Chapitre 16

Le reste de l'été s'écoula comme il le devait. Absorbé par l'inquiétude du procès à venir, Harry ne se donna pas beaucoup le temps de penser au reste. A ses amis qui l'avaient, en quelque sorte, trahi, à Sirius, de plus en plus morose, qui devenait difficile à approcher, au fait que, loin de s'inquiéter de sa vie chez les Dursley, il lui conseillait de remettre sa situation en perspective vis à vis de la sienne. Harry ne pensa pas beaucoup à Snape ou, du moins, essaya de ne pas trop y penser. S'il vint pendant l'été à deux trois réunions, le maître des potions semblait immanquablement se volatiliser après et Harry n'eut jamais le temps de venir le voir. De toute façon, il ne préférait pas. Parler à Snape devant Sirius lui donnait l'impression de le trahir et le sentiment grandissait en lui à chaque fois qu'il y pensait. Il voulait croire en Sirius, il le voulait de toutes ses forces et, si Snape n'était pas intervenu au cours de ces années, jamais la comparaison ne serait née dans son esprit, mais à présent, elle était là, réelle, devant ses yeux. Sirius avait été recueilli et soutenu par les Potter au moment où sa vie avec sa famille était le plus difficile et quelque chose au fond d'Harry ne pouvait s'empêcher de se demander s'il réalisait à présent que lui, Harry, le garçon dans le placard, ne trouvait pas cette maison en lui, son parrain. C'était la faute du ministère, de Voldemort, de Queudver, d'Askaban et de cette foutue guerre qui n'en finissait pas. Et Harry fit de son mieux pour refouler Snape au fond de lui tout comme il refoula sa colère. Pour tout le monde, il était bon de ne pas remuer tout ça.

La rentrée annonça la plus terrible année qu'Harry connu jusque-là à Poudlard et marqua la fin des doutes de l'été, des longues parties de jeu, des longues discutions du soir avec Ron, Hermione, Fred, George et Ginny, comme elle balaya ses soucis - du moins, pas les mêmes. D'autres, bien plus urgents, firent rapidement leur apparition avec l'ambiance qui régnait à Poudlard. Harry réalisa bien vite que loin de se préparer à la guerre qui allait immanquablement leur tomber dessus, plus de la moitié des élèves de l'école le considérait à présent comme un dégénéré souhaitant attirer l'attention sur lui. Personne, ou presque, à l'exception des Pouffsouffles et de Cho Chang, ne semblait plus se soucier de Cédric, ou du moins pas dans le bon sens du terme. L'arrivée du plus terrible professeur qu'Harry connu jusqu'alors ( et la compétition, entre Snape et l'épouvantable Lockhart, était rude ) Ombrage, ne facilita pas les choses. En fait, elle fit de sa vie un enfer dès de le premier cours de la première semaine de classe. Hermione comme Ron, pour une fois d'accord sur une chose, lui conseillèrent tous deux d'aller voir Dumbledore. Mais Harry s'y refusa. D'abord, comme il le leur dit, parce que l'homme ne pouvait rien faire pour lui qui ne les mettrait pas tous et lui le premier en tant que directeur dans une situation délicate face au ministère - et Harry ne voulait pas attirer plus d'attention qu'il n'en avait déjà, bien involontairement, apporté sur l'école. Si Ombrage était là, c'était de sa faute, alors Harry se tut. Tout comme il garda pour lui la deuxième raison, qui était qu'il en voulait encore à Dumbledore pour l'été et bien que l'homme l'ait courageusement tiré d'affaire face au ministère, ça ne calmait pas du tout la colère et le doute qui s'étaient insinués en lui.

Les regards dans les couloirs suivaient Harry, les chuchotements bruissaient dans son dos, les ricanements et remarques éclataient de plus en plus franchement et parfois, il devait subir des attaques directes même des Gryffondors. Ron et Hermione, s'ils le soutenaient, semblaient mal à l'aise à ses côtés et Harry, la plupart du temps, les laissaient tous les deux et se retirait derrière les rideaux de son baldaquin. La situation qui avait pu être difficile en deuxième année, mais facilement surmontable avec le soutient de ses amis et l'humour remarquable de Fred et George, devint au fil des semaines de plus en plus difficile. Alors, bien sur, Harry y songea. Il songea plus d'une fois à descendre aux cachots, à raconter à Snape tout ce qu'il avait sur le coeur... Alors, allongé dans son lit, bien trop tôt pour aller dormir, Harry repensait encore et encore à cette fameuse nuit. Il essayait en vain de se souvenir de quelque chose, mais ne pouvait qu'imaginer le maître des potions laissant échapper un soupir exaspéré avant d'enlever cape et chaussures pour aller s'allonger à ses côtés. Il l'imaginait le prendre dans ses bras, bien que ce soit impossible, et Harry était persuadé alors de se souvenir exactement quelle odeur était la sienne, la chaleur bienfaitrice de ses mains... Mais ce n'étaient que des chimères qu'Harry se forçait à chasser dans ses instants de lucidité. Ce n'était pas un sentiment de plaisir, hum... hé bien, sexuel, pour être tout à fait honnête, Harry n'éprouvait pas, ou pas encore, ce genre de sensation. Ce qui le gênait, encore informe, était le fait qu'il ne voulait pas que les autres le sachent et qu'il n'aurait pas avoué même sous la torture que penser à Snape le soir avant de dormir était devenu une habitude et que ça lui faisait du bien. C'est sans doute ce qui le retint de descendre aux cachots. Ca et sans doute aussi le fait que l'homme, comme d'habitude, ne faisait aucune allusion aux évènements passés, comme si rien ne s'était passé. Les cours se déroulaient normalement, sans attaque directe, du moins pas aussi virulentes et fréquentes qu'avant, mais sans gentillesse aucune non plus et ses notes étaient toujours aussi catastrophiques malgré ses efforts car, oui, Harry faisait beaucoup d'efforts pour s'améliorer en potion, comme le lui fit remarquer un jour Hermione alors que Snape venait de se moquer du contenu de son chaudron et de sa médiocrité en la matière. Il fit de son mieux pour ne pas avoir l'air blessé mais Harry n'était pas doué pour cacher ses émotions et Hermione, à côté de lui, lui lança un regard tout en continuant à tourner méthodiquement sa potion à la couleur ambré parfaite.

- Ce n'est pas vrai, Harry, il dit ça simplement pour t'attaquer, comme d'habitude. Mais je sais que tu fais des efforts pour t'améliorer en potion pour tes buses, surtout si tu veux te lancer dans la carrière d'auror ! Et c'est une très bonne chose. Regarde, ta potion est presque de la bonne couleur ! Je suis sure que tu vas y arriver.

Elle lui adressa un sourire confiant mais Harry grimaça légèrement, tout autant à cause du presque qui, bien qu'adorable de la part d'Hermione, le dérangeait, qu'à cause de sa méprise. Contrairement à ce que la jeune fille croyait en élève studieuse qu'elle était, ce n'était pas pour les buses qu'Harry souhaitait s'améliorer en potion, mais pour un tout autre et bien plus complexe but, si but il y avait. Il souhaitait plaire à Snape d'une façon ou d'une autre et visiblement, il échouait lamentablement à chaque fois. Mais il n'avait encore révélé à aucun d'entre eux la vérité sur le soir où il avait été attaqué par les détraqueurs et, comme il ne comptait pas le faire, il se tut et se contenta de finir le cours sans plus faire d'efforts supplémentaires.

Ce n'est que quelques temps plus tard qu'Harry craqua. Les rumeurs, les discutions, les moqueries à son sujet ne s'arrêtaient pas, les devoirs supplémentaires incessants de Snape, en plus des devoirs normaux qu'il avait déjà du mal à accomplir, le quiddich, Ombrage, Ombrage et ses retenues du soir, les rêves tous ces foutus rêves, ces nuits de douleurs fiévreuse où sa cicatrice ne lui donnait aucun répit, ces rêves remplis de longs couloirs vides et de portes fermées, ces rêves remplis de... de...Snape. Snape, toujours Snape, à qui il pensait tous les soirs, Snape, pour qui son cœur pour une raison inexplicable battait toujours un peu plus vite et c'est à présent avec un mélange de peur et d'excitation qu'il attendait les cours de potion, Snape, pour qui il se défonçait à faire ses devoirs... Snape pour qui il se plongeait toujours plus tard, chaque fois que Ron et Hermione se disputaient ou le fixaient comme s'il était sur le point d'exploser, dans ses livres de potions, espérant, pour une fois, l'impressionner. Snape qui, là tout de suite, venait de le priver encore une fois de note à la fin du cours, refusant sa fiole de potion au contenu pas si infâme que ça d'un revers de main dédaigneux, lui infligeant encore un devoir supplémentaire. Harry resta là, planté devant le bureau sous les rires des serpentard et de quelques autres élèves de la classe, sa fiole vide à la main. Tout le monde à présent dans la classe avaient remarqué qu'Harry faisait plus d'efforts qu'avant et il devait chaque fois essuyer les remarques incessantes des serpentards auxquels Snape, parfois, participait, ce qui était sans doute le pire.

- Je ne ferai pas ce devoir, professeur.

Snape, occupé à prendre la fiole d'un Serpentard goguenard, tourna lentement le regard vers lui. Pendant un instant - un bref instant - il eut l'air profondément étonné, sincèrement étonné, ses sourcils se haussant comme un acteur désarçonné par la mauvaise réplique de son partenaire de jeu. Mais l'expression disparu presque aussitôt derrière son visage froid habituel.

- Je vais assumer, Monsieur Potter, n'avoir rien entendu, comme je vais également assumer que vous allez faire demi-tour, prendre vos affaires et quitter silencieusement cette pièce.

Harry se mit à trembler. La fiole vide dans sa main également. Snape l'ignorait superbement et il venait de l'humilier devant toute la classe car, si chacun savait qu'Harry détestait les potions, ils savaient aussi à présent qu'il faisait tout pour devenir un bon élève face à Snape, même si tout le monde ignorait pourquoi, et la plupart jusqu'à quel point. Mais cette fois-ci, Harry ne pouvait pas le laisser passer. C'était trop, trop qu'il ne pouvait supporter et, infortunément, cela tombait sur Snape.

- Je ne vais aller nulle part et je ne quitterais certainement pas cette pièce, encore moins en silence, répliqua-t-il d'un ton froid, calme et posant les mots, ce qui ne lui était pas coutumier. Qu'est-ce que vous avez contre moi ? Expliquez moi.

Snape abaissa sa main, laissant en suspend le garçon Poufsouffle mal à l'aise et sa potion, comme le reste de la file qui attendait et les autres élèves, à l'arrière, qui avaient cessé de ranger leurs affaires pour assister au nouveau craquage d'Harry Potter, le survivant détraqué - surtout quand ça concernait le grand méchant Snape. Son regard le transperça avec une intensité qui glaça Harry jusqu'aux os, cependant il ne fit pas mine de reculer, ni de baisser les yeux.

- Potter... susurra Snape de sa voix la plus doucereuse et la plus dangereuse possible, voulez-vous vraiment faire cela maintenant... devant tous vos... ?

- Pourquoi pas, répliqua Harry du tac au tac en lui coupant la parole, vous m'humiliez déjà devant eux un peu plus à chaque cours, alors pourquoi pas aller jusqu'au bout ? Puisque vous prenez votre pied, continuez, Snape, allez-y. Ca vous amuse de me voir me défoncer pour vos potions à la con et de les refuser comme ça à chaque fois ? Vous aimez savoir que je galère toutes les nuits sous une tonne de devoir supplémentaires que je ne mérite pas et que je ne suis pas en mesure de faire, et que je fais quand même pour arriver à faire ENFIN quelque chose de bien à vos yeux et putain je suis sûr que vous les regardez même pas !

- Potter...

- Non, Snape, c'est vous qui allez m'écouter ! Je ne ferai pas votre putain de devoir car j'ai fait votre potion et dans ce cas, plus de la moitié de cette classe mériteraient bien pire que moi. Alors pourquoi, hein ? Pourquoi vous vous acharnez toujours sur moi comme ça ? Ca vous amuse, de jouer avec moi ?

Les lèvres du maître des potions semblaient murmurer des mots silencieux alors qu'il le fusillait plus furieusement que jamais, une colère véritable, prête à exploser, qui faisait trembler ses poings fermement serrés. Il avait rarement vu Snape aussi en colère contre lui, en fait. Mais il ne cria même pas. Au grand désespoir d'Harry qui n'attendait que ça.

- 100 points en moins pour Gryffondor pour ce que vous venez de faire, Monsieur Potter. Retenue ce soir, ici, après le dîner.

Pas un seul mot plus haut que l'autre. Il ne le regardait même plus et un brouhaha de protestation des Gryffondors, mêlé aux rires et remarques des autres, s'éleva derrière lui. Il se sentit soudain extrêmement seul. Ron et Hermione, silencieux, le dévisageaient de loin. Même Ron, d'ordinaire prêt à le soutenir, avait l'air choqué.

- J'ai déjà une retenue ce soir avec Ombrage.

Feignant d'écrire quelque chose, Snape ne releva même pas son insolence.

- Venez après, alors. Je crains que ce soit une mauvaise soirée pour vous, Monsieur Potter.

Et en cela, Harry pouvait dire qu'il avait raison. Il n'adressa volontairement pas vraiment la parole à Ron ou à Hermione de la journée après cela, ni à quiconque d'ailleurs. Il mangea à peine, non pas à cause d'un manque d'appétit car il mourrait de faim, mais les regards sur lui, après son éclat du matin, devenaient insupportables et après avoir manqué le repas de midi, Harry ne se rendit pas à la table des Gryffondor au dîner du soir, préférant attendre dans un couloir vide le début de sa retenue avec Ombrage.

Sans étonnement, ce fut une des pires qu'il avait connu jusque-là avec l'abominable bonne femme. La faiblesse et l'énervement ne rendant la douleur que plus atroce encore, il subit son traitement en s'efforçant de ne pas gémir et tint bon jusqu'à la fin. Elle le garda plus longtemps que prévu et il était prêt de 21 h quand Harry, qui se dirigeait déjà vers les dortoirs, se rappela sa retenue avec Snape. A bout de force, il ferma les yeux dans un soupir. Snape allait le tuer, il le savait, surtout s'il était resté si calme pendant le cours. Il n'avait pas écrit à Sirius, refusant d'essuyer une réflexion de sa part et là tout de suite, il souhaita l'avoir fait. Il souhaita quitter Poudlard et se réfugier pour toujours dans une maison à la campagne loin de tout, avec son parrain. Là-bas, il serait enfin heureux et ils pourraient reprendre à zéro, tous les deux... Se sentant au bord de l'évanouissement et la main si douloureuse qu'elle n'était plus qu'un amas de chair qu'il ne pouvait plus qu'à peine bouger, Harry se résigna à son triste sort et descendit jusqu'aux cachots, forçant sans succès son coeur à arrêter de battre si vite, en fait, il crut qu'il allait s'effondrer à la seule vue de la porte des cachots. Sa main, presque toute seule, se leva pour toquer robotiquement et un "entrez!" sévère claironna à travers la paroi. Blême et comme en dehors de lui-même, il obéit. Assis à son bureau, Snape posa sa plume d'un geste vif. Il ne fit aucune réflexion du style " vous êtes en retard, Monsieur Potter... " de sa voix traînante en l'ignorant aussi superbement que s'il avait été une plante verte. Ce qui, en l'occurrence, l'aurait bien aidé. Mais non, pas cette fois. Snape bondit littéralement sur ses pieds et avant qu'Harry n'ait pu comprendre ce qui se passait, il avait contourné son bureau, traversé la classe et faisant fi de toutes sortes de règles élémentaires, le plaqua d'une main contre le bois de la porte.

- VOUS N'ÊTES QU'UN SOMBRE CRÉTIN ! Hurla-t-il, les traits de son visage déformés par une haine plus vivace que jamais, ESPÈCE DE PETIT CON !

Tout s'était passé très vite et Harry, dans un sursaut, s'était protégé le visage de ses deux mains dans un réflexe de défense irrépressible. Non pas, comme on pourrait l'imaginer, que les Dursley le frappaient à coups de ceinture tous les soirs, mais il avait l'habitude en revanche d'être malmené par Dudley et ce geste était devenu automatique.

- VOUS ! TOUJOURS VOUS ! CA NE VOUS EST PAS VENU A L ESPRIT, POTTER, QUE JE NE POUVAIS PAS AGIR AUTREMENT AVEC VOUS DEVANT UNE CLASSE REMPLIE D'ÉLÈVES BAVARDS AVIDES DE TOUTE SORTE DE RAGOTS !

Harry ferma les yeux, se réfugiant en lui-même pour laisser passer la vague. La main de Snape appuyée sur son sternum le brûlait, mais ce n'était pas le pire, il le savait, il savait que Snape allait le frapper...

- VOUS N'ÊTES QU'UN PETIT ÉGOÏSTE INCONSCIENT ! SAVEZ-VOUS CE QUE JE SUIS ?! SAVEZ VOUS CE QUE JE NE PEUX PAS ME PERMETTRE D'ÊTRE AVEC VOUS EN PRÉSENCE D'ÉLÈVES DONT VOUS AVEZ EU VOUS-MÊME LE PLAISIR DE RENCONTRER LES PARENTS PAS PLUS TARD QU'EN JUIN DERNIER ?!

Harry sursautait à chaque mot plus fort que les autres - ce qui n'était pas peu dire car Snape hurlait si fort qu'Harry était persuadé qu'il avait jeté un sort pour contenir le son - et c'est peut-être cela qui le força à arrêter car il le lâcha, reculant d'un pas. Harry avait vraiment cru qu'il allait le frapper et tremblant, il abaissa les bras. Il regretta instantanément d'avoir réagi comme ça, d'abord parce que ça le faisait passer pour un gamin de 10 ans et que passer pour un gamin de 10 ans était la dernière chose qu'il souhaitait face à Snape, ensuite parce qu'il venait d'exposer sa main blessée et qu'il n'avait vraiment pas besoin de ça maintenant, mais c'était la goutte de trop. Il tomba lentement contre la porte, le regard vide, face à Snape furieux et essoufflé. L'homme poussa un soupir comme pour se forcer à expulser sa nervosité.

- Qu'est-ce que vous avez à la main, Potter ? Demanda-t-il d'un ton plus énervé que concerné qui voulait dire qu'il ne s'y était pas si attardé plus que ça et que, sans aucun doute, il ne pouvait pas s'attendre à la vérité. Mais Harry n'était pas doué pour mentir et trop épuisé pour trouver une bonne excuse.

- Une blessure, répondit-il d'une voix blanche en fixant le vide, sa main dissimulée sous la manche de sa cape.

- Oui, je peux voir ça, merci bien, répliqua Snape d'un ton agacé. D'où est-ce que ça vient ? Le quiddich, je suppose, comme votre crétin de père ?

- Oui, le quiddich.

Harry n'arrivait pas plus à bouger qu'à donner à sa voix une intonation un peu plus vivace et Snape lui jeta un long regard avant de s'agenouiller devant lui.

- Vous êtes vraiment le plus épouvantable menteur que j'ai vu de toute ma vie, Potter. Même votre père était plus doué que vous en la matière !

Sans attendre sa permission, il avait saisi brusquement sa main droite dans la sienne, arrachant un gémissement de douleur à Harry qui siffla entre ses dents en regardant ailleurs, les joues en feu, la tête appuyée contre le bois de la porte.

- Et ma mère ? Demanda-t-il d'un ton anodin, comme s'ils discutaient simplement devant une tasse de thé.

Snape le tenait à peine, à présent, et Harry pouvait sentir le tremblement de sa main à travers la sienne. Le maître des potions leva lentement la tête, forçant bien malgré lui l'adolescent à soutenir son regard en retour. Harry ne saurait dire exactement quel sentiment se reflétaient dans les yeux de Snape à cet instant, mais ses prunelles flambaient.

- Ma mère, professeur, lui rappela-t-il. Est-ce que c'était une bonne menteuse, elle aussi ?

Snape le regardait comme s'il lisait son âme à travers, ce qui était peut-être le cas.

- Votre mère ne savait pas mentir, murmura-t-il d'un ton blême.

- Comme moi, alors, lui dit Harry avec un petit sourire en reprenant sa main. Vous voyez, finalement, je ne ressemble pas tant que ça à mon père... J'espère que vous aimiez bien ma mère, professeur ?

Il y eut un silence, une immobilité qui faisait mal au ventre. Harry, paralysé, ne pensait pas pouvoir bouger à nouveau. Il détourna les yeux.

- Potter...

- Ne dites rien. S'il vous plaît. Ne dites... juste... rien.

- Qui ? Le coupa Snape d'une voix blanche qui lui fit froid dans le dos.

- Professeur, je vous en prie, laissez-moi juste rentrez à mon dortoir et...

- Comme si vous pouviez vous lever.

- Vous pourriez simplement oublier et me raccompagner, alors ?

- Potter ! Je vous ai posé une question. Qui ?

- Bon sang, vous savez très bien qui !

Il regarda de nouveau Snape. A genoux devant lui, il avait l'air plus sombre que jamais. Harry laissa échapper un rire et le haussement de sourcil qu'il eut en réponse ne fit qu'augmenter son hilarité soudaine.

- Par Merlin, Potter, je peux savoir ce qui vous amuse ?

Harry se força à avaler son rire nerveux.

- Rien, c'est juste... vous êtes là, genoux à terre, dans vos longues robes et vos cheveux noirs, comme un sombre chevalier au chevet d'un roi mourant attendant qu'il lui dise le nom de son assassin pour aller le massacrer sur place.

Snape se redressa légèrement, le regardant très attentivement, déconcerté.

- J'espère que vous la massacrerez, continua Harry avant que le maître des potions n'ai eu l'occasion de trouver une réponse adéquate, j'espère que vous la réduirez en cendre et que vous la ferez souffrir, cette salope d'Ombrage.

- Potter... est-ce que vous avez bu ? Demanda lentement et très sérieusement Snape.

Le jeune homme haussa un sourcil, presque vexé. Snape leva alors la main et la plaqua sur son front.

- Vous êtes brûlant, Potter. Pas étonnant que vous déliriez. Levez-vous, je vais vous donner une potion qui devrait calmer...

Il s'était levé, liant le geste à la parole pour aller chercher ce dont il avait besoin, mais n'eut pas le temps de poursuivre. Harry, qui s'était levé en même temps que lui, vomit le contenu de son estomac, ce qui n'était en l'occurrence pas grand chose mis à part de la bile et ses toast du matin, entre eux, mais ça avait éclaboussé la robe de Snape. Soudain on ne peut plus lucide, Harry porta une main jusqu'à sa bouche, toujours courbé en deux et n'osant pas se relever. Snape était figé devant lui et le tenait toujours. Un coup comme ça à Privet Drive lui aurait valu un mois entier enfermé avec presque rien à manger, juste de quoi ne pas mourir complètement de faim.

- Pardon. Professeur, dit-il d'un ton très sérieux et précipité à travers sa main, je vous demande pardon, je sais que j'ai dit beaucoup de choses aujourd'hui mais je n'ai pas du tout fait exprès, je vous jure, je ne voulais pas du tout...

Snape nettoya le sol d'un coup de baguette.

- Me vomir dessus. Ca va, Potter. Je ne vais pas vous tuer pour ça.

Il retira sa cape souillée qu'il jeta en boule dans un coin de la pièce et le mena par une épaule à un banc sur lequel il le força à s'asseoir. Harry obéit, étrangement clair tout à coup, clair et blafard. Snape s'activait autour de lui sans qu'il ne cherche à savoir exactement ce qu'il faisait. Il ramena sur la table à laquelle il était adossé plusieurs flacons et remplit un verre, puis un second, qu'Harry but tous deux à la suite sous le regard consterné de Snape. Cependant, l'homme avait d'autres chats à fouetter pour l'instant que son manque d'instinct de survie et il s'empara d'une fiole au liquide à peine coloré, un peu jaunâtre et à l'apparence visqueuse qu'il déboucha en s'asseyant à ses côtés.

- Votre main.

Harry obéit, une fois de plus, et Snape ne fit pas le moindre commentaire - ce qui leur convenait parfaitement tous les deux - en prenant sa main blessée pour l'enduire généreusement, passant très délicatement sur les plaies à vifs. C'était délicieusement enveloppant et délicieusement froid et si brusquement bon, au milieu de cet enfer, qu'Harry poussa un franc gémissement, rejetant la tête en arrière en s'affaissant quelque peu dans le banc peu confortable. Les yeux à demi clos, il ne vit pas Snape lever les yeux vers lui, sourcils froncés. L'homme dévisagea le profil du jeune homme, sa gorge découverte, ses lèvres entrouvertes d'où s'échappait un souffle plus calme et plus profond, et pendant un instant il ne put en détacher les yeux.

Comme moi, alors. Vous voyez, finalement, je ne ressemble pas tant que ça à mon père... J'espère que vous aimiez bien ma mère, professeur ?

- Oh, putain... murmura Harry d'un ton tremblant, à peine audible et déjà dans l'inconscience, c'est bon...

Snape déglutit et détourna les yeux pour revenir à sa tâche, essayant d'ignorer les jambes écartées du jeune homme dans son champ de vision où une bosse suspecte était apparue à un endroit bien précis. Cependant, imperturbable, il reprit son travail sans un mot. C'était un adolescent, un adolescent fiévreux, affamé, malade et blessé qui s'efforçait visiblement de tenir debout depuis un peu trop de temps qu'il ne le fallait, et il venait de le soulager d'une blessure qui le faisait souffrir depuis Merlin sait combien de temps. Dans le silence de la pièce, il pouvait bien être honnête avec lui-même et avouer que malgré ce qu'on aurait pu penser de lui, il n'était absolument pas choqué par ce genre de choses. Il avait vu bien pire. C'était normal que le corps réagisse de cette façon-là en cette situation et pour leur bien à tous les deux, jamais il n'en soufflerait mot, ni à Potter ni à qui que ce soit. D'ailleurs, il n'était même pas certain que Potter s'en rende compte. Il plongea la main d'Harry dans un bocal rempli d'un autre liquide inconnu et se leva pour aller chercher quelque chose dans un des placards de la pièce, laissant l'adolescent à demi endormi sur le banc.

- Je suis obligé de vous humilier en classe devant les autres, Potter. Et contrairement à ce que vous pouvez penser, ça fait bien longtemps que je ne prends plus aucun plaisir à le faire.

Il se retourna vers lui, occupé à préparer une autre mixture sur son bureau, versant plusieurs gouttes de plusieurs produits dans ce qui semblait être un verre d'eau. Les yeux à présent grands ouverts et la tête redressée, Harry le regardait fixement, quoi qu'un peu ailleurs. Ils échangèrent un regard avant que Snape ne baisse de nouveau la tête pour se concentrer sur ce qu'il faisait.

- Vous connaissez très bien mon rôle au sein de l'ordre. Rien n'a plus d'importance que ça, pas vos états d'âmes et encore moins ma propre vie. Si j'échoue, nous perdons toute chance de gagner cette guerre, me comprenez-vous ?

La gorge soudain nouée, Harry hocha la tête. Soudain, il avait envie de pleurer et il y eut un petit silence. Les mots sortirent de sa bouche avant qu'il n'ait eu le temps d'y réfléchir :

- Votre vie a de l'importance, Snape.

Severus cligna des yeux et sans se redresser lui jeta un bref regard. Les yeux de Lily le dévisageaient intensément, trop intensément, et la détresse soudaine qu'il y lit lui fit détourner les yeux. Il renonça à le reprendre, pour l'emploi de "Snape" sans "professeur" devant. Ce "Snape" là ressemblait à une marque de familiarité entre eux qui pouvait conjurer le mauvais sort, changer le fait qu'il soit destiné à mourir dans cette guerre. C'était puérile. Puérile et touchant.

- Vous vous trompez, Potter. Elle n'en a aucune.

La culpabilité se diffusa en lui aussi soudainement et vicieusement que la morsure d'un serpent venimeux.

Vous ne comprenez pas. C'est ma faute. Tout est de ma faute...

Il avala sa salive. Il pourrait lui dire. Il devrait lui dire avant qu'il ne ne soit trop tard, avant que quelqu'un d'autre ne le fasse à sa place... mais quelque chose en lui désirait plus que tout ses yeux fixés sur lui qui l'imploraient comme... comme ceux de Lily ne l'avaient jamais fait. Des yeux si fragiles, si déterminés, qui l'appelaient désespérément à l'aide, lui, Snape, l'immonde espion à cause duquel la douce et sublime Lily avait donné sa vie. Ca aurait dû être l'inverse, depuis le début.

- Vous ne serez jamais seul, Potter, se contenta-t-il de dire en espérant presque qu'il ne l'entendrait pas.

Harry poussa un petit rire vide et Snape l'observa en revenant vers lui.

Je suis déjà seul, lu-t-il dans l'esprit d'Harry, mais il n'avait besoin d'aucune occlumentie pour ça.

Il lui tendit le verre rempli.

- Buvez. Ca devrait vous redonner des forces car je crains que dans votre stupidité, vous n'ayez rien mangé de la journée et dans votre état, je ne pense pas que vous ayez l'énergie nécessaire pour avaler quoi que ce soit de solide.

Harry prit le verre sans un mot et avala tout son contenu. Snape lança un accio à travers la pièce avant de s'asseoir à côté d'Harry pour prendre sa main blessée qu'il s'activa à bander.

- Par ailleurs, sachez, Potter, que contrairement à ce que votre crétinerie vous laisse à penser, je suis tout à fait sensible aux progrès que vous faites en potion. Continuez comme ça et vous devrez réussir à passer correctement vos buses, bien que je doute que vous ne deveniez jamais un bon potionniste. Mais laissez-moi cependant vous dire qu'au prochain écart de votre part comme celui de ce matin en cours, et je n'hésiterai pas à vous faire subir la plus grande humiliation de votre vie devant tous vos….

Mais lorsqu'il releva la tête face au silence d'Harry, le jeune homme dormait déjà. Il esquissa un sourire.

- Crétin de gosse.


Et voilà ! J'écris beaucoup en ce moment et j'espère que vous apprécierez la suite... croyez-moi, ça va remuer de plus en plus et ceux qui aiment le hurt/comfort autant que moi seront servis !

Une petite review pour dire ce que vous en pensez ou pour discuter durant ce confinement d'autre chose que de l'actualité serait cool ! Je reste ouverte en tout cas à toute discutions snarry-iennes que vous voulez ! :-)