Alors.
Oui.
Euh.
Bonjour, bonsoir à tous, me voici, Accio-Weekend, pour le chapitre 10 d'Amoureux des Dragons. Quoi, comment ça, je me fiche de la tronche du monde? Comment ça, je reviens après je ne sais plus combien de temps depuis mon dernier update sur cette fanfic?
Je sais. Je suis désolée, tellement désolée. Reste-t-il encore des lecteurs de cette fic? Peut-être pas - sûrement pas. Mais, eh, j'ai promis de finir Charlie, alors je finirai Charlie. Je l'aime, j'aime les personnages que j'ai créés ou non de cette histoire, et on s'était arrêtés en plein milieu. En plus, avec ce qui se passe actuellement (Covid-19, confinement, fermeture des universités), j'ai à présent le temps de m'y remettre.
Je ne vais pas m'éterniser cent cinquante ans; je vous souhaite une excellente lecture, jeunes gens. N'hésitez pas à laisser une review pour me faire part de vos avis sur ce chapitre, cette histoire en général - sivouplé? Ça me ferait vraiment plaisir d'interagir avec vous et de savoir ce que vous pensez de cette histoire, si vous vous souvenez des chapitres précédents.
RECAP si vous ne voulez pas vous embêter à relire l'histoire: Charlie et Sam, ou le garçon du train, ont flashé l'un sur l'autre et ont décidé de se mettre ensemble, bien que cela angoisse Charlie qui ne sait pas comment gérer une relation de couple. Sam reste très intriguant. Jane et Rory se font la cour depuis bien 1840, mais se sont violemment disputés au chapitre précédent. Le dernier chapitre concernait le match de Quidditch, remporté par les Gryffondor mais interrompu par un vol de hibou et une boîte de shortbread tombée au sol (le signal d'Eddard Pattson, le père de Rory disparu depuis des mois). La vielle dame, qui regardait le match, quitta les gradins sans se faire voir.
Chapitre 10 : Une histoire de confiance
« - Il faut l'apporter à Rory, au plus vite !, s'écria Jane qui tenait en ses mains la précieuse boîte de shortbread.
- Miss Artwell, l'appela le professeur McGonagall… Qu'est-ce que... »
Lorsqu'elle vit le paquet, ses sourcils se froncèrent dans la plus grande incompréhension. Plus loin, le joueur qui était tombé à la renverse à cause d'un hibou qui lui avait foncé dessus, poursuivait les volatiles en jurant comme un pirate.
« - Voilà une bien étrange façon d'envoyer des gâteaux, dit-elle en croisant les bras. A qui est-ce destiné ?
- Certainement à Rory, professeur, répondit Charlie qui avait le teint plus pâle qu'à l'habitude. Bien qu'il n'y ait aucun destinataire. »
Elle l'observa, interdite, ne sachant trop quoi penser.
« - C'est sans doute le père de Rory, madame, enchaîna Jane qui s'agrippait à ses poches pour ne pas montrer qu'elle tremblait. Ça a toujours été sa manière pour se faire pardonner de partir en mission : du shortbread. Ça veut dire qu'il est vivant, professeur !, ajouta-t-elle, les larmes aux yeux. Il faut le lui apporter tout de suite ! »
Le professeur McGonagall fit preuve d'une douceur dont elle n'avait pas d'habitude : elle se pencha, et posa ses mains sur les épaules de Jane.
« - En premier lieu, il faut inspecter cette boîte, Miss Artwell, expliqua la vieille femme d'un ton néanmoins ferme. Ce colis pourrait très bien contenir tout autre chose, ou être ensorcelé de plus, rien ne semble indiquer que ce colis vienne effectivement de Mr Pattson, ni qu'il soit destiné à son fils. »
Le visage de la jeune fille bouillonnait. On aurait dit qu'elle s'apprêtait à exploser; Charlie, qui la dévisageait, commençait sérieusement à réaliser que même avant que ce colis n'arrive, quelque chose ne tournait pas rond. Lorsqu'il vit que Jane était prête à commencer à crier, il s'interposa dans la conversation :
« - Je pense qu'il n'y a aucune note dans la mesure où ça aurait été trop dangereux pour lui, professeur, fit-il. Nous pensons tous, depuis sa disparition, qu'il est dans une mission qui impliquerait de près ou de loin Vous-savez-qui.
- C'est possible, admit l'enseignante de Métamorphose, mais il n'y a cependant aucune preuve qui avérerait votre théorie. Ne montez pas sur vos dragons, Mr Weasley, aussi tentant cela soit-il. Le professeur Rogue et moi-même allons inspecter ce colis d'abord, avant de vous le remettre. »
Elle le prit avec délicatesse.
« - Sur une note plus positive, ajouta-t-elle, félicitations pour ce match. »
Charlie et Jane la regardèrent partir, paquet en main. La plupart des élèves étaient partis, et il ne restait plus que les deux meilleurs amis sur le terrain. Charlie se tourna vers la jeune fille :
« - Il s'est passé quelque chose avec Rory avant le match, n'est-ce pas ? C'est ce pourquoi il n'est pas là ? »
Elle pensa quelques instants, se rongeant les ongles.
« - Oui, admit-elle. Je n'ai pas fait le meilleur usage de mes mots, et on s'est disputés. Il est énervé, et jaloux.
- Jaloux ? De qui ?, demanda Charlie les sourcils froncés.
- De Sam, je suppose ?, répondit-elle en haussant les épaules. Rory a l'impression que tu ne veux plus passer de temps avec lui, mais le passer avec ton copain.
- C'est pas vrai… Je suis nul, soupira-t-il.
- Il est où, d'ailleurs ? Je suis pas mal sûre de l'avoir vu dans les gradins. »
Aucun signe du garçon aux cheveux gris aux alentours. Effectivement, c'était étrange il était peut-être parti à la poursuite de McGonagall, dans le but d'attraper la boîte et d'en faire un doublon avant qu'elle ne l'analyse ? Ce serait bien quelque chose qu'il ferait. Malgré tout, c'était très étrange de sa part de ne pas être là pour un moment aussi crucial. Il avait beau faire le clown de temps en temps, le contexte n'était pas adapté et il l'aurait vu.
« - Dans tous les cas, répliqua Charlie en marchant d'un pas décidé vers l'école, la priorité, c'est Rory. Il faut lui en parler de suite. »
Sur leur chemin, nombreux étaient ceux à les féliciter pour le match, mais c'était bien la première fois que ça agaçait Charlie. Il fallait qu'il accède aux dortoirs pas de temps à perdre !
Mais lorsqu'il arriva devant son dortoir, il s'écrasa contre la porte – et crut se tordre le poignet sur le coup. Elle était fermée.
« - Rory ! Ouvre, c'est important !, lui cria Charlie. Je suis avec Jane. »
Pas de réponse. La jeune fille lui jeta un regard préoccupé.
« - Rory, ouvre, répéta le roux. Soit tu ouvres, soit j'utilise Alohomora, mais c'est vraiment important. C'est à propos de ton père. »
Charlie s'attendait à ce que Rory déboule et ouvre la porte d'un coup, mais au bout de quelques secondes, tout était encore silencieux.
« - Rory ? C'est à propos de ton père ! », répéta-t-il.
Toujours rien ce n'était pas normal.
« - Eh !, cria Charlie aux étudiants de la Salle Commune. Tom, tu n'aurais pas vu passer Rory ? »
Tom Ferris était un Gryffondor de Septième Année qui ne quittait jamais la Salle Commune, même pas pour les matchs de Quidditch. Il réfléchit un instant.
« - Non, je ne l'ai pas vu. Je l'attendais, justement, je voulais lui parler d'un livre d'art médiéval que mes parents m'ont offert pour Noël. S'il était descendu, je l'aurais forcément vu.
- Merci », fit Jane qui avait la gorge sèche.
Quelque chose de grave était en train de se passer.
Les deux amis frappèrent une fois de plus à la porte.
« - Si tu boudes, ce n'est pas drôle ! On commence à avoir peur ! Je le répète encore : ton père t'a envoyé un colis ! »
Jane eut les larmes aux yeux et plaqua la main contre sa bouche, incapable de s'exprimer. Son meilleur ami ne comprenait pas. Pourquoi Rory n'ouvrait-il pas ? Pourquoi était-elle en train de pleurer ?
Puis une idée atroce lui traversa l'esprit. Et si sa dispute avec celle dont il était secrètement amoureux avait été la goutte d'eau ? Et si Rory avait caché bien plus que quiconque le pensait ? S'il avait déraillé ? Non… Ça ne pouvait pas être…
« - ALOHOMORA ! », hurla-t-il tandis que son coeur, qui battait la chamade, l'assourdissait.
Bien que le sortilège eut ouvert la porte, il ne put s'empêcher d'y mettre un coup d'épaule incroyablement virulent elle s'ouvrit en grand et claqua si fort contre le mur que l'entièreté de la structure de pierre en vibra.
En voyant la tornade qui venait de s'infiltrer dans son dortoir, Rory hurla de terreur et en lâcha ses pinceaux, avec lequel il peignait une toile qui s'effondra pitoyablement au sol, face peinture, telle une tartine de confiture.
« - MAIS ÇA VA PAS LA TÊTE ?, continua-t-il de s'égosiller, fou de rage. Finite Incantatem ! »
Il avait effectué ce sort en pointant le bout de sa baguette vers sa propre tête.
« - Si vous êtes venus là pour vous excuser, eh bien non merci !, continua-t-il en ramassant ses affaires et en nettoyant les dégâts grâce à Evanesco. Je n'ai pas besoin de votre pitié, et j'étais tranquille à... »
C'est en levant la tête qu'il s'aperçut que ses deux meilleurs amis étaient mortifiés, et plus pâles que jamais. Tout à coup, il sentit sa colère disparaître et ses traits s'adoucir sous un sentiment palpable d'incompréhension. Jane étouffa un sanglot et se précipita dans ses bras.
« - Rory, triple buse de satané brun !, jura-t-elle en le serrant tellement fort qu'il pouvait à peine respirer. On a cru qu'il t'était arrivé quelque chose ! »
Charlie, qui avait récupéré son souffle et qui avait dépassé son choc, participa au câlin. Rory n'y comprenait rien, et était rouge pivoine. Soit parce que Jane l'avait pris dans ses bras, ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant, soit c'est parce qu'elle l'étouffait.
« - Pourquoi tu ne répondais pas ?, lui demanda son meilleur ami en se dégageant et en essayant à présent de canaliser son irritation inquiète. Je t'ai demandé je ne sais pas combien de fois d'ouvrir la porte.
- Je me suis jeté l'Assurdiato, répondit-il encore stupéfait. C'était reposant de ne rien entendre, et j'étais en train de peindre une œuvre d'art, ajouta-t-il en regardant tristement sa toile fichue. Que se passe-t-il ? Vous avez gagné ? »
Charlie dénota de l'aigreur dans sa voix, à son égard. Je suis vraiment le pire des amis, pensa-t-il, et son cœur se serra.
« - Alors, oui, mais en soi…, commença Jane, en se tournant vers le rouquin pour que celui-ci finisse.
- C'est à propos de ton père. Quelque chose est arrivé sur le terrain. »
Le jeune sorcier ne sembla pas comprendre au début. Ses yeux paniqués alternèrent entre Jane, Charlie, le terrain de Quidditch au travers de la fenêtre, et le chat de Tom Ferris qui venait toujours mettre ses pattes sur le lit de tout le monde.
Et manifestement, il attendait la suite.
« - Il y a eu un lâcher de colis, continua-t-il. Personne n'y comprenait rien il y avait des chouettes absolument partout et elles ne lâchaient rien d'autre que des lettres vierges. Jusqu'au moment où j'ai failli me faire assommer par une boîte de shortbread. »
Rory pâlit brusquement. Il ne savait pas comment réagir.
« - Et alors ?, souffla le brun. Il y avait un mot ? Quelque chose ? C'était une menace ?
- Rien du tout à part la boîte de gâteaux, sourit Charlie. Il est vivant ! »
Et, pour environ la sixième fois de la journée, Rory Pattson fondit en larmes. Mais pour cette fois, non seulement il avait le plus grand sourire qu'on ait jamais vu en Écosse, mais il était en plus accompagné de deux des personnes les plus chères à son cœur.
Par la suite, ils eurent une grande discussion, tous les trois, qui dura des heures, sans que personne ne vienne les interrompre. Beaucoup d'excuses furent données, surtout venant de Charlie, qui ne s'était sans doute jamais senti aussi mal. Une chance que ces trois là soient inséparables et bienveillants à la fin de ce samedi, tout avait été pardonné, et bien d'autres choses avaient été promises.
OooooooOooooooOooooooOoooooO
« Cher Charlie,
Je t'écris cette lettre avec maman à côté de moi, pour me corriger sur mon orthographe. Tu me manques beaucoup. J'aimerais que tu reviennes plus souvent.
Hier soir, j'ai dessiné un dragon en pensant à toi. Il est rouge et tout poilu et tout pointu ! Je l'ai appelé Marmite parce que j'aime bien les marmites et les bulles. J'ai perdu ma marmite mais tout va bien.
Gros bisous, je t'aime grand frère !
Ginny
PS : Nous t'aimons tous profondément et pensons fort à toi. Bon courage mon grand,
Maman et papa»
Charlie eut beau lire cette ce petit morceau de parchemin plusieurs fois, il ressentit un petit pincement au cœur à chaque fois. Le crayon incertain et brouillon de sa petite sœur était absolument adorable et, par Merlin, elle lui manquait beaucoup trop.
Il s'imaginait discuter avec elle dans quelques années de ce qui lui arrivait actuellement. En espérant que toute cette histoire ait une fin heureuse, bien entendu… Que ce soit pour le père de Rory, en immense priorité, ou concernant son petit-ami qu'il n'avait pas vu depuis hier. Bien qu'il tentait de rester calme et rationnel, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.
Il avait bien essayé de le chercher, mais il était absolument introuvable. Il lui avait envoyé un hibou mais n'avait jamais eu de retour. Ça ne faisait que 24h, et pourtant, c'était si long. Et si quelque chose lui était arrivé ?
« - Tu ne devrais vraiment pas dramatiser, répétait Jane qui lisait son manuel de Botanique.
- Mais ce n'est tellement pas son genre de disparaître comme ça, insista Charlie. Il est sensible, attentionné, et je sais qu'il était dans les gradins lors du match. Il n'a pas pu louper ce qui est arrivé, et il aurait dû débouler sur le terrain. »
Elle réfléchit quelques instants.
« - Tu dis toujours qu'il sait toujours tout avec des longueurs d'avance astronomiques. Peut-être qu'il est parti enquêter pour nous ? Peut-être qu'il passe son temps à disparaître et à revenir en sachant tout ?
- Il ne me connaît quasiment pas, répondit Rory d'un air morose. Pourquoi est-ce qu'il ferait ça pour moi ?
- Il le ferait pour Charlie, qui lui tient énormément à toi.
- Il est quand même un peu bizarre, ce Sam, commenta Rory. Tu es sûr de savoir à qui tu as affaire ? »
Ses deux amis lui jetèrent des regards inquiets.
« - Que voulez-vous dire par là ?, demanda-t-il les sourcils froncés . Bien sûr que je sais à qui j'ai affaire. J'ai passé du temps avec lui, et c'est mon petit-ami, par toutes mes écailles.
- Tu n'as pas d'écailles, rectifia Jane. Et… Rory n'a pas tout à fait tort. Tu le connais depuis seulement… Quoi, un mois et demi ? C'est peu.
- Eh bien ?, commençait-il à s'irriter. D'accord, c'est peu, mais on parle de quelque chose qui se rapproche du coup de foudre. Le fait qu'il soit honnête et tellement ouvert permet aux choses d'aller plus vite. On discute de tout, on a des vraies conversations. Il est sincère, gentil, drôle, prêt à aider. Il n'est pas du genre à déserter sans rien dire. »
Il voyait bien, au regard de Jane et de Rory, qu'ils n'acceptaient pas vraiment ce qu'il venait de dire. Tous deux se disaient qu'un mois et demi, ça ne suffisait pas pour bâtir une telle confiance et que Charlie était un peu naïf sur ce coup-là.
Le rouquin roula ses parchemins et fourra toutes ses affaires dans son sac, un peu blessé par ce genre de jugement – aussi bien sur lui-même que sur Sam, ou leur relation. Déjà qu'il se forçait lui-même à être à l'aise, il n'avait pas besoin de ça.
« - Oui, eh bien moi, je vais aller le chercher, et vous prouver que c'est quelqu'un de bien, sur qui on peut compter. Et qui sait, s'il n'allait pas bien pour une raison autre que ce qui nous arrive ? Je devrais me préoccuper de lui plutôt que de penser qu'à moi. Non, je ne vous en veux pas, ajouta-t-il d'office, et oui, je suis quand même un peu bougon. Je vous tiendrai au courant. »
Avant qu'il ne passe la porte de la Salle Commune, il sentit les bras de Jane s'enrouler autour de lui.
« - Je suis désolée, chuchota-t-elle. On te fait confiance. Tu es notre grand petit frère, que veux-tu. J'espère que Sam va bien. »
Charlie se retourna et lui sourit, la remerciant d'un acquiescement. Dans le couloir, il réfléchit quant à la direction à prendre pouvait-il être à la volière ?
Ce n'était pas une idée idiote. Le cœur battant, relevant ses manches, il commença à monter toutes les marches qui le mèneraient vers le garçon du train ou en tout cas l'espérait-il.
Monter toutes ces marches lui laissait également le temps de ruminer sur les réflexions de ses meilleurs amis. Oui, ça allait vite, mais ils passaient tellement de temps ensemble! Et puis, il n'avait que 16 ans. Il n'en était pas encore à la recherche d'une grande et immense relation pour la vie, pas vrai ? C'est normal que ça aille vite. Comme le disait parfois son père, ils étaient « jeunes et fougueux ».
Bon. Ceci étant dit, il s'imaginait déjà marié. Mais là n'était pas la question. On mettra ça sur le compte de la fougue de la jeunesse, tout ça.
Il en faut peu, quand même, pour bouleverser les convictions d'un garçon persuadé qu'il voulait rester seul, à dos de dragon, en Roumanie, à vie. Et qui n'était soi-disant intéressé par aucune relation.
Plus qu'une dizaine de marches ! Heureusement que Charlie était un sportif. Si Sam n'était pas là-haut, il aurait monté tout ça pour rien. L'avantage, cependant, c'est qu'il n'aurait plus qu'à descendre par la suite et ça, c'était positif pour ses jambes.
Il courut presque pour se jeter dans la volière, les cheveux frissonnant d'une impatience pleine d'espoir. Malheureusement, il n'y avait que James Ackerley, qui le salua de bon train. Ils échangèrent quelques banalités James s'apprêtait à partir quand Charlie lui demanda :
« - Tiens au fait, tu n'aurais pas vu Sam ? »
James réfléchit quelques instants.
« - Je ne crois pas. C'est urgent ?
- Pas vraiment, en soi, mais je ne l'ai pas vu depuis hier matin, avant le match. Ça m'inquiète un peu, avoua-t-il. Je lui ai envoyé un hibou mais je n'ai pas eu de réponse.
- Vous êtes ensemble en plus, non ? », fit James qui demandait davantage par politesse qu'autre chose –tout le monde était au courant depuis belle lurette.
Charlie ne put s'empêcher de rougir un peu. Encore. De gêne, parce que l'idée qu'on puisse le voir amoureux, fleur bleue, vulnérable et sa main dans celle de quelqu'un d'autre le rendait mal à l'aise mais aussi parce qu'effectivement, il était celui qui était censé savoir où était son petit-ami.
« - Oui, c'est vrai, mais il est quelque peu invisible, se défendit Charlie avec un sourire à moitié attendri.
- Ce n'est pas faux, admit James.
- C'est même très vrai. Mais toi qui le connais bien aussi, en tant qu'ami…
- Désolé, Charlie. Tu as été voir au Lac Noir ? Ou près de la Forêt Interdite ? »
Les sourcils du rouquin froncèrent en une belle unisson. Ses cheveux frémirent d'incompréhension, mais peut-être était-ce dû au courant d'air.
« - Pourquoi, par Merin, serait-il dans la Forêt Interdite ?
- Il est quelque peu imprévisible, répondit James avec malice.
- Ce n'est pas faux. Bon, je vais continuer à le chercher, alors. Merci quand même. »
En tant qu'adolescent dont le cerveau ne pouvait pas s'empêcher de tourbillonner parmi les hypothèses les plus pessimistes, le capitaine de Quidditch commençait à se demander s'il avait fait quelque chose de mal. Pourtant, tout allait très bien la dernière fois qu'ils s'étaient parlé, et puis…
Il s'aplatit les mains sur les oreilles, comme pour empêcher ses pensées de continuer à déferler.
Voilà pourquoi je ne voulais pas d'amourette, se dit-il. Je commence déjà à me poser plein de questions, peut-être fondées, et après je suis inquiet, stressé, préoccupé par ça plutôt que par le reste – donc je vais perdre le match de Quidditch, rater mes BUSE, ne pas pouvoir aller en Roumanie…
S'il avait eu deux autres mains, il se les aurait plaquées sur les deux premières.
Pris d'une tristesse soudaine et inexplicable, il s'assit dans les escaliers et cala son menton dans le creux de sa main. Et si, malgré tout, il l'avait irrité d'une certaine façon ? Ou si, tout simplement, Sam avait pris peur de leur relation ? Non, d'eux deux, c'était le plus à l'aise.
Peut-être, en revanche, qu'il avait eu peur de la situation de la disparition du père de Rory c'était plus plausible. Il savait que Sam était sensible. Il y avait peu-être des choses qu'il ignorait.
Et s'il était parti à la recherche de la vieille dame, et… Qu'il l'avait trouvé ? Qu'elle l'avait trouvé ?
Il se releva, le cœur battant. Pendant qu'il se lamentait pathétiquement sur ses maux de cœur qui n'avaient aucune importance, elle était en train de lui faire du mal. Mais où ? Bon sang, où ?
Une main se posa sur son épaule – Charlie hurla, se retournant plus vite que l'éclair. C'était Sam, enfin. Le rouquin s'apprêtait à soupirer de soulagement cependant, son visage était plus pâle que jamais, ses yeux étaient gonflés : il avait l'air misérable.
« - Sam, qu'est-ce que… ? »
Mais Sam ne répondit pas, s'engouffra dans ses bras et le serra de toutes ses forces. Et alors, bien que la situation ne pouvait pas être plus inquiétante, le flot de pensées qui inondait l'esprit de Charlie de dissipa. La chaleur du corps de son petit-ami contre le sien lui faisait plus de bien qu'aurait pu le faire un chocolat-chantilly. Il caressa son dos, doucement, et inspira à fond cette odeur de pamplemousse et de violette qu'il aimait tant. Sa main gauche atteignit ses cheveux argentés, frottant sa nuque de son pouce. Sans vraiment le remarquer, il commença à se balancer légèrement de gauche à droite. Il sentit que ça l'apaisait, alors il continua.
Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre en silence, pendant un long moment aucun mot n'avait besoin d'être prononcé pour qu'ils se comprennent.
Au bout d'un moment, Charlie tenta de se détacher doucement mais Sam gardait sa tête nichée dans son cou.
« - Je suis un crétin, articula-t-il d'une voix rauque.
- Tu veux m'en parler ?, demanda le jeune Weasley.
- J'aimerais que tout soit normal, répondit-il après quelques secondes de silence. J'aimerais que le père de Rory n'ait pas disparu, et que tout aille bien pour tout le monde. J'aimerais ne pas être un angoissé de la vie. J'aimerais arrêter d'être aussi sensible. J'aimerais pouvoir t'offrir des bons moments plutôt que de l'inquiétude. J'aimerais te faire comprendre à quel point, en si peu de temps, je tiens à toi. A quel point tu es quelqu'un de bien. A quelqu'un je ne te mérite pas. A quel point je regrette d'être la personne que je suis, d'avoir fait les choses que j'ai faites, d'être aussi étrange sans pouvoir le contrôler, bien que j'en aie fait ma force. J'aimerais être capable de ce qu'on me demande de faire. J'aimerais aider Rory, mais je vois bien qu'il me déteste. Jane se méfie de moi. Et toi aussi, tu te méfies de moi.
- Sam, Sam, eh, pourquoi est-ce que tu dis des choses pareilles ?, s'exclama Charlie, alarmé, qui ne savait plus où se mettre, et qui ne comprenait pas tout. Samaël…
- Et pourtant, c'est vrai. Je le sens bien. »
Il se détacha de son petit-ami. Ses yeux vairons étaient noyés par le doute.
« - En même temps, comment t'en vouloir ? On ne se connaît que depuis un mois et demi, pas vrai ? En tout cas, toi, tu ne me connais que depuis un mois et demi. »
Charlie ne sut pas pourquoi les larmes lui montaient aux yeux. Il perdait le contrôle de la situation. La bulle de douceur qu'ils avaient créé quelques minutes plus tôt avait éclaté et l'avait inondé d'une douche froide. Il était à nouveau terrifié.
Cependant, il se ressaisit. Non, non et NON. Il n'allait pas laisser sa peur lui gâcher sa relation avec Sam, qui lui avait déjà tellement apporté. Ce garçon du train s'était immiscé dans sa vie, et il le sentait, il était important. Son instinct lui criait de ne pas laisser Sam partir, malgré toutes les questions qu'il avait besoin de poser.
« - Qu'importe ce que Rory et Jane pensent de toi, Sam, rétorqua-t-il avec la confiance qu'il arborait pendant les matchs. A vrai dire, ils se méfient de toi parce qu'ils m'aiment, et oui, c'est compréhensible, mais je ne les laisserai pas nous définir. »
Il plongea son regard dans celui de l'étudiant.
« - Alors, s'il te plaît, arrête de te blâmer pour tout et n'importe quoi, et arrête d'avoir peur. Après, moi, je fais des crises d'angoisse sinon. »
Le ton sur lequel il l'avait dit les fit rire tous les deux. Charlie se rapprocha, malicieux. Il avait décidé, une fois de plus, qu'il lui poserait ses questions plus tard pour l'instant, ce n'est pas ce qui important.
« - Est-ce qu'on ne pourrait pas se contenter de prétendre que tout va bien, au moins pour dix minutes ? »
Sam ne put s'empêcher d'être amusé lorsqu'il vit le capitaine de Quidditch s'avancer avec une confiance inhabituelle.
« - Ça me plairait bien, sourit-il. Qu'est-ce que tu suggères ?
- Toi, moi, au bord du lac, près du gros arbre. Et du bécotage.
- En voilà un charmeur de première, railla Sam. Quel tact ! »
Charlie s'efforçait de contenir la chaleur qui se propageait dans ses joues sa stratégie marchait, et son petit-ami semblait déjà aller mieux.
« - Eh ouais, je te charme. Incroyable, non ?
- Formidable », sourit Sam sincèrement.
Prit d'un élan sorti de nulle part, Charlie le plaqua contre le mur en croisant les doigts pour que personne n'arrive dans les 5 prochaines minutes, et l'embrassa de sa plus grande passion. Il sentait vraiment, vraiment bon, ce garçon.
Sam ne put s'empêcher de rire entre deux baisers.
« - Charlie, souffla-t-il aux rares moment où il pouvait parler. Qu'est-ce que tu fais ?
- Je te montre que tu me plais, au cas où ce n'était pas assez clair.
- Depuis quand es-tu devenu aussi entreprenant ?, murmura Sam, définitivement aussi surpris que l'exprimait son ton.
- Pourquoi ? Tu n'aimes pas ?, ajouta-t-il en continuant de l'embrasser. »
Le rire de Sam devint un peu plus rauque.
« - Oh, si, tu peux continuer, c'est simplement… Surprenant. Agréable, c'est certain, ajouta-t-il, mais surprenant. »
Charlie se détacha, le temps d'ancrer son regard dans ses yeux vairons, et chuchota :
« - J'en serai sans doute gêné dans quelques minutes, mais pour l'instant, c'est tout ce dont j'ai envie. M'aurais-tu ensorcelé ? »
Sam sourit avec espièglerie. Les hormones du Gryffondor habituellement si timide, qui se tenait devant lui, avaient, vraisemblablement, explosé.
« - Même pas. Viens-là. »
Sam prit les devants, parce qu'après tout, c'est lui qui avait le plus d'expérience.
Un Poufousffle de septième année passa par là à ce moment précis. Il avait quitté sa salle commune et avait entrepris de se promener dans le château, en se disant que ça lui ferait du bien de se dégourdir les jambes. Il avait passé les trois derniers mois à travailler d'arrache-pied, du matin au soir, si bien qu'il commençait à se dire que son arrière train avait très probablement pris la forme de sa chaise. Alors marcher un peu, pourquoi pas ?
Il n'en pouvait juste plus de rester vissé sur sa chaise à côté de Tom McKinnon, qui mangeait toujours des chips près de son oreille, et à côté de Sammy McLoughlan qui travaillait toujours mieux que lui en moins de temps.
En plus, pendant qu'il travaillait, il n'avait pas le temps de réunir tout le courage nécessaire pour demander à Orla Clark si elle aimerait sortir avec lui. Une tragédie moderne.
Quoi qu'il en soit, le voilà qui se promenait précisément à l'étage où deux garçons avaient décidé de se dévorer l'un l'autre. Et lorsqu'il tourna à l'angle du couloir où ils se trouvaient, découvrant inévitablement cette scène, il se pétrifia sur place, incapable de dire quoi que ce soit. Enfin, ce n'est pas comme s'il allait s'exclamer quelque chose du genre : « Alors, on s'amuse bien » ?
Les deux garçons, bien trop occupés à s'embrasser comme s'ils n'avaient plus que cinq minutes à vivre, n'avaient nullement remarqué ce Poufsouffle qui ne savait plus où se mettre. Il avait l'impression d'avoir sauté à pied joint dans leur intimité. Il aurait peut-être mieux fallu qu'il reste coincé avec les chips de Tom McKinnon.
Toujours est-il que Charlie, de son côté, se sentait libéré d'un poids fou. Il laissait Sam balader ses mains où il le voulait, et alors qu'il s'attendait à trembler d'angoisse, il se sentait suffisamment en confiance pour laisser les choses se passer. Cette journée était formidable. Aujourd'hui, il n'aurait plus peur.
Il aurait dû. Car il y a des questions qui devraient toujours être posées.
