NdA: Bonne lecture!
La suite de la journée me parait bien vague. J'imagine que Luna s'est dépatouillée comme elle a pu avec les autres et que Blaise a dû l'emmerder comme pas possible. Les elfes sont venus m'apporter de quoi bouffer mais j'ai à peine grignoté quelques biscottes distraitement.
Sev' est revenu après une réunion assez agaçante. Il me jette un coup d'œil alors que je suis installé dans le canapé avec un bouquin et il me raconte les propos de la vieille chouette à mon égard. Je hausse les épaules. Je m'en contrefous. Son cours ne m'intéresse absolument pas alors si elle devait me virer, j'en serais très heureux! Surtout si ça me permet de dormir quelques heures supplémentaires le matin ou de passer un peu de temps avec ma copine…
Malheureusement, Sev' ne dit rien là-dessus. Il va falloir que je continue à me taper des cours de merde. Pire encore, mon père me propose de me donner quelques leçons sur le sujet pour m'améliorer. Je ne suis pas très chaud et je le lui fais comprendre. Il accepte donc de laisser mes difficultés de côté pour le moment mais m'impose quand même quelques leçons, histoire d'avoir des bases plus utiles que celles de métamorphoses animales.
Ensuite vient le sujet qui fâche. Je sais qu'il va falloir que je retourne à Poudlard mais je n'ai toujours aucune confiance en mes instincts. Qui sait si je ne suis pas capable de recommencer et d'aller plus loin cette fois… Et comment je pourrais lui dire de ne pas dormir avec moi si moi-même j'ai envie qu'elle soit avec moi pour ne pas faire de cauchemars et si elle choisit de me faire confiance. Ça va être galère…
Sev' me fait pourtant savoir que je n'ai pas vraiment le choix. Une trop longue absence nous causerait des problèmes à tous les deux et je n'ose pas imaginer le retard que je vais accumuler si je passe une semaine ici… Et comme les cours reprennent demain… Pfff…
Pour décompresser, je décide de passer la nuit au manoir avant de rentrer dans la matinée à Poudlard. Sev' cède volontiers à ce caprice et choisit lui aussi de rester pour me déposer à l'école dès demain matin.
Je passe une nuit relativement calme et pas trop agitée. Avant, pour décompresser, j'aurais probablement fumé quelque chose d'un peu plus fort qu'une clope, même si j'aime pas ça. Aujourd'hui, je consomme assez périodiquement quelques fioles de potion calmante que mon père met à ma disposition comme cette nuit, pour me détendre et ne pas faire de cauchemars qui aboutiraient à des crises d'angoisse particulièrement intenses.
Lorsque le soleil se lève, je gagne la salle de bain pour me préparer, comme à mon habitude, et je grimace. J'ai mal partout. Le temps est venteux et particulièrement humide avec cette belle averse. En clair, les conditions idéales pour réveiller de vieilles douleurs dues aux nombreuses fractures de mon passé. La douleur est toujours plus intense à hauteur de mes jambes et du bassin, tellement j'ai reçu de coups et raté mes atterrissages lors de mes fugues. Idem pour l'épaule. Elle a pris cher quand je tentais d'échapper aux flics.
j'enfile des fringues confortables et définitivement mieux adaptées à mon corps amaigri ainsi qu'un énorme pull à capuche vert et je descends en grognant pour m'attabler et prendre un petit déjeuner relativement léger avec mon éternel chocolat chaud, ma boisson préférée par temps froid.
Il est encore assez tôt mais je ne pouvais pas rester plus longtemps dans mon lit alors que j'ai mal partout et que je continue de ressentir et ce, malgré la potion, une certaine tension.
Comme je m'y attendais, Sev' est déjà là, occupé à siroter son café, ses toasts achevés depuis longtemps déjà. Il lit tranquillement un des livres de potions qu'il a reçu pour son anniversaire et me jette à peine un coup d'œil avant de retourner à sa lecture.
Je mange distraitement ce que j'ai dans mon assiette lorsque Sev' se relève.
– C'est bientôt l'heure… On va devoir y aller…
Je termine rapidement un dernier toast et me lève à mon tour, grimaçant contre mes douleurs. Mon bassin a été fracturé de nombreuses fois et c'est toujours quand il pleut autant et qu'il fait particulièrement humide que la douleur s'intensifie.
Soupirant, je prends mon sac gagne la cheminée et Sev' énonce notre destination, mon chat dans les bras. En quelques secondes, nous regagnons nos appartements à l'école et Onyx s'enfuit à toutes jambes. Il n'apprécie pas ce mode de transport on dirait. Cela dit, moi non plus. Heureusement que Sev' a prévu le coup avec une potion contre la nausée sinon j'aurais probablement rendu la totalité de mon petit déjeuner.
– Allez, tu peux déjà te rendre en cours. Tu as défense ce matin.
Génial. J'espère que le prof ne va pas encore nous entrainer. Il passe toujours deux heures à déblatérer sur la théorie et nous laisse toujours les dernières heures pour nous exercer. Et évidemment, on est pas en sortilèges, on est en défense. Qui dit défense dit "tu vas douiller, Evan, tu vas bien douiller".
Je retiens difficilement un soupir et décide de me rendre directement devant le local pour y attendre les autres. Il fait froid et je sors précipitamment ma cape de mon sac pour l'enfiler en bénissant les sorts de chaleur que Sev' a mis dessus.
– Evan!
Je tourne la tête pour saluer distraitement Draco qui vient d'arriver, suivi du reste de la bande. Luna est là aussi, bien évidemment et jauge mon regard. Je lui rends brièvement avant de détourner les yeux. Si je continue de la regarder ainsi, je vais avoir envie de l'embrasser. Blaise parle, comme à son habitude, mais a tôt fait de s'arrêter en percevant l'ambiance un peu lourde.
Luna a compris. Elle sait que j'ai besoin de prendre mes distances. Pas beaucoup. Juste un peu. Pour le cours, j'espère qu'on aura pas trop à s'exercer ensemble et que le peu de retenue qu'il me reste suffira pour tenir sur toute sa durée.
Draco ne dit rien. Pas un mot. Ni lui, ni Théo. Blaise essaie quand même mais se fait rapidement taire par une Millicent particulièrement en forme. Je peux compter sur eux pour ne pas m'emmerder. Du moins, pas aujourd'hui.
Le professeur arrive, suivi de la plupart des autres étudiants et nous ouvre la porte avant de nous faire signe d'entrer. Allez Evan, courage, ça va le faire… Tu vas t'en sortir…
Je m'installe à ma place et, à mon grand soulagement, Lupin donne pas mal de théorie ainsi qu'un devoir. Après quelques explications et essais, il nous reste un peu moins d'une demi heure pour rédiger un devoir particulièrement chiant. Heureusement, un sort comme le Patronus est relativement soft même si je galère énormément. Un souvenir heureux, tu parles! Dur de se focaliser là-dessus lorsque ton corps se rappelle de tous les coups reçus à cause de cette putain d'humidité!
Le plus frustrant, c'est que beaucoup d'élèves y parviennent et quelques-uns tentent même l'informulé. Je suis pratiquement l'un des seuls à ne pas y parvenir et ça me frustre énormément si bien que j'ai énormément de mal à me concentrer sur ce maudit devoir.
De plus, avoir Luna à mes côtés, même si elle se fait discrète, reste une tentation supplémentaire et plusieurs fois, je me surprends à glisser mes doigts dans sa direction avant de renoncer pour me replonger dans ma lecture. Comme si c'était pas suffisamment galère ainsi, Lupin a exigé que l'on se renseigne sur toutes les autres sources de protection, que ce soit contre des créatures magiques ou non.
Lorsque je sors de là, Draco me renseigne sur le prochain cours. Je suis maudit, c'est pas possible autrement! Non seulement il fait un temps de merde mais en plus, je vais passer les deux prochains cours dans l'humidité puis dans le froid et la pluie. Magnifique!
Dans un profond soupir, je me dirige vers les serres pour mon cours de Botanique et laisse Luna se rendre à son cours de Métamorphose tout proche.
Pour oublier un peu la douleur qui me mitraille le bassin et l'épaule, je m'octroie une pause cigarette contre l'avis de Draco et, après quelques minutes, je me faufile dans le froid, emmitouflé dans ma cape chauffée magiquement jusqu'à notre serre.
La chaleur y est étouffante et l'humidité l'est encore plus. Mes os protestent. J'ai mal partout et rester debout ne va pas arranger les choses. Putain, j'aurais dû demander à Sev' de me donner de la potion contre la douleur, ça m'aurait au moins permis de tenir un peu le coup.
Maladroitement, je me glisse jusqu'à ma place et m'appuie comme je peux sur la table en essayant de soulager mon bassin. La douleur augmente aussitôt dans l'épaule. Merde. Faudrait que je m'asseye là mais il n'y a pas un seul putain de tabouret ici.
Concentré sur la douleur, j'oublie d'écouter la consigne et je ne reviens à moi qu'en sursautant lorsque Draco me touche pour me filer un pot. Il plonge son regard dans le mien et fronce les sourcils. Ouais, ça va, j'ai compris, je dois vraiment avoir une sale tronche! Discrètement, je prends mon pot et observe de biais Draco s'occuper de cette saloperie de plante pour l'imiter.
C'est difficile. Il fait trop chaud, j'ai mal partout et cette fichue plante est particulièrement pénible. Je suis debout depuis à peine une demi heure que mon bassin n'en peut déjà plus. Je sais pourtant qu'il va me falloir tenir encore un peu avant d'avoir une pause bien méritée où je m'étalerai par terre en soupirant de bien être.
– Tu vas bien Evan?
La voix de Daph' me fait revenir à la réalité. Non. Je vais pas bien du tout, ça me fait un mal de chien. J'ai reçu tellement de coups de pieds, je suis tombé tellement de fois que mon bassin me le fait payer cher aujourd'hui. Très cher. On compte une dizaine de fractures juste à ce niveau là. Mes jambes ont souffert davantage mais le bassin est plus douloureux. Saloperie d'éducateurs à la con. Si je pouvais, j'irais les buter. La prison n'est pas assez bonne pour eux.
Tout ce qu'il me reste maintenant, c'est la douleur et les souvenirs qui vont avec. Pas moyen de les oublier, surtout avec une météo pareille. Je préfère l'été, même si je sais que je crève de chaud après. Au moins, je souffre pas.
Le silence se fait autour de moi. Draco me regarde. Les autres aussi. Merde, j'ai encore sombré dans mes pensées. L'absence de réponses de ma part doit avoir mis le bordel.
Ouais, je les vois d'ici, avec les questions au bord des lèvres. Pff. Je hausse les épaules, juste pour montrer que je m'en fous mais je grimace. Merde, mon épaule! À retenir, Evan, ce mouvement là avec ce temps là, tu l'oublies, d'accord?
– Evan?
Je grimace. Ouais, évidemment, ça n'a pas échappé à l'observateur de service!
– Ça… ça va…
Je soupire et reprends laborieusement mon travail en jetant un œil à ma montre. Bordel, elle vient quand la pause? La prof a pas l'air décidée à en faire une… Je regarde une nouvelle fois autour de moi dans l'espoir de dénicher de quoi m'asseoir mais sans succès, une fois de plus. Quel est l'intérêt de s'asseoir quand il faut être debout pour rempoter ces putains de plantes? J'en ai marre…
Las, je m'occupe de la plante sans trop y faire attention, calquant mes mouvements sur ceux de Draco en priant pour ne pas faire de conneries. Peu à peu, je bouge, j'essaie de remuer pour atténuer la pression qui me dévore les os. Je m'appuie sur la table, je courbe le dos, j'essaie même de me mettre sur la pointe des pieds mais ça accentue la douleur alors je laisse tomber.
Mon manège n'échappe bien évidemment pas à la prof qui circule entre les élèves et qui s'arrête pour me dévisager. Je grimace, évidemment. Ça fait plus d'une heure que j'entretiens cette saleté et mon bassin ne le supporte plus. Elle fronce un peu les sourcils avant de sortir sa baguette magique et transforme un pot à côté de moi en tabouret de bar. Je lui jette un regard interrogateur avant de m'asseoir avec un soupir non dissimulé sur ce siège de fortune.
Mon air détendu ne lui échappe probablement pas mais je m'en fous. J'avais grave besoin de m'asseoir et je dois dire que ça fait du bien. Je profite de cette pause bien méritée pour me détendre un peu. Une partie de moi est soulagée mais l'autre s'inquiète. La prof va me demander ce qui s'est passé, je le sais mais je ne sais pas quoi lui répondre. J'ai pas envie de sa pitié même si j'apprécie le siège. La métamorphose, ça peut être utile finalement! Faudra que j'apprenne ça… Au moins j'emmerderai plus les profs…
Le cours se termine enfin. Je me relève en grimaçant. Ouais, même si la douleur s'est un peu estompée, le moindre mouvement la ravive. Tant pis, il faut que j'aille voir Sev' pour lui demander une potion contre la douleur… Derrière moi, le tabouret disparait et je quitte les lieux avant que la prof n'ait le temps de m'interpeller, occupée par un autre élève. Tant mieux. Je n'aurais pas su quoi lui dire de toute façon…
J'ignore les appels de Draco et me dirige vers les couloirs. Putain, Sev', pourquoi tes appartements sont aussi loin? Plus j'avance et plus je boite. Ça craint.
– Evan?
Je reconnais la voix. Manquait plus qu'elle… Luna s'avance vers moi, les sourcils froncés, l'inquiétude lui dévorant les yeux. Elle voit bien que je grimace en me tenant simplement debout mais je n'ai pas le temps de lui dire quoi que ce soit qu'elle fait demi tour.
– Reste là, je reviens!
Hein? Non, il faut que j'aille chez Sev' moi! Je fais quelques pas avant de réaliser que c'est mort, je ne peux pas aller plus loin.
La douleur est encore supportable, mais si j'insiste trop, elle sera tellement forte que je ne pourrai probablement plus l'endurer alors j'attends. Je m'affaisse contre le mur et me laisse tomber par terre. Putain, le sol est gelé.
Derrière moi, Draco et les autres finissent par me rattraper et Daph' s'agenouille près de moi immédiatement.
– Ça n'allait pas hein… Franchement, Evan, tu aurais pu me le dire, je t'aurais emmené à l'infirmerie et j'aurais prévenu ton père! Allez, viens, je te conduis à Pomfresh…
– Laissez, Miss Greengrass, je m'en occupe…
La voix de Sev' me fait sursauter. Je l'ai pas entendu arriver et pourtant, il est bien là. Luna aussi. Juste derrière lui. Elle a été le chercher. Je comprends mieux pourquoi elle est partie ainsi.
Mon père s'avance vers moi et avant toute chose, il me lance un sort de diagnostic.
– Allez manger, jeunes gens, je m'occupe d'Evan.
Les autres ne bougent pas et je leur fais signe que tout va bien. Sev' sait ce qu'il fait et je veux juste prendre une dose d'anti douleur, après, ça ira mieux… Après quelques hésitations, Daphnée décide de lui obéir et entraine les autres avec elle. Luna, évidemment, fait sa tête de mule et décide de rester. Entêtée. Je me demande parfois si sa place n'est pas à Gryffondor pour oser braver mon père ainsi.
– Avec ce temps, j'aurais dû m'en douter mais j'ai pensé… que ça irait. Ce sont… tes fractures?
J'acquiesce. Ouais. Et ce putain de cours n'a rien arrangé. Sev' sort une fiole de sous ses robes et me la tend. J'en avale le contenu sans hésitation et soupire d'aise. Putain, ça fait un bien fou!
– Merci… Sev'…
Mon père fronce les sourcils. Il ne devrait pas. Franchement, ça va déjà beaucoup mieux. Si j'avais eu cette potion sur moi dès le début, je n'aurais pas eu autant de difficultés à me déplacer. C'était pareil à l'orphelinat sauf que ces jours là, je ne sortais pas et je restais couché. Phil' avait insisté pour que j'aille malgré tout en cours mais les arguments de Greg' lui avaient fait changer d'avis. Une bonne chose d'ailleurs parce que je n'aurais pas eu le moindre antidouleur! À part une douche bien chaude, rien ne pouvait me soulager et je devais attendre le soir parce que les douches étaient fermées à certaines heures.
– Tu as eu Botanique?
J'acquiesce. Il jure. Pas joli joli, Sev'! Mais c'est pas moi qui vais le reprendre pour autant vu le nombre de fois que je dis des insultes, même mentalement! S'il savait, le pauvre… Je peux être sacrément vulgaire quand je veux…
– Pas étonnant… Tu as quoi comme cours après? Je peux te faire un mot si…
Je balaye sa suggestion de la main.
– Ça… ira… avec ça…
Sev' acquiesce et me donne une autre fiole, juste au cas où, comme il dit. Je sais que je dois attendre au moins quatre heures entre chaque prise et j'espère que ça ira. Mon père marmonne aussi qu'il va en toucher un mot aux professeurs et je soupire plutôt bruyamment en lui jetant mon regard habituel.
– Je sais, je sais… Tu ne veux pas de leur pitié! Je vais juste les mettre au courant si tu dois quitter le cours, ça te va?
J'acquiesce. Ouais, ça va. Et au pire, je pourrai appeler un elfe si j'ai besoin. Enfin, si j'arrive à ouvrir la bouche. Ça va un peu mieux, je parle plus mais c'est davantage des bégayements que des véritables phrases. Le principal, c'est que j'arrive plus ou moins à me faire comprendre et, mieux encore, j'arrive à lancer des sorts courts. J'ai même maitrisé un sort le premier dans la classe. Une bien petite victoire face à autant d'échecs, mais je m'en satisfais.
Avec difficulté, je me redresse, m'aidant du mur et suis soulagé de ne ressentir aucune douleur dans mon bassin. La prochaine fois que je vois un temps de merde ou que je le sens arriver, je vais direct' chez Sev' faire ma réserve d'antidouleurs… J'attends un peu avant de tenter un pas maladroit et Luna vient se glisser à mes côtés.
Mon premier réflexe est de m'écarter mais elle ne me laisse pas le choix et referme sa poigne sur mon bras. Bon, d'accord, j'ai compris… Dans un bref soupir, je me mets en route et laisse Sev' nous accompagner jusqu'à la grande salle mais après, je marcherai tout seul, okay? Je suis pas handicapé non plus!
Je vais à mon aise jusqu'au couloir et souffle à Luna de me lâcher. Désolé mais fierté oblige et puis, ça va beaucoup mieux. La douleur ne semble pas se réveiller et je pense que je devrais tenir jusqu'à la fin de la journée. Enfin, si j'arrive d'abord à survivre au cours de soins aux créatures magiques qui a lieu en extérieur!
Luna finit par me lâcher et, après quelques pas un peu maladroits, je retrouve ma démarche habituelle et gagne la grande salle, Luna et mon père sur les talons. Sev' m'adresse une dernière œillade à laquelle je réponds par un bref acquiescement et je me dirige nonchalamment vers la table des Serpentard.
Daph' me dévisage un peu. Les autres aussi. Agacé, je finis de remplir mon assiette et leur jette un bref regard.
– Ça va, Daph… ça va…mieux…
Notre préfète hésite un peu et se tourne vers Luna qui acquiesce vivement, un bref sourire au coin des lèvres. Je vois d'ici qu'elle se force, qu'elle n'est pas rassurée mais ça suffit à Daph' puisqu'elle retrouve le sourire et se met à manger.
J'attends un peu que les autres retournent à leur assiette et glisse ma main sous la table pour aller attraper celle de Luna. Nos regards se croisent. Ça va aller…
Après quelques minutes, je la relâche pour poursuivre mon repas et, à ma grande surprise, j'arrive à manger plus que je ne le pensais. Luna parait s'en satisfaire: elle reste soucieuse mais mon appétit arrive à la détendre un peu. Elle va même me quitter du regard pour attaquer son propre repas.
Je parle un peu. Pas beaucoup mais quand même plus que d'habitude pour montrer que je ne me mure pas dans la douleur et le silence. Daph' profite même de cette diversion pour se changer elle aussi les idées et bifurque sur d'autres sujets.
Elle parle des B.U.S.E.S, ce qui fait soupirer Draco mais aussi de ses escapades de préfète où Théo la rejoint pour se plaindre à son tour de ses fonctions et de ses rondes parfois difficiles jusqu'à ce que Daph' ne le frappe sur la tête en lui disant que c'est un privilège et une grande marque de confiance de la part de mon père et qu'il ne faut pas le décevoir. Cette discussion aussi est l'occasion de parler, d'écouter les autres aussi mais surtout, c'est le moment pour les filles de s'échanger les derniers potins et ragots.
Millicent s'y connait bien et je dois admettre que son côté effacé doit lui être bénéfique pour se faufiler dans la masse et laisser trainer ses oreilles un peu partout, auprès des personnes qui ne prendraient pas de précautions.
Lorsqu'elle nous raconte la dernière dispute entre les deux cadets Weasmoche, comme dit Draco, avec le célèbre chauve furie de la rouquine, il est l'heure de retourner en cours et je laisse Luna filer. Elle a potion et je sais que Sev' va la suivre. Elle se lève et je regarde mon père en faire autant. Tellement prévisible.
– Ça va aller?
J'acquiesce vivement.
– T'es sûr?
Je ne résiste pas, je l'attire contre moi et l'embrasse en insistant un peu plus que d'habitude. Putain, à peine quelques heures sans se bécoter et je suis déjà tout excité de recommencer… Mon baiser a néanmoins l'effet escompté et Luna me sourit avant de filer. Une bonne chose de faite.
Je me lève à mon tour et découvre avec bonheur que la douleur n'est pas revenue. Plus serein mais quand même inquiet pour la suite à l'idée de passer encore deux heures dehors, je me dirige vers la cour extérieure avec les autres lorsque nous croisons notre professeur qui nous interpelle. Qu'est-ce qu'elle fout là?
– La météo n'étant pas avec nous aujourd'hui, nous allons faire la leçon en intérieur. Tout est déjà prêt et vos camarades de Poufsouffle ont été prévenus. Suivez moi!
Oh putain! Merci! Je réalise seulement maintenant à quel point je n'avais clairement pas envie de remettre le nez dehors. J'aurais jamais imaginé un cours dans le château puisque nous n'en avons fait aucun depuis la rentrée de Septembre mais je suis agréablement surpris. J'imagine que Sev' a dû lui en toucher un mot… Même si sa pitié m'énerve un peu, les autres se réjouissent d'être au chaud alors j'imagine qu'elle a dû se dire que ce serait bien pour tout le monde et ça m'apaise un peu. Au moins on ne sera pas serrés les uns contre les autres pour se réchauffer… J'ai horreur de ça, sauf si c'est avec Luna, évidemment…
Avec un soupir de soulagement et un peu plus enthousiastes, nous nous dirigeons vers un grand local déjà ouvert dans lequel il fait agréablement bon. Ça fait du bien d'être loin du froid et des courants d'air…
Je jette un œil aux autres et trouve une place isolée mais néanmoins devant et m'y installe, curieux. Pendant que les autres prennent place, j'observe attentivement la créature marine qui tourne en rond dans le grand aquarium qui me fait face alors qu'un sourire fend mes lèvres. Un strangulot. Facilement identifiable. Facile quand on a lu plein de trucs sur le sujet. Les bouquins que j'ai achetés et d'autres que j'ai reçus me seront très utiles pour mon futur devoir. Encore une bonne note dans la poche!
Le cours commence finalement et je participe un peu. D'habitude je le fais mentalement et je me contente de rendre des devoirs impec' mais là, c'est différent. Je le sens mieux que les autres jours et même si je bégaye un peu, je suis à chaque fois récompensé par des points si bien que j'en récolte une petite trentaine à la fin des heures de cours.
La prof va même jusqu'à m'approcher pour me féliciter discrètement, une approche que j'apprécie. Je n'aime pas être un phénomène de foire et être félicité devant les autres ne me tente pas, surtout lorsqu'on connait les répercussions qu'il y a derrière.
C'est pour ça que j'avais arrêté d'aller en cours à la base… Lorsque j'étais petit, en classe, la prof me récompensait toujours par un bonbon ou un sourire. Les autres étaient jaloux et je finissais toujours par me faire tabasser dans un couloir ou l'autre. Après, j'ai perdu tout intérêt pour les cours.
Revenir ici, c'est comme si rien n'avait changé si ce n'est que je suis plus grand maintenant. J'encaisse mieux et, plus encore, je peux rendre tous les coups que je peux me prendre. C'est plus rassurant, d'une certaine façon, et mon côté curieux reprend son chemin.
– Et quoi, Evan, fais gaffe, tu vas te transformer en bouquin bientôt! Tu vas tellement parler qu'on saura plus t'arrêter!
Je roule des yeux et adresse un doigt d'honneur à Blaise. Je m'y attendais, venant de sa part, ça aurait été bizarre qu'il ne dise rien.
– Tiens, ça faisait longtemps celui-là! J'te confirme ça, Daph', il est en forme!
Je lève les yeux au ciel. Allez les imbéciles, il est temps d'aller au dernier cours de la journée. Métamorphose. Je n'aime toujours pas ce cours mais Chourave m'a prouvé que ça pouvait être utile alors peut être que je ferai un effort. Au pire je m'entrainerai en dehors du cours, je finirai bien par y arriver! C'est sur cette perspective encourageante que je reprends une bonne inspiration avant de me remettre en route pour le local suivant, la douleur toujours loin derrière moi.
