Chapitre 38 : Jouer au morpion contre un maître aux échecs
Il fut plutôt facile de se glisser dans le bureau du directeur sous forme de chat, alors que le professeur Lupin sortait à la hâte. Drago monta l'escalier en silence et se glissa dans le bureau, se dissimulant sous un fauteuil.
Le professeur Dumbledore, Potter et les laquais de Potter furent rejoints par le Ministre de la Magie et le professeur Rogue, qui lançait des regards assassins à ce lâche de Pettigrow, ligoté à une chaise et en cours d'interrogatoire.
Drago écouta vaguement Pettigrow livrer toutes sortes de détails intéressants, le professeur Rogue crier, Potter crier, et même Weasley crier. Il aurait pu se passer des supplications de Pettigrow – aucune dignité, et aucune information intéressante.
Le Ministre de la Magie entraîna Dumbledore à l'écart et se mit à chuchoter. Drago inclina la tête et tendit l'oreille pour les entendre.
- Devez voir que cela me met dans une position délicate – c'était Fudge.
- Dans l'intérêt de la justice… Dumbledore.
- Des sorts de mémoire – confusion – vous avez dit vous-même-
- Vous devez sûrement voir que cela mérite…
Et plus encore, trop bas pour entendre.
- Bien, dit Fudge, parlant à nouveau normalement. Nous allons les arrêter tous les deux et régler ça pendant le procès. C'est la seule chose à faire.
- Severus, voulez-vous bien ramener les enfants à leur dortoir ? Et monsieur le Ministre, je présume que cela signifie que les Détraqueurs vont quitter l'école ?
- Je suppose que oui, dit Fudge d'un air distrait. Peter Pettigrow, ma parole…
Avec un signe de tête du professeur Rogue, Potter et compagnie quittèrent la pièce.
- Comment vous sentez-vous, Cornelius ?
- Jamais été mieux ! s'exclama le Ministre.
- Une tasse de thé, peut-être ?
Drago somnola. Il se réveilla quand il réalisa que Pettigrow était en train de bouger – Dumbledore n'était plus là, et deux inconnus traînaient Pettigrow vers l'escalier. Drago se retint de justesse de ne pas jaillir de son abri, et se cogna la tête sous le siège.
Les aurors descendirent l'escalier d'un pas lourd, et Drago attendit pendant un, deux, trois mouvements de la queue avant de les suivre, regrettant de ne pas avoir mangé davantage au dîner. En bas de l'escalier il se plaqua contre la base de la gargouille, complètement rigide, car le couloir était vivement illuminé et les aurors étaient en train de se crier dessus pour avoir laissé Pettigrow s'échapper – pourquoi est-ce que le ministère n'embauchait jamais personne de compétent ?
Les aurors se séparèrent et partirent dans des directions opposées, et Drago se retint cette fois de miauler avec désespoir.
Il renifla les dalles du sol. Chaussures, chaussures, bonbon au citron, rat. Drago s'élança sur la piste, oubliant momentanément tous ses soucis.
Drago revint à lui-même alors qu'il s'apprêtait à sauter sur un rat presque aussi gros que lui, et entreprit aussitôt de paniquer. Le rat aussi était en train de paniquer, donc ce fut assez mouvementé pendant quelques moments.
Drago réussit à reprendre son calme, laissa tomber le rat et reprit sa forme humaine.
- Vous voulez sortir de ce château ou pas ? chuchota-t-il avec fureur.
Les moustaches du rat tressaillirent, alors que le rongeur était paralysé de terreur, mais Drago tendit la main et il la renifla prudemment. Le rat savait qui il était, visiblement. Très bien, ça devrait aller
- Venez là. Vite.
Et miracle entre tous, quelqu'un écouta Drago. Il fourra Pettigrow dans une des poches de ses robes, s'assura que ça ne se voyait pas trop et se dirigea très lentement et d'un pas très calme vers la cabane de Hagrid, dans la nuit tombante.
Ni hippogriffe ni Black ne l'attendaient. Le soleil s'était couché, et Drago jeta un œil par la fenêtre – Hagrid était là, mais pas d'oiseau meurtrier géant. Crotte, crotte, crotte, Drago ne savait plus combien de plans il avait dû abandonner aux cours des dernières heures, c'était ridicule. Ce genre de choses n'arriverait jamais à son père ou à Dumbledore. Et en plus il faisait sombre, ce qui signifiait Détraqueurs ou loups-garous.
Drago avança un peu plus sur le sentier, et déposa au sol le rat et un peu d'argent de poche.
- Je vous suggère de filer d'ici.
Pettigrow se transforma, et dit des choses ridicules à propos de garçons bons et généreux-
- Vous m'en devez une, dit Drago. Pour votre vie et votre liberté. Je n'oublierai pas.
- Vous… êtes tout à fait comme votre père, jeune maître Malefoy, dit Pettigrow. Pettigrow avait la capacité de transformer un compliment en quelque chose d'étrangement suspect. Franchement, la journée avait été bien trop longue et trop étrange.
Pettigrow disparut dans l'obscurité, et Drago resta là à se demander si la victoire faisait toujours se sentir aussi… étrange.
Drago aurait pu le tuer. Il avait sa baguette et Pettigrow n'avait rien, ne l'avait même pas regardé. Drago connaissait l'incantation et l'intention. Avada kedavra et une parfaite indifférence, et s'il y avait bien quelqu'un qui pouvait laisser totalement indifférent, c'était Peter Pettigrow, rat domestique de Ronald Weasley et être humain totalement décevant. Il l'avait même prévu plus tôt, lançant un sort à Pettigrow quand il avait le dos tourné pour s'entraîner. Et puis il ne l'avait pas fait. Sur le moment, ça ne lui était même pas venu à l'esprit.
Peut-être que Vince avait raison et que devenir un animagus lui avait vraiment fait quelque chose.
Drago soupira de soulagement en laissant la porte d'entrée se fermer derrière lui.
- Monsieur Malefoy, dit le directeur à voix basse.
Drago sauta assez haut pour avoir l'impression d'être près de toucher le plafond et se figea, blafard, avec une main sur la bouche.
- Je pense que je dois te demander de m'accompagner à l'infirmerie, Drago. Tu trembles.
Drago essaya de forcer ses mains à arrêter de trembler, merci. Ça ne marchait pas vraiment. Du tout.
Il réussit néanmoins à marcher à côté du directeur avec un semblant de calme, les mains enfoncées dans les poches.
- Sirius Black et Peter Pettigrow sont tous les deux considérés comme ayant quitté Poudlard, dit le directeur comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Sirius Black a volé un hippogriffe pour s'échapper avec panache. Hagrid ne parvient pas à décider s'il devrait être ravi ou furieux.
Drago émit un grognement.
- Cet hippogriffe se nommait Buck. Son jugement en appel était programmé pour dans une semaine et demie. Je n'avais pas beaucoup d'espoir.
Drago essaya de rassembler tout le venin qu'il pouvait à travers le bourdonnement dans sa tête et dit :
- J'espère que l'hippogriffe le mangera.
- Cela paraît peu probable. Les humains ne sont pas leur proie favorite, et quand ils ne sont pas provoqués, les hippogriffes sont assez paisibles.
- Ce sont des oiseaux meurtriers géants, professeur, lui dit Drago.
Le directeur eut un rire surpris.
- Je crois bien, dit le directeur après une courte pause, que je comprends tout ce qui s'est passé ici aujourd'hui à part l'hippogriffe.
Est-ce que le sang pouvait geler ? Drago avait l'impression que son sang avait gelé. Ils montèrent dans un silence encore plus profond une autre volée d'escaliers.
- Peut-être devrais-je informer ton père des événements d'aujourd'hui ?
- Non – c'est, c'est, je suis sûr qu'il sera informé en temps et en heure.
- Il voudrait sûrement savoir que son héritier est-
-Je vais bien, feula Drago.
- Je vois ça, continua le directeur d'une voix très douce. Mais pour ma propre assurance, je préférerais que Madame Pomfresh t'examine. Et une nuit passée à l'infirmerie permettrait d'expliquer où tu as été de façon tout à fait convenable, ne penses-tu pas ? Cela serait mieux pour tout le monde que ce qui s'est passé ce soir soit correctement expliqué.
- Vous ne pouvez pas être satisfait de la façon dont les choses ont tourné.
- Je suis un vieil homme, et j'obtiens rarement ce que je veux. Aucun de mes élèves n'a été blessé, et plus d'une vie innocente a peut-être été sauvée.
- Et les coupables ? demanda Drago avec une curiosité morbide.
- Je préfère épargner les coupables avec les innocents qu'abattre les innocents avec les coupables.
Drago lança à son directeur un regard fatigué, parce que tous ces mots faisaient sens et la grammaire était correcte et pourtant la phrase était totalement absurde.
- La pitié, mon garçon, n'est pas une faiblesse.
Ils continuèrent à marcher en silence.
- Personne n'a l'air de comprendre que je n'ai rien à faire de cet hippogriffe, dit Drago. Il n'est même pas humain. Qu'il vive ou qu'il meure ne fait aucune différence pour moi, même si je pense qu'il ne devrait plus jamais pouvoir s'approcher d'enfants.
Il jeta un œil vers le directeur, dont les yeux pétillèrent en le regardant.
- Mais tu comptes Harry parmi tes amis, et Harry se soucie de l'hippogriffe, fit remarquer le directeur. Ta plaisanterie est allée un peu trop loin, et tu ne savais pas comment y mettre fin sans prendre de mesures drastiques.
Drago eut un recul, et seule une main sur son bras l'empêcha de tomber dans les escaliers.
- L'amitié est une chose délicieuse, continua le directeur d'un air ravi.
- Je sais que vous trouvez ça délicieux. Vous êtes du genre à trouver ça délicieux.
- Ne t'inquiète pas, Drago. Je pense que tout s'arrangera au mieux.
Drago arriva à l'infirmerie d'une humeur absolument morose, et l'empressement de Madame Pomfresh à l'examiner n'améliora que très peu les choses. Il s'endormit en imaginant différentes façons de rendre la vie de Potter vraiment malheureuse. Il pouvait à coup sûr trouver quelque chose qui lui ferait ravaler sa superbe…
