Mention légale :
Comme toujours, je ne suis que la navette qui va et vient, traduisant le motif du Vêtement de lumière tissé par miaokuancha sur la trame de Stephenie Meyer.
35- Coquelicots ~
Ils ont retrouvé la snowboardeuse. Enfin, des parties d'elle, en tout cas. J'en ai entendu parler à l'école aujourd'hui. Je devrais simplement m'en désintéresser, mais je ne le peux. Je me rappelle le jour où j'étais malade, l'offrande de paix d'Edward, Papa rentrant tard à la maison, son maître-chien laissé la-haut dans les montagnes.
Je me souviens du rêve du puma qui avait commencé toute cette longue journée. Je rêve beaucoup depuis que je suis venue à Forks.
Je ne devrais probablement pas amener le sujet des filles mortes à la table du dîner, mais c'est là que les choses semble se passer.
– Les autres, à l'école, parlaient de la snowboardeuse.
Mon père pose sa fourchette.
– Ouais – fit-il dans un grognement Puis il récupère sa fourchette et se remet à manger.
– J'imagine que c'est déjà une bonne chose qu'on l'ait retrouvée...
Il s'arrête de manger pour de bon à présent, et me regarde.
– Elle n'était pas de l'état. Venue visiter le coin avec un groupe d'amis. Ses parent sont restés ici depuis sa disparition.
Je ne peux même pas imaginer ce qu'ils doivent ressentir, avec les recherches se terminant ainsi.
– Les autres à l'écoles disent–
Je ne sais même pas comment le dire, ne sais pas si, même, je veux le dire, mais pour je ne sais quelle raison, je le dois.
– Ils disent que c'était... moche.
– Les animaux ont faim en hiver, Bells. Un corps dans la neige ne reste pas entier bien longtemps.
La viande dans mon assiette non plus n'est pas en un seul morceau.
– Est-ce qu'ils croient que c'est le même...
Le front de mon père se plisse. Il avait vu ce corps-là. Le vigile. Le jour où je suis presque morte. Les autres élèves disaient que c'était dégoûtant à voir aussi.
– Trop tôt pour tirer des conclusions. Mais un ours peut couvrir un vaste territoire.
– Je croyais qu'ils hibernaient pendant l'hiver.
– Sont supposés le faire. Mais si un animal est malade, ou a une dent cassée... et avec les gens qui abandonnent de la nourriture et des ordures comme des satanés imbéciles. Si un ours n'engraisse pas assez à l'automne, et s'il y a de la nourriture dans le coin pour l'attirer dehors... les règles changent, Bells. Elles changent.
– Est-ce qu'il y avait, genre, … du sang ?
Le chevreuil écrabouillé émerge en titubant des ombres de mon esprit. La première chose que j'avais vue sur ma route en rentrant à Forks.
– Pas tant que ça. Le légiste pense qu'elle est morte d'avoir été exposée au froid. Le reste est venu … après.
J'ai lu un article dans un des magazines de mon père, une fois sur ce que ça fait de mourir gelé. Il paraît qu'on a chaud, à la fin.
– Ça va, Bells ?
J'ai dû me lever de table, parce que mon père est debout lui-aussi, et se tient à coté de moi.
– Je– ...
– Allez, viens là.
Et il me serre dans ses bras. Avec les deux bras. Fort.
– Vous, les jeunes, contentez-vous de rester en dehors des bois, tu m'entends ?
– D'accord.
D'un geste, il désigne la table du souper.
– Je m'en occupe, Bells. Vas faire tes devoirs.
Il fut un temps où je me perdais dans mes devoirs. Les tangents et les sécantes. Des songes de nuits d'été.
Maintenant c'est dans le journal d'Edward, que je me perds. J'entends encore ESPN monter faiblement depuis le salon. Je me demande si mon père s'est endormi. Ça lui arrive parfois.
...
1er mai 1918
Mr. McGillicudy est mort. Cela leur prit plus de six mois pour en informer sa famille. Sa dépouille mortelle, telle ce qu'elle était le temps qu'on la retrouve et qu'on la distingue de la boue et de tous les autres, gît enterrée en quelque endroit près de Passchendaele. Tout ce que sa famille récupéra fut la plaque d'identification qu'il avait autour du cou. Même ses bottes allèrent à un autre soldat, puisqu'elles avaient à peine été utilisées.
Le proviseur nous en a parlé à tous à l'assemblé de ce matin. Nous eûmes un moment de silence, puis, Mr. Clayton nous lut un poème.
C'est si difficile à croire. Il n'y avait pas même un an que le vieux Gills avait démissionné pour s'engager. Je m'étonne à présent que nous l'appelions ainsi. Il n'avait que de 27 ans. Il a rejoint le Corps Canadien, parce que c'est de là qu'il venait, à l'origine. C'est pour cette raison qu'il était en première ligne à Passchendaele plutôt qu'à l'arrière avec nos hommes.
Il nous avait donné le plus difficile des contrôles de géométrie avant de partir.
…
J'apprends que Passchendaele se trouvait en Flandre, ce qui, d'après Google, se quelque part en Belgique. Une carte me montre l'endroit. L'Europe est petite. Tout y est proche de tout le reste. Ce champ de bataille se situe à peine de l'autre côté de la Manche depuis l'Angleterre.
Il y a un lien qui mène à un poème à propos du champ d'honneur des Flandres.
Au champ d'honneur, les coquelicots Sont parsemés de lot en lot Auprès des croix; et dans l'espace Les alouettes devenues lasses Mêlent leurs chants au sifflement Des obusiers. Nous sommes morts Nous qui songions la veille encor' À nos parents, à nos amis, C'est nous qui reposons ici Au champ d'honneur. À vous jeunes désabusés À vous de porter l'oriflamme Et de garder au fond de l'âme Le goût de vivre en liberté. Acceptez le défi, sinon Les coquelicots se faneront Au champ d'honneur.
Je ne crois pas que j'aie envie d'en lire davantage, ce soir. Je ne veux pas copier le poème dans le scrapbook. Il pourrait ne pas être celui qui a été lu lors à l'assemblée. Mais à la place, je peux trouver une image de coquelicots. Si rouges. Et dans un flash, je saisis le sens des ces trucs en forme de petites fleurs rouges que les vieux soldats distribuent le Jour des Vétérans pour que vous les passiez dans votre boutonnières ou les épingliez à votre sac. Personne ne m'avait jamais dit ce que cela signifiait avant. Seul cet Edward d'il y a longtemps l'a fait.
Je déniche une bonne image et découpe les fleurs rouges avec mon couteau japonais et les colle sur la page blanche.
ESPN continue de bourdonner doucement un étage plus bas, et la page Google devant moi est pleine de liens. Je devrais m'arrêter là mais je ne le fais pas.
Les bataille prenaient beaucoup du temps à cette époque. Celle de Passchendaele a commencé le 31 juillet 1917 et ne s'est pas terminée avant le 10 novembre. Personne, même, ne sait avec certitude combien d'hommes y sont morts. Pas étonnant que cela ait pris tant de temps pour prévenir la famille de ce professeur.
Les images sont petites et incomplètes. Des instantanés en noir et blanc des tranchées exigües et boueuse, ou de petits groupes qui ''montent à l'assaut'', serrant leur fusil à bayonette. Pour aller au devant de l'artillerie. Je pense à ce qu'un objectif à plus grand-angle montrerait... Des kilomètres carrés de terre jonchés de corps, des hommes pendant aux barbelés... Et cela me ramène au début de la nuit, vers une fille en morceaux exsangues, éparpillée sur la neige comme une poupée de cire brisée.
NA – Merci pour votre lecture.
NB
- ESPN : Chaîne de sport à la TV.
Un peu de culture:
Le coquelicot du ''Jour du souvenir '' (Rememberance Day) et le poème ''Au champ d'honneur'' (''In Flanders Fields'').
– Pendant le Première guerre mondiale, il paraît que le coquelicot (poppy, en Anglais) poussait en abondance sur les champs éventrés couverts de corps après les combats.
Il doit son importance au poème ''In Flanders Fields'' composé en mai 1915 au cours de la deuxième bataille d'Ypres, en Belgique, par le major John McCrae, un chirurgien dans l'artillerie canadienne. ''In Flanders Fields''(''Au champ d'honneur'' ) est le poème de la guerre le plus lu et le plus souvent cité. Les références au coquelicot aux première et dernière strophes ont contribué, dans les pays anglo-saxons, à donner à la fleur le statut d'emblème du souvenir et de symbole d'une croissance nouvelle parmi la dévastation laissée par la guerre.
*NdT : Au champ d'honneur :Adaptation française du major Jean Pariseau
- Jour du souvenir/Rememberance Day
Aux alentours du 11 Novembre, date de la fin de la 1ère guerre mondiale, les associations (aux US, en Angleterre, au Canada et dans les anciennes colonies britanniques du Commonwealth), vendent des ''poppies'' en papier, pour que les gens les épinglent à leurs vêtements afin de montrer leur soutien aux vétérans et aux soldats de toutes les guerres. L'argent récolté sert à financer différents projets pour venir en aide aux vétérans ainsi qu'aux familles éprouvées par les guerres (veuves et orphelins de guerre, hôpitaux, services d'assistance sociale...)
Pour celles qui lisent encore, voici ma version du poème en Français.
Aux champs des Flandres poussent les coquelicots / Entre les croix en rangs de lot en lot / Qui marquent notre emplacement; et dans le ciel / Les alouettes encore chantant, volent à tire d'ailes / à peine un bruit dans le vacarme en dessous./ Nous sommes les Morts. Il y a seulement quelques quelques jours / Nous vivions, sentions l'aurore, voyions le soir se coucher rouge / Nous aimions, étions aimés, et à présent nous voici allongés, / Aux champs des Flandres.
Reprends à ton compte notre querelle avec l'ennemi: / De nos mains faiblissant nous te lançons en défi / Le flambeau; qu'il t'appartienne de le tenir bien haut. / Si tu romps ta parole avec nous qui mourons / Jamais alors nous ne dormirons, même si poussent les coquelicots / Aux champs des Flandres.
