Note : Probablement mon chapitre préféré de tous ceux déjà écrits ! Je suis tellement excitée de le publier, j'ai vraiment hâte d'avoir vos retours ! (Et toutes vos questions, parce que ça en soulève un certain nombre :D)


Chapitre 21 : La parole est à la défense

Hao relisait tranquillement ses ajouts à son essai quand Mikihisa annonça la fin du cours de défense contre les forces du mal. Il portait sur le parallèle entre les avancées magiques et les avancées moldues au cours des cinq derniers siècles. Sans rapport donc avec le cours, ce qui n'empêchait pas Hao de lever la main pour compléter ce que disait le professeur par le biais d'une question.

Lors de la première année où Mikihisa avait remplacé son prédécesseur — le professeur Magna Pache, à qui on avait proposé un poste important au Ministère qui devrait par la suite le propulser au rang de secrétaire d'état pour Goldova — Hao prenait un malin plaisir à s'asseoir tout devant et à ne pas lâcher son père des yeux. Cela dans l'attente qu'il commette une faute, ce qui était arrivé plusieurs fois. Il demandait alors la parole pour rectifier innocemment ladite erreur. Si les autres élèves avaient bien compris qu'il y avait un conflit père-fils, ils n'avaient jamais eu la folie de faire le moindre commentaire à ce sujet.

Hao s'était cependant lassé assez vite de ce petit jeu et dès le deuxième semestre, s'il s'asseyait toujours devant, avait décidé d'employer son temps à autre chose qu'à suivre le cours. Pour la partie théorique du moins, il participait toujours activement aux exercices pratiques pour donner le change. Seul son voisin de classe avait conscience que ce qu'il grattait sur son parchemin n'était pas des notes du cours mais les devoirs de ses autres matières. Et Mikihisa. Mais il savait qu'il ne pouvait se permettre de lui faire le moindre reproche.

Les deux années suivantes, en quatrième et cinquième année donc, il avait repris tranquillement sa place au fond de la classe — étant donné qu'il ne suivait pas vraiment, autant laisser les places permettant de bien écouter aux autres élèves. Sauf à quelques cours qu'il jugeait important et où il insistait pour que Yoh — le cours était partagé avec les Poufsouffle ces années-là — soit très attentif. Comme Yoh tenait absolument à s'asseoir à côté de lui, il arrivait parmi les premiers dans la salle, demandait le sujet du jour à Mikihisa, et s'asseyait ou non devant pour forcer son jumeau à suivre.

En sixième année le cours de défense contre les forces du mal était de nouveau partagé avec les Gryffondor, permettant à Hao de rester tout le temps au fond, et cette année c'était avec les Serdaigle. Comme à chaque cours qu'ils avaient ensemble, Anna faisait tout pour s'asseoir le plus loin possible de lui. Et comme il lui imposait déjà son voisinage en cours de métamorphoses, il préférait la laisser tranquille dans la classe de Mikihisa.

— Hao, appela ce dernier alors que les élèves commençaient à ranger leurs affaires, pourrais-tu rester un instant ? J'ai à te parler.

Hao hocha la tête et un demi-sourire s'étira sur ses lèvres. Sa confrontation de lundi soir avec Jeanne avait, comme toutes les rumeurs, très vite fait le tour de toute l'école. Les versions les plus fidèles mentionnaient que Tamao avait été citée dans la dispute ; les autres qu'ils s'étaient livrés à un duel de magie épique qui s'était achevé soit par l'intervention de Rakist et Marco, soit par sa victoire.

Bien entendu, Mikihisa avait dû entendre une version fidèle. Une de celles dans lesquelles Tamao était nommée.

Il rassembla tranquillement ses affaires et s'approcha du bureau professoral alors que le dernier élève sortait de la salle de classe.

— Yoh m'a dit que vous ne rentreriez pas pour Noël, déclara Mikihisa en se tenant debout à côté du bureau.

Hao laisser échapper un léger rire.

Ce n'était pas la première fois, et ce ne serait sûrement pas la dernière, que Mikihisa lui parlait en privé. Il avait jusqu'à alors adopté trois attitudes différentes pour lui faire face comme à un élève, comme à un ennemi ou comme à un fils. C'était donc cette troisième option qu'il avait choisie pour aujourd'hui. Hao devait avouer qu'il s'attendait plutôt à l'une des deux premières.

— Non en effet, répondit-il. Et toi ?

Depuis que Hao avait quitté les Asakura, Mikihisa ne tenait pas en place et enchaînait les voyages, entraînant avec lui la petite Tamao. Le fait qu'il rentre pour Noël ne permettait pas de rattraper tout le temps perdu. Et ils le savaient tous les deux pertinemment.

— Oui, avec Reoseb et Seyram, le lendemain du bal.

Hao ne commenta pas, laissant Mikihisa venir à lui. Ce qui ne tarda pas.

— J'ai entendu dire que Tamao avait été mêlée à une dispute.

Mikihisa laissa passer un silence qu'Hao ne rompit pas, se contentant de le fixer en attendant la suite.

— Les grands frères protègent leurs petites sœurs, finit-il par reprendre.

Hao haussa un sourcil.

— Je suis rassuré de savoir que Tamao a deux grands frères, enchaîna-t-il.

À ces mots Hao s'efforça de rester de marbre, mais il ne pouvait probablement pas empêcher ses yeux de pétiller. C'était plutôt bien joué de la part de Mikihisa et plutôt contrariant pour lui. Il n'aimait pas avoir des failles et encore moins qu'elles soient connues et utilisées.

— C'est tout ? demanda-t-il d'un air nonchalant.

— C'est tout, le congédia Mikhisa.

Après le regard noir auquel il avait eu le droit le matin même en croisant Jeanne entre son cours d'enchantements et de défense contre les forces du mal et après l'avertissement de Mikihisa, ce fut l'arrivée décontractée de Yoh à sa table pour midi qui vint lui rappeler que ses derniers agissements n'avaient pas été appréciés.

— Salut ! sourit chaleureusement Yoh en s'asseyant sur le banc en face de lui.

Hao soupira. Faire ou ne pas faire semblant d'ignorer la raison de sa venue ?

— Comment ça va ? demanda son jumeau.

— Dis-moi plutôt si tu viens de ton propre chef ou si c'est Mikihisa qui t'envoie, répliqua Hao en leur servant de l'eau à tous les deux.

— Je n'ai pas parlé à Mikihisa depuis environ un mois. Autrement que pour les études, je veux dire.

— Je vois...

Coïncidence donc qu'ils se soient tous donné le mot précisément aujourd'hui.

— Bon, puisque tu sembles vouloir parler franchement, en fait je viens parce que Lyserg s'est mis en tête une drôle d'histoire. En résumé il t'accuse d'être responsable de ses retenues.

Hao dévisagea son frère. Il venait donc le voir lui avant d'aller voir Tamao. Sûrement pour obtenir quelque chose de lui à aller lui donner. Mais puisque son frère avait choisi cet angle, qui n'était pas quoiqu'il en dise le plus direct, il n'allait pas lui faciliter l'affaire.

— Puis-je demander pourquoi je suis soupçonné ? demanda Hao en remplissant son assiette.

— Il est persuadé que quelqu'un a demandé à la concierge de lui donner les retenues injustes qu'il a reçues. Et comme tu connais bien Kanna et que vous ne vous aimez pas trop, Lyserg et toi…

— D'autres connaissent bien Kanna et n'apprécient pas ton ami, répliqua Hao. Je ne suis pas le responsable de tous vos maux.

Yoh le dévisagea un instant pensivement et Hao l'ignora pour débuter son repas.

— Tu es en train de me dire que quelqu'un a bien demandé à Kanna de donner des retenues à Lyserg mais que ce n'est pas toi.

Cette fois-ci Hao releva les yeux vers son frère avec un sourire amusé sur les lèvres.

Yoh avait appris à bien le connaître.

— C'est ce que tu as compris ? le taquina-t-il.

Un sourire plein de fierté s'étala sur le visage de son jumeau. De fierté, de naïveté et d'innocence. Qu'il soit à jamais gardé d'arborer lui-même un tel sourire.

— Bon, je suppose que tu ne m'en diras pas plus, alors je ne vais pas insister, déclara Yoh. On change de sujet ? Oh, je peux avoir des frites ?

Hao lui passa le plat tout en concluant pour lui-même qu'il n'allait pas couper au sujet Tamao si Yoh restait manger avec lui.

— Merci, fit Yoh en attrapant les frites. Bon à part ça quoi raconter… je ne sais pas trop. Ah si ! Je me fais du souci pour Tamao, enchaîna Yoh.

Gagné.

— Elle galère vraiment avec les métamorphoses et j'ai appris que tu l'avais bien aidé récemment. C'est chouette de ta part. Surtout que Boris est une vraie peau de vache. Enfin de chauve-souris. Bref il est vraiment affreux avec elle apparemment. Tu vas me dire que c'est normal qu'il se montre dur envers les élèves qui n'étudient pas assez, mais parfois il y a des élèves dont ce n'est pas le sérieux qui est en cause, or ceux-là ce n'est pas en les rabaissant qu'il va parvenir à les faire progresser. Tout ce que Boris a réussi à faire, c'est la détruire. Ça ne me plaît vraiment pas.

Bon, ben ça c'était dit. Et Yoh qui s'était targué de franchise juste avant de commencer la conversation…

— Du coup j'ai décidé que j'allais lui donner des leçons particulières. Même si je dois y passer toutes mes soirées, je m'assurerai qu'elle soit au niveau pour ne plus que Boris l'embête.

Hao retint de justesse une grimace. À quoi il jouait, là ?

Sachant que son frère n'allait pas aimer qu'il lise dans ses pensées — même s'il était absolument incapable de s'en apercevoir — il s'en remit à la méthode de communication traditionnelle.

— Toi ? remit-il en cause avec scepticisme.

— Ben oui. C'est mon amie, lâcha Yoh comme une évidence avec un sourire niais.

— Si je me rappelle bien, la dernière fois que tu es venu manger à ma table c'était la semaine dernière et tu te plaignais que tu avais trop de travail, que tu n'y arriverais jamais et qu'Anna et moi nous n'aurions pas dû te forcer à garder l'arithmancie, est-ce que c'était possible qu'on change d'avis s'il te plaît s'il te plaît dis oui, le confronta Hao en le regardant bien dans les yeux.

— Effectivement si j'aide Tamao, c'est adieu l'arithmancie, mais après tout c'est ma décision, n'est-ce pas ?

Yoh affronta son regard un moment sans ciller, puis revint à son assiette et poursuivit avec nonchalance.

— Je n'ai pas besoin d'avoir O dans toutes les matières non plus à la fin de l'année, hein ? Un A pour valider mes A.S.P.I.C. ce sera très bien. Bref je me débrouillerai. Il y a plus important dans la vie que des examens. Il n'est pas question que je laisse tomber Tamao.

Ce que disait Yoh était vraiment très contrariant.

— Elle se débrouillait très bien toute seule jusque-là, fit-il remarquer d'une voix à mi-chemin entre l'indifférence et l'acidité.

— Avant il y avait Lyserg pour l'aider. C'est un peu comme son tuteur. Mais depuis qu'ils ont tous ces devoirs de runes qu'il est obligé de faire avec Mathilda et qu'en plus quelqu'un a une dent contre lui et le fait écoper de retenues…

Yoh haussa des épaules à la fin de sa tirade.

C'était donc là que voulait en venir son frère…

— Tu es sûr que tu es un Poufsouffle ? lui demanda Hao.

— Tu as passé les six dernières années à me dire que j'en étais vraiment un, lui répondit Yoh en lui rendant un grand sourire.

— Dans ce cas Anna ou moi avons dû déteindre sur toi, soupira Hao en terminant son assiette.

À force de parler, Yoh n'en était encore qu'à la moitié de la sienne.

— Sinon la première tâche dans une semaine, tu la sens comment ? changea complètement de sujet Yoh.

— C'est une vraie question ? releva Hao.

— Pas vraiment, rigola son jumeau.

Après un petit silence, Hao décida que c'était à son tour de faire la conversation.

— Je vais voir Opacho ce week-end.

— Oh c'est chouette ! s'exclama Yoh. Mais… comment ça se fait que tu ne sois pas déjà parti ? Tu n'as pas cours le vendredi après-midi.

— Il est 7h à Ilvermorny. La dernière fois que j'ai pris le petit-déjeuner avec Opacho le vendredi matin, après ça a été très difficile pour lui d'accepter d'aller en classe.

— Mais est-il vraiment obligé d'y aller ? demanda Yoh avec un sourire complice.

— Ne me tente pas, lui rendit son sourire Hao. Et puis si j'étais déjà parti, je n'aurais pas eu ta plaisante compagnie à déjeuner.

— Ah oui c'est vrai !

Ils finirent de déjeuner dans un silence complice, puis Yoh le quitta pour aller en cours. Hao le regarda s'éloigner pensivement. Yoh voulait que Tamao ait des bonnes notes en métamorphoses ? Très bien. Il allait s'en occuper. Juste pas de la manière prévue par son frère. Ce ne serait pas drôle, sinon.