Note : Coucou ! Après toute la tension accumulée dans le dernier chapitre, on redescend dans celui-ci qui est beaucoup plus… calme. Vos avis sont les bienvenus ! Bonne lecture !
Chapitre 20 : Soigner des anges
Trois jours passèrent sans que Jeanne n'ait décoléré contre Hao. Le simple fait de l'apercevoir ou d'entendre prononcer son nom remuait une rage sourde dans son ventre, or il était le champion de Poudlard, donc il arrivait très souvent que d'autres élèves parlent de lui.
Lyserg semblait avoir réussi à prendre sur lui et Tamao avait demandé à Jeanne de laisser tomber toute cette histoire mais ce n'était vraiment pas évident. Elle se forçait néanmoins à prendre du recul et avait commencé à relier ce qui lui semblait être les pièces d'un immense puzzle.
Si Hao était capable de demander des faveurs aux professeurs de Poudlard, et d'après Lyserg c'était bel et bien le cas, il était peut-être également apprécié par Rakist. Sûrement même. N'importe qui d'autre lui aurait donné un bon mois de retenues pour son attitude détestable envers Marco. Les insultes indirectes n'en restaient pas moins des insultes.
Cela expliquait pourquoi Rakist lui avait parlé de Jeanne, de son ascendance et de sa première scolarisation à Beauxbâtons. Il était préfet-en-chef après tout. Or, s'il avait ébloui Rakist, ce dernier avait dû le juger suffisamment digne de confiance pour lui parler d'elle. Pour l'aider à s'intégrer par exemple. Ce qu'il s'était bien gardé de faire.
Oui, ça se tenait. Comme le disait Lyserg, avec son petit numéro d'élève modèle Hao avait réussi à se mettre certains professeurs dans la poche. De là à les qualifier de pions c'était exagéré, même si c'était sûrement ainsi que le détestable Serpentard les considérait. Heureusement que certains professeurs étaient lucides, eux. Silva, notamment, semblait en faire partie Jeanne avait encore en tête leur duel visuel lors de l'arrivée des délégations de Beauxbâtons et de Gandhara.
Le lien entre Marco et Hao était plus difficile à comprendre. Lorsqu'il lui demandait de lui passer le bonjour, était-ce juste un moyen de se faire bien voir du directeur ? Non, ça ne collait pas avec son attitude provocatrice lors de leur confrontation et ça n'expliquait pas le fait qu'il l'appelle par son prénom. Les deux hommes devaient se connaître. Mais comment ? Est-ce que Rakist aurait pu les présenter l'un l'autre ?
Le plus simple était encore d'aller en parler directement avec Marco. Elle penserait à mettre le sujet sur la table la prochaine fois qu'elle irait lui parler.
…
Le ciel était nuageux et il faisait un froid glacial lorsque Jeanne sortit dans le parc. Elle avait envie d'air frais et avait donc délaissé la compagnie de ses camarades de classe en ce jeudi après-midi studieux.
« Devoirs aujourd'hui, détente ce week-end », avait dit Susan.
Jeanne avait opté pour « Détente aujourd'hui », quoiqu'il advienne ce week-end. Elle n'arrivait pas à se concentrer tant elle fulminait encore intérieurement contre Hao.
Elle se dirigea vers la forêt interdite, ou plutôt vers l'enclos à sa lisière dans laquelle paissaient les chevaux géants de Beauxbâtons. L'enclos n'en était d'ailleurs un que par le nom. Il s'agissait d'une zone délimitée par des cordes destinée plus à décourager les élèves d'approcher qu'à retenir les équidés. Equidés que, de toute manière, on aurait bien eu du mal à empêcher de s'envoler par-dessus n'importe quelle barrière.
En s'approchant, elle apperçut Ryu qui étaient en train de remplir leurs auges de whisky pur malt et près de lui, à sa grande surprise, Lyserg.
Michael marcha vers elle dès qu'il repéra sa présence et elle le gratta gentiment entre les yeux.
— Bonjour mon tout beau, murmura-t-elle au cheval ailé.
— Jeanne, s'exclama Ryu avec bonne humeur en remarquant sa présence. Tu viens voir ces merveilles de la nature ?
— Oui, acquiesça-t-elle.
Elle se glissa dans l'enclos, s'empara d'une étrille et se mit à brosser Michael.
— Tu sais y faire, commenta Ryu en regardant ses mouvements circulaires avec un œil appréciateur.
— J'ai grandi avec eux, répondit simplement Jeanne. Marco me portait pour que je puisse les atteindre, ajouta-t-elle avec un léger sourire.
Entretemps, Gabriel s'était approché et poussait avec son museau dans le dos de Jeanne.
— Je n'ai pas pensé à t'apporter une pomme aujourd'hui Gabriel, je suis désolée, déclara tranquillement la jeune fille en le caressant.
— Tu connais tous leurs noms ? s'enquit Lyserg.
Lui-même était en train de panser le plus doux d'entre eux tous.
— Oui. Celui dont tu t'occupes en ce moment, c'est Zeruel.
— Zeruel, répéta Lyserg en regardant le cheval géant.
— Celui-ci, poursuivit Jeanne, c'est Michael, et celui-ci donc Gabriel. Là-bas, le grand noir c'est Lucifer. Très capricieux. Les deux en train de boire, ce sont Remiel et Metatron. Là-bas, Uriel, Sariel, et derrière Raphael.
— Je vais essayer de m'en souvenir mais je ne peux rien garantir, déclara Ryu. Et celui-ci ? demanda-t-il en indiquant un cheval que Jeanne n'avait pas encore nommé.
— Azazel, répondit Jeanne.
— Lui je m'en souviendrai, reprit Ryu. Azazel le ronchon. Il ne me laisse pas l'approcher, pourtant j'ai tout essayé. On peut voir d'ici qu'il est tout sale. De temps en temps je lui lance un sort pour le nettoyer mais il n'aime pas ça du tout.
— Azazel est le plus caractériel de tous, confirma Jeanne. Il n'est jamais monté. C'est déjà un miracle en soi qu'il accepte de tirer le carrosse.
— Vous les montez ? tiqua Lyserg.
— Oui, confirma Jeanne en délaissant l'étrille pour le bouchon. On apprend à voler sur leurs dos en deuxième année. L'essentiel c'est de savoir s'occuper d'eux et une fois sur leurs dos de s'accrocher. Ce sont des créatures intelligentes, ils savent quoi faire ensuite.
— Ils vont leur manquer à l'école cette année, commenta Ryu.
— À la place, les deuxième année doivent sûrement apprendre à voler sur balai comme les troisième année, réfléchit Jeanne. Ils apprendront l'an prochain à les monter.
Jeanne s'appliqua avec le bouchon, puis passa à la brosse douce. Ryu pour sa part s'était emparé d'un cure-pieds et s'était approché de Lucifer. Jeanne lui souhaitait bien du courage.
— S'il ne se laisse pas faire, Rakist pourra passer, lança-t-elle à Ryu. C'était son cavalier attitré.
Ryu et Lyserg lui lancèrent des regards perplexes.
— Qu'entends-tu par cavalier attitré ? demanda Lyserg.
— Chacun d'entre eux est principalement pansé et monté par un professeur, développa Jeanne. Michael dont je m'occupe à présent, par exemple, a une relation privilégiée avec Marco.
— Qui s'occupe de Zeruel ? demanda aussitôt Lyserg.
— Personne, avoua Jeanne. Il fait partie de ceux qui n'ont pas de cavalier attitré. Mais, reprit-elle avec un peu plus de joie, tous les élèves l'adorent.
— Qui d'autre n'a pas d'affinités particulières avec quelqu'un ? questionna Ryu.
— Azazel, sans surprise, et Lucifer, depuis le départ de Rakist.
— Tu as déjà volé sur le dos de l'un d'entre eux ? demanda Lyserg, curieux.
Le souvenir flou du vide et du froid vint embrumer ses sens.
— Plusieurs fois avec Marco et Rakist. Mais j'étais trop petite pour m'en rappeler, je n'ai que de vagues souvenirs.
Elle se perdit un instant dans ses pensées avant de reporter son attention vers Lyserg.
— Tu suis les cours de soins aux créatures magiques ? demanda-t-elle naïvement.
— Ah non, pas du tout, avoua Lyserg. C'est juste que j'aime les chevaux. Ceux sans ailes et avec une taille normale. Alors je passe donner un coup de main à Ryu, ça me fait plaisir.
— Coup de main fort appréciable, que ce soit dit ! s'exclama le Gardien des Clés et des Lieux.
Jeanne sourit.
— Tu as l'air de très bien t'entendre avec Zeruel, commenta-t-elle.
— Oui, confirma Lyserg avec beaucoup de douceur dans les yeux.
Jeanne resta une bonne heure avec Ryu et Lyserg auprès des chevaux. Leur présence apaisante lui permit de retrouver une sérénité qui la fuyait depuis sa violente altercation avec Hao. Lorsque Ryu avait évoqué la première tâche du tournoi qui aurait lieu le week-end suivant, elle ne s'était pas même agacée. Elle se sentait très calme et détachée de tout au moment de retourner au château en compagnie de Lyserg.
— Comment va Tamao ? voulut savoir Lyserg.
Ladite Tamao lui avait dit qu'elle l'avait vu pas plus tard que la veille mais le Serdaigle semblait vraiment inquiet.
— Bien, répondit Jeanne avec simplicité. Elle est forte. Elle est passée à autre chose.
Lyserg fronça légèrement les sourcils.
— Elle m'a dit, poursuivit Jeanne pour le rassurer, qu'elle pensait qu'il lui avait joué ce mauvais tour car elle avait critiqué sa participation au tournoi des trois sorciers. Si c'est bien le cas ils sont quittes. Il ne l'embêtera plus.
Elle mit de la force dans sa dernière phrase autant pour s'en convaincre elle-même que pour convaincre Lyserg.
— Tu m'en vois rassuré.
…
Après avoir passé du temps avec les chevaux ailés, Jeanne se mit en quête de ses camarades de classe qu'elle retrouva dans la salle commune en train de travailler. Elle se joignit simplement à eux, rattrapa bien vite son retard et fut satisfaite, lorsqu'ils descendirent manger, d'avoir fini tous les devoirs qui leur avait déjà été donnés.
En traversant le château, elle croisa certains élèves qui étaient venus lui poser des questions au sujet de son lien avec Marco et les salua aimablement même si elle ne connaissait pas leurs noms. Arrivés au hall d'entrée, ses camarades de classe partirent devant pour la laisser échanger quelques mots avec Manta lorsqu'elle l'aperçut. Elle les rejoignit ensuite à la table des Gryffondor où ils s'étaient assis près d'un groupe de deuxième année parmi lesquels elle reconnut Elladora.
— Comment tu te sens, Jeanne ? lui demanda Padma alors qu'elle commençait à manger tranquillement.
Jeanne prit le temps de réfléchir avant de répondre.
— Je me sens bien, décida-t-elle.
— Ça se voit ! s'exclama aussitôt Fred qui semblait bouillir d'impatience de lui parler. Tu as dit bonjour à plein de gens, tu souris et tu n'es pas en train de massacrer ta viande !
— Fred ! s'écria Padma, scandalisée.
— Ben quoi ? C'est vrai !
Jeanne fronça les sourcils.
— Ce qu'il veut dire, reprit calmement Matthew, c'est qu'on a tous remarqué que tu étais en colère ces derniers jours à cause de cette histoire de dispute avec Hao et qu'il nous semble que tu vas mieux.
— C'était vraiment une dispute ? Ce n'était pas un duel magique alors ? voulut savoir Fred.
— Evidemment que c'était une dispute, lâcha Matthew avec dédain alors que Padma et Susan levaient les yeux au ciel. Un première année contre un septième année… comment peux-tu imaginer que ça puisse donner un duel ?
Jeanne s'efforça de digérer du mieux qu'elle put les déclarations de ses camarades. Le fait qu'elle n'était pas jugée capable d'affronter Hao en duel lui laissait un goût amer dans la bouche. D'autant plus que Matthew avait raison elle n'avait pas le niveau en magie nécessaire pour tenir tête à un septième année.
— Puisque tu es calmée, Jeanne, intervint Elladora, j'en profite pour te dire quelque chose que tu ne vas absolument pas apprécier mais que tu dois absolument entendre.
Jeanne se força à prendre sur elle et hocha la tête à l'intention d'Elladora pour lui signifier qu'elle avait toute son attention.
— Il ne faut pas que tu t'approches et encore moins que tu défies Hao.
Effectivement, Jeanne n'apprécia absolument pas la mise en garde.
— Elle a raison, renchérit Susan, si tu as un problème avec un élève bien plus âgé, il vaut mieux aller en parler aux professeurs ou aux préfets.
— Non Susan, tu m'as mal comprise, la reprit Elladora. Vous ne devez pas avoir de problème avec Hao. Avec les autres septième année pourquoi pas si vous y tenez, mais pas avec Hao.
— Pourquoi ? demanda Fred. Parce qu'il est préfet-en-chef ? Parce qu'il est champion de Poudlard ?
Elladora soupira.
— Vous ne vous en rendez pas encore compte car vous n'êtes à Poudlard que depuis très peu de temps et qu'il n'a pas encore fait trop de vagues depuis la rentrée, mais Hao n'est pas un élève ordinaire. Et cela n'a rien à voir avec le fait qu'il est préfet-en-chef ou qu'il a été désigné comme champion. Hao est spécial. Si vous parlez avec d'autres septième année, vous saurez que dès qu'il est entré à Poudlard, c'était comme si l'école lui appartenait.
Jeanne sentit une boule de colère se former dans son ventre mais s'astreignit au calme et engrangea les informations.
— Je parle avec des sixième et septième année et aucun ne dit cela, déclara-t-elle le plus platement possible.
— Tu parles avec Yoh et ses amis, tu ne peux pas te rendre compte, répliqua Elladora. Va parler avec… j'en sais rien, n'importe qui d'autre. Quelqu'un qui n'est proche ni de Yoh ni de Hao. Tu verras.
Le visage de Nichrom traversa brièvement l'esprit de Jeanne. C'était son comportement servile envers Hao qui l'avait tant agacée. Elle avait mis cela sur la hiérarchie d'âge dans la maison Serpentard. Pouvait-il y avoir une autre raison ?
— C'est parce que c'est le chouchou des profs que tu dis cela ? demanda Jeanne sans pouvoir cacher tout à fait son agacement dans sa voix.
Elladora la fixa quelques minutes sans répondre.
— Jeanne, déclara très gravement Elladora, je ne suis qu'en deuxième année, mais d'autres que moi te diront que tu es dans l'erreur. Que ce n'est pas Hao qui est le chouchou des profs, ce sont les profs qui sont les chouchous de Hao. Il est l'âme de Poudlard. Alors pour ton bien, ne te confronte plus à lui. C'est un conseil d'amie.
Un court silence s'installa à table durant lequel tout le monde réfléchit à l'avertissement.
— Ta sollicitude me touche et je prends note de ton conseil, répondit sérieusement Jeanne en ancrant son regard dans celui d'Elladora.
Quelques secondes s'écoulèrent avant que la deuxième année ne soupire.
— Tu ne pourras pas dire que je ne t'ai pas prévenue, lâcha-t-elle avec fatalisme.
