Ron va se faire charrier comme jamais, ce soir ! Avant d'aller chercher la nourriture de Kuroi et d'Artemis, Erell et moi nous dirigeons vers Scribenpenne. Tandis qu'elle cherche ce qu'elle voulait acheter, je flâne parmi les quelques rangées de livres qu'ils ont mis à disposition. Il y a évidemment L'Histoire de Poudlard en plusieurs exemplaires, plusieurs livres touristiques sur les environs de Pré-au-Lard que je feuillette pour voir ce qu'ils peuvent bien avoir à raconter sur ce trou perdu, un joli livre de contes illustrés... Je parcours les couvertures, quand soudain un grimoire, au bout de la rangée de livres, retient mon attention : Ouvrez vos chakras ! Un voyage insolite de l'intérieur vers l'extérieur : un best-seller de Phoebe Zharr.

Je ne sais pas en quelle année ça a été un best-seller, mais son succès n'a pas dû durer longtemps. Je le retourne, et bingo ! c'est un livre sur le voyage astral ! Il est beaucoup moins stylé que le livre de Flottenlair, mais ce sujet me rend trop curieuse : en l'ouvrant, je suis encore plus fascinée par les schémas et les tableaux qui y sont imprimés. J'hésite, puis en voyant qu'Erell n'a toujours pas payé, je finis par me diriger à pas rapides vers la caisse. Le vendeur hausse les sourcils en voyant le livre que je m'apprête à acheter. Il va faire un commentaire, je le sens, pitié non, c'était censé être un achat discret !

- Je ne comprendrai jamais l'attrait des élèves pour ces inepties, soupire-t-il.

- C'est pour un cadeau, je grommelle.

En lui donnant les huit Mornilles et dix Noises qu'il me réclame, je fourre le livre dans mon sac. Je n'aurai pas le temps de le lire ce soir, mais j'y jetterai un coup d'œil dès que j'en aurai le temps. Erell arrive pour faire ses emplettes, et nous retrouvons les garçons après avoir acheté les friandises pour nos animaux chez Derviche et Bang.

- Vous venez manger à notre table ce soir ? demande Fred avec entrain.

- J'aimerais bien, mais votre cher capitaine ne peut plus voir les joueurs de Poufsouffle et Serpentard en peinture, alors si je viens à votre table je risque de me faire trucider pour tentative d'espionnage... Venez plutôt à la table des Poufsouffles !

- Dubois va nous en vouloir si on fait ça, ce serait pactiser avec l'éventuel ennemi, objecte George.

- Hmpf !

- Je vous propose de fêter Halloween en territoire neutre à la table des Serdaigles, intervient Erell. Ça vous va ?

- Parfait, acquiesce-t-on tous les trois.

- Vous risquez vraiment de vous affronter au premier match ? demande Erell l'air de rien.

- Y a des chances, Bibine a prévenu Cedric qu'il fallait se préparer à un éventuel changement de programme...

- Et Dubois vient de se rendre compte de l'existence de Diggory, je pense que son Épouvantard pourrait bien se changer en Cedric qui tient la coupe, plaisante Fred.

J'ai un petit rire étouffé. Malgré le mauvais souvenir de l'Épouvantard, imaginer Cedric être la plus grande peur de quelqu'un est quand même particulièrement comique. Après être allée déposer mes achats dans nos dortoirs, le petit livre planqué dans ma table de nuit, je remonte vers la Grande Salle accompagnée de Judith et Djemilah. Nous nous installons toutes les trois à la table de Serdaigle où nous attendent Erell, Rose, Emma et les jumeaux. Je m'apprête à dire quelque chose lorsque qu'une tape dans le dos me coupe le souffle.

- Ben alors, vous alliez quand même pas envahir la table des piafs sans moi ! fait Lee tout joyeux dans mon dos.

- Tu sais Lee, la prochaine fois tu n'es pas obligé de me confondre avec un gong ! maugrée-je.

C'est vrai qu'on envahit littéralement la table de Serdaigle, tous les six : heureusement, pour le banquet, les élèves se mélangent plus que d'habitude, sinon on aurait droit à plus de regards courroucés que ceux de Pénélope Deauclaire et Irene Shelley. La soirée est géniale, entre les pâtisseries d'Halloween, les clowneries des trois Gryffondors, et les rires de toute la tablée, je ne vois pas le temps passer. Jusqu'à ce que Djem', assise en face de moi, toussote en regardant quelqu'un derrière mon épaule. Je me retourne, et ai le déplaisir de voir Carrie Printon se tenir debout, avec les bras croisés et le visage le moins avenant qui soit – c'est à dire avec l'air d'être encore plus irritée que d'habitude.

- Smith, il est bientôt 22 heures, on doit se retrouver dans le Hall à cette heure précise. J'ai bien fait de venir te chercher directement, on dirait.

- Il n'est même pas encore 22 heures pile, je proteste en rougissant violemment. J'arrive, j'ai bien le droit de profiter un peu du banquet jusqu'au bout, non ?

- Comme tu voudras, mais tu t'arrangeras avec le Weasley à lunettes.

Sur ces mots, elle fait brusquement demi-tour. Je m'excuse auprès du groupe, toujours aussi rouge que les étendards de Gryffondor, puis je suis Carrie Printon hors de la salle. Je bouillonne tellement d'un mélange de rage et de honte que j'ai à peine fait attention aux sourires compatissants de mes amis. C'est dans une ambiance glaciale que nous commençons notre tour de garde. Quelle garce de venir me gâcher ma soirée comme ça ! L'horloge sonne vingt-deux heures alors qu'on a fini de patrouiller dans tout le premier étage de l'aile ouest. Je ne peux pas m'empêcher de renifler fort pour évacuer ma colère, mais elle ne relève pas. Après avoir circulé dans une douzaine d'autres couloirs dans un silence de mort, je me risque à la regarder du coin de l'œil. Je m'attendais à la voir aussi énervée que moi, mais bizarrement elle a l'air plutôt sereine. Presque contente. Ma colère s'éteint un peu sous le coup de la surprise, et au bout d'une quinzaine de minutes je finis par parler avec toute la rancœur qu'il me reste :

- Ça te fait tant plaisir que ça de m'humilier devant mes amis ?

- De quoi ? fait-elle d'un ton de nouveau agressif.

- Je sais pas, t'as l'air satisfaite, et la seule raison que je puisse trouver à ta bonne humeur c'est d'être venue m'humilier quinze minutes en avance sur notre tour de ronde.

- Tout ne tourne pas autour de toi, Smith, répond-elle le visage fermé. Même si je reconnais que ta tête valait son pesant en Gallions.

- Peut-être que tout ne tourne pas autour de moi, mais je considère que je mérite des excuses, ou au moins une explication !

- Tu peux toujours courir, qu'est-ce que tu veux que je te dise si ce n'est que je prends mon rôle de Préfète plus au sérieux que toi ?

Je manque de m'étouffer, et je sens mes joues se colorer à nouveau.

- J'ai simplement profité du banquet d'Halloween ! Je ne sais pas si tu es au courant, mais ça n'arrive qu'une fois par an et c'est sans doute la meilleure soirée de Poudlard, presque mieux que Noël même ! Ce n'est pas de ma faute si tu n'as aucun sens de la fête !

Je me retiens de justesse de rajouter "ni aucun ami". Et heureusement, parce qu'il semble que j'aie déjà touché juste. Cette fois, c'est elle qui est écarlate et ses yeux sont luisants. Je perds toute l'assurance que m'avait procurée l'adrénaline de la colère.

- Ce n'est pas parce que toute l'école trouve ça fantastique et hilarant de se goinfrer pour la fête des morts que je dois trouver ça génial aussi, chevrote Carrie Printon d'une voix rauque en plantant son regard dans le mien. J'ai d'autres choses à commémorer le 31 octobre, excuse-moi d'avoir gâché ton plaisir.

Puis elle reprend sa marche, en me tournant le dos. Un souvenir me traverse : dans le compartiment des Préfets, dans le Poudlard Express, quand le Détraqueur est parti... "l'impression de revivre l'enterrement de ma mère". Je me mords les lèvres, la rattrape en deux grandes enjambées et nous continuons à marcher en silence.

- Je suis désolée, dis-je soudain. Je ne savais pas. J'ai trouvé ton attitude injuste, soit, mais ce que j'ai dit l'était aussi. Désolée.

- Comme ça on est quittes.

En arrivant au troisième étage, après être passées devant la statue de la sorcière borgne et tourné dans le couloir suivant, Carrie brise à nouveau le silence.

- Smith... J'ai l'impression d'être observée depuis tout à l'heure. Il y a quelque chose qui cloche.

- T'as entendu un bruit étrange ? je demande en levant ma baguette prudemment.

- Je... je ne sais pas. Je ne crois pas, enfin, peut-être que si...

- Lumos, je murmure. Pas de panique, c'est peut-être juste le chat d'un élève.

Je fais tourner le rai de lumière autour de nous, mais le couloir est aussi vide que silencieux. Je sens mon cœur battre un peu plus vite, mais ça a l'air d'être une fausse alerte. Au moment où je prononce "Nox", une autre source de lumière plus tamisée et faible apparaît. C'est un fantôme. Le Baron Sanglant semble glisser plus vite que jamais dans notre direction.

- Préfète Smith, Préfète Printon, vous devez impérativement retourner dans les sous-sols et vous rendre dans vos Salles Communes. C'est un ordre du Directeur. Suivez-moi, le temps presse.

- Que... mais, et la ronde ? bredouille Carrie.

- Elle est annulée. Ordre du Directeur.

- Que se passe-t-il ? Y a-t-il eu un accident dans les cachots ? Un autre troll ?!

- Pas de troll, mais bien une intrusion, répond le Baron Sanglant toujours aussi sérieux. Sirius Black est entré dans le château pendant le banquet et a tenté de rentrer dans la Salle Commune de Gryffondor.

- Oh par Merlin, je souffle en sentant un frisson parcourir mon corps.

- Vous êtes donc chargées d'escorter les élèves de votre maison jusqu'à la Grande Salle, poursuit le fantôme sans prendre en compte nos états d'âme. Ordre du Directeur.


Ta-daaam ! Encore un cliffhanger ! Merci de nous avoir lues, à bientôt pour un prochain chapitre ou à bientôt dans les commentaires. Bon confinement, profitez bien des Dragées Surprises et autres Bulles Baveuses, plein de love sur vous !