29. Tickets et astuces

Annabeth était trop surprise pour parler.

Ses pensées étaient blanches. Si elle était un ordinateur, son cerveau serait la roue qui tourne et crashe. Les mots de Nico tournoyaient dans sa tête comme un écho dans un canyon et elle sentit la rougeur lui monter aux joues quand elle assimila la question.

Est-ce que tu voudrais, euh, sortir avec moi un jour ?

C'était la dernière question à laquelle elle s'attendait à cet instant précis. Même lui demander si elle voulait faire un transplant de rein lui aurait paru plus logique.

- J'ai des entrées pour une exposition d'art, continua-t-il, sortant les entrées de leur place dans le livre.

Ils les utilisaient comme marque-page. Bizarrement, ce détail fit qu'Annabeth se sente mille fois pire.

- L'exposition est centrée sur les plans et designs d'architecture anciens, et je me suis dit, comme tu aimes l'architecture et j'aime dessiner, ça pourrait être chouette.

Il fit glisser les tickets sur table vers elle.

- Tu… elle avala difficilement. Attends, quoi ?

Nico sourit, baissant la tête timidement.

- Je suis le plus heureux quand je passe du temps avec les gens que j'aime bien, alors…

L'estomac d'Annabeth se remplit de plomb.

Elle n'était pas prête pas préparée. Avec le recul, elle aurait dû noter les indices. Mais comment avait-elle pu les rater tous ? Merde, elle se sentait bête. Toutes les fois qu'il avait rougi et souri quand elle arrivait dans la pièce. Elle avait cru qu'il était juste timide et étrange. Mais ensuite, elle se rappela la nuit à la plage, chez Jason, tous assis autour du feu, et Nico lui avait demandé si elle avait une copine. Elle avait cru qu'il faisait juste de la conversation amicale et… Oh mon Dieu. Oh mon Dieu.

Il la regardait attentivement, avec un sourire plein d'espoir, et il fit tourner son stylo nerveusement sous ses doigts, mais Annabeth ne pouvait pas le regarder dans les yeux. Elle ne voulait pas voir le moment exact où son cœur allait se briser en un million de morceaux, et elle ne voulait pas savoir qu'elle avait fait la première fissure avec une simple réponse.

Comment pouvait-elle lui dire non gentiment ? Comment pouvait-elle être douce et aimable ?

Trois situations se présentaient face à elle :

Elle pouvait être honnête et dire qu'elle n'était pas gay.

Elle pouvait lui dire qu'elle n'était pas célibataire.

Elle pouvait lui dire la vérité. Tout.

La dernière option était la plus attrayante, aussi fou que cela puisse paraître.

Elle ne voulait pas le perdre en tant qu'ami. Il était une des dernières personnes qu'elle avait connues dans cette école, mais il était devenu l'un de ses amis les plus proches. Quoi qu'elle dise maintenant pouvait tout ruiner en un instant. Tout aller changer. Les choses allaient être étranges, plus qu'étranges. Elle doutait qu'il allait vouloir la voir à nouveau. Il n'était qu'un gamin. Un gamin de quatorze ans avec le béguin pour quelqu'un.

Évidemment, elle n'avait pas les mêmes sentiments pour lui que lui pour elle. Et même là, il avait le béguin pour quelqu'un qui, techniquement, n'existait pas. Le Andy Chase qu'il aimait n'était pas réel. Elle n'avait jamais voulu lui mentir, elle n'aurait jamais cru que ça en arrive là.

Il s'était mis en avant, probablement se battant avec beaucoup d'insécurités en chemin, et elle allait devoir faire un choix.

Si elle lui disait la vérité, elle pouvait mettre en danger tout ce qu'elle avait travaillé dur pour obtenir, tout parce qu'elle ne voulait pas le blesser.

Mais dans cette seconde, Annabeth savait ce qu'elle allait dire, et c'était encore plus dur de l'admettre.

Elle avait déjà passé trop longtemps sans rien dire. Elle n'avait pas besoin de le voir pour savoir que le sourire de Nico avait disparu pendant son silence.

Une bulle de culpabilité se logea dans sa gorge.

- Nico, je… commença-t-elle, sans savoir où finir.

Ses yeux, comme attachés à un fil, s'encrèrent sur lui. C'était définitivement pire que ne pas le regarder, mais elle lui devait au moins ça.

Nico était pâle, encore plus pâle que d'habitude, et ses lèvres étaient serrées en une ligne fine pour cacher le tremblement de son menton. Il fut celui qui détourna le regard, cette fois-ci, peut-être pour cacher l'éclat qui s'étaient formé dans le coin de ses yeux.

- Écoute, dit-elle doucement. Je suis très flattée, mais je ne suis pas… je suis…

La vérité flotta dans l'air, prête pour qu'Annabeth la saisisse. Tout ce qu'elle avait à faire c'était dire à Nico qui elle était vraiment, et la douleur de Nico se transformerait en autre chose. La confusion, l'incrédulité, la rage… Tout serait mieux que le refus, à ce stade-là. Peut-être pourrait-il avoir quelque chose sur lequel se défouler pour qu'Annabeth ne se sente pas totalement comme la méchante de l'histoire.

- Nico, je suis…

Elle s'arrêta quand elle regarda par-dessus l'épaule de Nico et vit que Leo était sorti de derrière une étagère et les avait vus. Frank apparu derrière lui, et failli lui tomber dessus, car il ne s'attendait pas à ce que Leo s'arrête brusquement. Leo se dirigea vers leur table, avec un grand sourire, presque bondissant en voyant le cadeau de ce timing inconvénient (ou pas ?)

Voyant l'expression sur son visage, Nico se retourna et fit les deux autres à son tour. Avant que Leo puisse trop s'approcher, Nico reprit les entrées de la table et les fourra dans son sac. Ses cheveux cachèrent la rougeur sur ses joues quand il baissa la tête et prétendit faire ses devoirs.

- Yo, dit Leo en s'arrêtant à leur table.

- Sa… salut, Leo, Frank, dit Annabeth en faisant de son mieux pour paraitre naturelle, ce qui était très peu naturel.

Où était-elle sensée mettre ses mains quand elle était naturelle ? Elle se résigna à les croiser fermement contre sa poitrine.

Frank regarda Nico, qui refusait de reconnaître leur présence d'une manière autre qu'un léger grognement peu investit. Des ondes se dégageaient de Nico, et l'intégralité d'entre elles informaient Annabeth qu'il voulait être partout sauf ici. Elle fit de son mieux pour divertir l'attention des garçons loin de Nico.

- Qu'est-ce que vous mijotez ? demanda-t-elle.

Leo se mit juste derrière Nico et posa son menton sur la tête de Nico. Les épaules de Nico se tendirent.

- On vient ennuyer le maximum de gens, dit Leo en levant ses sourcils diaboliquement.

- Leo est… Je ne suis pas… dit Frank. On devenait fous à force d'étudier, donc on a pensé à monter un tournois de Mario Kart pour faire baisser la pression.

- Vous avez fini d'être nuls, vous pouvez vous joindre à nous ?

Leo tordit le cou pour regarder par-dessus la tête de Nico ce qu'il faisait, mais Nico se leva subitement, faisant presque tomber Leo.

- Je dois y aller, dit-il en fourrant des papiers dans son sac.

Tout le monde le regarda : Leo et Frank surpris, Annabeth misérablement.

- Ça va ? demanda Frank à Nico.

Mais Nico ne le regardait pas. Il regardait Annabeth. Ses yeux étaient terrifiés. Annabeth reçu le message haut et fort. Personne ne savait que Nico était gay, et ça devait rester un secret.

- Sur ce sujet, lui dit Nico, passant la sangle de son sac sur son épaule. Juste oublie ma question.

Annabeth essaya de dire quelque chose, mais elle ne trouva pas les mots, et Nico se faufila entre Leo et Frank et se dépêcha de passer entre les bureaux d'où le regardaient les autres élèves, embêtés d'être interrompus dans leur concentration mais ils retournèrent vite à leurs études après que Nico disparu derrière une étagère.

- C'était quoi, tout ça ? demanda Leo en regardant Annabeth pour la réponse.

Elle n'en avait pas. Elle se leva également, et prit ses affaires dans ses bras.

- Je vais devoir remettre les jeux vidéo à plus tard, dit-elle.

Elle sourit, mais c'était forcé.

- Salut, les gars.

S'excusant, elle partit dans la direction opposée.

Annabeth passa ses doigts dans ses cheveux et inspira profondément. La pluie continua à frapper les vitres en verre, applaudissant son dernier merdier en date, et son plus gros.

- Suis-je une mauvaise personne ?

Annabeth et Piper étaient au milieu d'un séance de visionnage marathon de Parks and Recreation dans la chambre d'Annabeth, mais Annabeth ne pouvait même pas se concentrer. Normalement, elle aurait rejoint Piper sur le sol, couchée sur son ventre, les pied en l'air, mais elle était assise à son bureau. C'était censé être une récompense pour avoir étudié, ordres de Piper, mais ça semblait être le contraire. Tout ce temps, Annabeth ne pouvait arrêter de penser à ce qu'avait dit Nico hier. Elle n'en avait parlé à personne, mais la culpabilité lui serait la poitrine, plus fort encore que quand elle n'avait pas de bandage.

Même les rires de Piper pendant chaque épisode, qui étaient normalement contagieux, n'étaient pas assez pour sortir d'Annabeth de sa morosité. Elle aurait presque aimé que Percy soit là, pour pouvoir se lover contre lui et prétendre pouvoir se cacher du monde. Elle détestait dire « ce qui est fait est fait ». Ça la faisait se sentir impuissante. Elle aimait être en contrôle des situations, avoir un plan pour tout, et la seule fois où elle était prise par surprise, elle trébuchait spectaculairement. Quel bordel.

Pour empirer les choses, elle avait même essayé de trouver Nico après le dîner, pour pouvoir réparer les morceaux de leur amitié si elle pouvait, mais Jason lui avait dit qu'il n'avait pas été dans la chambre de toute la journée. Que Nico était rentré pour visiter la famille, ou quelque chose comme ça. Annabeth comprit le message. Jason n'avait pas l'air de se douter de quoi que ce soit.

Comment une personne comme Nico pouvait-elle vivre aussi longtemps, se renfermant du reste du monde, à cause de qui il était vraiment… Annabeth supposait qu'elle avait une petite idée de comment il pouvait se sentir, mais pas à ce niveau. Elle espérait qu'il était avec des gens bien, comme sa sœur Hazel, ou quelqu'un avec qui il se sentait en sécurité. C'était tout ce qu'elle pouvait espérer.

Piper leva la tête depuis sa place sur le tapis, surprise :

- Toi ? Une mauvaise personne ?

Annabeth hocha la tête, regardant le sol, dépitée.

Piper mit la télévision en sourdine, et se tourna complément face à elle.

- Qu'est-ce qu'il te fait penser ça ?

Annabeth sera le poing et caressa le joint de son index avec son pouce.

- Ben, je mens à tout le monde à propos de qui je suis vraiment, pas vrai ? Est-ce que ça veut dire que je suis une mauvaise personne ?

Piper fronça les sourcils et baissa la voix.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Annabeth secoua la tête.

- Rien.

- Mh-hm, dit Piper, peu convaincue.

- Sérieusement, rien. J'y ai juste beaucoup pensé ses derniers jours.

- Est-ce que quelqu'un a découvert ta… condition ?

À nouveau, Annabeth secoua la tête.

- C'est juste que tout le monde me parle à moi comme Andy, et ils ne savent pas la vérité.

- Oui, mais ce n'est pas si différent qu'un rôle d'actrice. Tu te mets juste dans la peau d'un personnage, comme je le fais. Tu penses que je suis une mauvaise personne ?

Le ton de Piper avait une trace de blague, essayant de soutirer un sourire à Annabeth, mais Annabeth n'était pas en état de marche. Même l'humour de Piper ne pouvait pas la sortir de cette situation. Elle était dans une tombe qu'elle avait creusé elle-même.

Lentement, Piper se rassit. Elle mit ses jambes sous elle, et soupira.

- Tu as réussi à être ton alter-ego pendant si longtemps. Qu'est-ce qui a changé ?

Annabeth ne voulait pas entrer dans les détails. Elle ne sentait pas qu'elle avait le droit de dévoiler le secret de Nico avant qu'il ait eu l'opportunité de choisir le moment et l'endroit lui-même. Elle devait être aussi vague que possible.

- Un mec m'a invité. À sortir.

Les yeux de Piper s'arrondirent.

- Tu te fou de moi.

Annabeth ferma la bouche.

- Wow, dit Piper. Je veux dire, je ne devrais pas être surprise, parce que tu es vraiment canon en mec, mais genre… c'est officiel, là. Qu'est-ce que tu as dit ?

- Qu'est-ce que tu crois ?

Piper s'assis sur ses chevilles, comme si elle se préparait à bondir à n'importe quel moment.

- Que tu sortais avec Percy ?

- Impossible. Ce n'est pas une option.

- Pourquoi ?

- Si j'avais dit au mec que Percy et moi sortions ensemble, le secret serait hors de mon contrôle. J'attirerai beaucoup trop d'attention sur moi, sur lui, sur nous. Et si j'avais dit que j'étais en couple avec une fille, je serais en train de mentir.

- Donc tu lui as dit que tu n'étais pas intéressée ?

- Ce n'était pas aussi facile. Ce garçon est… fragile. Il a parlé de son passé et c'était si triste. Je ne voulais pas le détruire, mais je crois que c'est ce que j'ai fait.

- Bon, ça, ça allait arriver que tu veules ou pas.

Annabeth mis son front entre ses mains et grogna.

- Ne dis pas ça.

Piper ria, et caressa le dos d'Annabeth.

- Tu es une briseuse de cœurs. Je suis, bizarrement, fière.

- Mais ce n'est pas la raison pour laquelle je crois être une mauvaise personne, dit Annabeth.

- Ok, crache le morceau.

Annabeth releva la tête et soupira.

- Après lui avoir dit, voyant le regard sur son visage… J'étais presque contente. Je suis contente qu'il ne connaisse pas la vérité. Sur quoi que ce soit.

Les yeux de Piper s'adoucirent.

- Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.

- Mais si ! Parce que ça ne concerne que moi ! Je préfère le détruire qu'avouer mon secret. Me voilà, prête à laisser quelqu'un d'autre souffrir parce que je ne veux pas me faire prendre. Trop de gens connaissent déjà mon secret, et je ne peux pas risquer plus que ça. Juste… Je ne peux pas. Je suis tellement égoïste.

- Peut-être que c'est mieux comme ça. Peut-être que c'est plus facile pour tous les deux.

- Plus facile ne veux pas dire correct.

Piper prit les mains d'Annabeth et les sera fort. Elle fixa Annabeth, la forçant à l'écouter.

- Tu ne peux pas arrêter les sentiments que les autres ont pour toi. Ce n'est pas de ta faute.

- Je sais, mais…

- Pas de « mais ». Sérieusement. Je pense que tu as fait ce qu'il fallait. Des fois, la vie n'est pas aussi belle que les films.

Annabeth baissa la tête, mais acquiesça. Elle se sentait pitoyable. Piper dut s'en rendre compte, parce qu'elle se redressa sur ses genoux et embrassa Annabeth, serrant fort. Elle sentait toujours le bois de santal. Annabeth se sentait déjà un peu mieux.

- Allez, courage ma belle, dit Piper en lui tapotant le dos. Ça va aller. Il ne va pas te detester pour toujours.

Annabeth ferma les yeux et respira. Piper avait raison ou du moins, Annabeth espérait qu'elle avait raison. Elle se sentait tellement coupable, mais c'était ce qu'elle devait faire. Elle commençait à apprendre, difficilement, qu'elle ne pouvait pas tout contrôler. C'était au moins un pas dans la bonne direction. En l'admettant, un poids se retirait lentement de son dos.

- Merci, dit-elle.

Quand Piper recula, Annabeth remarqua quelque chose d'étrange.

- Tu… as de la peinture dans l'oreille ?

Piper se passa son doigt dans les courbes de son oreille, et il termina tout vert. Elle grogna.

- Je te jure, cette peinture se cache, déterminée à me surprendre aux moments les plus inconvénients.

- Elle vient d'où ?

- Essai des costumes pour Elphaba. J'ai quelques changements de costume, mais je suis toute verte. C'est assez marrant, en fait, de se faire peindre. Je regarde beaucoup de vidéos de paresseux sur Youtube quand je suis sur la chaise.

Étrangement, ce n'était pas difficile à imaginer. Ça la fit rigoler.

- Ça a l'air cohérent. Ton spectacle arrive bientôt, non ? Je ne l'ai pas vu arriver.

- Ouais ! Le mois prochain. C'est de la folie, mais je suis impatiente. (Piper se rassit sur le tapis.) Les choses sont en fin en train de marcher. Cette histoire est tellement importante pour moi, et je suis impatiente que tu puisses la voir.

Annabeth sourit.

- Je ne la raterais pour rien au monde.

Percy était crevé. On aurait pu croire, après avoir nagé probablement l'équivalent d'un milliard de kilomètres n'importe qui serait fatigué, mais là c'était en un tout autre niveau. C'était comme si ses bras et jambes étaient remplis de plomb et qu'il s'était installé sur Jupiter. La gravité n'était définitivement pas à sa faveur aujourd'hui, mais au moins l'entraînement était fini et il allait pouvoir rentrer voir Annabeth et s'évanouir face contre le lit.

Les Nationaux étaient à l'horizon, juste hors de sa portée. Et le coach ne le laissait pas l'oublier, ce qui expliquait la fatigue. Mais il était presque temps. Il allait être prêt, il en était sûr.

Les vestiaires étaient remplis par les échos des douches, des discussions entre les garçons, et les cassiers se refermant. Percy respira la vapeur émanant de sa douche, ce qui relaxa ses muscles instantanément. Il ne put empêcher un soupir de s'échapper de ses lèvres pendant qu'il savourait l'eau chaude tapant sur ses épaules. Mais avant qu'il ait eu le temps de mouiller trop longtemps, il se savonna, se rinça, et sortit.

Sentant aussi propre que le printemps irlandais, Percy sortit de la salle de bain avec une serviette autour de la taille et passa sa main dans ses cheveux humides, les décoiffant. Il n'y avait aucune chance de les faire ressembler à autre chose qu'une coiffure de réveil, alors pourquoi ne pas l'adopter ?

Malgré le fait qu'il sente que ses bras de jambes allaient tomber et s'échapper vers le four le plus proche, il était de bonne humeur. Sa mère l'avait appelé plus tôt dans la journée, et lui avait dit qu'elle allait venir pour les Nationaux. Sans Gabe. Bingo. Percy mourrait d'impatience de la revoir. Quand il ouvrit son casier, il y vit une photo d'elle et lui petit. Il aurait juste aimé pouvoir voir son sourire en personne un peu plus tôt, mais les Nationaux seraient quand même suffisants.

Percy commença à dérouler sa serviette de sa taille et s'habiller, mais la photo de sa mère se décolla de son scotch et tomba sur le sol, à ses pieds. Percy allait s'accroupir pour la ramasser mais quelque chose au fond de son casier l'immobilisa. C'était un sac. Un sac transparent, un ziploc, remplit de petites pastilles blanches, maladroitement couvert par son t-shirt.

Percy cligna des yeux, puis cligna encore.

Avait-il ouvert le mauvais casier ? Non, la photo de sa mère était là, donc c'était définitivement son casier. Mais ses pastilles n'étaient définitivement pas à lui. Comment étaient-elles arrivées là ? Son cadenas à code n'avait pas été ouvert jusqu'à ce qu'il arrive. À qui étaient les pastilles ? Elles ressemblaient presque à…

Il n'était pas sûr, mais il s'accroupit et ramassa le sac. Les pastilles bougèrent librement dans le sac.

Il n'en avait vu que dans les films ou le journal télévisé, mais comme un camion à pleine vitesse, il se le prit en pleine tête. Des stéroïdes anabolisants. Des putains de stéroïdes anabolisants.

C'était un piège. Quelqu'un avait planté les pastilles, essayé de les cacher à la va-vite.

- Merde, siffla Percy.

Il regarda autour de lui. Personne ne lui prêtait attention. Ils étaient tous investis dans leurs propres conversations, ou se rasaient, ou sortaient des douches. Il était là, tenant un sac de merdes qui pouvaient, sans aucun doute, le virer de la compétition. Rien ne pouvait être pire que ça. Personne ne le croirait quand il dirrait « Ce n'est pas à moi. » En fait, ils pouvaient même l'expulser s'ils le voulaient. C'était une affaire sérieuse.

Percy eut le mal de cœur.

Sans réfléchir, il ouvrit sa serviette et serra le sac entre ses cuisses. Il devait faire disparaître les pièces à conviction. Maintenant. Percy se leva et resserra la serviette autour de sa taille, priant à n'importe quel dieu qu'il ne laisserait pas tomber le sac.

Lentement, il commença à marcher vers la salle de bain. Au mieux, il ressemblait à quelqu'un qui avait vraiment besoin d'aller aux toilettes, surtout en vue de la sueur considérable qui s'était accumulée sur son front. Intérieurement, il était prêt à avoir une crise de panique.

Ayant tant bien que mal attient une cabine libre, Percy claqua la porte derrière lui et reprit le sac d'entre ses jambes. Ses doigts cafouillèrent pour ouvrir le sac, mais il y arriva, le fit basculer en avant, et renversa les pastilles directement dans le WC. Il tira la chasse et envoya tous ces trucs tourbillonner dans les tuyaux.

Finalement, Percy pouvait respirer. Il mit une main sur sa tête et s'assit sur les toilettes. S'il avait cru être fatigué avant, ce n'avait été rien. Son cœur semblait faire tourner une machine à vapeur.

C'était mauvais. C'était très, très, mauvais.

D'abord la voiture, et maintenant ça ? Il était une cible. Quelque chose à éliminer. Soit par blessure, soit par fausses accusations. Des tirs avaient fusé, et une seule personne tenait le fusil.

Putain de Mark Seever.

Il en était sûr. Sans aucun doute. Ça devait être lui.

Avec Percy hors de la partie, Mark serait des kilomètres devant les autres. Percy avait ses doutes avant, mais ceci avait conclu l'affaire. Personne n'avait accès à ces vestiaires, hormis les nageurs. Il avait dû crocheter le cadenas, ou espionner son code. Cette avait sentait Mark à mort. Où il avait trouvé les stéroïdes importait peu. Mark ne voulait pas les utiliser pour lui du moins pas que Percy sache. Mark voulait les utiliser comme un piège. C'était vicieux. Manquant d'un meilleur mot, c'était diabolique.

Percy passa la main sur son visage, serrant le sac plastique si fort que ses jointures étaient blanches.

Il n'avait toujours pas de preuves que Mark avait fait quoi que ce soit. Mais que pouvait-il faire ?

Il se leva, tira la chasse une nouvelle fois pour la peine et sortit de la cabine. Il jeta le sac en plastique dans la poubelle et se lava les mains. Son reflet dans le miroir aurait dû montrait à quel point il était en panique, mais à la place, son reflet lui montrait quelque chose de différent. Il avait l'air en colère. Pas en colère furieux. Sa mâchoire était serrée, ses sourcils froncés, et même une petite veine ressortait sur son cou. Mais il inspira et ferma les yeux.

Peut-être était-il temps d'informer Annabeth.

Annabeth saurait quoi faire. Elle était la voix de la raison. Elle pouvait trouver une façon de l'aider.

Et il avait besoin de toute l'aide possible.

Percy sécha ses mains sur sa serviette et retourna vers son casier, mais il y trouva déjà quelqu'un.

Un policier était en train de fouiller son casier, son badge étincelant réfléchissant la lumière fluorescente du plafond, le pistolet à sa hanche se balança quand il s'accroupit pour retirer les chaussures de Percy. Coach était debout derrière lui, les bras croisés et ayant l'air d'avoir sucé un citron. Il jeta un œil à Percy.

C'était le moment de commencer à avoir une nouvelle crise de panique.

- Qu'est-ce que… la voix de Percy craqua, et il se racla la gorge avant de recommencer. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Coach n'avait pas l'air amusé. Il secoua la tête, comme en avertissant Percy de se taire.

Le policier se retourna, se leva rigidement, et examina Percy d'un regard dur. Il le pointa du doigt de sa main gantée.

- Êtes-vous Percy Jackson ? demanda-t-il.

- Euh, ouais.

- C'est ton casier ?

Tout le monde regardait. Quelques-uns avaient même interrompu leur douche, du champoing sur les cheveux, pour voir ce qu'il se passait. Personne ne parlait, personne ne bougeait. Percy était presque sûr que tout le monde pouvait entendre le marteau piqueur qu'était son cœur. Il pouvait sentir les yeux bouger tour à tour entre lui et le policier. Meilleur qu'un match de tennis.

- Ou… ouais, bafouilla Percy.

Le policier mit ses mains dans les chaussures de Percy et tâtonnèrent avant de fouiller dans les poches des pantalons de Percy. Percy ne pouvait pas respirer, sa propre gorge l'étouffait. Il se sentait exposé, à moitié nu dans un univers de peine. Mais ce n'était même pas le pire. Que se passerait-t-il s'il n'avait pas trouvé tous les stéroïdes ? Et s'il y en avait plus dans le casier ? Bordel ! Les mains de Percy tremblaient tellement qu'il serra les poings. C'était l'enfer.

- C'est à quel sujet ? demanda-t-il, prétendant qu'il ne savait pas, espérant être convainquant.

Le policier continua à chercher dans les affaires de Percy, secouant les serviettes, touchant entre les coutures de son sac, même en cherchant les parois du casier pour des compartiments secrets. Il dit, en cherchant les slips de Percy (argh) :

- Nous avons reçu un indice anonyme affirmant que tu prends des substances illégales.

Il releva le regard vers Percy. Percy voulait ramper sous le banc et mourir.

Des murmures se firent entendre dans les vestiaires. Les mots « Percy » et « drogues » étaient dans l'air. Percy sera la mâchoire si fortement que ses dents grisèrent.

- N'avez-vous pas besoin d'un ordre judiciaire ? demanda-t-il.

- Seulement si tu as quelque chose à cacher.

Le policier ne rigolait pas.

Les yeux de Coach s'enflammèrent. Percy reçu le message et se mordit la langue. C'était une violation de ses droits, mais Coach avait raison. Si Percy se battait, il allait être suspect. S'il laissait passer, il n'aurait rien à perdre. Le problème était qu'il ne savait pas quelle était la meilleure option.

- Tu sais, continua le policier. C'est très commun de trouver des athlètes comme toi prenant des drogues pour augmenter leur performance. Beaucoup de pression. Tu ne voudrais pas te mettre dans le pétrin, non ?

La chaleur monta sur le cou de Percy.

- Non, dit-il entre ses dents.

Le policier le détailla une nouvelle fois puis retourna au travail. Après cinq minutes supplémentaires, au soulagement de Percy, il ne trouva rien. Il retira ses gants comme si ne rien trouver était ennuyant.

- On dirait qu'il est propre, dit le policier, en parlant de Percy comme s'il n'était même pas là, et en plus comme s'il n'y avait pas de public.

- C'est ce que je t'ai dit, grogna Hedge.

Au moins Hedge était encore avec lui.

- Je vais recommander d'imposer des contrôles anti-dopage, pour tous vos nageurs, Monsieur Hedge. Nous ne voulons aucun tricheur dans votre équipe.

Coach grogna, incrédule, mais Percy savait qu'ils allaient avoir des tests d'urine dans leur future. Au moins ça allait prouver l'innocence de Percy. Avant ça, les murmures allaient continuer. C'était déjà le cas. Il essaya de les ignorer, même après le départ du policier, mais c'était presque impossible. Il pouvait presque sentir les yeux fixés sur l'arrière de son crâne.

Coach Hedge resta au milieu des vestiaires, les mains sur les hanches. Il était furieux, autant que Percy, mais Hedge ressemblait plus à un bulldog rancunier. Mais il était la figure au pouvoir, qui tut tout le monde très vite. Ils tombèrent dans un silence inconfortable, évitant leurs regards.

- Quelqu'un a qelque chose à dire ? demanda-t-il.

Personne ne parla.

Percy aurait presque aimé que Hedge laisse tout passer. Ça n'en valait pas le coup. Les gens allaient parler quoi qu'il arrive.

Coach se balança d'un pied à l'autre et souffla bruyamment par le nez.

- Vous n'avez pas quelque part où aller ? aboya-t-il.

Comme un parent déçu, il partit et claqua la porte de son bureau si fort que la fenêtre vibra.

Le policier avait laissé les affaires de Percy éparpillées autour du vestiaire. Quelle gentillesse, même après avoir été innocenté et tout. Percy ramassa son t-shirt du sol et en fit une boule dans ses mains. Il se retourna et vit les autres qui le regardaient toujours. Il ne savait pas quoi dire, même en se moquant de lui-même, pour détendre l'atmosphère. Il n'y avait rien à dire de toute façon.

Percy remarque que la photo de sa mère était toujours par terre, et il y avait une trace mouillée et sale de botte dessus. Le policier avait dû marcher dessus pendant la perquisition. Percy fit claquer sa langue, la ramassa, et la nettoya à l'aide de sa serviette. Heureusement, elle n'était pas trop abimée, mais Percy était tout de même en colère. Ruiner sa journée, d'accord, mais une photo de sa mère ? Pff, quel connard c'était, ce type.

Il entendit un casier s'ouvrir derrière lui, et vit Mark, pliant sa serviette et agissant comme si rien de bizarre ne s'était passé. Tout le monde en parlait toujours derrières leurs mains, mais Mark était aussi froid que la glace.

La colère coulait dans ses veines comme du feu, mais il ignora Mark et raccrocha la photo de sa mère. Son sourire le calma un tout petit peu.

Pendant que Percy s'habillait, tout le monde était parti. Tout le monde sauf Mark.

Percy laçait ses baskets quand Mark dit, en passant son t-shirt par-dessus sa tête :

- Dommage que ça arrive comme ça, en face de tout le monde. Ça aurait été encore pire s'ils avaient trouvé quelque chose.

Percy aurait pu se tordre le cou par la vitesse à laquelle il releva la tête. Il aurait aimé pouvoir dire quelque chose d'intelligent à ce moment, peut-être être inspiré par Annabeth et faire en sorte que Mark confesse accidentellement, mais il était trop en colère pour penser à quelque chose de cohérent. C'étaient surtout des phrases composées d'insultes répétées. Oh, comme il aurait aimé pouvoir lui mettre un coup de poing au visage, mais il était déjà assez dans le pétrin.

Donc il se contenta de prendre son sac et se diriger vers la sortir. Il marcha sans s'arrêter près de Mark, mais il ne pouvait pas partir sans dire un mot.

- Je sais que c'était toi, dit-il, s'arrêtant net à la porte. Ne pense pas pouvoir te débarrasser de moi aussi facilement.

Il se retourna et vit Mark qui le regardait toujours, un sourire satisfait sur son visage. Percy fantasia sur toutes les manières qu'il pouvait employer pour le rendre inconscient ici même, mais il resserra son poing sur la sangle de son sac et se refrogna.

- Dors bien, Jackson, dit Mark en soupira exagérément. Tu as une dure journée demain.

- Va te faire foutre.

Percy admit à contrecœur que Mark avait gagné cette fois-ci, et s'en alla.


Bonjour tout le monde! Vous ne vous attendiez pas à me voir aussi tôt, pas vrai? Je vais essayer de maintenir un calendrier de publication un peu plus stable, surtout en cette période de confinement difficile.

J'espère que vous prenez tous bien soin de vous. Et bien sûr, restez chez vous!

À bientôt!